L'anglais comme langue officielle de la Suisse?
François Brutsch | samedi 7 mai 2005 à 23h57 | droit/politique | rss
Je fais aussi bien de reprendre sur ce blog une suggestion que j'ai émise dans un commentaire chez Ludovic Monnerat: adopter en Suisse une langue officielle unique, étrangère, à savoir l'anglais, à côté des quatre langues maternelles nationales que sont l'allemand (le suisse-allemand), le français, l'italien et le romanche.
Référence peut-être à un âge d'or mythique, il me semble que le sentiment est général d'une dégradation de la capacité à travailler ensemble par-delà les frontières linguistiques en Suisse: les Alémaniques ne mettent plus autant d'empressement que par le passé à apprendre le français, les Romands n'ont jamais été enthousiasmés par l'allemand (et le problème est que celui est déjà pratiquement une "langue officielle étrangère" pour les Alémaniques); mais surtout, comme le souligne l'affaire de la nomination par le Conseil fédéral d'un Alémanique, Oswald Sigg, en remplacement de l'italophone Achille Casanova à la Chancellerie fédérale qui est à l'origine du billet de Ludovic Monnerat, ce sont certains usages qui se perdent, un surmoi qui amenait les Alémaniques à constamment prendre en compte les minorités linguistiques qui tend à disparaître. Et, corrélativement, il me semble que les Romands se placent de plus en plus en situation d'assistés à qui tout est dû sans qu'eux-mêmes doivent faire d'effort: le cercle vicieux de ce que j'appelle dans des moments de pessimisme la "belgicisation" de la Suisse est en marche.
Longtemps la Suisse a utilisé des expressions latines, par exemple, pour trouver une désignation identique dans tout le pays (Pro Helvetia, Pro Senectute). On commence néanmoins de généraliser à tout le pays des acronymes spécifiquement germaniques (Suva); le web offre une nouvelle source de difficulté à ce propos pour trouver des noms de domaines ou des structures de site neutres sur le plan linguistique. Or s'il y a un usage à établir, c'est bien que seul l'emploi d'un mot d'une langue minoritaire (idéesuisse pour la télévision) ou étrangère peut être étendu à tout le pays, car il ne suscite pas l'irritation naturelle qui vient de l'emploi de la langue majoritaire.
Il faut surtout ajouter à cette perception épidermique le vrai problème de mauvaise qualité des échanges qu'implique un multilinguisme aussi contrarié; j'ai personnellement vécu cela à deux reprises au sein du PS suisse, où la tendance réformiste s'est cristallisée sur un Manifeste du Gurten puis sur un livre de Rudolf Strahm et Simonetta Sommaruga (elle est aussi Alémanique que je suis Genevois, malgré la consonnance de nos noms respectifs!) auxquels les initiateurs n'ont pas pris la peine d'associer un seul Romand. Si l'on dit que l'Amérique et le Royaume Uni sont "deux nations divisées par une même langue", je ne crois pas, dans un monde caractérisé par le double mouvement de l'individualisation et de la globalisation, que la Suisse puisse se permettre encore longtemps d'être ce pays où l'on peut "vivre ensemble parce que l'on ne se comprend pas".
Dans la vie quotidienne, la solution s'impose toute seule avec la généralisation de l'anglais comme deuxième langue. Il me semble que son utilisation confédérale progresse dans l'économie, dans les universités; qu'en est-il à l'armée (ou au CICR)? Reste à faire le pas pour la vie publique, le débat politique: à quand un vrai quotidien national, en anglais, une vraie radio nationale, en anglais, une vraie télévision nationale, en anglais? Pour terminer par l'usage de l'anglais pour les débats parlementaires et la législation.
On pourrait déjà commencer par des blogs en anglais consacré à des problématiques nationales suisses, avec des contributions d'auteurs des différentes parties du pays... En tout cas je suis encouragé sur cette voie par la découverte d'un site agrégateur de blogs suisses: blog.ch, Swiss blog feed.
Petit rappel. Pour l'Union européenne, j'ai déjà défendu une thèse similaire avec une proposition tout aussi sérieuse mais plus drôle dans son résultat: renoncer à la traduction généralisée par laquelle le Parlement européen incarne véritablement la malédiction de Babel pour se limiter à 3 ou 4 langues officielles (dont l'esperanto, à toutes fins utiles); mais simultanément interdire l'emploi de sa langue maternelle afin que tout le monde soit placé sur pied d'égalité!






Commentaires
1. Le lundi 9 mai 2005 à 12h24, par Steve
2. Le lundi 9 mai 2005 à 21h18, par Ludovic Monnerat
3. Le lundi 9 mai 2005 à 22h29, par Steve
4. Le mardi 10 mai 2005 à 19h17, par François Brutsch
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