droit/politique - mai 2010 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

mardi 11 mai 2010

Retour aux fastes de la démocratie en monarchie constitutionnelle

Fin de la parenthèse 4e République: dans une impeccable chorégraphie télévisée en direct, hélicoptère et rayon de soleil à l'appui, Gordon Brown a quitté Downing Street, après avoir formé des voeux pour son successeur, pour aller présenter sa démission à la reine; peu après celle-ci a reçu David Cameron pour le nommer premier ministre, après quoi il est parti pour Downing Street où il a rendu hommage à son prédécesseur.

Un bon point à qui a eu l'idée d'intégrer les deux jeunes fils Brown au tableau: ils ont accompagné leurs parents chez la reine. Comme Tony Blair il y a 3 ans (en totale rupture avec les usages[1]), Brown tourne proprement la page en abandonnant toute responsabilité politique avec effet immédiat: la No 2 du parti, Harriet Harman, assure l'intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau leader et il y aura une élection partielle à Kirkcaldy. Cameron de son côté tient un discours plutôt prometteur sur le gouvernement de coalition fondé sur un programme commun qu'il entend constituer entre conservateurs et libéraux-démocrates: il y a gagne en tout cas une marge de manoeuvre inédite par rapport au programme de son propre parti! Reste à voir si les libéraux-démocrates, que la confortable position de parti minoritaire opposé aux deux partis de gouvernement n'a habitué ni à la cohérence ni à la discipline, tiendront sur la durée. Mais en tout cas la journée finit mieux qu'elle n'a commencé!

COMPLEMENT DU MERCREDI 12 à 23H55: Voir aussi l'addendum au billet précédent!

COMPLEMENT DU VENDREDI 14 à 13H: Quelques rectificatifs: j'avais mal vu, les enfants n'ont pas embarqué dans la Jaguar pour Buckingham Palace (ils ont été adroitement remis à une nanny après la photo-op attendrissante). Et s'il démissionne bel et bien avec effet immédiat comme leader du parti, Brown reste finalement, comme tous les premiers ministres avant lui sauf Blair, député de base.

Notes

[1] Qu'on pense que Churchill, battu en 45 et déjà âgé de 71 ans, est resté comme leader de l'opposition avant de redevenir premier ministre en 1951.

Après les élections britanniques: pire que la 4e République!

Mon scénario de dimanche était bien trop raisonnable... Pour toutes leurs protestations de ne rechercher que "l'intérêt national" et le respect du suffrage populaire (qui a clairement désavoué les travaillistes au pouvoir et placé les conservateurs en tête), les libéraux-démocrates de Nick Clegg n'ont qu'une obsession: profiter de la situation qui leur donne un rôle charnière pour tenter d'imposer une représentation proportionnelle que les deux grands partis rejettent. En deux jours Clegg est passé de Monsieur Propre à Machiavel, de rencontre secrète dans le dos des conservateurs en ouverture officielle d'une négociation parallèle avec le Labour: et que montent les enchères... L'intérêt des lib-dems se conjugue par ailleurs à cet archaïsme fascinant de la vie politico-sociale britannique: un affrontement de classe toujours vivace qui explique une véritable haine portée aux conservateurs[1].

Pour l'occasion Brown se fait enfin hara-kiri... en vue de rester trois mois de plus premier ministre dans le cadre d'une coalition hétéroclite exclusivement vouée à dénier le pouvoir aux Tories. On voudrait dégoûter les Britanniques de la proportionnelle et des tractations entre partis qu'on ne s'y prendrait pas autrement, comme le dénoncent les travaillistes qui s'expriment publiquement contre cette façon indigne de s'accrocher au pouvoir (avec l'argument très pratique que les deux partis ne manqueront pas d'être sanctionnés dans les urnes le moment venu).

