Le XO, je vous en ai parlé ici: c'est un ordinateur pour les enfants et ceux qui le sont restés... une réalisation écologique et indestructible qui a réinventé le laptop... l'outil d'une révolution pédagogique et de l'accès à l'éducation et à l'Internet, donc au progrès et au développement, dans les régions les plus pauvres et reculées du tiers-monde... et bien d'autres choses encore.
J'avais acheté le mien à la même époque l'an passé à l'occasion d'une première opération promotionnelle via les USA. Elle est renouvelée cette année et s'étend à l'Europe, ce qui comprend même la Suisse (et la Turquie, et jusqu'à la Russie) dès lundi 17 novembre (en milieu de journée), pour une période limitée... Et l'intendance devrait mieux suivre, car la Fondation OLPC (Un ordinateur par enfant) de Nicholas Negroponte passe désormais par Amazon (le site britannique pour la vente en Europe au prix de 275 £, soit actuellement 485 CHF ou 321 €... A ce prix, vous payez deux XO: un pour vous, un pour un enfant dans le tiers-monde. Et la communauté des mordus du XO est prête à accueillir les nouveaux adeptes: en Suisse c'est ici, en France c'est là.
Cocorico européanocentré, manichéisme de l'antimanichéisme américain: telles sont les ficelles de la recension dans Le Temps du dernier ouvrage de Tzvetan Todorov. Mais après avoir cru que ces partis pris étaient ceux de l'auteur de l'enthousiaste article, qui les rétroprojetterait sur le sujet traité, à lire les citations, je ne peut hélas pas mettre au bénéfice du doute le prestigieux essayiste français d'origine bulgare[1].
Il est question du modèle d'"Europe tranquille" caractérisé par l' attachement au pluralisme, le souci de la négociation en lieu et place de l'affrontement. Comme le disent ces amants de la modération, ces Européens qui s'ignorent, ces héritiers véritables des Grecs et de leur Μηδέν Άγαν[2] que sont les Vaudois: Pour la modestie, y en a point comme nous.
Autant dire que les Etats-Unis ne sont pas nés du pluralisme, que le Premier Amendement ne représente rien, et que les guerres séculaires européennes (surtout les guerres de religion) ont été menée avec parcimonie et dans la plus grande tranquillité, avec un extrême souci du dialogue.
Dans l'article du Temps, il y a une définition de Todorov sur la barbarie et la civilisation.[3] Tirons-en les conséquences: Le monde se divise en deux catégories: les civilisés et les barbares. Les barbares ne reconnaissent pas l'humanité des autres. Autrement dit, ils ne connaissent pas l'altérité. Les civilisés eux reconnaissent l'altérité des autres. La supériorité des civilisés, c'est qu'au lieu d'avoir une vision uniforme du monde, ils distinguent deux catégories: eux (qui distinguent deux catégories) et les autres... Etre civilisé, c'est donc être manichéen.
Notes
[1] Il fait partie des pères fondateurs du structuralisme, dont j'ai dit ici le bien qu'il fallait quand même en penser.
[3] La barbarie ne comprend qu'une seule catégorie d'individus: ceux qui nient l'humanité des autres. (...) La civilisation est la capacité de saisir la différence de l'autre ou se mettre de plain-pied avec les autres (définition goethéenne).
Toujours taper sur le clou... Mais il faut aussi utiliser les bonnes occasions. La régression, à vrai dire inattendue, de la proportion de femmes élues à l'Assemblée chargée de préparer une nouvelle Constitution pour le canton de Genève fait aussi entrer dans le vif de ce que cette Constituante peut proposer: notamment la parité, la vraie, toute la parité, rien que la parité. J'en avais déjà parlé ici ou là sur ce blog, et j'en ai fait une tribune pour le quotidien Le Temps.
