droit/politique - juillet 2007 - Un swissroll

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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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vendredi 27 juillet 2007

Mnouchkine / Sarko: après le clash, l'ego mange son chapeau

Ainsi donc Ariane Mnouchkine refuse la chaire de création artistique pour l'année 2007-2008 au Collège de France, où elle a été élue le 26 novembre 2006 par l'assemblée des professeurs du Collège, parce que le décret de nomination est signé du président de la République. Ou, plus précisément, parce qu'un tâcheron de liberation.fr qui n'a pas plus de culture politique que la grande metteuse en scène a cru bon d'écrire: "Ariane Mnouchkine nommée au Collège de France par Nicolas Sarkozy".

Intolérable affront pour celle qui ne veut pas passer pour la collaboratrice de Sarko (et l'on soupçonne qu'il y a autant de rébellion devant la suggestion d'un lien de subordination[1] que de référence à la Résistance: la gauche Brétécher a encore quelque chose à apprendre aux sociaux-démocrates voire -libéraux!). Triomphe du people, il n'y a plus de fonction présidentielle, distincte de celui qui l'occupe, non seulement pour Nicolas mais aussi pour ses adversaires: on ne prête qu'aux riches. Et Mnouchkine en vient à confondre sa piteuse incompréhension d'un mécanisme administratif avec la captation par Sarko de la libération des infirmières bulgares!

COMPLEMENT DE 19H: Ariane Mnouchkine revient sur sa décision. Contrairement aux narcissiques refus de médailles que quelques intellectuels ou artistes croient devoir signifier occasionnellement au gouvernement britannique ou à la souveraine, y aurait-il un salaire non négligeable attaché à cette chaire dont on nous dit qu'elle est "à plein temps"?

Trackback manuel: c'est un plaisir de lire ce que cette Affaire a inspiré à Jules de Diner's room et à ses visiteurs.

Notes

[1] Doublé d'un évident mépris pour le suffrage universel, comme de juste... Signé Chirac, par contre, ça n'aurait gêné personne.

dimanche 22 juillet 2007

La négative attitude émanant de l'adjectif 'libéral'

En Suisse, comme le confirme cet article du Temps, la mode est au syntagme {substantif/adjectif quelconque} + {libéral}: Verts libéraux[1], Ecologie libérale, et même Droite libérale[2]. L'inverse existe aussi[3].

Le mot 'libéral' a beau provoquer des vibrations a priori positives chez moi, force m'est de constater qu'en certaines de ces occurrences, il semble être investi d'une fonction négative et véhiculer le message: Nous sommes des écolos-pas-de-gauche. Dans la formule plus développée, c'est: Quand il ne s'agit pas d'écologie (qui est cependant pour nous la priorité), nous ne votons pas avec la gauche.

Dans ces invocations-là, on n'entend pas l'écho de déclarations originelles fondant la dignité de l'être humain dans sa liberté et sa responsabilité, dans l'ouverture et le progrès, c'est-à-dire dans l'affranchissement par rapport au dogme[4], par rapport à l'arbitraire du Roi ou de l'Etat. Dans ces professions de foi-là, on ne trouve pas valorisée la libre circulation des biens et des idées, dont la possible expression et mise en concurrence exclut les monopoles, qu'ils soient dans la distribution des marchandises ou dans la diffusion d'une pensée (qui devient unique)[5].

Ceci dit, sachant, d'une part, qu'il faut un quota d'esprits conservateurs pour maintenir notre maison Terre habitable et empêcher qu'elle ne devienne une décharge, et sachant, d'autre part, que les libéraux qui commencent en progressistes finissent souvent en conservateurs (ne serait-ce qu'en conservateurs des libertés ou des valeurs qui les promeuvent), on ne fera pas davantage la fine bouche devant tout ce qui contribue à saper le monopole de la bonne conscience.

Notes

[1] Dont le site n'est qu'en allemand car ce parti n'existe qu'en suisse alémanique pour l'instant.

[2] Une singularité genevoise que le monde nous envie et qui a moins fait parler d'elle depuis son score nul aux dernières élections municipales.

[3] Cf., dans le canton de Berne, la liste des Libéraux Sociaux, sous-apparentée avec celle du déjà très centriste Parti Démocrate Chrétien, dans le but de draîner des voix jeunes et urbaines.

