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Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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jeudi 8 juillet 2010

Droit d'asile pour les gays

Je voudrais pouvoir me réjouir de la décision de la Cour suprême britannique qui a accordé le statut de réfugié à deux requérants, l'un iranien, l'autre camerounais, en raison de leur homosexualité.

Ce qui m'indispose, toutefois, c'est la manière triviale dont l'un des juges a décrit la question[1]:

What is protected is the applicant's right to live freely and openly as a gay man. To illustrate the point with trivial stereotypical examples from British society: just as male heterosexuals are free to enjoy themselves playing rugby, drinking beer and talking about girls with their mates, so male homosexuals are to be free to enjoy themselves going to Kylie concerts, drinking exotically coloured cocktails and talking about boys with their straight female mates.

Si tant est que cette caricature représente un idéal, il n'est déjà atteint que dans quelques enclaves urbaines des démocraties les plus libérales. Estimer qu'en deçà on tombe dans l'oppression est se moquer de la réalité quotidienne des gays et des lesbiennes en Occident. Et c'est projeter une vision complètement fausse de la nature du statut de réfugié, tant auprès des concitoyens contribuables que des requérants potentiels et des autres candidats à l'émigration depuis un pays du tiers-monde.

Notes

[1] Qu'il le souligne lui-même ne le justifie nullement: manifestement la délibération en audience publique pousse à produire des bons mots pour la galerie et confirme ma suspicion qu'un juge suprême n'est pas un esprit supérieur aux simples mortels mais est susceptible, comme le dernier des parlementaires venus, de tenir des propos de café du commerce.

dimanche 30 mai 2010

David Laws piégé par son placard

Màj le 18.07 à 20h15

La démission soudaine du nouveau ministre britannique du budget, le libéral-démocrate David Laws, est pitoyable à bien des égards.

C'est bien sûr une tragédie personnelle. Voici un brillant quadragénaire qui s'était construit une image de chasteté vouée à la politique et se retrouve, du jour au lendemain, à devoir assumer publiquement son homosexualité vis-à-vis de sa famille à qui il la cachait et sa relation secrète (la seule qu'il a jamais eue, dit-il) avec son compagnon de longue date. Espérons que, comme lord Browne, il s'en remettra.

Tout cela parce que Laws a eu la faiblesse, la stupidité[1] et l'esprit de lucre de produire dans ses notes de frais parlementaires pour 40'000 livres de loyers payés à son compagnon. En violation d'une règle claire depuis 2006: pas de prestation à un conjoint, partenaire ou assimilé ou autre membre de la famille. Si cela s'applique aux concubin-e-s des parlementaires hétéros[2], on ne voit pas pourquoi cela ne vaudrait pas pour les gays et lesbiennes. Où il s'avère qu'hélas l'affaire des notes de frais n'a pas disparu avec la précédente législature et peut continuer de venir hanter les sortants réélus.

C'est pitoyable pour le gouvernement et le pays. Après le choc de la coalition, David Laws a été la révélation des 18 premiers jours dans son rôle crucial de mettre en oeuvre le programme d'économies du gouvernement avec une efficacité clinique, tout en assurant la plus-value lib-dem d'une attention plus soutenue à ses conséquences sociales. Cameron a manqué de caractère en ne coupant pas d'emblée cours à la polémique: il aurait pu sommer Laws de mettre en ordre sa vie et ses affaires, mais proclamer que l'intérêt du pays commandait qu'il reste à son poste.

Et c'est bien sûr pitoyable sur ce que cela révèle de l'état d'esprit de trop de gays et de lesbiennes qui n'ont pas compris que le monde a changé. En Suisse on a connu cela avec le politicien jurassien et démocrate-chrétien Jean-François Roth, mais il reste trop d'hommes et de femmes dans la politique, les médias ou l'économie qui vivent dans une hypocrisie d'autant plus confortable qu'elle repose sur la complicité tacite de leur entourage, au lieu d'assumer publiquement, pour le bénéfice de la société (homos et hétéros confondus), l'orientation sexuelle dont ils n'ont pas à avoir honte[3]: il faut en finir avec l'idée que celle-ci fait partie de la sphère privée, ce n'est pas plus vrai que le genre, la couleur de peau, l'âge, l'apparence physique ou le fait que toutes ces personnes vont aux toilettes (ce sont les détails qui, eux, sont privés!).

COMPLEMENT DU LUNDI 31, 22h45

  • Le commentaire-témoignage de Matthew Parris sur le site du Times (pendant qu'il est encore gratuit!)