In extremis, pour le pas dire impardonnablement en retard, je finis par mettre en ligne le traditionnel album de photos des affiches de campagne en vue de l'élection d'une Assemblée constituante dans la République et canton de Genève. Il s'agit de remplacer l'actuelle Constitution de 1847 (soit encore avant la création de l'Etat fédéral en 1848, quand la Suisse n'était qu'une Confédération d'Etats gouvernée par une Diète itinérante: le canton Vorort changeant chaque année), mais aussi plus largement de prendre le temps et les moyens d'une réflexion fondamentale. Je suis fier d'avoir participé au mouvement qui a donné l'impulsion décisive pour vaincre l'inertie et permettre cette élection. La Constituante a quatre ans pour rendre son projet, que le peuple adoptera ou non.
Mais pour le moment nous en sommes à l'élection. L'Assemblée comptera 80 membres,élus au scrutin proportionnel de liste: il y a 18 listes en présence (dont un nombre inusité de listes indépendantes de partis politiques), mais ne participent à la répartition des sièges que celles qui réuniront au moins 3% des suffrages[1]. Selon une spécificité que le monde qui connaît la proportionnelle devrait envier à la Suisse, la liste n'est pas bloquée par les états-majors qui choisissent, en fait, qui seront les élus (ceux qui sont en début de liste)[2]: l'électeur peut biffer des noms, et même en rajouter d'autres partis. Moi par exemple, j'ai voté pour 20 personnes seulement. Cela veut dire que je leur ai donné une voix à chacun que leur co-listiers n'ont pas. Sur ce nombre, 18 appartiennent à 6 autres listes que mes deux "élus" de la liste de mon choix. Du point de vue de la répartition proportionnelle, j'ai donc donné 62 suffrages à cette dernière liste, et de 1 à 5 aux 6 autres listes. Et j'ai la satisfaction d'avoir pu peser sur le choix des élus de 7 listes.
Le scrutin, qui dure depuis trois semaines, est clos à midi ce dimanche 19 octobre. On devrait connaître les résultats dans la soirée, nous promet-on, sinon lundi matin.
Notes
[1] C'est le quorum retenu par l'arrêté constitutionnel qui a organisé cette élection extraordinaire, plus bas que le 7% usuel à Genève.
[2] Qu'on pense à l'élection du Parlement européen en France.
Même en avocat du diable, je n'ai pas spécialement envie de défendre
les traders qui par définition n'ont pas à voir venir autre chose que le très court terme
les CEO dont le salaire relève de la poésie et de la musique des sphères célestes, à force d'être surréaliste et astronomique
les investisseurs qui n'auraient rien à gagner s'ils n'avaient rien à perdre, qui gagnent en achetant, vendant ou prêtant ce qu'il n'ont pas (c'est comme l'amour qui consiste à donner ce qu'on n'a pas)
les spéculateurs et les banques en général qui créent de la valeur ex nihilo (qui font mieux que le Dieu créateur - les valeurs étant en lui incréées et éternelles)
les experts, journalistes, thuriféraires et autres valets du système qui de savoir ne se lassent pas
Toutefois, j'en ai assez d'entendre parler de l'échec du système capitaliste:
- L'eau et le feu sont-ils en échec parce qu'il y a des noyades et des incendies?
- La circulation routière en elle-même est-elle un échec parce qu'elle engendre des accidents?
- La vie est-elle un échec parce qu'elle se termine par la mort?
- La liberté est-elle le Mal du seul fait qu'elle le permet et qu'il arrive?
Par ailleurs, quel est le statut ontologique du capitalisme? Est-ce que le capitalisme existe? Comme une personne? Comme Dieu? Comme un cadre? Comme une condition de possibilité? Ou bien n'est-ce qu'un terme abstrait qui n'a commencé à exister que par la critique qui en a été fait?[1] Par ailleurs, l'absence d'un certain nombre de règles dans un jeu, avec des conséquences funestes, n'implique pas en soi la disqualification du jeu comme tel et de la liberté d'y jouer.
Ô malhonnêteté intellectuelle de qui fait ces raccourcis! Ô paresse de qui les relaie!
Notes
[1] Le libéralisme n'a-t-il pas pris conscience de lui-même qu'en s'opposant à la théocratie, qu'en contestant la supériorité des privilèges de naissance sur les mérites acquis, etc.?
