"gay, gay..." - mars 2005 - Un swissroll

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lundi 21 mars 2005

Ne me parlez plus de salami

Les Suisses vont donc voter le 5 juin sur la loi sur le partenariat enregistré (Lpart). Ce projet de loi contient l'interdiction formelle pour un couple partenarié d'adopter et de recourir à l'insémination artificielle. Mais ce week-end, j'étais confronté à l'un des principaux arguments des adversaires de la Lpart: il faut dire non à ce projet, même s'il convient avec son interdiction de l'adoption et de l'insémination artificielle , parce que les associations homosexuelles vont ensuite revenir à la charge pour les demander. Et cela, conformément à ce qu'on appelle la tactique du salami (est-ce que qu'on parle de tactique du saucisson sec dans le reste de la francophonie?). Quand on a des revendications difficiles à faire passer, on les découpe en tranches en commençant par les plus acceptables. Quand on a fait passer la première tranche, on sert la suivante. Voici ce que j'ai répondu, inspiré par l'un des premiers pacsés de Suisse (au niveau cantonal, c'est une autre histoire):

L'argument de la tactique du salami est en effet invoqué par les adversaires de la loi sur le partenariat - or il est totalement dénué de pertinence dans le cas de notre pays. Il se trouve en effet que la Suisse est le seul pays au monde où on ne peut pas parler de tactique du salami, puisque le peuple a, potentiellement, toujours son mot à dire sur chaque changement de loi. C'est faire insulte à sa souveraineté que de penser qu'en acceptant le partenariat, il serait ipso facto amené à accepter à l'avenir d'autres changements législatifs. Le peuple reste souverain et décide de cas en cas. Les exemples abondent en la matière.

En effet, c'est exactement comme si ceux qui s'opposaient à l'assurance-maternité ou aux quotas ou aux bureaux d'égalité au nom de convictions fondées sur le libéralisme s'étaient opposés au droit de vote pour les femmes (or la majorité ne l'a pas fait), sous prétexte que cela ouvrait la porte à ce dont ils ne voulaient à aucun prix.

Mais cela n'a pas ébranlé mon interlocuteur. Pour lui, d'une part, les adeptes de la tactique du salami se défendent toujours de la pratiquer. Et d'autre part, cette analyse s'appliquerait justement au processus démocratique helvétique, puisqu'il s'agit de découper en tranches des revendications qu'on fait démocratiquement accepter petit à petit. C'est pourquoi il exigeait que les associations homosexuelles s'engagent à ne JAMAIS demander ni le mariage ni l'adoption ni l'insémination artificielle. Mais, en politique, comment prendre au sérieux de tels engagements? Et n'est-ce pas une autre manière de dire "nous ne pratiquons pas la tactique du salami"?

Encore une fois, en Suisse, le peuple est chaque fois libre d'accepter ou de rejeter l'objet qu'on lui soumet, et l'expérience montre qu'il y a bien des pilules qu'on ne peut lui faire avaler, comme celle de l'assurance-maternité.

vendredi 11 mars 2005

Les Eglises protestantes suisses réitèrent leur oui au partenariat

Dans un communiqué magistral, la Fédération des Églises protestantes vient de rappeler qu'elle était favorable à la loi sur le partenariat:

Droit à l’égalité de traitement, souci de distinguer entre les questions d’éthique et les questions de droit, sécurité juridique pour les relations stables, pas d’inconvénients occasionnés aux autres communautés de vie, renforcement de la famille: tels sont les arguments sur lesquels la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS se fonde pour justifier son adhésion à la loi sur le partenariat. La FEPS vient de publier à ce propos une brochure de «repères éthiques».

Suite du communiqué.

On peut seulement regretter que quand il est dit très justement

Renforcer le mariage et la famille: La loi sur le partenariat n’affaiblit aucunement le noyau de la communauté de vie que sont le mariage et la famille.

on ne développe pas davantage cet aspect des choses, car aussi absurde soit-elle, la menace que le partenariat représenterait pour le mariage et la famille est un des principaux arguments avancé par ses adversaires. Pour des esprits rationnels et rationalistes, il est évident qu'un statut accordé à des gens qui ne se sentent pas concernés par un mariage hétéro ne peut en rien attenter au mariage. Il aurait été intéressant que la FEPS le dise à sa manière, avec quelques lignes supplémentaires.

A noter que la prise de position intégrale sur un pdf de 20 pages peut être téléchargée à partir de cette page de site de la FEPS.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH A 12H15: Dommage en effet de ne pas avoir mis le point sur les i de mariage et famille! Il faut se souvenir que le déni de la réalité homosexuelle avait notamment pour conséquence des mariages blancs ou de convenance, suivis d'une double vie fondée sur le mensonge et la peur dont les victimes étaient tous les protagonistes (y compris le partenaire hétéro et les enfants éventuels élevés dans ces conditions). Des aberrations malsaines (et même dans le climat de tolérance et d'indifférence d'aujourd'hui je ne suis pas sûr qu'elles aient totalement disparu) qui représentent une atteinte bien plus grande à la famille traditionnelle et à l'institution du mariage hétéro que la reconnaissance d'un partenariat ouvert aux gays et lesbiennes qui s'assument -- et dont l'officialisation pourra faciliter le pas à ceux et celles qui ne s'assument pas encore.

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