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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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vendredi 11 février 2011

Perversion du tiers-mondisme de gauche

Reçu tout à l'heure un courriel qui est un exemple passablement édifiant de cette perversion idéologique[1] anti-occidentale (et en définitive anti-démocratique hélas) endémique[2] à gauche. C'est le discours[3] prononcé à la "manifestation de soutien aux luttes démocratiques et sociales dans le monde arabe" qui se tenait à Genève à 17h30 par un gourou droitdelhommiste local que je connais bien: dans les années 80, nous nous entendions comme larrons en foire pour militer au nom d'une solidarité de gauche avec les opposants des pays de l'est, jusque et y compris la joyeuse et rapide dissolution de cette structure en 1990[4]; depuis lors lui a continué d'être trotskyste, moi de me réclamer d'une gauche libérale qui m'a amené à soutenir une solidarité universelle -- et pas seulement anti-occidentale -- avec les aspirations de liberté et à défendre les interventions internationales au Koweit, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, et j'en oublie...

Tout l'esprit est dans la première phrase:

Il y a moins d’un mois, le soulèvement révolutionnaire du peuple tunisien a chassé le dictateur Ben Ali et sa clique, et cassé le premier maillon de la chaîne de satrapes mafieux qui assurent la domination occidentale sur le sud-méditerranéen.

C'est moi qui souligne: ç'aurait été trop simple d'opposer dictateurs mafieux et peuples en lutte (et carrément benêt d'invoquer les aspiration individuelles des manifestants, qui ont souvent une coloration plus prosaïque que romantique, autour de la libération de la peur et de l'insécurité et de la liberté de rechercher l'amélioration de la vie quotidienne, pour soi et sa famille). La suite propose donc un rapide tour d'horizon des "luttes" (après la Tunisie, l'Egypte et l'Algérie) articulé autour de la décolonisation inachevée, la domination occidentale et la trahison des idéaux nationaux qui viennent excuser le "retour à la religion"...

Rappelons donc que le pouvoir algérien est la continuation du FLN vainqueur de la guerre contre la France, le pouvoir égyptien du nassérisme (et il vaut la peine de souligner, pour ce qui est de la domination occidentale, que c'est l'opposition américaine qui a fait échouer le coup de force franco-britannique sur le canal de Suez, authentiquement néo-colonialiste, lui), et Ben Ali celui de Bourguiba, père de l'indépendance contre la France, dont il était le vice-président avant de le déposer pour cause d'incapacité: où est la main de l'Occident là-dedans?

Le discours se poursuit en ignorant comme de juste la réévaluation fondamentale de l'attitude britannique (discours de Chicago de Tony Blair en 1999) et, à la suite du 11 septembre 2001, américaine à laquelle j'ai fait allusion dans ce précédent billet, et noue la gerbe dans la tradition trotskyste en opérant la jonction avec les "luttes" qui "n'ont pas [encore] gagné", dans les pays de l'UE confrontés à l'impact de la dette publique...

Demain je recevrai sans doute son discours à la manifestation contre Bush et Israël.

Notes

[1] Qui me semble relever de la psychopathologie individuelle et surtout collective autour de la haine de soi et de l'envie à l'égard d'autrui: je me rends bien compte ça ne fait peut-être pas très matérialiste, mais avec tout de même une hypothèse de fondement scientifique ;-). Sur un mode plus sérieux, voir cette conférence de Norman Geras qualifiant comment il se réclame du marxisme.

[2] A intensité variable et certes rarement létale, du moins sous nos latitudes, mais sans doute impossible à éradiquer complètement.

[3] Complément de 21h25: Dans l'intérêt de la science politique, je l'ai mis en ligne sous forme de PDF; vous ne devriez pas en avoir besoin pour vous connecter normalement, mais le système réclame une connexion à un compte Google (gratuit).