[4] Cf cette prise de position sur les OGM.

[5] Autre exemple de cette négative attitude: dans un de leurs papiers relatifs à leurs positions fondamentales (pdf Liberal), les Verts libéraux proclament que si l'écologie et l'économie sont en conflit, ils donneront priorité à la première. Cela relève du bon sens, mais en même temps c'est expédier les choses un peu rapidement, comme certains populismes.

vendredi 20 juillet 2007

Les pompiers fumigènes sortent l'édredon

Depuis ce matin, à Londres, on n'entend et ne lit que les réactions et commentaires les plus divers (la police, les suspects, l'auteur de la plainte, le premier ministre, l'opposition...) à la suite de la décision du Crown Prosecution Service de n'engager aucune poursuite à l'issue de l'enquête à grand spectacle sur la prétendue vente de sièges à la Chambre des lords en échange de dons aux partis politiques... mais la décision elle-même ne sera publiée que cette après-midi (la voici, avec une explication détaillée)! Vous avez dit fin du spin?

Il s'agit plutôt d'une tentative de limiter les dégâts d'un exercice absurde qui a empoisonné l'atmosphère des derniers mois de l'administration Blair -- désormais blanchie. L'ouverture d'une enquête[1] était probablement inévitable pour ne pas donner naissance à la rumeur qu'on étouffe une affaire, mais dans le même mouvement elle gonfle une rumeur tout aussi fausse de corruption. Et nombre de ceux qui ne demandaient qu'à y croire se ne laisseront pas détromper par l'annonce d'aujourd'hui. Un gâchis annoncé (je vous en ai parlé ici, et surtout là).

Pendant ce temps Chirac dégage joliment...

COMPLETE le 21.07.

Notes

[1] Quand bien même il était évident dès le départ qu'il n'y avait pas d'infraction pénale, mais tout au plus des échanges de bons procédés qui n'avaient rien de contractuels. Au point que, selon un mécanisme usuel, on peut se demander si la pression policière n'a pas sciemment cherché à pousser à la faute les suspects dans l'espoir de pouvoir au moins leur reprocher un cover up, sans succès.

mercredi 18 juillet 2007

Variations sur la continuité et le changement

L'amour propre d'un François Mitterrand l'empêchaît de reconnaître qu'il avait "changé de politique" dès 1983 par rapport à celle sur laquelle il avait été élu en 1981. Un George Bush a changé de politique, mais ce sont ses adversaires qui refusent de voir que, d'unilatéraliste isolationniste avant le 11 septembre 2001, il est devenu un interventionniste multilatéraliste. Nicolas Sarkozy a été élu pour assurer une paradoxale rupture dans la continuité, et pour le moment il s'y emploie avec une belle énergie.

Gordon Brown c'est encore autre chose: il s'efforce de marquer la différence par rapport à Tony Blair, mais dès que l'on sort du style et du tempérament, on est bien obligé de voir qu'il n'y a aucun changement de fond. On vient d'en avoir trois illustrations.