I realise that I have made a serious mistake, because of my failure to be honest about my sexuality. Today has been the most difficult day of my life and I apologise to James, and to all my family, friends and constituents who I have not been honest with about who I am over all the years of my life.

I hope that others will now learn that it is time for people to be honest about their sexuality. Keeping secrets is much tougher than telling other people who you really are.

COMPLEMENT DU MERCREDI 2 JUIN à 23h15

Et comme les grands journaux anglo-saxons excellent à revenir sur une affaire (une story) sous tous les angles et points de vue possibles, aujourd'hui dans le Times nous avons droit à ce témoignage: Why I wish that I had never ‘come out’

COMPLEMENT DU DIMANCHE 18 JUILLET à 20h15

Lord Browne sur l'affaire Laws, dans le Guardian.

Notes

[1] Ou le machiavélisme égaré, s'il pensait ainsi clarifier comme non affective la relation à son "co-locataire"!

[2] Curieusement pour eux personne n'a l'air de penser qu'il relève de leur vie privée de savoir s'ils couchent ensemble ou non...

[3] On dira que c'est aussi aux autres de méditer sur les ravages qu'ils inspirent -- la famille, catholique, de David Laws, par exemple -- mais j'estime pour ma part que cette posture de victime est trop facile.

vendredi 27 novembre 2009

Une belle histoire virile

crabeauf







Presque un conte de fées. De loin, on croit avoir affaire à un vieux crabeauf qui, à coup sûr, sera phallomachomophobe. Mais son fils fait confiance au père qui s'avère être un humain royal et magnifique, qui met son incontestable masculinité au service de la lutte contre les ravages des phallomachomophobes. Et ils vivront heureux...

samedi 27 juin 2009

40 ans!

Je n'aime pas trop la figure imposée, et n'ai même pas pris le temps de réfléchir à une idée originale pour l'accomplir (on pourrait ajouter à la fin de ce billet quelques liens, n'hésitez pas à nous en signaler!)... en même temps si ce blog ne rappelle pas cet anniversaire, qui le fera? Or donc, chère lectrice, cher lecteur, le 27 juin 1969 était également un samedi un vendredi, le temps était à l'orage comme aujourd'hui à Londres et Genève, mais c'était New York: Greenwich Village plus précisément... En fin de soirée un bar gay, le Stonewall Inn, a fait l'objet de ce que l'on appelait alors un contrôle une descente de police. Mais au lieu de provoquer la fuite éperdue des clients et la honte pour ceux qui seraient attrapés, cette nuit-là a vu une révolte vigoureuse contre le harcèlement policier (la faute à la mort récente de Judy Garland, paraît-il). Dès 1970 c'est en commémoration de cet événement que s'organise, fin juin - début juillet, partout où c'est possible une Gay Pride, manifestation assertive (pour le moins) de l'existence des gays et des lesbiennes et de leur égal droit à la dignité et à la recherche du bonheur.

Pour le monde francophone, n'y a-t-il pas lieu de dater le début d'une revendication homosexuelle militante de Mai 68 plutôt que des seules années 70? Tel est mon souvenir (j'avais 13 ans en mai 68 et suivais de près les événements sur Europe1 et dans L'Express, principalement, en alternance avec le Printemps de Prague qui avait commencé en janvier et devait se finir en août), mais on enjolive parfois le passé. Quoi qu'il en soit il y a là un thème sur lequel on pourrait disserter: le pragmatisme, le souci de parler pour l'homme de la rue du mouvement anglo-saxon (qui s'est généralisé), le séparatisme "élitiste", anti-hétéro, des premières formes de la militance en France. Ne pas oublier non plus tout ce qui existait déjà avant (y compris avant la deuxième guerre mondiale, sans remonter traditionnellement à l'Antiquité grecque et romaine...), mais avec cette différence essentielle d'être strictement privé, non-universaliste.

Oui, je m'émerveille de la formidable accélération de l'histoire que représente le succès de reconnaissance du fait homosexuel, certes pas encore universel mais déjà dans toutes les démocraties libérales: moins de 40 ans des soirées clandestines à la normalité bourgeoise, avec statut reconnu pour les couples et y compris, de plus en plus souvent, acceptation que l'adoption par un individu ou un couple gay peut ne pas être pire que rester orphelin à la charge d'une institution.

