droit/politique - mars 2007 - Un swissroll

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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 28 mars 2007

Royal dans le texte

Si j'avais des états d'âme sur ma candidate favorite à la présidentielle française[1], la page d'extraits de son livre Maintenant publiée par Le Monde me donnerait des occasions de me remobiliser. Tant le ton que le contenu des réponses de (Marie-)Ségolène Royal à Marie-Françoise Colombani, éditorialiste à Elle[2], donnent d'elle une image plus profonde et plus nuancée que celle qui ressortait jusqu'à présent de la campagne.

Sur Mai-68, elle souligne notamment: "Il a dépoussiéré la gauche. Il a accéléré la déstalinisation des esprits. Il a permis l'affirmation d'un antitotalitarisme de gauche qui était, avant cela, bien minoritaire et bien peu audible." Partant du discours de Ratisbonne de Benoît XVI[3], elle est carrément intéressante à propos de l'islam, la chrétienté et l'Europe. Mais c'est surtout à propos de l'adhésion de la Turquie à l'UE qu'elle articule une pensée cohérente, progressiste, l'habileté n'étant pas un défaut: "J'y suis favorable sur le principe mais pas maintenant", réaffirmant la vocation de ce pays à rejoindre une Europe qui "n'est pas un territoire mais un projet politique" en démontant avec force le préjugé religieux et en argumentant la thèse géostratégique. Bayrou le pseudo-europhile qui la renvoie dans un "deuxième cercle"[4] se retrouve à bon droit isolé sur la ligne la plus étroitement démocrate-chrétienne!

COMPLEMENT/REPONSE DU CHRONIQUEUR THEOLOGIQUE DE SERVICE DU 29.03.2007. Moi qui déteste le girouettisme et l'absence de ligne d'un Chirac, je n'arrête pas de changer de candidat/e-pour-qui-je-voterais-si... Ces derniers propos de Ségolène Royal seraient de nature à me ramener dans son giron. Voilà donc une socialiste qui non seulement semble avoir lu attentivement le discours de Ratisbonne, mais a su en dégager le point central. (Je veux croire que c'est d'elle et non d'un-e conseillèr-e.) Ce en critiquant sans heurter de front, faisant triompher une modération empreinte de fermeté. On est proche des vertus centristes, et à l'opposé du ton de prédication pathétique trop souvent employé à l'intention de la foule. Car je n'ai jamais encaissé le coup du "serment", inflation langagière contre-productive à la limite du blasphème selon la Bible[5].

Notes

[1] Et il faut bien reconnaître que cela m'arrive parfois... D'ailleurs pas sur ces "sujets de société" sur lesquels elle a bien raison de prendre les bobos à rebrousse-poil, mais plutôt sur sa capacité à renouveler le discours et la pratique de la gauche française en matière économique et sociale, alors que de temps à autres reviennent des archaïsmes (à droite Sarkozy présente d'ailleurs la même promesse et le même travers!). Mais un pari est un pari, ce n'est pas gagné d'avance: le mien est d'abord que, davantage que Dominique Strauss-Kahn, elle peut l'emporter au second tour face à Sarko, et ensuite qu'elle est susceptible, par sa liberté et son parcours, d'apporter à la gauche un pragmatisme plus radical que le trop prudent DSK. Et cette dépêche me réconforte sur ce plan là également!

[2] Est-il inconvenant de se demander si le directeur du Monde lui est proche ou si c'est seulement une homonymie? Pour ceux qui renvoient dédaigneusement à Voici, il y a des précédents prestigieux: Hélène et Pierre Lazareff, Françoise Giroud et JJSS... Et je me suis bien gardé de formuler la question inverse qui ferait de Mme l'accessoire de M.!

[3] Sous réserve de ce que trouvera éventuellement à y redire mon chroniqueur théologique favori...

[4] Ne sait-il pas qu'il existe déjà et n'est pas satisfaisant pour la Turquie? C'est l'Espace économique européen, qui s'applique à la Norvège, à l'Islande et au Lichtenstein.

[5] Cf. Deutéronome 23, 22-24; Matthieu 5, 33-37 et Jacques 5, 12.

samedi 24 mars 2007

La tentation Bayrou: pour quelle présidence?

Par Jean-Daniel Delley

A l’intérêt que suscite le projet de François Bayrou de casser la stérile logique d’alternance répond la crainte de voir un président privé de majorité parlementaire. L’espoir de briser le monopole du pouvoir aux mains d’un seul parti se ternit dès lors que le chef de l’Etat ne disposerait pas d’un soutien fidèle à l’Assemblée nationale. Et alors?