[4] Une mesure élémentaire d'hygiène mentale dont, plus récemment, je ne suis hélas par parvenu à convaincre mes amis de l'association "Une nouvelle Constitution pour Genève" une fois notre revendication d'une Assemblée constituante satisfaite par les autorités et approuvée par le peuple.

dimanche 24 octobre 2010

Austérité budgétaire, justice sociale et imagination

John Rentoul[1] a sur son blog le très long texte intégral d'une passionnante interview de Danny Alexander, le ministre du budget libéral-démocrate[2], alter ego du conservateur George Osborne, ministre des finances, donnée à The Independent on Sunday.

Il faut préciser que j'appartiens à cette curieuse sous-espèce politique qu'on appelle aux Etats-Unis les Balanced Budget Democrats et que je traduirais librement par les socialistes attachés à la rigueur budgétaire; j'admets volontiers qu'à la conviction politique que ce sont en définitive les défavorisés qui font les frais d'un laxisme que ses promoteurs croient volontiers "social", "généreux" voire "visionnaire", respectivement que ceux qui en ont le moins besoin se débrouillent pour en tirer profit[3], s'ajoutent certainement des éléments de morale protestante. C'est dire que je ne vois rien à redire à la critique par Alexander de la politique budgétaire des travaillistes avec Brown comme ministre des finances puis premier ministre et de la situation de déni dans laquelle le Labour est en ce moment.

Je ne sais trop que penser de l'assertion centrale du gouvernement de coalition que le Royaume-Uni aurait "the largest budget deficit in Europe, one of the largest in the world" (elle me paraît intuitivement douteuse même en se limitant aux démocraties post-industrielles) mais je n'ai pas de doute sur le fait que des mesures s'imposaient pour empêcher que la situation budgétaire n'empire, et ce qu'Alexander défend et explique du fonctionnement de la coalition à cet égard est très intéressant.

Un point en particulier m'a donné à réfléchir: sa défense du versement (que j'ai critiqué ici) de quelques prestations financières aux retraités sans considération de revenu. Pas tant son invocation d'une sorte de parole tenue à l'égard de la génération précédente, mais son argument qu'en subordonnant la prestation à une demande pour vérifier que le revenu des intéressés est inférieur à un maximum fixé on retirerait ce montant aux 1,6 millions de retraités pauvres qui aujourd'hui omettent de solliciter une autre prestation à laquelle ils ont droit; et il précise que le coût de la mise en place d'un régime de contrôle limiterait encore l'économie budgétaire que l'on pourrait en attendre.

Cela m'a presque semblé convaincant. Jusqu'à ce que je me rappelle que les services du ministère des finances britannique[4] (et en particulier de l'administration fiscale) sont notoirement bureaucratiques, arrogants, inefficaces et peu imaginatifs[5]. Et une idée m'est venue que je voudrais tester ici: pourquoi ne pas, en effet, continuer de verser la prestation à tous les retraités par simplification, puis ajouter au bordereau de l'impôt sur le revenu le remboursement intégral (ou mieux encore coulissant selon le système intelligemment prôné pour la nouvelle prestation sociale universelle, dont le montant décroît progressivement selon un taux fixe de 65% du revenu supérieur à une limite fixée, jusqu'à extinction) par ceux dont le revenu excède une limite fixée?[6]

On aurait ainsi un versement universel, donc évitant une procédure de demande qui génère des coûts de gestion et qui effectivement exclut dans la pratique des ayants-droit potentiels, mais un coût final inférieur et un résultat plus conforme à l'idée que l'on peut se faire de la justice sociale. Mais peut-être y a-t-il quelque chose qui m'échappe, une objection évidente que je ne vois pas? Merci de me le signaler dans les commentaires.

Notes

[1] Un blairiste pur sucre étrangement égaré à la rédaction de The Independent, dont je lis avidement le blog et propage de nombreux billets au travers de Google Reader via Buzz, Friendfeed et Twitter - mais on peut aussi s'abonner directement au flux...

[2] Je ne sais pas ce qu'il en est du journal papier mais sur le site je ne trouve qu'un résumé insipide (suivi d'une liste de dix propositions de Rentoul sur lesquelles il vaut la peine de lire sur son blog ce qu'il en pense lui-même!).