Outre le mode de scrutin de la Chambre des Communes[2], ce qui est en jeu c'est aussi la structure territoriale du Royaume-Uni: la coalition anti-Tories a fâcheusement pour effet d'exclure le parti majoritaire en Angleterre du gouvernement, alors même que ce dernier est seul compétent pour les affaires intérieures[3] anglaises (contrairement aux affaires intérieures écossaises, nord-irlandaises et, dans une moindre mesure, galloises, gérées par des parlements et gouvernements distincts). On devra bien un jour revenir à la solution que le New Labour n'est pas parvenu à "vendre": la mise en place d'institutions régionales en Angleterre permettant de parachever la devolution du pouvoir de Westminster et Whitehall.

Attendons la suite: le pire n'est pas toujours sûr (et au moins la vraie nature des lib-dems est-elle apparue).

COMPLEMENT DU MERCREDI 12 à 23h55: La négociation secrète engagée entre travaillistes et libéraux-démocrates pendant le week-end dans le dos des conservateurs, officialisée par Nick Clegg et Gordon Brown le lundi, a tourné court dès le mardi matin. Il est rapidement apparu que, s'ils étaient prêts à surenchérir dans les concessions pour rester au pouvoir, les travaillistes n'offraient qu'un engagement contingent, sans commune mesure avec le programme commun de gouvernement sur 5 ans avec les conservateurs (dont une version encore plus détaillée sera rendue publique d'ici quelques jours). Outre que le compte n'y était pas pour assurer une majorité solide à la Chambre des Communes, le soutien du groupe travailliste lui-même était peu probable: nombre de MPs se sont exprimés contre en soulignant qu'ils n'avaient à aucun moment été consultés sur un dernier "coup" préparé dans les officines de Downing Street par Peter Mandelson et Alastair Campbell, tous deux non élus... Chacun des deux partis rejette sur l'autre la responsabilité de l'échec. Avec le recul, je suis un peu moins sévère avec Nick Clegg: il s'est engagé dans cette opération sous la pression de son parti, pas enthousiasmé par la perspective d'une alliance avec les Tories, et cela lui a permis à la fois de convaincre ses troupes que cette voie était sans issue et d'obtenir des concessions supplémentaires de Cameron. Bien joué donc. Le double act de Cameron premier ministre et Clegg vice-premier ministre, si inusuel pour les Britanniques, rappelle évidemment l'alliance SPD-FDP forgée entre Willy Brandt et Walter Scheel dans les années 60, ou plus récemment SPD-Verts entre Gerhard Schröder et Joschka Fischer[4].

Notes

[1] Les travaillistes sont devenus un parti pour tous, y compris la classe moyenne supérieure et les riches, mais les Tories, eux, ne sont toujours pas parvenus à dépasser les préjugés qui les stigmatisent comme parti des riches et d'une élite héréditaire, d'une manière inconnue en Allemagne pour la CDU, en France pour l'UMP ou en Suisse pour le PLR.

[2] Mais on ferait mieux d'inclure pleinement la réforme de la Chambre des Lords dans cette réflexion, en imaginant plutôt une seconde chambre aux pouvoirs réduits élue, elle, à la proportionnelle.

[3] Qui constituent l'essentiel de l'Etat moderne: éducation, santé, politique sociale, promotion économique, aménagement, transports...

[4] Toutes deux impliquaient des compromis bien plus emblématiques que l'actuelle coalition CDU-FDP d'Angela Merkel et Guido Westerwelle.

dimanche 9 mai 2010

Elections britanniques: enfin les difficultés commencent!

Jeudi soir (ou plutôt vendredi matin, car personne n'a cru à la projection annoncée à 22h,à la clôture du scrutin, sur la foi d'un sondage sortie des urnes, qui s'est pourtant révélée remarquablement exacte[1]), ils étaient tous perdants: le soufflé Nick Clegg était retombé en lieu et place du tremblement de terre politique annoncé (perte de 5 sièges pour les libéraux-démocrates, +1% des suffrages seulement[2]), le Labour était clairement renvoyé dans l'opposition (même s'il ne résistait finalement pas si mal), les Tories étaient en tête en manquant toutefois de 20 sièges la majorité absolue. Pour tous ses défauts, le scrutin uninominal à un tour n'a pas produit les aberrations arithmétiques envisagées par les experts: l'ordre des trois partis est le même en termes de nombre de sièges et de nombre de suffrages; les partis nationalistes ont été contenus; les Verts ont décroché un siège à Brighton, mais le BNP d'extrême-droite a échoué et George Galloway a perdu le siège qu'il détenait pour le parti islamo-fasciste d'extrême gauche Respect.