Je suis sûr que Guillaume complètera ci-dessous, et tout à la fin du billet je propose donc un espace pour les liens commémoratifs.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY

Mais qu'y a-t-il à compléter: tu as dit l'essentiel. Sinon, on peut toujours revenir sur l'éternel débat qui est quasiment devenu un marronnier – à savoir faut-il être pour ou contre la gay pride – débat que les journalistes adorent reprendre chaque année en faisant comme si c'était la première fois que se posait la question. Et en rappelant bien sûr que les gais eux-mêmes sont divisés sur la question, etc. etc.

Le médias, donc le grand public ne retiennent des défilés intitulés Gay Pride que des images de créatures hautes en couleurs qui, numériquement parlant, ne doivent pourtant pas représenter plus de 1% des participant-e-s. Les braves gais moyens (si, si, ils existent, ils constituent même la majorité) sont alors tiraillés entre plusieur attitudes. Il y a l'attitude défensive ou carrément de rejet de ces personnages qui, non, non, ne sont pas représentatifs des gais et nuisent à l'image des gais ordinaire, tout comme les folles.

D'autres braves gais ressentent la même chose, tout en se sentant coupables d'avoir une attitude d'exclusion, alors qu'ils appartiennent à une catégorie susceptible d'être exclue de la société à un titre ou à une autre, à un moment ou à un autre, en un lieu géographique ou en un autre. A noter que parfois l'exclusion signifie ou (a signifié) d'être carrément exclu de la vie.

Alors pour ou contre la Gay Pride? Avec ou sans les drag queens?

L'expérience montre qu'il faudrait un nombre infini de commentaires ou de billets pour traiter de ce sujet. Disons qu'un élément de réponse se trouve ans le fait que la Pride réunit deux aspects: celui de la revendication politique et celui d'une fête qui relève du carnaval. Qui dit carnaval dit fête des fous (ou des folles): c'est un temps penant lequel on se permet tout ce qui est interdit le reste du temps. En ce sens, le carnaval est très conservateur: en faisant un seul jour ce qui est interdit le reste de l'année, en le transgressant, il ne fait qu'en souligner la légitimité et la normalité.

Les premières Prides étaient beaucoup plus subversives: les gens ont défilé dans leur tenue de tous les jours, ce qui fait qu'il y avait beaucoup de costumes cravates... Le mot Pride, qui signifie fierté, ézait aussi employé dans un sens négatif: il s'agissait de refuser, de contrer la notion de honte, de déchéance, de dépravation, de perversion, qui était attachée aux homosexuel-le-s.

A suivre (peut-être)

Liens

  • Wikipédia en anglais
  • Wikipédia en français
  • The Times Ian McKellen sur le mouvement britannique (dont l'une des organisations a pris le nom de Stonewall)
  • The Times Matthew Parris, ancien député conservateur à la Chambre des communes (il n'était pas out à l'époque -- aujourd'hui il serait simplement inconcevable que l'on ne sache pas qu'un parlementaire ou un ministre, travailliste ou conservateur, est gay, au même titre qu'on connaît son sexe, son origine ou son affiliation religieuse ou son athéisme militant!)
  • Schwulengeschichte Une encyclopédie historique en ligne pour la Suisse (en allemand seulement)

dimanche 15 mars 2009

Harvey Milk et nous (notes postmilkiennes)

Harvey Milk? Il est très loin de nous, dans l'espace, dans le temps et surtout dans les mœurs (politiques). Voilà ce que le film de Gus Van Sant fait découvrir - enfin, il fait surtout découvrir ce que le combat politique gay et lesbien a été en un lieu et en une époque précis. «Je m'appelle Harvey Milk et je suis là pour vous mobiliser!» Qui, sous nos longitudes, miserait sur ce genre de slogan? Milk, le film, nous montre aussi que nous n'avons pas eu les mêmes ennemis. Au lieu des pieuses imprécations d'une Anita Bryant, toute à la jouissance de proclamer son homophobie suave, nous avons eu, nous avons encore, la loi du silence, du bon goût et du respect de la vie privée.

Dans le film, il n'est pas question d'outing, mais de libre sortie du placard, qui pourrait être collective (supprimant au passage la problématique chérie de la dénonciation). Harvey Milk préconise cette solution avec une conviction statisticienne: les 80% de la population qui découvriront qu'ils connaissent un gay ou une lesbienne ne voteront pas dans un sens homophobe.