[3] Une conviction regrettablement pas partagée par nombre de mes coreligionnaires!

[4] Mais n'est-ce pas le cas partout, de la même manière que les ministères des affaires étrangères sont partout conservateurs, peureux et défenseurs du statu quo quel qu'il soit? ;-)

[5] Leur ministre les a en particulier couverts quand ils ont, de manière typique, refusé d'envisager une démarche de renonciation volontaire à la prestation que Cameron souhaitait - c'est le côté boy-scout, bisounours de la Big Society.

[6] Je ne parle donc pas ici d'inclure les prestations sociales dans le revenu imposable - une chose qui pour moi tombe sous le sens, un franc de revenu est strictement le même qu'il provienne du travail, d'une pension de retraite, d'un produit financier, d'une loterie ou d'une prestation sociale - mais bien d'ajouter au total de l'impôt dû (qui peut même être égal à zéro) le remboursement en francs par ceux qui n'en remplissent pas les conditions de revenu de prestations financières dont l'Etat aurait en quelque sorte fait l'avance à tous.

mercredi 25 août 2010

Quelle gauche quand les caisses sont vides?

La campagne pour l'élection du nouveau leader du Labour arrive à son terme, et il semble qu'elle se jouera entre les frères Miliband: David, l'aîné, ancien proche collaborateur de Blair et ministre des affaires étrangères, ou Ed, le cadet, ancien proche collaborateur de Brown et ministre de l'environnement et du changement climatique. Le résultat sera déterminé par un mode de scrutin complexe puisqu'il agrège plusieurs cercles électoraux (les membres du parti, les parlementaires, les membres des syndicats, tous invités à ranger les six cinq candidats par ordre de préférence), et additionne aux suffrages directs la "préférence" restante sur les bulletins des candidats ayant eu le moins de voix, successivement éliminés jusqu'à ce qu'une majorité absolue se dégage[1].

A vrai dire David n'est pas enthousiasmant: il faut espérer qu'il se bonifiera à l'usage la cas échéant[2].. Mais tout de même le danger pour la gauche de régresser intellectuellement dans sa position "tax and spend" avec Ed, que l'on peut observer aussi bien chez Obama et les Démocrates aux US qu'en Europe continentale ou au Royaume-Uni. Philip Collins (qui fut le speechwriter de Tony Blair à Downing street) décrit bien le problème dans un article du Times (sur abonnement):

The trouble with the Labour leadership race is that it is all so last century. (...) In the discussion so far, the fin de siècle was the time of Labour glory. Those were the heady days of the grand central scheme: the New Deal for the long-term unemployed, taxes on the profits of privatised utilities, the National Childcare Strategy, Sure Start, regional development agencies and five millennium villages (no, me neither). (...) The minimum wage, the working families tax credit, more child benefit and winter fuel payments, free eye tests and the second state pension (formerly Serps). With British troops in Kosovo, even the wars were better.

This list contains a philosophy of how governments change the world. In a strategy devised and administered from the centre by brainy advisers, money is handed down de haut en bas to passive recipients. Under the uninspiring banner of "standards not structures", answerable to a target from the Treasury, the public services are told to sweat their assets a bit harder. It’s a modus operandi with three settings: compulsory, illegal or free. And because it so relies on the central State and its cash, it leaves you with nowhere to go when the money runs out. Do any of the candidates, veterans of No 10, the Treasury and spending departments, know what it means to be left-wing when there is nothing left in the kitty?

I would defend lots of the things on that list. It’s just that, as Mr Blair once said to Gordon Brown in the midst of one of their friendly chats: "You don’t change a country with a minimum wage." The task now, which is barely mentioned by anyone, is to get better performance from services that are shrinking.

Notes

[1] Une critique de ce système, qui fera l'objet l'an prochain d'un référendum en vue de l'appliquer à l'élection des députés à la Chambre des Communes, dans un prochain billet.