  • Le ministre de la coopération, Douglas Alexander, est allé aux Etats-Unis prononcer un discours dont les médias britanniques ont souligné qu'il marquait une rupture avec l'ère Blair en mettant l'accent sur la coopération multilatérale et la diversification, au-delà de la force militaire, des moyens d'action engagés. Je ne suis pas en position de dire si les journalistes ont pensé cela tout seuls ou si, comme c'est pratique courante, cette interprétation leur a été suggérée par une explication de texte de la part des chargés d'information du Ministère. Toujours est-il que, dans sa brutalité, elle risquait d'être mal reçue à Washington. Et c'est Gordon Brown en personne qui s'est employé à déminer le terrain en déclarant qu'il n'y a aucun changement, que ce discours est la réaffirmation de la ligne constante du gouvernement britannique. Ce qui est parfaitement vrai: là où les anti-blairistes ne voient qu'alignement aveugle ("caniche"), les blairistes affirment une vision stratégique de partenariat ("chien guide d'aveugle", a écrit Irwin Stelzer, qui pousse la métaphore hyperbolique dans l'autre sens).
  • L'une des nominations symboliques du gouvernement Brown a été celle de Mark Malloch Brown comme sous-ministre aux affaires étrangères: ancien bras droit de Kofi Annan au secrétariat général de l'ONU, il le défendit bec et ongle dans l'affaire de corruption et de détournement de fonds autour du programme "Pétrole contre nourriture" en Irak et fut un critique féroce de l'administration Bush et de l'intervention en Irak. Dans une interview, il vient de déclarer que, dorénavant, le président des Etats-Unis et le premier ministre britannique ne seront plus des siamois, "attachés par la hanche". Cette fois c'est le ministre des affaires étrangères, David Miliband, qui est allé répéter fermement à la télévision dimanche qu'il n'y avait aucune réorientation, que l'alliance entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni demeurait inchangée.
  • Outre la politique étrangère, c'est sur la transformation des services publics pour les rendre plus conformes aux attentes des citoyens consommateurs que la politique du New Labour a suscité des mécontentements chez les conservateurs de gauche. Dans un mouvement qui leur donne apparemment satisfaction, le gouvernement Brown annonce renoncer à la série de plus de 100 objectifs chiffrés assignés unilatéralement par le gouvernement dans tous les domaines et à tous les niveaux de l'action publique. Mais c'est une évolution qui se préparait depuis deux ans, pas une rupture. Et loin de changer, la méthode est approfondie, elle sera d'autant plus détestée par ceux qu'elle rebute dans l'administration et les services publics (alors qu'elle marque effectivement une amélioration méthodologique notable): dorénavant le gouvernement conclura une trentaine de contrats de prestations comprenant quelques grands résultats attendus, et ce sont les acteurs eux-mêmes qui devront déterminer, au niveau dont ils sont responsables, les objectifs et indicateurs de performance qui en découlent...

Au mieux c'est de la maladresse de la part de Brown et de ses supporters, au pire du double discours pour jouer sur les deux tableaux. La susceptibilité des "blairistes" sera peut-être blessée (ils s'en remettront) mais les aigris du New Labour qui attendaient impatiemment le changement en seront pour leurs frais. La vraie inconnue, c'est l'impact, en dehors de la classe politique britannique, pour la place du Royaume-Uni dans le monde (les Etats-Unis paraissent maintenant tout disposés à collaborer avec Sarkozy...) et l'image du gouvernement travailliste dans l'électorat. Pour le moment sa grande chance, c'est l'état pitoyable du parti conservateur.

dimanche 8 juillet 2007

Ouverture ou présidentialisation?

Décidément, Nicolas Sarkozy s'y entend à déranger! Au point de faire perdre le sens commun aux socialistes, qui en viennent à mélanger des situations complètement différentes et à vouloir "punir" certains des leurs par simple bêtise. Reprenons.

Eric Besson est un transfuge; il a eu son chemin de Damas qui l'a conduit de Royal à Sarkozy: c'est une chose. Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch, Fadela Amara sont des personnalités qui en réalité n'engagent qu'elles-mêmes; chacune dans son domaine de compétence, elles ont été convaincues par Sarko qu'elles pourraient travailler avec lui, et ont accepté de devenir ses subordonnées: elles pensent pouvoir inspirer et mettre en oeuvre la politique à laquelle elles croient personnellement, mais en définitive cela ne vaudra que si elles le convainquent[1] (si ce n'est pas le cas, il leur restera la douloureuse décision de partir ou de rester). Jean-Marie Bockel, comme je l'ai déjà souligné, est le seul vrai débauchage d'un responsable élu, sans même l'honnêteté d'un Besson.

Tous ceux-là sont désormais liés par la solidarité gouvernementale. Rien de tel, en revanche pour un Hubert Védrine chargé d'une mission sur la mondialisation, ou un Jacques Attali sur la coopération au développement: par définition, eux ne sont liés en rien, ne sont subordonnés à personne, bien au contraire on leur demande d'exprimer leurs idées, sous leur propre nom (dont le président et son gouvernement pourront ensuite faire des choux et des pâtés). On comprend le sentiment des UMP qui se disent "chez nous il n'y a pas que des cons", mais bien stupides seraient ceux qui refuseraient une telle offre. Et si la gauche a quelque chose de spécifique et d'intelligent à dire sur le sujet, elles aurait bien tort de ne pas dire "chiche". Il en va de même pour la commission de réflexion sur la modernisation des institutions pour laquelle Jack Lang[2] est pressenti aux côtés d'Edouard Balladur (ancien premier ministre qui réussit la performance d'être considéré comme centriste ou libéral alors que son pedigree gaullo-pompidoliste est impeccable) et Pierre Mazeaud (ancien président archéo-gaulliste du Conseil constitutionnel): on ne lui demande en rien de se renier, seulement d'apporter sa vision critique et créative.

