droit/politique - septembre 2010 - Un swissroll

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dimanche 26 septembre 2010

L'élection du leader du parti travailliste

C'est donc Ed Miliband, hélas: à force d'hésiter[1], David Miliband a tout perdu. Mais c'est surtout du régime électoral que je veux parler ici, en me référant au détail des résultats.

Le leader du parti travailliste est choisi au travers d'une élection directe qui se déroule dans trois collèges[2]:

  • les députés à la Chambre des Communes et au Parlement européen: 266 votants
  • les membres du parti: 126'566 votants
  • les membres cotisant au parti de syndicats et autres organisations affiliées: 211'234 votants

Chaque collège a le même poids: ce ne sont pas les voix mais les pourcentages que l'on additionne pour déterminer le total final de chaque candidat.

Par ailleurs le vote n'est pas uninominal (à un ou deux tours), mais préférentiel: chaque électeur range les candidats (tous, si ça lui chante, mais ce n'est pas indispensable) par ordre de préférence sur son bulletin de vote. C'est le dépouillement qui se déroule en tours successifs jusqu'à ce qu'un candidat remporte plus de 50% des suffrages: on appelle ça AV au Royaume-Uni, Alternative Vote System.[3].

Le processus est plus facile à suivre si l'on prend le collège des parlementaires (266 votants): David a recueilli 111 premières préférences, Ed 84, et les trois autres candidats 7 (Diane Abbott), 24 (Andy Burnham) et 40 (Ed Balls). Au tour suivant, Diane Abbott est éliminée, ses 7 électeurs ajoutent 1 suffrage alternatif à Ed Balls et 4 à Ed Miliband. Et ainsi de suite, respectivement, avec les suffrages alternatifs d'Andy Burnham et Ed Balls[4], ce qui conduit David à passer au quatrième tour le cap de la majorité absolue avec 140 suffrages contre 122 à Ed.

Même scénario dans le collège des membres du parti: c'est David qui l'emporte par 66'814 à 55'992. Mais dans le collège des membres cotisant au Labour de syndicats et autres organisations proches, Ed est en tête dès les premières préférences, obtenant une majorité absolue dès le troisième tour du dépouillement (élimination d'Andy Burnham) et creusant l'écart avec David après prise en compte des votes "alternatifs" de ceux dont la première préférence était Ed Balls[5].

Et alors qu'au départ David avait 37,78% des premières préférences et Ed 34,33% sur le total des votants dans les trois collèges, le résultat final proclame Ed élu avec 50,65% contre David 49,35%, en prenant en compte les suffrages exprimés par 262 parlementaires, 122'806 membres et 199'671 syndiqués et autres.

Notes

[1] Il avait refusé de se présenter pour empêcher une élection tacite de Brown après la démission de Blair, puis finalement renoncé à le défier l'été de l'année suivante, puis reculé lorsque James Purnell lui a offert l'ultime opportunité de provoquer une révolte du Cabinet quand il était encore temps (une démarche ultérieure de deux anciens membres du Cabinet fut, elle, trop tardive et trop faible).

[2] Sauf erreur, une même personne peut disposer du droit de vote dans plus d'un collège.

[3] Pour le distinguer de l'autre variante de l'élection majoritaire uninominale qui est le STV, Single Transferable Vote, dans lequel l'électeur indique seulement un autre nom au cas où son premier choix ne figurerait pas parmi les deux candidats ayant recueilli le plus de voix (scrutin à deux tours sur un seul bulletin, appliqué par exemple pour l'élection du maire de Londres).

[4] Dont les 40 électeurs donnent 26 suffrages alternatifs à Ed et 15 à David.

[5] Il me semble que l'on pourrait contester l'application du quatrième dépouillement à ce collège, puisque le troisième suffisait à définir une majorité absolue... et dès lors la réconciliation du pourcentage global dans les trois collèges donnerait David élu! Mais bon...

samedi 25 septembre 2010

Votations du 26 septembre 2010: les affiches

Le scrutin par correspondance est en cours depuis trois semaines, demain matin les retardataires et adeptes du vote à l'urne peuvent encore se rendre à leur local de vote jusqu'à midi. Et on connaîtra les résultats dans l'après-midi. Il est donc plus que temps que je mette en ligne la traditionnelle galerie des affiches de la campagne (merci à l'ami Martin pour les photos) qui s'est déroulée en Suisse (un objet fédéral: voir la brochure officielle envoyée à tous les électeurs), dans le canton de Genève (quatre objets cantonaux: la brochure) et même plus précisément dans la commune appelée Ville de Genève puisqu'il y a également un objet municipal (la brochure).

Votation fédérale: réforme de l'assurance-chômage

De quoi faire baver nos amis français aux prises avec la réforme des retraites: on vote souvent en Suisse sur les modalités de la protection sociale car le gouvernement et le parlement proposent, mais c'est le peuple qui dispose si le référendum est demandé.

Ici les manifestations sont plus feutrées: milieux patronaux et syndicaux et tous autres intéressés prennent une part active à la discussion en amont, et la votation possible a un double rôle: elle focalise l'attention sur la nécessité de trouver un compromis satisfaisant, faute de quoi le projet sera soumis en votation populaire et risque d'échouer, et elle est la menace ultime, le joker de ceux qui ne parviennent pas à se faire entendre dans la phase préliminaire.

L'assurance-chômage avait besoin d'un assainissement financier. La touche acide du cocktail composé d'un toilettage des prestations pour diminuer les coûts et d'une augmentation des contributions tant des entreprises que des salariés pour pérenniser le système semble avoir été le resserrement du droit aux indemnités de chômage pour les jeunes: la menace du référendum n'a pas suffi pour faire reculer la droite qui trouvait la mesure raisonnable, il a donc fallu la mettre à exécution. A partir de là tout le monde s'est mis en ordre de bataille, clichés de gauche contre clichés "apolitiques" de droite, comme l'illustrent les affiches.

Et si c'est "non" l'ouvrage sera remis sur le métier, jusqu'à ce qu'une version finisse par ne pas susciter de référendum (ou un référendum marginal), à moins que l'immobilisme ne triomphe, pour un temps...

Votations cantonales: contrôle financier, organisation de la justice

Pratiquement rien sur les affiches: il s'agit de trois objets assez abstraits et peu contestés, soumis à votation non pas à la suite d'une démarche politique, mais en raison de leur nature juridique: deux modifications de la Constitution cantonale (extension de la compétence de la Cour des comptes à l'Assemblée constituante, nouvelle organisation judiciaire parachevant les profondes réformes initiées dans toute la Suisse par une révision du droit fédéral) et une loi d'application de cette nouvelle organisation judiciaire dont certaines dispositions sont également soumises au vote obligatoire en raison de la Constitution.

Votation communale: extension du Musée d'ethnographie

Avec l'assurance-chômage c'est l'autre objet phare de ce week-end et sur les affiches. Normalement, le projet devrait triompher, mais on ne peut totalement exclure une ''Tea Party'' en forme de divorce entre l'opinion et les élites et tous les corps constitués...

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