Il vaut la peine de relire la Constitution de 1958 et de se remémorer les intentions qui ont justifié l’organisation des pouvoirs. Le président endosse le rôle d’un arbitre, il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs et la continuité de l’Etat (article 5). C’est au gouvernement qu’il incombe de disposer d’une majorité parlementaire pour déterminer et conduire la politique de la nation (article 20). C’est la pratique du général de Gaulle, poursuivie par ses successeurs, qui a perverti la lettre et l’esprit de la Constitution. Le siège du gouvernement s’est déplacé à l’Elysée. Matignon et la majorité parlementaire ne fonctionnent plus que comme les relais du prince. L’arbitre s’est mué en un chef de clan qui, sous prétexte d’une légitimité populaire – bien fragile si l’on considère le score des élus au premier tour depuis 1965 – concentre tous les pouvoirs, en violation du principe fondamental de la démocratie qui en postule la séparation. Les programmes et les prétentions des candidats actuels reflètent bien cette dérive institutionnelle: ils promettent à la première personne, comme s’ils endossaient tout à la fois les fonctions gouvernementale et parlementaire, quand ce n’est pas tout simplement administrative. Les face-à-face télévisés avec des échantillons de Français en ont témoigné jusqu’à la caricature. A se demander pourquoi il serait encore nécessaire de procéder à des élections législatives!

François Bayrou dénonce à juste titre cette dérive. L’écho qu’il rencontre traduit le désenchantement d’une majorité de Français qui récusent une majorité aussi bien de gauche que de droite. Par contre le candidat UDF fait fausse route lorsqu’il évoque la création d’un grand parti du centre. Là il abandonne la posture d’arbitre que la Constitution attribue au président pour retomber dans l’ornière clanique, celle que de Gaulle et ses successeurs ont su façonner, celle de chef de la majorité.

Cette confusion des rôles a été accentuée par l'inversion du calendrier des opérations électorales autour de laquelle un consensus s'est fait sous Lionel Jospin. Il serait préférable d'avoir d’abord le choix des députés – et une bonne dose de proportionnelle conduirait à un Parlement plus représentatif -, qui exprime les choix politiques du souverain. Puis l’élection présidentielle qui privilégierait une personnalité apte à exercer la fonction d’arbitre et les compétences que la Constitution attribue à ce dernier – choix du premier ministre, droit de dissolution notamment. La France pourrait alors se débarrasser enfin du vieil habit de la monarchie républicaine pour endosser celui d’une démocratie parlementaire moderne; ce n'est en réalité pas incompatible avec un président élu au suffrage universel, comme le démontrent l'Autriche, la Finlande, l'Irlande ou le Portugal.

lundi 19 mars 2007

Présidentielle: étrange douzaine

Ainsi donc ils sont tout de même 12 à avoir obtenu les 500 parrainages d'élus leur permettant d'être candidats à l'élection présidentielle française, sur au moins 30 qui ont essayé. Exit par exemple, à gauche, Pierre Larrouturou, à droite, Edouard Fillias. Etrange prisme qui conduit plus de 2500 élus à soutenir cinq candidats d'une gauche qui ne s'intéresse pas aux responsabilités[1] (Bové, Buffet[2], et un pour chacune des trois principales chapelles du trotskysme français: Besancenot pour la LCR, Laguiller pour LO et Schivardi pour le PT) mais n'en trouve pas 500 pour soutenir un représentant d'une droite libérale ou libertarienne[3]: la droite traditionnelle a décidément été unifiée par Sarkozy le caméléon. Sur ses marges, on trouve le candidat de Chasse, pêche, nature et traditions[4] et deux frères ennemis issus du giscardisme, Bayrou l'Européen[5], qui cherche à se détacher sans pour autant rallier la gauche, et de Villiers le souverainiste, qui campe entre Sarko et Le Pen: espérons qu'il prendra plus de voix à ce dernier que Mégret il y a 5 ans...

Notes

[1] Contrairement aux Verts de Dominique Voynet.

[2] Dans la phase actuelle de ce qui reste du PCF.

[3] Croire que Sarkozy se découvrira libéral est un pari au moins aussi audacieux que le mien sur Royal se révélant blairiste ou même simplement sociale-démocrate.

[4] Curieux lobby, correspondant à un vrai clivage contemporain mais qui ne me paraît pas avoir la représentativité ni l'impact de la Coutryside Alliance britannique par exemple.

