droit/politique - janvier 2008 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mardi 29 janvier 2008

Votations du 24 février 2008

Et une nouvelle collection d'affiches de campagne! Il y a cette fois de beaux sujets, et même si effectivement cela nous vaut quelques créations intéressantes, on reste un peu sur sa faim.

Une remarque préliminaire: j'ai voté mercredi 23 janvier, plus d'un mois avant la clôture du scrutin, près d'une semaine avant le début de la pose des affiches... Bien sûr, d'un côté les brochures officielles qui présentent les objets et les positions des partisans et adversaires peuvent justifier un envoi précoce si l'on part de l'idée naïve qu'elles posent les bases du débat (dans les faits préparées depuis des mois par les lobbies respectifs). De l'autre, l'envoi simultané du matériel de vote anéantit la campagne des dernières semaines (et les efforts, en particulier, des médias pour expliquer les enjeux et présenter les points de vue). Tant que cela reste cantonal, on peut s'adapter. Mais ici c'est la campagne pour les objets fédéraux aussi qui pâtit du vote précoce.

Objets fédéraux

Car il y a deux objets fédéraux dans ces votations.

  • Une initiative populaire qui s'inscrit dans la série du harcèlement antimilitariste. Cette fois, l'angle d'attaque est écolo-touristique: limiter les vols d'exercice de l'aviation militaire. A noter que les initiants sont évidemment opposés à rejoindre l'OTAN qui pourrait mettre à disposition des territoires à survoler moins densément peuplés. Est-ce parce que Genève n'est pas concernée par le oui? Pas une seule affiche ne l'illustre, et à droite personne ne prend la défense de l'armée.
  • Une loi censée stimuler le secteur des petites et moyennes entreprises, grâce à des mesures fiscales en particulier. La gauche a demandé le référendum, raison pour laquelle le peuple devra trancher.

Objets cantonaux

Ils sont pas moins de quatre (la brochure officielle, fichier PDF): une loi adoptée par le Grand Conseil (mais obligatoirement soumise au peuple en raison de sa nature constitutionnelle) et trois initiatives populaires.

  • Le lancement d'un processus de réflexion sur la gouvernance et l'Etat ("Tous ensemble tout revoir"), avec élection à l'automne d'une assemblée constituante, est le résultat d'un important travail de lobbying, appuyé par la menace d'une initiative populaire: au départ, personne n'en voulait, au Grand Conseil elle a finalement fait l'unanimité, puis devant le peuple elle retrouve l'opposition des populistes de droite comme de gauche. A signaler la résignation frileuse de ces derniers pour qui il n'y a manifestement plus rien à conquérir, seulement des "acquis" (tels... l'interdiction de la chasse!) à préserver; et ils n'ont manifestement aucune confiance dans ce peuple souverain qui sera appelé à élire les constituants, puis se prononcera par oui ou par non sur le projet de Constitution dont ils accoucheront (et même sur une seconde variante en cas de rejet de la première).
  • L'initiative pour la gratuité des transports publics, c'est l'incarnation de l'adolescence en politique: une idée superficiellement intéressante, de sorte qu'elle est redécouverte à chaque génération, avant d'être abandonnée sitôt qu'on se donne la peine de l'examiner sérieusement. Faut-il vraiment encourager piétons et cyclistes à prendre plutôt le tram?! Il est significatif que la ville d'Europe qui a les meilleurs transports publics, Zurich, a aussi les plus chers (tant pour les passagers que pour les contribuables). Du point de vue des affiches, à noter aussi que l'argumentation rationnelle s'illustre mal: socialistes et verts, grâce auxquels depuis 30 les transports publics se développent à Genève, sont bien en peine de combattre comme ils le voudraient l'initiative sur leurs affiches, laissant les murs à nos néo-communistes d'opéra de quat'sous.
  • L'initiative pour l'interdiction généralisée de fumer dans les lieux publics clos vient à son heure... au secours de la victoire inéluctable: après l'Irlande, l'Italie, la Grande-Bretage et la France, Genève va néanmoins pouvoir se croire novatrice en Suisse. Regrettable absence (graphique ou autre!) de toute opposition libertaire / libertarienne, quand même.
  • Et puis la saga des chiens dangereux méritait bien son initiative populaire...

