grains de ciel - décembre 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 27 décembre 2006

Tsimtsoum ou le repli originel

C'est encore Noël. On peut parler étoiles, chants célestes, planète jumelle et... tsimstoum. C'est pourquoi je vous rend attentifs à ce billet de notre planète jumelle - qui ne fait pas que diffuser dans l'éther les chants des sirènes centristes auxquelles mon coblogueur croyait ici que je pourrais succomber, ce qui avait valu en retour ce billet.

Le tsimtsoum apparaît donc dans une prédication reprise par ce billet de Jack, et comme c'est un sujet qui me fascine (presque davantage que le centrisme), j'ai laissé un commentaire. Le mot tsimtsoum, pour des oreilles francophones, semble tout droit sorti d'un film des Monty Python (avec les chevaliers qui disent Ni par exemple). Le tsimtsoum, c'est un mythe cabbalistique sur l'origine du monde et du mal qui ne ressemble à aucun autre, et dont la logique est pourtant impeccable. L'enseignement du tsimtsoum ne devrait pas figurer dans La cabbale en 10 leçons pour les stars et les divas car l'étrange opération qu'y accomplit la divinité pourrait traumatiser leurs âmes sensibles. En effet, dans cette cosmogonie, le Dieu (futur) Créateur qui prend toute la place se retire pour faire de la place aux créatures à venir.

Lire le billet de Jack avec commentaire.

mardi 26 décembre 2006

Fascination ambiguë pour la solitude

Peut-on filmer la solitude? La question se pose par rapport au film Le grand silence qui est un reportage de 3 heures résultant de six mois passés dans un couvent de la Grande Chartreuse, dans les Alpes. Ma réponse est non. Même pas parce que la présence d'une équipe de tournage abolit la solitude. Je dirais aussi non si tout se faisait par caméras automatiques (genre caméra de surveillance placée dans la cellule).

On peut filmer un individu en train d'accomplir seul des geste profanes et religieux quotidiens. On peut le filmer côtoyant d'autres qui vivent la même solitude. Mais on ne filme pas pour autant la solitude, qui est du vécu, du ressenti. On peut s'en faire un début d'idée à travers des paroles, un témoignage. Cela n'empêche que les images non classiques du film sont souvent à tomber, qu'il s'agisse de portraits d'humains, des bâtiments ou de la nature. Et que l'humanité, la simplicité et la tendresse des ces personnages aspirant à se rapprocher de Dieu en s'éloignant des autres[1] crèvent l'écran. Ce genre de film me rappelle donc ma méfiance pour tous les reportages classiques ou sous forme de téléréalité qui prétendent donner à voir la vie quotidienne d'un individu. Tant qu'il n'en parle pas, on ne sait pas ce qu'il y a dans sa tête.

Il est une autre solitude dont il est de circonstance de parler en ce moment. Celle des gens qui ne passent pas les fêtes en compagnie de qui que ce soit. On en a parle, on s'en occupe, des bénévoles ou des collectivités organisent des fêtes du coeur. Ai-je l'esprit mal tourné ou ai-je raison de penser ceci: plus on montre de sollicitude sincère (dans les médias par exemple, mais aussi dans les conversations usuelles) à l'égard des personnes seules, et plus on enfonce le clou pour qu'elles réalisent bien à quelle point leur condition est affreuse. Et comme les médias jouent un rôle privilégiés pour ces personnes, elles doivent croire facilement ce que l'on dit sur elles.

Mais ce genre de déclaration sincèrement solidaires a un autre effet pervers: plus on y souscrit et plus on les reprend à son compte, plus on se fait peur et plus on se prépare à trouver affreuse la solitude de Noël qui pourrait nous arriver un jour. Un antidote à ce mauvais esprit de Noël, ce sont les récits, entendus d'un conteur ou d'une conteuse, lus, ou vus en films ou de téléfilms, qui racontent comment un vieux grincheux asocial impopulaire (ou un patron inflexible) devienne aimables, se font des amis avec qui ils fêteront tous Noël à la fin de l'histoire[2][3].

Notes

[1] A l'inverse de Jésus, qui, s'il se retirait pour prier dans la montagne, ne le faisait que pour un temps limité.

[2] L'étrange Noël de Mr Jack de Tim Burton, est un chef-d'oeuvre de transposition du genre dans un monde de monstres de Halloween.

[3] COMPLEMENT DE 17h - Si nous avons vu Le grand silence samedi, dimanche, ce fut Mon meilleur ami. J'avais oublié qu'il peut aussi rentrer dans la catégorie des contes de Noël basés sur la rédemption-malgré-lui d'un solitaire. Sauf que ça ne se passe pas à Noël et que le rose du happy ending comporte quelques nuances de gris.

dimanche 24 décembre 2006

Noël est la mère des coming-out

Diana Ross: I'm coming outVoici un message qui a été donné lors de la fête de Noël du groupe des gais chrétiens de Genève.

Chers amis, vous savez que je n'intègre pas souvent le côté homo dans mes prédications. Que dans le dossier sur l'Eglise et les homosexuels de la VP Ge[1] auquel j'ai contribué, il a été souligné que je ne faisais pas de militance en paroisse. Mon idéal reste l'intégration banale des gais et des lesbiennes dans un lieu d'Eglise. Mais je me suis dit que je pourrais quand même une fois parler de Noël d'un point de vue gai.

