mercredi 28 mars 2007
Royal dans le texte
François Brutsch | 22h00 | droit/politique | permalien | rss
Si j'avais des états d'âme sur ma candidate favorite à la présidentielle française[1], la page d'extraits de son livre Maintenant publiée par Le Monde me donnerait des occasions de me remobiliser. Tant le ton que le contenu des réponses de (Marie-)Ségolène Royal à Marie-Françoise Colombani, éditorialiste à Elle[2], donnent d'elle une image plus profonde et plus nuancée que celle qui ressortait jusqu'à présent de la campagne.
Sur Mai-68, elle souligne notamment: "Il a dépoussiéré la gauche. Il a accéléré la déstalinisation des esprits. Il a permis l'affirmation d'un antitotalitarisme de gauche qui était, avant cela, bien minoritaire et bien peu audible." Partant du discours de Ratisbonne de Benoît XVI[3], elle est carrément intéressante à propos de l'islam, la chrétienté et l'Europe. Mais c'est surtout à propos de l'adhésion de la Turquie à l'UE qu'elle articule une pensée cohérente, progressiste, l'habileté n'étant pas un défaut: "J'y suis favorable sur le principe mais pas maintenant", réaffirmant la vocation de ce pays à rejoindre une Europe qui "n'est pas un territoire mais un projet politique" en démontant avec force le préjugé religieux et en argumentant la thèse géostratégique. Bayrou le pseudo-europhile qui la renvoie dans un "deuxième cercle"[4] se retrouve à bon droit isolé sur la ligne la plus étroitement démocrate-chrétienne!
COMPLEMENT/REPONSE DU CHRONIQUEUR THEOLOGIQUE DE SERVICE DU 29.03.2007. Moi qui déteste le girouettisme et l'absence de ligne d'un Chirac, je n'arrête pas de changer de candidat/e-pour-qui-je-voterais-si... Ces derniers propos de Ségolène Royal seraient de nature à me ramener dans son giron. Voilà donc une socialiste qui non seulement semble avoir lu attentivement le discours de Ratisbonne, mais a su en dégager le point central. (Je veux croire que c'est d'elle et non d'un-e conseillèr-e.) Ce en critiquant sans heurter de front, faisant triompher une modération empreinte de fermeté. On est proche des vertus centristes, et à l'opposé du ton de prédication pathétique trop souvent employé à l'intention de la foule. Car je n'ai jamais encaissé le coup du "serment", inflation langagière contre-productive à la limite du blasphème selon la Bible[5].
Notes
[1] Et il faut bien reconnaître que cela m'arrive parfois... D'ailleurs pas sur ces "sujets de société" sur lesquels elle a bien raison de prendre les bobos à rebrousse-poil, mais plutôt sur sa capacité à renouveler le discours et la pratique de la gauche française en matière économique et sociale, alors que de temps à autres reviennent des archaïsmes (à droite Sarkozy présente d'ailleurs la même promesse et le même travers!). Mais un pari est un pari, ce n'est pas gagné d'avance: le mien est d'abord que, davantage que Dominique Strauss-Kahn, elle peut l'emporter au second tour face à Sarko, et ensuite qu'elle est susceptible, par sa liberté et son parcours, d'apporter à la gauche un pragmatisme plus radical que le trop prudent DSK. Et cette dépêche me réconforte sur ce plan là également!
[2] Est-il inconvenant de se demander si le directeur du Monde lui est proche ou si c'est seulement une homonymie? Pour ceux qui renvoient dédaigneusement à Voici, il y a des précédents prestigieux: Hélène et Pierre Lazareff, Françoise Giroud et JJSS... Et je me suis bien gardé de formuler la question inverse qui ferait de Mme l'accessoire de M.!
[3] Sous réserve de ce que trouvera éventuellement à y redire mon chroniqueur théologique favori...
[4] Ne sait-il pas qu'il existe déjà et n'est pas satisfaisant pour la Turquie? C'est l'Espace économique européen, qui s'applique à la Norvège, à l'Islande et au Lichtenstein.
[5] Cf. Deutéronome 23, 22-24; Matthieu 5, 33-37 et Jacques 5, 12.