[2] Il signe une tribune dans le Times d'aujourd'hui (sur abonnement).

lundi 26 octobre 2009

La droite se bat pour les défavorisés

Non, ce n'est pas un lapsus[1]. Lors de la conférence annuelle du parti conservateur britannique, l'autre semaine, David Cameron est parvenu à se faire ovationner par ses troupes sur l'engagement d'agir pour lutter contre la pauvreté, tout en flétrissant le bilan du gouvernement travailliste. Cet article explique en quoi ce n'est pas seulement (même si c'est aussi) une combinaison d'art oratoire et de triangulation[2] mais la volonté d'une tendance de la droite qui a des racines profondes, des convictions et des idées.

De la même manière, et c'est là que je veux en venir, il y a ou devrait y avoir une gauche pour l'entreprise[3] ou la sécurité[4]. Voilà qui nous éloigne des discours sectaires illustrant une gauche fondée sur la haine (envieuse) des riches et une droite méprisante etcraintive à l'égard des défavorisés, les uns et les autres étant convaincus de la perversité intrinsèque de l'adversaire. Heureusement la démocratie ne fonctionne pas ainsi.

Notes

[1] Bon, la généralisation est un peu provoc'; mon premier titre était "Cette droite qui...".

[2] En anglais, de manière plus expressive qu'en français, on parle volontiers de political crossdressing.

[3] Rocard: la gauche doit se soucier aussi de la production de richesse et pas seulement de redistribution.

[4] Nécessaire surtout aux défavorisés: les privilégiés, eux, sont en mesure de se débrouiller!

samedi 5 avril 2008

Conférence des gouvernements progressistes

La tradition paraît avoir pris, puisqu'elle survit l'éloignement (certes relatif) de Bill Clinton, Tony Blair et Peter Mandelson: comme assez régulièrement depuis 2000 (après un lancement moins formel par Clinton en 1999), la Progressive Governance Conference réunit la gauche gouvernementale mondiale, ses technocrates (Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn, en particulier) et ses experts. Cette année c'est dans le Londres de Gordon Brown, sur le thème:

An inclusive globalisation: promoting prosperity for all

Vendredi c'était le colloque proprement dit et samedi la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement, avec en particulier Michelle Bachelet (Chili), Helen Clark (Nouvelle-Zélande), Kevin Rudd (Australie), Thabo Mbeki (Afrique du sud) et Ellen Johnson-Sirleaf (Liberia).

samedi 8 mars 2008

Subprime, capitalisme, économie de marché et morale

Un Michel Rocard des bons jours a publié dans Le Monde un texte qui me paraît dépasser largement l'affaire de l'UIMM qui en fournit l'accroche. On devrait l'utiliser comme catéchisme de la "gauche de marché" face aux tentations nihilistes et chimériques de l'"autre" gauche, dont des bouffées menacent occasionnellement chacun.

  • Assurant la liberté d'entreprendre, de produire et de commercer, l'économie de marché est à la fois le point d'ancrage et la garantie de la liberté tout court dans notre civilisation. Elle est vieille de plus de trois mille ans.
  • Vieux, lui, d'à peine plus de deux cents ans, le capitalisme y a ajouté – par la machine et l'épargne collectivement utilisée – un système de production de masse inouï dont on n'a jamais inventé ni l'équivalent ni le substitut.

Je suis un peu moins convaincu de la description de l'essor de l'actionnariat "organisé en fonds de pension, fonds d'investissements et fonds d'arbitrage ou hedge funds", comme si c'était deux choses différentes, comme si les fonds de pension étaient autre chose que les salariés qu'ils représentent. Mais bon.

Plus ponctuellement, j'y ai enfin trouvé l'explication de ce qui est scandaleux dans les prêts subprime [quoique: voir le commentaire d'Alexandre ci-dessous]:

une technique bancaire nouvelle consistant à prêter massivement de quoi devenir propriétaire de son logement à toute une population aux revenus moyens ou faibles, sans se soucier des possibilités de remboursement. L'espoir du gain pour les prêteurs n'est plus fondé sur le paiement des loyers, mais sur la valeur des maisons que l'on expropriera et revendra autant que nécessaire. Un million trois cent mille Américains ont été ainsi expropriés ces deux dernières années et trois millions d'autres sont menacés. (...) La rapacité bancaire s'est là débarrassée de tout scrupule découlant du fait que ses victimes étaient des êtres humains. La cause majeure de la crise est clairement l'immoralité.

lundi 10 décembre 2007

Un portail collaboratif pour reconstruire la gauche française?