Harvey Milk jubile quand les ennemis se déclarent. Ce sont Anita Bryant et les siens qui mobilisent les gays. Grâce à eux, les gays paisibles consommateurs se transforment en militants qui vont déferler dans San Francisco au risque d'affrontements. Questions: Aurions-nous ici et maintenant moins de militants parce que nous n'avons plus d'ennemis? Mais alors, si nous n'avons plus d'ennemis, comment se fait-il que tant de politiques (au niveau d'un exécutif municipal ou cantonal) qui ne se cachent pas en privé, refusent d’évoquer publiquement leur homosexualité, au point de décliner d’assister à l’avant-première de Milk?

Article paru initialement dans le magazine 360° de mars 2009

dimanche 11 janvier 2009

Outing de Tintin - le revers de la médaille

Faut-il outer Tintin? Le héros de Hergé est régulièrement l'objet de outing. Le dernier en date est celui de Matthew Parris.

A mes yeux, Tintin relève davantage, dans un premier temps, de l'épithète asexué ou plutôt asexuel que gai.

Or être asexuel s'applique aussi bien aux homos qu'aux hétéros en puissance, même si cette catégorie dans laquelle on se range ou on vous range n'a pas exactement les mêmes connotations, suivant qu'on soit plutôt hétéro ou plutôt homo.

Bien des célibataires endurcis sont "physiquement" hétéros tout en ayant peur des femmes - psychologiquement, s'entend, donc peur de la relation avec une femme. ll y a ceux qui sont absorbés par le travail (intellectuel), leurs engagements sociaux (comme sauver le monde) - bref des choses tellement plus sérieuses. C'est le cliché du vieux garçon dans toute sa splendeur. Et nombreux sont les gais (et les lesbiennes) qui apparaissent comme asexuels du fait qu'ils ne peuvent afficher et vivre leur orientation.

  • Soit ces personnes n'osent pas s'avouer à elles-même leur orientation.
  • Soit elles en sont conscientes, mais n'osent pas la vivre selon tel ou tel contexte socio-cultuel qui prévaut aussi en Suisse (pas besoin d'invoquer des cas extrêmes comme l'Iran et ses gibets).

Si Tintin devait avoir été gai, ce ne serait pas une bonne nouvelle, parce que cela impliquerait une part de mensonge à soi-même ou aux autres, cela impliquerait le refoulement sexuel, bref la castration opérée par soi-même en obéissance à la culture ambiante (cf les voeux de célibat dans certaines institutions), et, sur le plan affectif, un non-épanouissement. Donc je préfère penser que Tintin a été un vieux garçon du type boy-scout attardé idéaliste naïf et généreux qui investit sa libido dans ce qui l'intéresse (aventures dans le monde entier) et qui lui fait prendre son pied intégral.

Ceci dit, rien n'interdit de compter les points qui dénotent des tendances plus homo qu'hétéro. Si on se livre à cet exercice-là, il n'y a pas photo: non seulement la relation avec Chang ressort assez netement, mais elle aussi la plus bouleversante. Hergé aurait pu et même dû leur permettre de se voir plus souvent sans que cela affecte la structure fondamentale, et la gaytitude de Tintin aurait une connototation plus positive.

mardi 26 août 2008

«Out, proud and ready to go for gold»

C'est sous ce titre explicite (Gay et fier de l'être, il vise la médaille d'or) que le Sidney Morning Herald présentait Matthew Mitcham, un plongeur de la sélection australienne, le 24 mai. Ce qui fait de lui non seulement le premier Australien, mais le premier sélectionné olympique de toute l'histoire des JO modernes à ne pas dissimuler son homosexualité. Les sportifs d'élite sont comme les évêques, ils tendent habituellement à n'en parler qu'une fois retraités. Or il y a encore beaucoup à faire pour lutter contre l'homophobie, explicite ou latente, dans le milieu sportif, comme aussi contre la mauvaise image de soi de jeunes qui se découvrent homosexuels, en panne de modèle et d'inspiration pour leur identité et leur vie future.

Et il a effectivement obtenu une médaille d'or à Pékin, aux 10 mètres, après avoir obtenu que son compagnon soit très officiellement avec lui. Tous les détails dans Têtu.

mardi 8 avril 2008

Bartholomé Tecia

En 1566, à Genève (deux ans après la mort de Calvin), Batholomé Tecia, 15 ans, était torturé, condamné à mort et exécuté pour crime de sodomie. A partir des minutes du procès, [1] Jean-Claude Humbert[2] a élaboré une pièce qui est jouée tout le mois d'avril dans un théâtre de Genève.