Maintenant que nous pouvons partager, via Google Reader, nos découvertes avec nos honorables lecteurs[1], nous ne devrions plus faire de billet consistant avant tout à attirer l'attention sur un article lu ailleurs. Qu'il me soit permis cependant de faire mention de cet article de spiked dont on pourra résumer le constat ainsi:
La gauche américaine, ou plutôt les médias qui s'y rattachent, agit comme si son plus dangereux ennemi, c'étaient les classes populaires (blanches)[2]. Mais spiked ne pose pas la question de savoir si c'est un phénomène exclusivement américain. Disons que c'est l'évocation de la violence qui semble inédit.
Notes
[1] Enfin, ceux qui viennent sur le site, pas ceux qui lisent le fil RSS -- mais ces derniers peuvent s'abonner aussi à nos listes Google Reader!
[2] En l'occurrence, il s'agit des red necks. La traduction standard est plouc - on peut aussi penser à beauf ou à péouse -- sauf que les nuques rouges sont davantage susceptibles de s'attribuer le terme péjoratif par dérision.
Certes, c'est un peu tiré par les cheveux... Mais c'est le genre de délire qui me distrayait en même temps que j'écrivais un article très sérieux d'analyse politique sur les reclassements en cours depuis un an dans la droite suisse, et qui sont sans doute loin d'être terminés. J'avais souligné à l'époque combien la ministre UDC élue par surprise par le Parlement fédéral, en lieu et place de Christoph Blocher, le chef, pour ne pas dire le Lider maximo incontesté du parti alors à cheval entre le gouvernement et l'opposition la plus populiste, pouvait soulever des espoirs déraisonnés. Dix mois plus tard, les choses se décantent. Elle pourrait effectivement, comme Sarah Palin, avoir le pouvoir de galvaniser vers l'action des personnes qui ne s'y destinaient pas a priori (et sans exercer d'effet repoussoir): ramener dans le jeu politique traditionnel un électorat qui s'en éloigne dangereusement -- ce qui en Suisse veut dire contribuer de manière positive à des solutions qui trouvent une majorité solide au Parlement, susceptible de ne rassembler contre elles qu'une minorité en cas de votation populaire.
Ca m'a semblé d'un intérêt trop local pour que je le rode d'abord comme billet sur ce blog, avant sa publication par Domaine Public et le quotidien Le Temps. Mais le voici tout de même.
Or donc, on l'attendait du trou noir du CERN engloutissant tout l'univers[1]. Elle vient finalement des marchés financiers, ce sera limité à la Terre et ce sera en quelque sorte plus désagréable. Mais dans la vague de sinistrose qui menace de tout engloutir, il y a des îlots rassurants: la garantie de l'épargne individuelle, ça semble fonctionner aussi bien que le remboursement, sans discuter, des débits pirates sur la carte crédit.
Je puis en témoigner car, au fond il me semble qu'il n'y a pas de honte à l'avouer, j'avais placé 10'000 CHF sur un compte auprès de la branche suisse de Kaupthing, une banque islandaise[2]. Je savais pertinemment[3] qu'elle n'avait pas une réputation conservatrice... et je me doutais qu'un taux d'intérêt très supérieur et à l'inflation et à la rémunération "normale" en Suisse (4% au lieu de 1,5% au mieux, l'inflation devant être à quelque 2,5 ou 3%) était un peu risquée... d'un autre côté, ça ne semblait pas totalement déraisonnable de penser qu'une banque qui avait l'originalité de simplifier drastiquement son offre et ses coûts[4] sous le nom tentateur de Kaupthing Edge[5] pouvait aussi être plus profitable. Bref quand je suis tombé sur la pub web cet été (la banque a ouvert ici en juillet) je n'ai pas manqué d'être intéressé.
Ces derniers jours, j'ai évidemment senti le vent froid du nord, ou faut-il dire la banquise fondre sous mes pieds, avec le fatalisme qui me caractérise quand je sais que ce n'est pas particulièrement moi qui suis visé et que je reste insolemment protégé par 36 autres circonstances. J'ai quand même eu la curiosité d'aller voir le site l'autre jour: il était bloqué avec l'avis d'une procédure luxembourgeoise. Bon, attendons. Et aujourd'hui il y a un bel avis (en anglais uniquement): la Commission fédérale des banques a pris, comme il se doit, les choses en main.