[5] Mais pas suffisamment sûr de lui (ou de l'Europe) pour accepter que la Turquie adhère à l'UE...

lundi 12 mars 2007

Chirac au "Guinness Book"

Pas de quoi vraiment célébrer le départ de Chirac de la scène politique, à l'usure. Pas de quoi non plus tomber dans l'hypocrisie: c'est bel et bien Le Pen qui a raison en déclarant qu'il a été le plus mauvais des présidents de la République. Pas pour autant le coeur à faire de l'ironie sur les juges d'instruction qui l'attendront à la sortie: je n'y crois pas trop.

Je croyais tout savoir d'une carrière qui représente tout ce que j'exècre. Et pourtant Le Monde parvient à souligner un symbole qui m'avait échappé: cinquième président de la Ve République, ce diable d'homme aura été ministre ou premier ministre de chacun de ses prédécesseurs (de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand)! Ce qui n'en fait pas un Talleyrand.

dimanche 11 mars 2007

Résultat des votations

Après les affiches, les résultats! La caisse unique d'assurance maladie échoue, mais plus nettement que prévu (71%), évitant au moins la division du pays selon le clivage linguistique. Voilà qui devrait ouvrir le jeu sur les évolutions possibles du régime de sécurité médico-sociale souhaitable, car c'est le refus d'une solution traditionnelle de la gauche classique, pas une approbation de la situation actuelle... Cela donne-t-il une petite chance à une réflexion sortant de l'affrontement droite-gauche en s'inspirant de Singapour pour innover?

A Genève, l'initiative populaire qui demandait un financement accru pour les établissements destinés aux personnes âgées l'a emporté. Le vote de la générosité, ou de la culpabilité? Au-delà du brouillage de la politique jusqu'alors consensuelle de priorité au maintien à domicile que mettait en avant le gouvernement pour s'y opposer (mais qui ne doit évidemment pas impliquer des moyens insuffisants pour l'hébergement résidentiel là où il est inévitable), c'est surtout un signal embarrassant pour la pourtant prudente politique d'assainissement financier et de modération des dépenses, susceptible de raviver les raidissements qui contraindraient le peuple à trancher de cas en cas.

L'opposition à la loi combattant l'affichage sauvage, promue par les milieux culturels avant tout, fait un résultat plus qu'honorable avec 45% des voix.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 12.03 à 0h27: A Genève, le peuple qui a élu il y a un peu plus d'un an un parlement de droite (et un gouvernement de centre gauche, il est vrai), vote dans un même élan une fois à droite (non à la caisse unique à 54,5%) et une fois à gauche (oui aux établissements médico-sociaux à 59,6%) sur des sujets relevant de domaines connexes et financièrement sensibles et incertains. Et il vote encore une fois à droite pour interdire l'affichage sauvage (à 55%): illustration des paradoxes (euphémisme) de la démocratie directe que j'évoquais dans ce commentaire.

mercredi 7 mars 2007

Bêtise: d'aucune n'y alla pas par DE quat(T)re chemins

En France, nombre de critiques à l'égard de Ségolène Royal ont été ressenties (ou retournées à leur auteur) comme des sarcasmes adressés à la femme en elle. Dans le canton de Vaud, Jacqueline de Quattro, candidate radicale à l'exécutif (blonde, de surcroît) suscite le même type de polémique. L'affaire paraît se corser particulièrement quand la remarque émane d'une autre femme politique, intouchable à cet égard: pour la socialiste Yvette Jaggi, pensez Simone Veil ou Marie-France Garaud commentant Royal...

Dire d'une candidate à une élection à un exécutif cantonal qu'elle a dit des bêtises est peut-être brutal et expéditif[1], mais n'est évidemment pas sexiste. Dire qu'elle pourrait être sauvée par l'effet femme non plus. Simplement invérifiable. Ce n'est pas dire: elle sera élue parce qu'elle n'a aucune autre qualités que d'être une femme. C'est dire: elle sera élue parce que les électeurs voudront avoir une femme dans l'Exécutif. Ou encore: elle sera élue parce qu'ils n'oseront pas ne pas voter pour une femme (pour ne pas passer pour machistes). Mais ce propos ne pouvait qu'être mal compris, c'est donc contre-productif. Peut-être une bêtise?

Lire ici, ici et ici pour se limiter au Matin.