J'avais le courriel dans ma boîte depuis quelques jours... J'ai quand même bien fait de l'ouvrir, ce n'est pas inintéressant: l'annonce de l'ouverture du site magauche.net par l'équipe de RéSo (réformistes et solidaires)[1].

En toute première évaluation, une sorte de Désirs d'avenir en plus ouvert (moins finalisé) et plus construit (à la fois plus ambitieux dans les fins et dans les moyens et plus simple dans sa structure puisqu'il s'oriente sur quatre axes: les propositions, les acteurs de la gauche, les témoignages en podcast et les lectures).

Tiens, à propos de lectures j'en profite pour signaler une source prodigieuse d'idées et de débats: le nouveau site La vie des idées de Pierre Rosanvallon. Stimulant!

Notes

[1] J'espère ne pas trop me fourvoyer dans le soutien à une secte, car vu de loin ils sont un peu difficiles à cataloguer...

mardi 25 septembre 2007

Gros mots: après libéral, démocrate?

Curieuse tribune d'un membre du bureau national du PS français, François Delapierre, dans Le Monde de ce matin. Il relève la situation étonnante dans laquelle "un membre du gouvernement sur cinq avait au début de l'année sa carte du PS", mais est prêt à se reconnaître des points de compatibilité avec des politiciens de droite. Et il relie à cela la difficulté du PS à trouver sur quel terrain critiquer l'action gouvernementale.

Mais au lieu de se féliciter, par exemple, que dans une société complexe on n'en soit plus forcément à une situation d'affrontement global, proche de la guerre civile, ou de se demander si ce n'est pas le PS qui a peut-être perdu le contact avec la réalité, il s'en prend à la dérive "démocrate" qui aurait affecté le parti. La première fois, j'ai pensé à un mastic: il voulait dire "sociale-démocrate", avec la nuance de mépris que cela peut comporter pour certains. Mais non, l'expression revient une deuxième fois...

vendredi 14 septembre 2007

La gauche moderne des Gracques

Retour de vacances, qui furent excellentes, merci! Et le plaisir de lire ce matin dans Le Monde le manifeste pondu par les Gracques, Pour une gauche moderne. Une société plus juste, Une politique plus vraie (5 principes) et 15 valeurs pour agir: on s'émerveille de pouvoir lire en français des choses simples énoncées tranquillement, avec clarté. Je ne peux m'empêcher d'y trouver des correspondances avec le Manifeste radical Ciel et Terre de Jean-Jacques Servan-Schreiber, la Troisième Voie de Clinton et Blair ou le Manifeste d'Euston (qui est comme les Gracques une initiative hors partis).

dimanche 26 août 2007

"On ne peut pas réfléchir dans des conditions soumises à des votes"

Une pensée profonde très juste de Michel Rocard, qu'un vieux renard comme lui feint seulement de découvrir: c'est en dehors des partis que l'on peut penser, débattre, innover, puis le rôle des partis est de faire leur choix, mettre en musique (en programme) et sélectionner le personnel politique.

C'est sur le Nouvel Obs, sponsor de l'université d'été des Gracques et qui paraît le site à suivre pour le débat sur la reconstruction de la gauche française, avec notamment ces interventions de Jacques Julliard ou de Jean Daniel, parmi plein d'autres choses.