Dernière modification: mercredi 30.01 à 20h55

dimanche 27 janvier 2008

Bernard Bertossa dans "Le Monde"

Désormais fringant retraité, l'ancien Procureur général de Genève (puis juge fédéral) s'exprime sur les entraves à la lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent, avec la rigueur et la clarté dont il est coutumier. Cela fait une belle page du Monde de dimanche-lundi.

samedi 26 janvier 2008

Le rapport Attali et la génération 68

Dans Le Temps de ce matin, Beat Kappeler salue le rapport de la commission Attali, non sans rappeler quelques souvenirs inconfortables:

Jacques Attali et ses commissaires proposent donc de changer la France, encore une fois. Attali était le conseiller du président François Mitterrand. Dans ce rôle, il avait rédigé une note au président en été 1981 sur «l'usage volontariste et quotidien du secteur public des banques», sur la nécessité «d'élever le coût des licenciements pour les entreprises» et sur le fait que «les impôts directs peuvent être indolores s'ils sont prélevés à la source». Un quart de siècle plus tard, la France s'est délestée péniblement des entreprises nationalisées par Mitterrand, son marché du travail est toujours figé par l'interdiction des licenciements qui découragent l'embauche, et les travailleurs et les patrons français souffrent des plus gros prélèvements sur les salaires de toute l'Europe. En plus, le mythe du «partage du travail» également évoqué par Attali dans ses mémoires, Verbatim, avait conduit aux 35 heures imposées à tout un pays et qui attendent d'être défaites à leur tour.

Au demeurant, l'économiste et ancien secrétaire de l'Union syndicale suisse, social-libéral sans complexe, ne lui reproche pas ses positions actuelles, bien au contraire!

Mais les réalités sont différentes aujourd'hui. Les économies nationales sont ouvertes, leurs prix et les coûts salariaux se comparent avec le reste du monde, les réseaux informatisés créent une transparence instantanée, les cartels ont disparu, les entreprises combattent en solitaires face à tout le monde. L'imbrication financière et l'importance de la confiance des investisseurs, qui peuvent fuir n'importe quand, font que la politique monétaire doit éviter toute inflation, que les dettes publiques sont dangereuses, et que toute relance par des commandes de constructions et de biens tangibles s'évapore à l'étranger par des importations. C'est un autre monde. Heureusement, la partie intelligente de la génération de 68 a compris.

P.S. Et voilà une actualité qui me permet de revenir sur l'un des sujets auxquels vous avez échappé pendant le mutisme de ce blog durant plus de 15 jours! Sans véritable raison autre que la surcharge (mais n'est-ce pas plutôt de la dispersion?) des auteurs que l'on invoque habituellement...

mercredi 9 janvier 2008

"She did it!"

Fantastique remontée d'Hillary Clinton qui, contre toute attente, remporte l'élection primaire du New Hampshire, après la victoire de Barack Obama en Iowa. Elle retrouve ainsi toutes ses chances d'être celle qui recevra l'investiture démocrate pour affronter, en novembre, le candidat républicain quel qu'il soit. Mais surtout elle sauve les démocrates d'un danger mortel: le couronnement prématuré d'un vainqueur qui n'aurait pas été véritablement exposé à la rigueur révélatrice de cette course de fond que constituent, dans le système américain, les élections primaires.

Je suis bien sûr un partisan de toujours d'Hillary. Mais je ne demande qu'à voir mes préventions à l'égard d'Obama levées: j'avais comme tout le monde été impressionné par son élection comme sénateur de l'Illinois. Un préjugé favorable terni par son opposition précoce à l'intervention en Irak pour les plus mauvaises des raisons: le souvenir (dans son cas purement théorique, ou, pour le dire plus méchamment, complaisant pour son public) du traumatisme vietnamien; mais surtout un isolationnisme égoïste (genre "La Corrèze avant le Zambèze"[1]) couplé à une vision naïve[2] et angélique[3] des moyens de combattre l'agression islamo-fasciste contre les sociétés ouvertes et démocratiques. Je me trompe?[4]

Depuis, j'ai même conçu l'impression (réversible sur pièces) que naïveté et angélisme caractérisent aussi la vision d'Obama en matière de politique sociale. Est-il au moins plus libre-échangiste que protectionniste? Je n'en sais rien. Alors que sur tous ces points je me retrouve sans problème avec Hillary. Et s'il lui manque évidemment un peu de la chaleur empathique de Bill, je suis même prêt à lui concéder l'avantage sur lui d'être moins obsédée de plaire, plus concentrée sur l'objectif.

Notes

[1] Mais "de gauche".

[2] Je bombarderai le Pakistan.

[3] Laissons faire la police.

[4] Ce qui n'est pas la même chose que de ne pas être d'accord avec mon appréciation de l'intervention en Irak!

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