As a customer of Kaupthing Swiss branch you will be contacted with instructions on how to secure swift settlement of your accounts up to the maximum insured amount.
Le montant de la garantie étant de 30'000 CHF (ce qui n'est certes pas élevé en comparaison internationale), je n'ai personnellement pas de souci à me faire. Mon amour-propre se remettra de cette mésaventure, en retrouvant le bercail de ma banque à 1,25%.
Notes
[1] J'imagine de manière indolore d'où mon inaptitude à comprendre les suicides préventifs bien réels qui ont apparemment eu lieu en Inde.
[2] C'est pour faire court, et la suite montre qu'en effet ça n'a pas plus d'importance que ça: la succursale genevoise de la filiale de Kaupthing au Luxembourg.
[3] Elle est bien plus connue au Royaume-Uni, où j'ai un pied mais pas d'économies.
[4] Trois produits seulement, et sans aucune prestation annexe: un compte à vue, un placement à 6 mois, un placement à un an, ces deux derniers offrant curieusement, pendant la période de lancement, un taux inférieur au compte! Et tout cela par internet, de et vers votre compte usuel.
[5] Dont un des sens est assez coquin en anglais: le bord de l'extase comme le bord du gouffre...
Cet article du Matin nous apprend qu'à Zurich, "le directeur du Service médical de l'assurance invalidité démissionne suite aux révélations de la NZZ am Sonntag sur son passé de néonazi allemand et de pédophile". Indignation, révolte devant l'incompétence des ressources humaines, devant l'arbitraire et l'injustice et surtout le mépris que cela signifie à l'égard des gens compétents et honnêtes qui ne se font pas engager.
Et défi pour l'avocat du diable: y a-t-il quelque chose de positif à extraire de ce genre de nouvelle?
– Le fait qu'on prenne les médias sérieux au sérieux?
– La preuve de l'étanchéité rassurante des cloisons d'une vie? Du respect de la vie privée?
– Dorénavant, on ne peut plus en douter: ici, chacun-e a sa chance et le rêve n'est pas qu'américain.
Franchement, sortir un bouquin d'économie[1] grand public au lendemain d'un crash financier, c'est audacieux! Ou faut-il dire contracyclique? Car les bouleversements qui accompagnent la crise financière entraînent une régression rapide vers les poncifs et préjugés réactionnaires, entre étatisme et malthusianisme, qui n'étaient que tenus en lisière par la prospérité et une certaine diffusion de la compréhension[2] des mécanismes économiques. C'est le même réflexe qui est à l'oeuvre quand la visite en France de Benoît XVI galvanise l'intolérance laïcarde ou l'émergence de Sarah Palin gonfle les coffres de la campagne d'Obama.
A leur décharge, nos amis communards Alexandre (Delaigue) et Stéphane (Ménia, antérieurement le mystérieux SM) du fameux blog Econoclaste, n'ont pas fait exprès. Et à vrai dire leur ouvrage n'a qu'un rapport lointain avec la crise. Voyez l'alléchante table des matières: le titre Sexe, drogue et économie - Pas de sujet tabou pour les économistes n'est pas seulement là pour draguer le chaland mais correspond bien au contenu. L'ouvrage est me semble-t-il le premier du genre en français, mais il y en a un rayon entier en anglais.
Et cela change tout d'avoir un ouvrage écrit par des Français, eux-mêmes économistes et enseignants, pour le public francophone, plutôt qu'une traduction de l'anglais de The Undercover Economist ou The Logic of Life (par Tim Harford, chroniqueur au Financial Times que je cite régulièrement ici) ou de l'américain (Freakonomics, par Stephen J. Dubner et Steven D. Levitt). Même si je pose la question: parmi les nombreuses recherches empiriques qui, loin des des formulations élégantes et autres théories cérébrales, nourrissent et illustrent l'ouvrage, y en a-t-il une seule qui trouve son origine et a été réalisée en français[3]? Mais que cent fleurs s'épanouissent désormais!