Reformulé et complété le 27.08 à 1h48

jeudi 21 juin 2007

Bockel, c'est autre chose

Je médite ce billet depuis deux jours, mais je vais pouvoir faire court car Hugues en a déjà écrit un bon bout: il s'agit de l'entrée dans le gouvernement Fillon du sénateur-maire socialiste de Mulhouse, Jean-Marie Bockel. Qui n'a pas simplement disjoncté comme Eric Besson, qui n'est pas seulement une individualité comme Kouchner ou les autres, mais qui fait (faisait) véritablement partie de la tribu: leader local et même leader idéologique, puisqu'il était aussi l'animateur du courant social-libéral au PS (qui avait présenté sa propre motion au congrès avant de se fondre dans la majorité).

Et c'est là où le fait que Bockel a cédé à la manoeuvre de Sarkozy fait mal: pour lui qui récolte un maroquin (plutôt minable, non? Secrétaire d'Etat, pas même ministre, et à la coopération, écartelée entre Kouchner et Hortefeux), que deviennent ceux qui lui ont fait confiance? En un mot comme en cent, il les abandonne. Une pensée amicale pour Réformisme & Rénovation (aussi ici): ceux qui ne quitteront pas, dégoûtés, l'action militante devront encore plus qu'avant se justifier de ne pas être les parias du parti. Il abandonne aussi celui-ci, renvoyé à ses démons[1]: "Bockel a toujours été de droite, les sociaux-libéraux ne sauraient être de gauche"... Sans parler de son équipe municipale. Quel gâchis!

A relire aussi cette réflexion de Verel: "mûrir dans sa tête".

Notes

[1] Son attitude n'a rien du panache de la Bande Quatre quittant le parti travailliste pour aller fonder le SDP.

vendredi 15 juin 2007

Toujours la reconstruction de la gauche

Pour mémoire, Le Monde continue de publier le meilleur et le pire sur ce sujet (voir aussi ce précédent billet). Laïdi et Grunberg présentent l'antidote à l'exaspérant texte d'un blairophobe français de Londres, dont je me disais que j'aurais pu l'écrire, mais à l'endroit: pourvu qu'une scission à l'allemande débarrasse le PS d'éléments qui le plombent, la voie sociale-démocrate a "épuisé sa force propulsive" et doit aujourd'hui être dépassée à l'italienne... D'une certaine façon, 1989 conduit à refermer la parenthèse d'un clivage gauche-droite au sens étroit né en 1789, pour retrouver le clivage bien plus fondamental entre libéralisme et absolutisme ou progressistes et conservateurs.

vendredi 11 mai 2007

Gordon après Tony, c'est Benoît XVI après Jean Paul II

English translation here

Sept semaines, soit jusqu'au 27 juin! C'est le temps dévolu à la cérémonie des adieux à laquelle Tony Blair a donné un superbe coup d'envoi hier, et à la campagne lancée aujourd'hui, brillamment également, par Gordon Brown, en vue de devenir le nouveau leader du parti travailliste et le nouveau premier ministre britannique. Bien sûr, c'est dans tous les journaux, mais trouvez ici le texte intégral des interventions de Blair et de Brown, elles en valent la peine.

L'intéressant dans le discours de Brown, c'est combien il est blairiste sur le fond (d'une gauche frénétiquement modernisatrice, compétitive, individualiste), à côté d'un tempérament qui veut faire entendre sa différence de style ("governing in a different way, restore power to Parliament, I have never believed presentation should be a substitute for policy, I do not believe politics is about celebrity"). On disait qu'il se distancierait du New Labour, New Britain de Blair, eh bien non: la différence, c'est qu'il met une minuscule, "for me being new Labour means...".

S'il tient la radicale transformation de comportement qu'il annonce en promettant de s'informer directement, d'écouter et de tenir compte de ce qu'on lui dit, il peut réussir le changement complet d'image d'un Ratzinger, passé littéralement du noir au blanc en succédant, modeste et bienveillant, au médiatique Jean Paul II dont il était depuis longtemps l'arrogant et sulfureux second[1]. Benoît XVI réussit en effet à rester profondément dans le sillage de son prédecesseur tout en étant très différent, et à gagner une popularité propre qu'on ne lui soupçonnait pas.