Préambule ajouté à 12h30

Notes

[1] Surtout si on se refuse à dire pourquoi.

samedi 3 mars 2007

Bayrou serait un président par défaut, non par choix

L'interview de François Bayrou dans Le Monde va-t-elle enfin faire éclater la bulle? Car enfin, les contradictions sont énormes:

  • Il prétend ne pas parier sur un éclatement du PS et de l'UMP -- mais il reconnaît la nécessité de la création d'un "grand parti démocrate" à la place de l'UDF.
  • Les élections législatives auront bien lieu en juin au scrutin majoritaire -- après tout, à ce stade de politique-fiction on pouvait tout imaginer, y compris leur report pour permettre l'adoption de la proportionnelle par référendum --, puis la nouvelle Assemblée nationale instaurera la proportionnelle, mais apparemment seulement pour 5 ans plus tard... Donc cette belle vision d'un président d'union nationale avec un parlement représentatif de toutes les forces politiques n'est au mieux que pour le second mandat de François Bayrou.
  • Etrange innovation, c'est le gouvernement qui accorderait un label "majorité présidentielle", le cas échéant à plusieurs candidats dans la même circonscription si l'on comprend bien (tous ceux qui ne s'excluront pas eux-mêmes de l'union nationale?). L'électeur y reconnaîtra les siens.
  • Une référence valorisante mais déplacée à la grande coalition allemande: ce n'est pas un chancelier FDP qui a contraint le SPD et le la CDU à gouverner ensemble (sans réticence ni exclure personne, alors qu'on voit mal Sarkozy et Royal ministres dans le premier gouvernement du président Bayrou).

Tout cela découle de la confusion initiale:

"L'élection présidentielle, c'est la décision profonde d'un peuple qui s'exprime par le choix d'un nouveau président. (...) Elu président de la République, investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple...".

C'est vrai lorsqu'il y a confrontation de deux visions alternatives[1]. Ça n'a pas vraiment été le cas en 1969 (Poher/Pompidou), certainement pas en 2002 (Le Pen/Chirac), et ce ne serait à nouveau pas le cas si Bayrou était élu, vu la démarche qu'il a adoptée[2]. Le candidat et les journalistes qui l'interrogent sautent à pieds joints sur une réalité incontournable:

  • Bayrou ne peut pas être élu au premier tour (ce qui serait un vrai choix).
  • S'il parvient au second tour, c'est soit contre Sarkozy (après avoir recalé Royal et Le Pen), soit contre Royal (après avoir recalé Sarkozy et Le Pen) soit contre Le Pen (après avoir recalé Sarkozy et Royal).

Qu'il le veuille ou non, il serait élu contre et non pour, conformément à la formule: "au premier tour on choisit, au second on élimine". Il n'y a guère que dans le troisième cas qu'il pourrait continuer de jouer les équilibristes. Dans les deux autres il devra nécessairement son élection à l'électorat du/de la candidat-e qui aura été éliminé-e et n'aura pas préféré la politique du pire le report paradoxal sur l'adversaire principal et non le plus proche[3] [4]; il suscitera des ralliements plus ou moins rapides de ce bord, mais je doute qu'il parvienne à diviser le camp de son adversaire du second tour avant le 6 mai -- et après d'éventuels ralliements ne seront plus de même nature.

On peut faire la même observation pour Sarkozy ou Royal si l'un ou l'autre devait être élu-e contre Le Pen: leur légitimité ne serait pas la même que s'ils s'affrontent. Mais dans ce cas, au moins, les législatives qui suivent permettent de clarifier les choses, alors qu'avec Bayrou j'en doute: il faudrait pratiquement que les députés nouvellement élus acceptent de se faire hara-kiri en votant la proportionnelle avant une dissolution et de nouvelles élections législatives à l'automne...

Notes

[1] Au prix d'une forte contrainte de l'électorat par rapport à ses convictions profondes.

[2] Par opposition à celle de Giscard d'Estaing en 1974, qui ne se voulait pas en opposition simultanée à Mitterrand et à Chaban-Delmas, mais bien à ce dernier seulement en proposant un renouvellement de la droite; dans le système français, ce renouvellement intervient à l'intérieur de la gauche ou de la droite, soit par opposition interne (Chaban/Giscard, Barre/Chirac, Balladur/Chirac) soit par mutation (hypothèse où le PS aurait désigné Rocard en 1981 ou 1988, pari sur Royal aujourd'hui pour un certain nombre de ses partisans -- dont moi --, sans garantie évidemment, et ses déclarations sur l'affaire Airbus sont plutôt inquiétantes).

[3] A la Chirac en 1981, préférant pour son propre avenir un Mitterrand élu à un Giscard réélu et cette fois à même de recomposer la droite.

[4] Contrairement à moi: je n'aurais aucun état d'âme à voter non seulement Royal, mais également Sorkozy, contre Bayrou; d'autant que face à lui, ce serait le seul intérêt, ils auront l'une ou l'autre à évoluer dans le bon sens... (précision terminologique et complément de 16h47).

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