La fin du week-end et d'un premier round de discussion entre conservateurs et libéraux-démocrates devrait clarifier la situation: Gordon Brown devra prendre acte de sa défaite et David Cameron sera nommé premier ministre, soit pour un gouvernement de coalition soit pour un gouvernement minoritaire[3]. Le Labour était mieux préparé à l'hypothèse d'une coalition et offrait un "paquet" sérieux et crédible de transition possiblr vers le changement de régime qu'impliquerait la représentation proportionnelle, suivi de nouvelles élections. Mais (outre que ce serait une coalition des deux plus petits partis contre le vainqueur de l'élection qui ne passerait pas vis-à-vis de l'opinion) l'addition ne tient simplement pas: travaillistes et libéraux-démocrates seuls ne font pas une majorité (contrairement à une coalition conservateurs - lib-dems). Il est au demeurant douteux que tous les parlementaires travaillistes soient prêts à renoncer au scrutin majoritaire; nombre d'entre eux préféreront entrer dans l'opposition et se donner un nouveau leader.

Pour les conservateurs, le jeu est plus subtil: ils mettront de l'eau dans leur vin sur le programme du gouvernement pour tenir compte de la situation et viseront soit des réformes électorales plus limitées que la représentation proportionnelle elle-même, soit un refus de la RP par le peuple au cours d'un référendum, soit encore des élections anticipées qui permettraient de court-circuiter l'opération en leur donnant cette fois une majorité claire. Paris risqués, mais situation intéressante!

Tout le monde ici ne mesure pas encore que la RP ne se limite pas à donner aux trois grands partis une représentation plus conforme à leur popularité respective, mais qu'elle implique l'entrée à la Chambre des Communes de députés d'extrême droite du BNP, anti-européens de l'UKIP, Verts, et l'émergence d'un parti à la gauche du Labour, de sorte que des coalitions fluides deviendront la norme, à la belge ou la néerlandaise[4]. Même l'Allemagne, incarnation exceptionnelle d'un régime proportionnel fondé sur l'alternance de deux grands partis, finit inéluctablement pas évoluer, selon la logique de ce scrutin, vers une fragmentation rendant les coalitions inéluctables. Ce serait un complet changement de culture politique, quelque part l'abandon d'un élément essentiel de l'identité britannique.

Notes

[1] Projection/résultat: conservateurs 307/306 sièges, travaillistes 255/258, libéraux-démocrates 59/57 et autres 29/28.

[2] N'eût été l'attente insensée à l'égard des libéraux-démocrates, c'est en réalité un bon résultat pour un parti condamné au rôle de valeur-refuge: normalement il prospère lorsqu'il n'y a pas d'enjeu mais sa part du vote s'effondre lorsqu'on va vers une alternance.

[3] En anglais on appelle Confidence & Supply l'accord plus limité que cela suppose, correspondant à ce qu'en France sous la IIIe et IVe République on appelait le "soutien sans participation".

[4] Avec de surcroît les possibilités de chantage que cela ouvrira aux partis nationalistes, sur le modèle des partis religieux en Israël.

jeudi 6 mai 2010

Elections britanniques: le cheval à abattre

Le parlement élu aujourd'hui sera-t-il le dernier au scrutin uninominal à un tour (first past the post selon la formulation anglaise, concrète et inspirée par les courses de chevaux)? C'est peu probable, mais c'est moins impossible que ça l'a jamais été. Car le temps a fait son oeuvre et les avantages du système (un régime d'alternance qui garantit un vrai choix pour les citoyens en même temps que la stabilité gouvernementale, et une marginalisation impitoyable des extrémismes) laissent place à des effets pervers qui prennent toujours plus d'importance.