Le mystère, c'est de savoir si Brown est véritablement capable d'inspirer une équipe et non de décider en solitaire, s'il a l'instinct nécessaire et pas seulement l'intellect, car un premier ministre gère surtout l'inattendu, et s'il est capable de gagner des élections (une interrogation qui ne pèse pas sur Benoit XVI). Ces sept semaines de campagne dans tout le pays[2] avant le vote[3] des militants d'une part, des syndicats d'autre part, et enfin de la conférence qui oindra le successeur, en donneront une bonne indication.

COMPLEMENT DU 16.05 à 21h45: Ce billet a les honneurs d'une reprise sur le blog de Reporters sans frontières, où il est même traduit en anglais.

Notes

[1] C'est un remake actualisé, mais un blog ça sert aussi à peaufiner sa pensée ou son expression...

[2] Imposées même si, comme c'est possible, la "gauche" du parti ne parvient pas à trouver les 45 parlementaires nécessaires pour aligner un candidat (après le ralliement unitaire même des blairistes les plus méfiants à l'égard de Brown), en raison de la désignation simultanée du vice-leader: il y a foule pour vouloir succéder à John Prescott.

[3] Qui n'aura cependant pas lieu s'il n'y a pas de concurrent.

mercredi 9 mai 2007

La gauche française après la présidentielle: Frêche - Cohn-Bendit, même combat!

J'avais d'abord signalé ici la tribune de Michel Rocard que publie Le Temps de Genève aujourd'hui[1]. Mais au fond il vaut la peine de renvoyer également aux propos d'un autre original, Georges Frêche, sur lesquels un lecteur de ce blog avait attiré mon attention ici[2].

Rocard expose clairement une thèse finalement conventionnelle. Je ne partage en tout cas pas son analyse que l'élection présidentielle offrait à la gauche un boulevard qu'elle n'a pas su dévaler: bien au contraire, l'évolution à droite du pays est manifeste depuis des années. Dans ces conditions aussi bien une candidature de la gauche franco-française (Fabius) que de la gauche sociale-démocrate (DSK) étaient des échecs assurés, Royal avec son profil décalé offrait la seule chance, ténue, de contrer Sarkozy[3].

Ce que Frêche propose, c'est de sauter directement à l'étape où en sont les Italiens avec le premier parti progressiste post-1989[4], issu de la fusion des ex démocrates-chrétiens de la Marguerite avec les ex sociaux-démocrates (et déjà ex communistes réformés) des démocrates de gauche.

Je ne crois nullement que la gauche française en soit capable, mais c'est un ballon qui mérite d'être lancé (même s'il vaudrait mieux pour l'image du projet qu'il soit porté par un Daniel Cohn-Bendit plutôt que par Frêche[5]). Il permet aussi de sortir de ce fantasme d'un centre distinct de la gauche ou de la droite: mieux vaut une grande force conservatrice et une grande force progressiste[6], toutes deux pluralistes mais qui toutes deux doivent tendre vers le centre pour l'emporter et gouverner.

Billet remanié de fond en comble à 12h16 (et complété sur des broutilles à 18h57)

COMPLEMENT DU 11.05 à 0h21: Et un Jacques Juillard roboratif!

Notes

[1] En me demandant si elle était aussi publiée en France.

[2] C'est finalement un entrefilet dans Le Monde de ce matin qui m'a mis sur la voie, mais il suffisait, comme de plus en plus souvent, de googler la première phrase pour trouver la source.

[3] Sauf peut-être le hara-kiri en faveur de Bayrou et encore: moi en tout cas j'aurais alors préféré Sarko (et cabdidat de la gauche, il aurait alors perdu son charme androgyne, qui dans son cas n'est vraiment qu'une métaphore!).

[4] Adhérera-t-il encore à la IIe Internationale ou non? Bien sûr celle-ci est une auberge espagnole et le nouveau parti ne ternirait pas trop son image en y allant, mais il pourrait aussi donner un signal symbolique fort que cette époque est révolue. Clinton et Blair avaient eu la tentation de lancer une nouvelle organisation internationale des partis progressistes dont le parti démocrate américain aurait été un élément, qui se poursuit toujours sous la forme de sommets des gouvernements progressistes.