P.S. Une dernière pour la route, via Sardanapale: à comparer à l'inefficacité dramatique de la planification européenne en matière de pêche, l'effet extrêmement positif sur la faune marine comme sur la prospérité des pêcheurs d'un marché des droits individuels de pêcher pratiqué en Islande, en Nouvelle-Zélande, en Australie -- et en Alaska (et quoique les naïfs de gauche et de droite puissent en penser, il n'y a pas moins d'Etat dans la deuxième solution, et il est toujours aussi nécessaire de veiller aux risques de fraudes et de distorsion).
Notes
[1] Quand j'étais étudiant ça s'appelait économie politique et c'était nettement moins drôle, intéressant et stimulant.
[2] Au double sens de connaître et d'accepter (de jouer le jeu même s'il ne nous paraît pas immédiatement et égoïstement favorable).
[3] A l'évidence, Suisses, Belges ou Canadiens sont tout autant responsables de cette lacune.
C'était samedi dernier... Mais en réalité il n'y a au Royaume-Uni ni 1er-Août, ni 14-Juillet, ni 4-Juillet: aucune célébration officielle annuelle glorifiant la volonté de constituer un Etat fédéral, la Nation ou l'Indépendance. On fête tout au plus la Saint-Patrick en Irlande (du Nord comme dans la République), la Saint-André en Ecosse, la Saint-David au Pays de Galles et, c'est récent mais on y vient de plus en plus, par réaction, la Saint-Georges en Angleterre. Au passage, ces références religieuses sont assez ironiques dans un pays qui dispute à la Belgique et aux Pays-Bas la palme du plus déchristianisé d'Europe.
Mais que s'est-il alors passé samedi? C'était The Last Night of The Proms, le dernier concert d'un étonnant festival annuel de musique classique en continu sur 8 semaines (retransmis en direct sur BBC Radio 3 et disponible sur le site), dont c'était la 114e édition: pensez-y si vous prévoyez de venir à Londres entre mi-juillet et mi-septembre, ça vaut le coup! L'épicentre, c'est le Royal Albert Hall. Et la touche caractéristique, ce sont les Promenaders: la galerie supérieure et une arène ménagée entre l'orchestre et les fauteuils sont destinés au public debout, pour 5£[1]; il y a des abonnés qui viennent tous les jours, des couples se sont rencontrés dans la file d'attente....
Le dernier concert, et plus particulièrement sa deuxième partie, est un événement retransmis à la télévision et décentralisé devant des foules en plein air à Hyde Park ainsi qu'à Glasgow, Swansea et Belfast. Ca va crescendo vers une fusion de la musique et d'un patriotisme bon enfant avec ce sens très britannique de l'autodérision dans la célébration. A défaut de fête nationale, il y a, avant le God Save the Queen officiel, pas moins de trois hymnes nationaux alternatifs repris en choeur: Rule Britannia, Land of Hope and Glory et Jerusalem. Et ça se termine, évidemment, avec Auld Lang Syne: Ce n'est qu'un au revoir. C'est émouvant, drôle, enthousiaste -- et ça échappe complètement au nationalisme borné ou à la glorification du bon vieux temps. Entre mille détails, appréciez sur la vidéo l'excentrique qui fait fièrement flotter le drapeau du Vatican!
Cette vidéo présente l'apothéose: les 10 dernières minutes de la deuxième partie (c'est le 10e clip d'une série). On peut aussi commencer le rituel avec le 7e clip: Rule Britannia (en gaélique, patrie du baryton Bryn Terfel, vêtu d'un flamboyant patchwork des quatre emblèmes nationaux des composants du Royaume) et le début du traditionnel (mais pas facile) discours du chef d'orchestre (cette année Roger Norrington, excellent), avant de continuer avec les clips 8 et 9. Pour toute la deuxième partie, vous l'aurez deviné mais je donne les liens: 1, 2, 3, 4, 5, 6.
Plus simplement, l'ensemble peut être vu en continu (ou écouté en faisant autre chose!) et dans une meilleure qualité sur le site officiel (1h09 pour la première partie, 1h33 pour la deuxième partie)! Enjoy! (Mais je crains que ces liens ne fonctionnent pas hors du Royaume-Uni, feedback svp...)
Notes
[1] La dernière nuit se mérite, même pour les places debout: il faut avoir assisté à un certain nombre de concerts pour espérer obtenir une entrée.
C'est une grande interview dans la Tribune de Genève, et ce n'est pas inintéressant.
Mais le passage le plus précis et le plus significatif, je trouve, est le suivant:
Genève… Bon… comment vous dire… Allez, ce qui doit être dit doit être dit. Mon mari [Richard Attias] avait ses bureaux à Genève. Il organisait le Forum de Davos depuis 13 ans pour Klaus Schwab. Le jour de notre mariage, ce dernier nous a fait un beau cadeau en nous annonçant qu’il se passerait désormais de Richard pour ne pas se mettre mal avec le gouvernement français. Depuis, j’ai appris que le président français [Nicolas Sarkozy] se rendrait probablement au prochain Davos alors qu’il ne s’y était jamais rendu auparavant. Mon mari a beaucoup été déçu par tout ce qui s’est passé. (ndlr: Richard Attias a quitté la présidence de PublicisLive, une filiale du groupe Publicis spécialisée dans l'organisation d'événements internationaux).
Hier c'était donc la fin du monde, et aujourd'hui on commémore une fantastique manipulation de l'opinion publique... La mise en marche du grand accélérateur du CERN avait donné lieu à des inquiétudes qui avaient été légitimement débattues dans la communauté scientifique. Mais cela n'a pas empêché la rumeur d'être complaisamment alimentée au point d'inquiéter des élèves. Par ailleurs le Nouvel Obs a procédé à un sondage édifiant en France d'où il ressort que 11% des personnes interrogées choisissent "Ce sont les Américains eux-mêmes qui ont en fait organisé les attentats", contre 72% (quand même) qui optent pour "Al-Qaida et Ben Laden sont responsables des attentats du 11 septembre 2001".
Confirmation que l'importance des ressources et la sophistication de l'information et de la communication ne font pas disparaître la superstition, la haine et l'obscurantisme: eux aussi y trouvent une efficacité démultipliée! Aux tenants des Lumières de ne pas se relâcher, car je rejoins assez l'inquiétude de ce billet (signalé par mon co-blogueur) qui analyse en détail l'affaire Jean-Marie Bigard le 5 septembre: son délire à l'écran, l'attitude des animateurs qui l'ont invité et la réaction invraisamblable des lecteurs du site du Nouvel Obs! On comprend d'où leur est venue l'idée du sondage...
"A Lieu-Commun, ça manque de musique!". Au retour de vacances, comme nous faisions halte à Paris j'en ai profité pour rencontrer quelques communards[1], et c'est le genre d'intuition fulgurante qui a jailli. Arrivant à Londres samedi, je sacrifie au FT Weekend, et cette semaine il y a non seulement le Magazine mais encore le toujours étonnant How to Spend It, qui me permet de me jeter sur ce créneau -- à ma façon.
L'article intégral est accessible gratuitement en e-paper (pages 8 à 12), et il en vaut la peine. Il raconte comment l'esprit d'entreprise peut se marier à l'art le plus pur pour que des mécènes-investisseurs se rassemblent et mettent à disposition de violonistes de talent des instruments qui sont hors de leurs moyens. Parfois, le détenteur peut d'ailleurs le racheter à des conditions favorables, comme l'a fait Nigel Kennedy. La philanthropie ici se nourrit d'un professionnalisme (choix des instruments acquis, sélection des interprètes bénéficiaires) qui libère aussi l'artiste d'une dépendance probablement un peu oppressante, et ne perd rien à une saine approche financière: la démarche collective, coopérative, permet notamment d'absorber les inévitables accidents qui peuvent survenir aux instruments.
Et tout ce beau monde a beaucoup de plaisir au passage. Musique!
Notes
[1] Il y en a encore que je ne connais que virtuellement!
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