mercredi 12 janvier 2005
Lincoln était donc bi!
François Brutsch | 12h34 | pink power | permalien | rss
Alain Campiotti, le très militant correspondant du Temps aux Etats-Unis, n'a pas encore présenté le rapport sur le Rathergate: il lisait (accès gratuit seulement aujourd'hui) une nouvelle biographie du 16e président des Etats-Unis -- qui a tout de même l'avantage de "(courroucer) les conservateurs", puisque The Intimate World of Abraham Lincoln, par C.A. Tripp [pas un parent de Linda Tripp, tout de même?] entend démontrer irréfutablement l'homosexualité de Lincoln, marié et père de 4 enfants.
La thèse n'est pas vraiment nouvelle: c'est une réputation que Lincoln a apparemment toujours eue (et ce serait l'origine même du nom Log Cabin Republicans que se donnent les gays membres du parti du président Bush), même s'il ne figure pas dans les listes usuelles de personnalités que réclame comme siennes le mouvement gay. Mais cela ne faisait pas encore partie de l'histoire officielle, et c'est sans doute ce que ce livre recherche. La polémique a commencé il y a un mois et bat son plein ces jours (compliquée par un conflit de propriété intellectuelle avec l'historien qui devait être co-auteur du livre avant de se retirer), autour du sempiternel affrontement:
- Pourquoi voulez-vous tant que Lincoln soit gay?!
- En quoi cela vous gêne-t-il que Lincoln soit gay?!
pimenté par la discussion de la qualité du travail académique de l'auteur, lui-même gay et ancien collaborateur d'Alfred Kinsey.
Pour ceux que cela intéresse, il faut lire:
- La défense du livre par Andrew Sullivan.
- Sa critique par celui qui devait en être le co-auteur, Philip Nobile (que Sullivan démolit de manière injuste et surtout inutile en une phrase).
Autant je trouve fondamentale la connaissance de role models gays, tant pour les hétéros qui auraient des préjugés que pour les gays qui manqueraient d'estime d'eux-mêmes, autant m'agace l'obsession à ce sujet (et plus encore leur utilisation à des fins politiciennes à court terme, comme Sullivan ne peut s'empêcher de le faire au détriment des Républicains d'aujourd'hui). Mais l'affaire rappelle utilement ce qui devrait être deux évidences: de l'hétérosexualité à l'homosexualité (et vice-versa) il y a un continuum présent dans toute personne, pas une opposition absolue comme l'est, au contraire, la différenciation sexuelle entre homme et femme (une personne est irréductiblement soit l'un, soit l'autre -- et, oui, y compris celle qui se travestit ou veut adapter son corps à son moi profond); et ce qu'Andrew Sullivan, redevenant lui-même, explique avec éloquence ici:
(H)omosexuality is very easy to understand. It is exactly the same as heterosexuality, with the gender reversed.