[5] Qui n'est pourtant pas seulement le marchand de poissons du village gaulois dont il a l'air, mais aussi occasionnellement un intellectuel subtil, professeur d'histoire du droit....

[6] Je suis bien conscient qu'à certaines époques c'est la droite qui est progressiste et la gauche conservatrice, hélas!

dimanche 6 mai 2007

Une élection sans bavure, une défaite honorable

La chèvre s'est battue toute la nuit, mais à l'aube le loup l'a mangée. Sarkozy fait mieux que Chirac contre Jospin en 1995, il ne fait apparemment pas aussi bien que Mitterrand contre Chirac en 1988. Ou dit autrement: Royal fait presque aussi bien que Jospin en 1995, dans une situation bien plus difficile. Bref vraiment rien à regretter. A aucun moment, ni au premier tour ni au second elle n'a décroché, bien au contraire.

Le mandat de Sarkozy est clair, et il faut maintenant espérer qu'il va vraiment lui donner suite. Mais pour l'opposition aussi les choses sont clarifiées: le seul avenir du PS se place dans une gauche moderne et ouverte, en étant inventif et offensif plus près des faits et en se préoccupant un peu moins des groupuscules à sa gauche.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY du 07.05.2007. Je suis passé par hasard, à 21h, devant le café-restaurant des Bastions, dans le parc genevois du même nom, qui était le point de ralliement de la délégation UMP Suisse. Des écrans géants montraient le discours de Sarkozy avec le son. C'est donc à ce moment que j'ai pris connaissance du résultat officiel. Les gens étaient tellement modérés dans l'expression de leur joie que c'en était gênant et déprimant. Pas de cris, pas d'exclamations vraiment fortes. Juste des applaudissements. Mais ils ont chanté la Marseillaise.

J'ai aussi entendu le discours de François Hollande. Je me suis surpris à me demander s'il n'était pas soulagé à l'idée de ne plus forcément jouer les seconds rôles (croit-il, rêve-t-il, qu'elle va s'effacer?). Sa remarque ironique sur le passage des ténèbres à la lumière semblait très adéquate, et ce encore plus à deux pas du Mur des Réformateurs.[1]

Notes

[1] Sur lequel est gravée la devise de Genève, qui fait référence à la Réformation: Post tenebras lux.

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  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    • Deadly tornado hits Oklahoma City
      At least 10 people are reported to have been killed after a gigantic tornado ripped through a suburb of Oklahoma City, flattening whole neighbourhoods.
    • Gay marriage plans set to proceed
      The government reaches agreement with Labour which will allow its bill to legalise gay marriage in England and Wales to proceed in Parliament.
    • Doors co-founder Ray Manzarek dies
      Ray Manzarek, keyboardist and founder member of the 1960s rock band The Doors, dies aged 74 in Germany after a long battle with cancer.
    • Obama hails Burma leader on US visit
      President Barack Obama praises the leadership of Burma's Thein Sein after historic White House talks, but urges his visitor to halt violence against Muslims.
    • Godolphin doping scandal widens
      The Godolphin doping scandal widens as seven more horses, including St Leger winner Encke, fail new drugs tests.
    • Kirk votes to allow gay ministers
      The Church of Scotland's ruling General Assembly has voted to allow actively gay men and women to become ministers.
    • Dozens die in Iraqi bomb attacks
      More than 70 people are killed and many more wounded by car bombs and suicide attacks in one of the worst days of violence in Iraq in recent months.
    • Philpott friend in jail term appeal
      Paul Mosley, jailed for the manslaughter of six children in a house fire, is to appeal against the length of his jail term, his legal team confirms.
    • London shares reach 13-year high
      The FTSE 100 reaches its highest closing level since September 2000, with analysts saying that the index may climb further.
    • DIY 'possible cause' of house blast
      A family member carrying out a home DIY job may have caused an explosion which killed two people and left a third in hospital, say police.

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