Ironie du calendrier: le Musée International de la Réforme de Genève va lui consacrer une soirée spéciale le 9 avril à Agrippa d'Aubigné. Un Genevois qui deviendra célèbre comme poète et conseiller du roi de France Henri IV. Or, c'est l'un des deux dénonciateurs de Bartholomé Tecia. A l'époque de ces faits, il a 14 ans.

Par ailleurs, le dernier logeur de Batholomé Tecia n'était autre que... Théodore de Bèze, le successeur de Calvin. Poursuivi par des rumeurs anti-protestantes notamment lui prêtant des moeurs contre-nature (et dans sa jeunesse, il avait écrit des poèmes homoérotiques - mais cela ne prouve rien car c'était un genre littéraire), il est resté silencieux par rapport à son jeune pensionnaire.

Bartholomé Tecia, un procès ordinaire, c'est le titre de la pièce jouée dans ce théâtre[3] Le texte de la pièce, prix de la Société genevoise des écrivains 2005, est paru aux Editions de Limargue.

Plus de détails par l'auteur sur sa pièce ici. Voir aussi l'article de la Tribune de Genève et l'article de 360°.

Notes

[1] A noter que l'auteur a eu connaissance par hasard de cette l'histoire.

[2] Un notaire genevois qui a pris une retraite anticipée qui lui permet de se livrer encore davantage à des activités d'écriture.

[3] Du 3 au 20 avril 2008. Jeudi, vendredi, samedi à 20h, dimanche à 17h.

vendredi 16 novembre 2007

Un peu de football pour changer

Ce blog l'avait évoqué en décembre 2005, en s'appuyant sur un article du Financial Times: les choses bougent, notamment en Allemagne, pour combattre l'homphobie dans les milieux sportifs. Le coming out de joueurs professionnels en activité ne s'est pas (encore) réalisé, mais Die Welt publie le témoignage de Markus Urban, un joueur pourtant prometteur qui mit fin à sa carrière abruptement il y a 10 ans en raison de l'impossibilité dans laquelle il était mis de concilier le football et son orientation sexuelle.

Pink Cross, d'où je tiens l'information, rappelle que le seul cas précédemment connu était celui de Julien Fashanu (Nottingham Forest) en 1990. Après ses confidences chèrement vendues au Sun, il avait dû fuir aux Etats-Unis -- et s'était suicidé 9 ans plus tard.

mercredi 1 août 2007

Au-delà des cris et hurlements de la Cage aux folles

M6 diffusait hier soir un épisode de La Cage aux folles, hommage à Michel Serrault oblige. Comment un gai qui se respecte peut-il ne pas honnir ce triptyque? Déjà avec la pièce originelle, la cause fut entendue une fois pour toutes, pour les siècles des siècles. A savoir qu' homosexuel = folle hurlante. La faute à Serrault. Pourtant, une majorité de gais (et j'en suis) ne peuvent s'empêcher d'adorer Serrault et le(s) film(s), tout en déplorant ce qui vient d'être dit.

  • Si la pièce et les films ont si bien passé la rampe, n'ont pas pris une ride pendant des décennies, bref sont devenus des classiques, c'est qu'ils sont d'une qualité supérieure. Au niveau des dialogues, de l'intrigue, et de la mise en scène.
  • Mais il n'y pas que de l'humour. Il y a aussi de la tendresse. Celle que les protagonistes échangent entre eux, et celle que leur porte le film. Et probablement cette tendresse est aussi suscitée chez le public.
  • Du point de vue du film, les méchants et les ridicules, ce sont les conservateurs coincés - personnifiés par Galabru - et les policiers ou agents du contre-espionnage qui représentent les vrais mecs. Certains connaissent sinon une rédemption partielle, du moins une certaine évolution.
  • Les deux héros s'assument, pour le meilleur et pour le pire. Les allusions qu'ils font (surtout Albin) à une condition douloureuse (tout en étant flamboyante) dénotent une réelle empathie du film, qui est résolument de leur côté.
  • Les allers et retours entre le masculin et le féminin ne visent pas uniquement un effet comique. Il y a des petits bijoux métaphysiques, comme cette ligne imaginaire entre l'homme et la femme sur laquelle il faut marcher pour trouver la démarche appropriée, selon l'instruction donnée aux policiers.
  • Et puisqu'on parle de métaphysique, c'est l'occasion de rappeler que Michel Serrault a d'abord suscité un grand étonnement, en France, lorsqu'il parlait de sa foi. Je n'ai pas lu toutes les interviews, mais ce serait piquant de penser qu'il a peut-être fait, par-devers lui, avant que ce ne soit la mode, un parallèle entre son coming out religieux - et la sortie du placard "classique".