Les quelque 650 élections individuelles qui produisent la Chambre des Communes n'ont pas réellement pour but de désigner un représentant des intérêts locaux. A travers lui, c'est le choix du gouvernement qui s'effectue, et plus précisément: le parti au pouvoir sera-t-il confirmé ou perdra-t-il la majorité et laissera-t-il la place à l'opposition? En 1979, les Tories ont accédé au pouvoir avec Margaret Thatcher. Ils y sont restés jusqu'en 1997 (John Major, qui avait succédé à Margaret Thatcher, remportant contre toute attente l'élection de 1992) quand Tony Blair pour le New Labour a emménagé à Downing Street. Ce bail lui a été confirmé en en 2001 et 2005, et aujourd'hui la question posée est la suivante: les travaillistes (désormais emmenés par Gordon Brown) doivent-il rester au pouvoir ou non?

On saura bientôt si réellement la réponse est négative, et si elle produit autre chose qu'une alternance en faveur des conservateurs conduits par David Cameron: une désaffection telle à l'égard des deux grands partis qu'elle contraindrait l'un ou l'autre à un accord avec les libéraux-démocrates de Nick Clegg, dont le prix à payer serait une réforme électorale mettant fin au scrutin uninominal à un tour...

Même si ce n'est pas le cas, le système aura sans doute atteint ses limites. On savait déjà que la simplicité du vote et la clarté du choix ultime avaient pour prix une illisibilité des suffrages consolidés: le parti qui l'emporte dans la majorité absolue des circonscriptions a souvent moins de 40% de l'ensemble des suffrages, les pesanteurs sociologiques des choix électoraux individuels créent une force d'inertie qui a longtemps profité aux conservateurs mais dont bénéficient aujourd'hui les travaillistes. Comme occasionnellement lors de l'élection présidentielle américaine, le parti qui l'emporte peut ne pas être celui qui a obtenu le plus de suffrages (les projections en sièges des sondages qui donnaient Nick Clegg épaule contre épaule avec Brown et Cameron ont même illustré le cas où les travaillistes pourraient arriver en troisième position pour les suffrages tout en remportant le plus grand nombre de sièges[1]). Il y a une double explication à cela: d'une part, dans une circonscription donnée, il ne sert à rien de gagner de plus d'une voix par rapport au deuxième (les suffrages excédentaires sont "perdus"); d'autre part le scrutin uninominal ne pousse pas à voter simplement pour exprimer sa couleur politique: il invite soit au "vote tactique" (je vote pour le candidat qui a le plus de chance de battre le parti que je rejette) soit à l'abstention, car dans la majorité des circonscriptions le sortant est assuré de sa réélection. Les suffrages consolidés du scrutin uninominal ne correspondent donc pas aux suffrages qui iraient aux partis dans un scrutin proportionnel.

Au "vote tactique" en vogue depuis plus de 30 ans s'ajoute cette année, pour la première fois à une si large échelle, la "campagne tactique" qui concentre cyniquement les moyens sur les seules circonscriptions qui comptent. Le vice-président et généreux mécène (domicilié dans un paradis fiscal) du parti conservateur, Lord Ashcroft, a monté une opération de professionnalisation non seulement du marketing, mais du "reporting" de la campagne menée par les candidats, dont le financement est strictement dépendant de leur respect des objectifs-cible qu'il leur fixe; cette campagne échappe même aux instances du parti, c'est une opération personnelle de Lord Ashcroft.

Est-ce à dire que le Royaume-Uni devrait se convertir aux défauts de la représentation proportionnelle? Eux aussi se développent surtout avec le temps. La solution me paraît claire: une rotation entre les différents systèmes envisageables tous les 30 ou 50 ans...

Notes

[1] Les libéraux-démocrates s'en plaignent, évidemment, mais les faits sont têtus: s'ils n'ont pas davantage d'élus, c'est parce qu'ils n'arrivent pas en tête. Malgré ces déformations, la légitimité des élus ne me paraît pas contestable.

Calendrier

« mai 2010 »
lunmarmerjeuvensamdim
12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous