droit/politique - novembre 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 27 novembre 2006

Votations du 26.11: les résultats

Complètement pris par Bayrou (auquel s'ajoutait le travail de deuil de JJSS), je n'étais pas vraiment à l'heure suisse hier alors que les résultats de la votation fédérale tombaient: c'est 2 x Oui, sans vraie surprise mais avec soulagement en ce qui concerne la politique européenne!

dimanche 26 novembre 2006

Bayrou ou la chimère du centrisme en France

Je méditais déjà le billet ci-dessous quand mon co-blogueur m'a fait découvrir Jack's blog: nous croyions en toute modestie qu'Un swissroll était unique, eh bien, comme dans ce roman de Rosny Aîné où la Terre a une planète jumelle de l'autre côté du Soleil, il existe un autre blog de commentaire politique dont l'auteur est par ailleurs gay et protestant... Mais lui est Français et se reconnaît dans François Bayrou: il était donc d'autant plus urgent de marquer la différence[1] ;-) .

Dans la mise en place qui s'effectue en vue de l'élection présidentielle en mai 2007, pour les quatre rôles principaux deux candidatures sont désormais certaines: Ségolène Royal et François Bayrou. Deux autres sont hautement vraisemblables: Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen, sauf accident (de santé, ou défaut de signatures pour Le Pen). Bien sûr il peut y avoir une douzaine ou plus d'autres candidats qui feront de la figuration, et même quelques tentatives, verte, "gauche de la gauche" ou chiraquienne "canal historique", de s'insérer dans le quarté de tête, mais leur division paraît elle-même l'exclure.

Pour Bayrou, plus particulièrement, l'enjeu est de savoir s'il peut améliorer son score de 2002 non seulement en voix (1'949'170 sur 28'498'471) mais en passant de la quatrième à la troisième place, voire évidemment à la deuxième. Et le "buzz" lui semble favorable, entre la prime à l'opiniâtreté crâne dont Bayrou fait indéniablement preuve[2] et l'intérêt que peuvent soudain lui trouver quelques sociaux-démocrates et sociaux-libéraux misogynes et cérébraux, déstabilisés par une femme ayant intégré la dimension de l'émotion en politique[3].

Je tiens pourtant l'hypothétique présence de Bayrou au deuxième tour pour un dysfonctionnement du système politique français équivalent à l'irruption de Le Pen (même s'il serait évidemment moins dramatique), nullement comparable à ce dont il doit rêver: l'élection de 1974 qui a vu Giscard d'Estaing ravir la deuxième place à Chaban-Delmas (puis la présidence, évidemment). Car qu'on le veuille ou non, la Ve République est un régime fondé sur l'alternance bipolaire[4], fût-ce au sein d'une cohabitation, et toute tentative de faire émerger un centre distinct de la droite et de la gauche est promise à l'échec.

Mais c'est la tentation éternelle des esprits trop intelligents pour accepter ce type de simplification[5][6] de rêver d'un tiers parti: prenant le meilleur à droite et à gauche, éthique sans être idéologique et pragmatique sans se rattacher à un groupe social. Il y a des systèmes politiques dans lesquels il peut exister: le FDP en Allemagne, le parti libéral-démocrate au Royaume-Uni ont en quelque sorte une fonction institutionnelle de contre-poids aux deux partis dominants. Mais en France le centre a vocation à finir par entrer dans la zone d'attraction de la droite, on le sait depuis le ralliement à la majorité de droite d'opposants autour de Jacques Duhamel en 1969 puis du solde autour de Jean Lecanuet en 1973.

Un cas de figure différent, c'est la tentative de changer les rapports de force à l'intérieur d'un des camps: ce fut pour la droite celle de Giscard d'Estaing (dont les Républicains Indépendants étaient un appoint de la majorité gaulliste depuis les années 60) en 1974, pour la gauche celles de Jean-Jacques Servan-Schreiber, d'abord en 1965 avec "Monsieur X" (Gaston Defferre comme candidat unique de l'opposition au général de Gaulle), puis en recherchant avec Mitterrand une union de l'opposition s'écartant de l'anticapitalisme primaire (voir ce témoignage très éclairant d'un chercheur qui n'était pas né à l'époque mais qui corrobore très précisément mes souvenirs personnels).

Giscard a échoué par pusillanimité en ne dissolvant pas l'Assemblée nationale après son élection comme JJSS le lui recommandait. Et Servan-Schreiber a à son tour fait le choix, quoi qu'il ait pu lui en coûter[7], de quitter son camp de toujours qui l'avait rejeté pour tenter d'infléchir la politique de la droite, et doter Giscard d'Estaing, avec l'UDF, de l'instrument qui lui faisait défaut pour être davantage que la parenthèse qu'il a finalement représentée. A contrario, lorsque JJSS a tenté le jeu de la troisième force, avec le Mouvement Réformateur aux législatives de 1973 ou avec la liste Ere (Emploi - Egalité - Europe) lors des élections européennes de 1979, il a respectivement échoué, malgré une nette progression, à réussir la percée décisive[8] et été carrément laminé.

Du moins Giscard d'Estaing avait-il sur Chaban-Delmas, pour sa tentative, une légitimité de l'intérieur: non gaulliste, il était cependant le ministre de l'économie et des finances de Pompidou décédé, non l'ex-premier ministre congédié par ce dernier. Bayrou, lui, si rien ne le rattache évidemment à la gauche, est un membre réticent de la majorité de droite, une sorte d'opposant de l'intérieur (qui mesure cependant ses foucades pour ne pas rompre), ce qui le différencie également nettement des candidatures Barre de 1988 et Balladur de 1995. Qu'il soit présent au deuxième tour face à Royal en ferait le champion illégitime d'une droite ayant connu un séisme, et face à Sarkozy un obligé involontaire d'une gauche ayant implosé pour la deuxième fois. Il n'y a guère que dans le cas de pure politique-fiction d'un affrontement Le Pen - Bayrou que ce dernier aurait au moins plus de légitimité que Chirac en 2002 à incarner l'union sacrée contre l'extrême-droite, et ferait certainement meilleur usage de son élection.

Mais le plus probable reste que, première étape d'un rétablissement de la France dans sa tête et dans ses baskets (si je puis dire) et sur la scène internationale, les deux candidats naturels arrivent nettement en tête au premier tour. Et les troupes de Bayrou devront se rallier ou alors connaître un honorable hara-kiri aux législatives qui suivront.

Notes

[1] Evidente pour moi qui, est-ce l'expérience d'une famille nombreuse ou du scoutisme, suis à l'aise pour le meilleur et pour le pire dans cette grande tente aux multiples recoins qu'est le parti socialiste, peut-être moins pour Guillaume Barry pour qui la chimère du centrisme peut avoir du charme...

[2] Et je ne doute évidemment pas de ses éminentes qualités personnelles qui transparaissent apparemment dans l'entretien-fleuve qu'il a accordé au PoliTIC'show, débité en tranches sur DailyMotion: mais la vie est ainsi faite que ce n'est une caractéristique ni nécessaire ni suffisante du leadership politique.

[3] Comme Clinton (et maintenant Bush) ou Blair ont pu aussi le faire, mais contrairement à une Marie-France Garaud, une Simone Veil ou une Martine Aubry, ou bien sûr une Thatcher ou une Merkel, qui ne remettent guère en cause le machisme en politique.

[4] La multipolarité n'est chère à la France qu'en politique internationale...

[5] Plus à l'aise aussi dans la position, pas très "citoyenne" en fin de compte, du spectateur indépendant que dans celle du joueur ou même du fan qui suit son équipe dans les bons comme dans les mauvais jours.

[6] Et pas seulement en France évidemment: que l'on songe aux séductions qu'ont exercées certains candidats indépendants à la présidentielle américaine, de John Anderson en 1980 à Ross Perot en 1992.

[7] C'est son fils Emile qui a relevé, avec un humour vengeur, à propos de la maladie qui a finalement écarté JJSS de la vie publique: "Petit à petit, des années entières de souvenirs, en commençant par les plus récentes, allaient s'effacer, laissant la place aux souvenirs plus anciens qui, du coup, regagnaient en couleurs. Cela n'avait pas que des désavantages. Par exemple, il ne s'est jamais vraiment rendu compte que Jacques Chirac était Président de la République."

[8] Pour devenir "pas parti charnière, parti moteur", comme il le déclarait à la télévision lorsqu'il avait pris les rênes du parti radical et lancé le Manifeste radical Ciel et Terre.

jeudi 23 novembre 2006

Touraine sur Royal

Enfin une analyse de la candidate socialiste à la présidence de la République dénuée tant de misogynie (les plus nombreuses) que de mysophilie philogynie[1]! Dans Le Monde, Alain Touraine me paraît poser extrêmement bien l'équation de Ségolène Royal.