Le soutien à une candidature de Dominique Strauss-Kahn comme directeur du FMI est encore dans un troisième genre: c'est plutôt si Sarko s'y opposait qu'on serait dans un scandaleux règlement de compte franco-français[3] au détriment d'un processus normal de désignation de candidats puis de sélection parmi les quelques papables à ce genre de poste, tous plus ou moins anciens ministres des finances.

Plus profondément, la démarche de Sarko me paraît cohérente dans l'inflexion de la pratique institutionnelle, toujours moins parlementaire et plus présidentielle (et la "bronca" socialiste dénoter un profond malaise qui souligne l'attachement archaïque au parlementarisme façon IVe, tellement plus "collectif"). Le parlementarisme postule le dualisme majorité/opposition et sa montée en épinge, la figure unitaire, polarisatrice du président pousse, elle, au rassemblement le plus large possible[4]: Giscard l'avait théorisé avec ses "deux Français sur trois", Rocard avait tenté de le mettre en pratique comme premier ministre mais en fut empêché par Mitterrand. Dès lors le débat se reporte sur chaque objet (et sur les faits et les effets[5]) au lieu de renvoyer au "grand tout primordial" (et à la seule idéologie tenant lieu de prêt-à-penser). Dans un régime fondé sur l'indépendance entre l'exécutif et le législatif, l'exécutif s'efforce par nature d'élargir son assise, de séduire la minorité sur la forme ou sur le fond, alors que le régime parlementaire pousse au fond à souligner ce qui sépare majorité et opposition. Elle implique aussi que, contrairement à l'usage français né de la nature encore mixte de la Ve République, en cas de majorité parlementaire ne coïncidant avec la couleur politique du président[6], celui-ci ne devienne pas impuissant pour autant, ne perde pas la responsabilité de l'exécutif et du choix des ministres: on l'a vu régulièrement aux Etats-Unis, lorsque le président n'a pas de majorité au Congrès il ne cesse pas pour autant de nommer les ministres de son choix, de de son bord (simplement ils se montrent aptes à composer et ils appliquent une politique le cas échéant sérieusement revue).

Et ça, je me demande si les Français sont prêts à l'accepter, tant c'est une prise en compte de la complexité de la vie en société qui paraît contredire le simplisme des conceptions politiques en vigueur...

Notes

[1] Le vrai précédent, ici, c'est Françoise Giroud qui après avoir appelé à voter Mitterrand contre Giscard d'Estaing en 1974 s'est laissée convaincre par celui-ci d'accepter un secrétariat d'Etat à la Condition féminine (en quoi elle a eu à mon sens entièrement raison).

[2] Dont les paillettes tendent à faire oublier qu'outre son expérience gouvernementale il a aussi été prof de droit public.

[3] Peut-être se souvient-il de l'erreur de la droite, après 1988, qui a refusé tout concours quand Jospin a été tenté d'abandonner la politique active au profit d'une ambassade au Mexique...

[4] Y compris quand le président polarise négativement, cf. Bush en ce moment: dans ce cas même sa majorité préfère s'afficher avec la minorité! ;-)

[5] Personne ne détenant la seule vérité, ou ayant juridiquement tort parce qu'il serait politiquement minoritaire, mais chacun contribuant au débat au gré de la force de ses idées et de ses expériences ou de celles des électeurs de sa circonscription.

[6] Ce que l'actuelle succession de l'élection présidentielle et de celle de l'Assemblée nationale ne rend nullement impossible: un président élu de justesse, une majorité faible ou relative, et tant que la dissolution existe la possibilité qu'elle soit utilisée, recréant une dissociation entre les deux élections, et bien sûr le risque qu'elle ne se traduise pas par le résultat attendu...

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