Dans les deux dernières retraites de notre groupe, nous avons eu affaire à la théologie queer. A Bose, en 2005, j'ai retenu de la présentation qu'on nous a faite que la théologie queer était née d'une approche transgressive, de mise en question des normes établies, des schémas de pensées, des rôles masculins/féminins. C'était les années 70...

Lors de la retraite de 2006, nous avons travaillé le récit de la résurrection de Lazare. A la fin, on a aussi fait une petite incursion dans l'approche queer, qui lisait dans la résurrection de Lazare comme un coming-out. Au sens littéral: Lazare sort du tombeau comme on sort d'un placard. Mais il y avait un sens plus profond: Lazare sort de la mort... Or les placards dans lesquels nous sommes enfermés sont aussi la mort. Ne pas être soi-même, cacher une partie de sa vie qui n'est pas honteuse, qui n'est pas criminelle, c'est une forme de mort – même partielle. Donc je me suis dit après coup[2], oui, une lecture queer de la Bible peut avoir sa pertinence. Et puis son effet absurde, c'est bien une forme de l'humour gai. On réagit par l'absurde, par l'extrême, à une situation absurde: la mise au placard par soi-même.

A l'époque, j'ai lu une ou deux choses sur la théologie queer. Et j'ai vu qu'on pouvait appliquer le schéma du coming-out à d'autres thèmes. Comme Noël. J'ai même lu qu'on pouvait dire qu'à Noël, le Fils de Dieu faisait son coming-out, puisqu'il sortait du ciel. J'ai trouvé tellement hénaurme que... j'ai été partagé entre la consternation et la fascination. Je n'ai pas lu l'article plus loin. Mais ça m'a travaillé et pour finir, j'ai eu envie de me livrer à une petite expérience de pensée, histoire de voir par moi-même si et comment on pouvait parler de coming-out à Noël. Et voilà le résultat:

Notes

[1] La Vie protestante Genève, mensuel protestant

[2] Ce billet témoigne de l'évolution de ma pensée

Lire la suite

dimanche 17 décembre 2006

"Shortbus": à voir et à penser

Après avoir été inspiré pour mon dernier billet par la vente d'accessoires sexuels [1] sur la voie publique, restons dans les contenus explicites, [2] mais à valeur artistique ajoutée. Je viens de voir Shortbus, qui est une merveille des points de vue cinématographiques qui m'intéressent: fraîcheur, innovation, créativité.

C'est aussi un bijou du point de vue de la réflexion sur le sens, plus que sur les sens. Par moment on se dit, il n'y pas de sens. A d'autres moments, on se dit que le sens du film est la recherche individualiste de la jouissance égoïste, ce qu'on appelle développement personnel depuis la troisième révolution copernicienne en éthique. Bref on serait centré sur les émotions, les sentiments, les états d'âme du petit moi, l'âme plutôt que le corps. [3]Au début on est désespéré, à la fin, on jouit comme une déesse, mais, justement, l'illustration hyperbolique du happy end montre que le réalisateur n'y croit pas.

L'aspect sympathique du film, c'est qu'il n'y a pas une pure focalisation individualiste sur des corps sans relations autres que sexuelles. Le Shortbus constitue une communauté des gens qui se soucient les uns des autres. Comme dans une communauté religieuse qui applique les enseignements qu'elle proclame. Sauf que la sollicitude porte par exemple sur les progrès de la quête de l'autre, que l'on aide sur son parcours initiatique. Le film se termine en love parade, en fanfare, où tout le monde a trouvé son bonheur[4], et tout le monde est content pour tout le monde. Bref, et ce n'est pas de la provocation, le théologien ou simplement le croyant en moi est plutôt réjoui par ce film, même s'il comporte des faiblesses, de la dispersion, et des manques de cohérence, dus à l'improvisation, qui sied à une démarche expérimentale. La photographie des corps, nus ou pas, des décors, existants ou non, vaut le déplacement. Certes, on en profite plus si on n'est pas trop gêné que les anatomies masculines en action constituent un contenu explicite. Enfin, mais c'est un sujet de billet en soi, on peut être intéressé de voir comment le 11 septembre est thématisé (et Ground Zero visualisé).

Notes

[1] Autres que les préservatifs, qui ne sont pas de gadgets

[2] Comme disent les autocollants sur certains CD - avertissement légal devenu un argument publicitaire

[3] Rappel: 1ère révolution: Copernic montre que la terre tourne autour du soleil; 2ème révolution: Kant énonce que l'objet connu se règle sur le sujet connaissant (est vu à travers nos catégories); 3ème révolution - en 2 temps: 1° L'intérêt collectif passe avant l'intérêt de l'individu devient Je ne peux pas aimer les autres si je ne m'aime pas moi-même qui devient 2° Dieu est moi, la recherche spirituelle passe par mon développement personnel, tout est illusion, surtout autrui

[4] En l'occurrence sexuel, vécu en solitaire, car on ne ressens que son corps, mais c'est à travers un ou plusieurs autre-s. Dans d'autres film, la love parade exprime une rédemption ou une intégration (je pense au final de Bagdad Café)

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