lundi 30 juillet 2007

40 ans de libération homosexuelle au Royaume-Uni

Eh oui, avant Mai 1968, avant la révolte devant le harcèlement policier d'alors des clients du Stonewall, à New York en 1969, que célèbre chaque année la Gay Pride. Cela a commencé prudemment, plutôt à reculons, avec la dépénalisation des relations sexuelles entre deux personnes (pas davantage) de même sexe et seulement à un âge (21 ans) supérieur à celui de la majorité sexuelle hétéro. Mais c'est le premier pas qui est le plus difficile à franchir. On le doit notamment à Roy Jenkins, ministre de l'Intérieur du gouvernement travailliste d'alors, dirigé par Harold Wilson.

J'ai bien vu quelques articles ici ou là, mais je m'aperçois surtout que j'ai raté plusieurs émissions télévisées destinées à commémorer cet anniversaire sur Channel 4, en montrant aussi le chemin parcouru depuis. John Lloyd y consacre, sous le joli titre Gay pride and prejudice, sa chronique hebdomadaire du FT Weekend de samedi dernier.

dimanche 6 mai 2007

Pas de PD pour Bayrou

Je ne l'avais relevé qu'en note de bas de page... Mais quelqu'un s'est quand même chargé de signaler à François Bayrou que le nom de parti démocrate n'était pas très heureux, connaissant l'amour de la classe politique française non seulement pour la valse des étiquettes politiques, mais pour les sigles. On ne sait bien souvent plus à quoi ils se réfèrent: SFIO, UMP etc.

Donc le nouveau parti s'appellera dorénavant Mouvent démocrate, ou MD. Mais n'était-ce pas le nom du parti créé par Michel Jobert, ce qui ne serait pas de très bon augure? L'honneur est sauf: c'était Mouvement des démocrates[1].

Notes

[1] Le souvenir singulier que j'en ai, c'est que les statuts indiquaient en toutes lettres que le président était Michel Jobert, point. Référence du fondateur à la mystique gaulliste du chef, sans doute, mais pour des démocrates il fallait oser.

mercredi 2 mai 2007

La chute de lord Browne, roman balzacien

Au départ, c'était un sujet pour les conseils de bon sens de la baronne de Rothschild, ou une chronique d'Anna Lietti sur les pièges de la vie moderne: comment faire votre vie avec une personne que vous avez rencontrée via une agence de prostitution (fût-elle haut de gamme) et la présenter à vos amis et relations? Et comment gérer la rupture, 4 ans plus tard, considérant la différence de milieu social et de patrimoine entre vous...

Et puis ça a tourné au thriller à la John Grisham: business, médias et politique, sexe, mensonge et quatre mois de procédure judiciaire à l'anglo-saxonne, se terminant par la chute ignominieuse du patron le plus admiré de sa génération.

Au total, c'est bien plutôt un roman balzacien qui pourrait raconter 40 ans d'évolution de la société contemporaine.

Que John Browne ait partagé sa vie avec un homme est effectivement un volet marginal de l'histoire qui n'a pas posé de problème à ses collègues de BP et à ses amis, parmi lesquels Tony Blair, Gordon Brown ou Peter Mandelson, qui les ont rencontrés en tant que couple. Les conséquences auraient été les mêmes si c'était une jeune femme et non Jeff Chevalier qui, après leur rupture, se soit proposée de monnayer le récit de sa vie dans le beau monde au Mail on Sunday de manière à ternir le plus possible l'image de son ex.

Mais c'est bien pourtant l'homosexualité et le regard porté sur elle (la relation entre deux adultes consentants venait d'être dépénalisée quand Browne est sorti de l'Université, en 1969) qui l'a conduit à cacher son orientation sexuelle (ce que ne fait aucun hétéro), voire à refuser de la vivre. Et il n'est pas le seul à ne pas avoir mesuré la rapidité du changement socio-culturel intervenu en peu d'années. L'un des ressorts intimes de l'histoire est donné dans le passage suivant:

The reason Lord Browne had chosen to remain so private was the love of his mother, Paula, an Eastern European refugee from Auschwitz whose family was killed by the Nazis.

Lord Browne (...) would not come out because he did not want to upset his mother. She preferred the more conventional explanation for her son's bachelor status that he was married to his work.

vendredi 9 mars 2007

Quand l'activisme politique découvre les frappes intelligentes

En France, ce n'est pas l'intégralité des signatures à l'appui des candidatures à la présidentielle qui seront publiées, mais seulement les 500 premières tirées au sort; aux Etats-Unis (cette "démocratie" pourrie, n'est-ce pas), la liste nominative des donateurs en vue de l'élection d'un député à un parlement d'Etat peut être consultée par tout un chacun sur le web: c'est l'une des nombreuses réflexions que je me suis faites en lisant un passionnant article publié dans la revue The Atlantic[1]. Il montre comment, à côté du militantisme émotionnel de toujours, à côté de l'outil nouveau que représente le web pour mobiliser l'énergie dispersée, ces milliardaires qui révolutionnent déjà la philanthropie sont en train d'appliquer le même professionnalisme à l'utilisation de l'argent, ce nerf de la guerre vieux comme le monde, dans les campagnes politiques.

C'est l'histoire de Tim Gill, un quinquagénaire du Colorado, d'un milieu républicain traditionnel bon teint, qui a fait fortune dans les logiciels et qui, comme les Omidyar (Ebay), Bill Gates ou d'autres, a choisi de se retirer de la production pour se consacrer au bon usage de son temps et de sa fortune: pas seulement au sens égoïste du terme, mais pour les mettre au service des causes qui l'intéressent, et de la promotion du professionnalisme efficace dans un tiers secteur dont l'altruisme ne doit pas servir d'excuse à l'amateurisme.

Gill est également gay, et n'en a nullement honte. Il est l'un des promoteurs de la visibilité tranquille: simplement montrer (et faire reconnaître) que des gays peuvent aussi donner du temps et de l'argent pour des causes n'ayant rien à voir avec leurs intérêts comme minorité; on vous en avait parlé ici. Mais il en est aussi venu à exercer son regard d'entrepreneur sur la manière dont fonctionne le financement des campagnes politiques.

Cela l'a conduit à une démarche originale: délaisser (relativement) la scène fédérale pour observer, nationalement mais au niveau des Etats, les politiciens qui émergent; agir de manière strictement tactique, en fonction de la situation locale et du rapport coût/efficacité, pour stopper net ceux qui ont un programme homophobe. Non par une campagne centrée sur ce thème (au contraire: il s'agit aussi de ne pas mobiliser ceux qui les soutiendraient de ce fait): simplement en appuyant financièrement leur adversaire pour lui donner le coup de pouce décisif. Morceau d'anthologie qui ouvre l'article: le journaliste téléphonant à Danny Carroll, principal héraut de l'interdiction du mariage et autre partenariat pour les couples de même sexe en Iowa. En tant que président de la Chambre des Représentants de l'Etat, il aurait été dans une position décisive pour en faire une priorité... s'il n'avait été battu de manière inattendue. Il ne croit pourtant pas au "complot" contre lui jusqu'à ce que, tous deux connectés à la liste en ligne des dons faits à son adversaire, il découvre ces mystérieux versements de 1000$ en provenance de tous les coins des Etats-Unis...

Je m'arrête là dans la paraphrase, lisez vous-même. Bien sûr cela soulève des questions sur les campagnes négatives, le rôle de l'argent et les manoeuvres de coulisse. Mais cela ouvre aussi de nouvelles perspectives sur la stratégie à suivre pour faire reculer réellement et de manière durable les obstacles à la liberté et à l'égalité pour les gays et les lesbiennes (et ce n'est probablement qu'une illustration d'une leçon plus générale): viser l'efficacité, ne pas chercher à se faire plaisir ou à provoquer par jeu. Et cela montre une fois de plus combien le système démocratique américain est tellement plus subtil et sophistiqué qu'on le croit en Europe.

Notes

[1] Merci à Gérard de me l'avoir signalé!

jeudi 25 janvier 2007

Adoption: un clash qui ne profite à personne

Dessin de Garland dans le Daily TelegraphCela fait plusieurs jours que la polémique fait rage au gouvernement et dans les médias britanniques: les organisations caritatives catholiques actives dans le placement d'enfants dans des familles d'accueil ou pour adoption vont-elles fermer leurs portes, comme elles en agitent la menace[1]? Ou vont-elles obtenir une forme d'exemption d'une loi anti-discriminations plus générale encore que celle(s) qui existe(nt) déjà, dont l'entrée en vigueur est fixée en avril, et qui aurait pour effet, proclament-elles, de les contraindre à considérer des couples de même sexe au même titre que des couples hétéros, ce qui est contraire à leurs convictions? L'Eglise anglicane soutient la revendication de l'Eglise catholique (comme certainement les dignitaires juifs et musulmans, pour l'occasion). Et Tony Blair a maintenant pris personnellement en charge la recherche d'un compromis satisfaisant pour les deux parties...

Si je puis tenter deux analogies risquées avec des domaines qui me sont plus familiers, il me semble que la problématique n'est ni celle du refuge où l'on va choisir un chien ni celle de l'allocation d'organes prélevés sur des cadavres en vue de transplantation.

Dans le premier cas, le chien importe assez peu si les futurs maîtres ne paraissent pas manifestement incapables de le prendre en charge: c'est le client qui choisit, sur la base de "premier arrivé, premier servi", parmi les bêtes disponibles. Pour la transplantation (et même si la problématique anti-discriminatoire commence parfois à être évoquée, aux Etats-Unis, face au nombre proportionnellement plus faible de transplantés de minorités ethniques), on est dans une démarche d'objectivation, de quantification absolue de la priorité des demandeurs sur une liste, d'une part, et du taux de compatibilité tissulaire de l'organe disponible avec eux, d'autre part: l'attribution s'effectue à froid et de manière anonyme.

Rien de tout cela avec des enfants sans foyer digne de ce nom, des adultes entre disponibilité, désir et caprice d'enfant. Et au milieu des personnes en charge de prendre des décisions dans l'intérêt prioritaire des enfants et l'évaluation lucide des capacités des adultes. Si je vois bien en quoi le refus a priori d'accepter que des gays ou des lesbiennes puissent potentiellement constituer un foyer d'accueil voire une véritable famille est choquant et intolérable, je ne crois pas plus au droit d'un couple hétéro de se voir attribuer un enfant qu'à celui d'un couple homo, de sorte que je vois assez mal un dispositif juridique antidiscriminatoire dans ce domaine[2] (on peut à cet égard soupçonner l'Eglise catholique d'agiter un faux problème pour perpétuer ses préjugés, et ceux qui se dressent pour "écraser l'infâme" de tomber dans le piège du dogmatisme). A partir de là, il doit être possible d'éviter les provocations grossières du type Big Brother et gardiens de prison sadiques mettant ensemble deux détenus incompatibles, et faire en sorte que les couples gays disponibles pour adopter s'adressent de préférence à une organisation prête à les recevoir avec sympathie, non? Ou est-ce trop simple?

Le problème dont je n'entends pas parler, en revanche, ce sont les enfants en attente de placement: sont-ils attachés à une organisation particulière, religieuse ou autre? Car si celles-ci ne sont pas que des intermédiaires, le "risque" est plutôt:

  1. pour les enfants placés dans une institution catholique, que leur possibilité de trouver un foyer d'accueil s'en trouve restreinte (mais faudrait-il dès lors les fermer? et prendre par hypothèse le risque que ces enfants soient moins bien traités ailleurs en attendant qu'une famille d'accueil se présente?);
  2. que les personnes qui tiennent pour intolérable que des enfants puissent être placé dans un foyer gay fassent en sorte que ceux-ci ne transitent que par une organisation catholique: cela va-t-il engorger ces dernières?

Mais adhérer à cette dernière hypothèse, c'est manquer de confiance dans la force et la justesse du principe anti-discriminatoire à l'intérieur de la société, avoir une conception élitaire et antidémocratique de la loi tout en étant persuadé que toute exception à l'intransigeance ouvre les vannes d'une homophobie qui, comme le racisme, serait au fond perpétuellement latente. Je crois qu'il n'en est rien[3].

Notes

[1] Les évaluations sur l'effet d'une telle décision varient du tout au tout: de "seulement 4%" des cas à "un tiers" des cas les plus difficiles (ce qui n'est bien sûr pas totalement incompatible). Les partisans de l'intransigeance dans l'application de la loi font par ailleurs remarquer que les gays et lesbiennes seraient davantage disposés à prendre en charge des situations lourdes qui trouvent difficilement preneurs.

[2] Et je ne saurais blâmer les responsables qui, si réellement de telles alternatives, à qualité égale, se présentent, estiment dans l'intérêt de l'enfant de le confier à un couple plutôt qu'à une personne seule, et à un couple hétéro plutôt qu'un couple homo.

[3] Le vote du peuple suisse en faveur d'un statut de partenariat pour les couples de même sexe me conforte dans cette vision optimiste; celui-ci exclut l'adoption, mais ce qui est certain c'est que le jour où la question sera posée on ne pourra pas biaiser, il faudra bien que cela n'aille pas contre le sentiment d'une majorité populaire.


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