Pas d'illusion à se faire, elle peut fort bien la rater. Les médias anglo-saxons, notamment le Financial Times, ont souligné que les conceptions du PS (et parfois en matière économique celles de Royal elle-même) persistent à avoir 10 ans de retard sur la réalité. Le pari est qu'elle est suffisamment pragmatique pour le rattraper et, c'est l'essentiel, en faire partager la nécessité aux Français.

Notes

[1] Ou gynophilie, voir les commentaires pour des explications savantes.

dimanche 19 novembre 2006

Votations fédérales du 26 novembre 2006

Affiche 2xOuiJ'ai mis en ligne les affiches de la votation[1] en cours en Suisse, jusqu'à dimanche prochain. Il n'y a cette fois que deux questions fédérales, et Genève n'y a pas ajouté d'objets locaux de sorte que les graphistes chargé de faire les affiches qui ne sont pas consacrées à un seul objet ont pu tenter de dégager une thématique commune, surtout pour qui appelle à voter 2 x Oui (la gauche -- sauf la frange anti-européenne, mais elle n'a pas fait d'affiche -- et le centre-droit, à l'exception du parti radical qui, à Genève, donne sur l'un des objets un mot d'ordre différent du parti national).

On trouve ici toutes sortes de liens et d'explications, en particulier vers la brochure (fichiers PDF, 531 Ko) adressée à tous les électeurs.

Coopération avec les Etats d'Europe de l'Est

Aucun des 15 membres initiaux de l'Union européenne n'a soumis à référendum l'extension à 10 nouveaux pays (et il me semble même qu'aucun de ces derniers n'a soumis l'adhésion à référendum), mais c'est la deuxième fois que les Suisses sont en quelque sorte appelés à ratifier l'élargissement qui a créé l'Europe des 25. La première fois, c'était le 25 septembre 2005 (voir ce billet). Aujourd'hui, c'est à l'occasion de la demande de référendum lancée avec succès[2] par les milieux anti-européens qui s'incarnent principalement dans le parti de la droite populiste et anti-européenne, l'UDC de Christoph Blocher[3] contre la "loi fédérale sur la coopération avec les Etats d'Europe de l'Est".

Le "milliard pour les pays de l'Est" des affiches est à la fois la continuation de l'aide suisse à la transition démocratique instaurée après 1989 et une réponse qui se veut autonome et spontanée à une demande pressante de l'UE: que la Suisse, qui en a les moyens et est au fond déjà un "membre silencieux", contribue comme les autres au fonds de cohésion européen en faveur des nouveaux membres. Où se confirme l'impasse de la "voie bilatérale" choisie par la Suisse: elle lui permet certes de bénéficier des avantages de l'adhésion, mais sans aucune participation aux décisions et en étant contrainte de s'aligner en toutes circonstances (tout en déployant beaucoup d'imagination et d'énergie à préserver les apparences de l'indépendance nationale).

Allocations familiales

Le deuxième objet s'inscrit dans la longue saga de l'extension de l'Etat social (c'était à l'origine un contre-projet à une initiative populaire), d'une part, et de la perte d'autonomie de cantons qui paraissent de moins en moins pertinents à des citoyens plus mobiles et aux références moins localisées, d'autre part. Alors que les allocations familiales (des prestations principalement financées par des prélèvements sur les revenus du travail, à la charge des salariés via leur employeur et des indépendants), étaient du domaine cantonal et connaissent d'importantes disparités, une nouvelle loi fédérale unifie le droit et institue des minimas, ne laissant aux cantons que le soin d'aller éventuellement plus loin.

Le référendum a été demandé par l'aile dure du patronat et de la droite (UDC, libéraux, certains radicaux qui se trouvent désavoués par le mot d'ordre du parti suisse). A noter que le parti radical genevois, qui se veut d'ordinaire progressiste, appelle lui à voter Non pour préserver un particularisme local plus favorable: où il se montre plus caricaturalement crispé sur ses droits acquis d'enfant gâté que la gauche et les Verts qui n'ont pas, eux, d'état d'âme.

Notes

[1] Merci à Martin pour les photos! Comme d'habitude, ce sont seulement les affiches visibles à Genève.

[2] 50'000 signatures suffisaient.

[3] Qui, comme membre du gouvernement fédéral, appelle à voter Oui, mais avec un manque d'enthousiasme qui ne trompe pas ses fidèles.

vendredi 17 novembre 2006

Le PS français revient de loin

C'est donc Ségolène Royal, de loin et sans problème! Certains ont cru voir de la duplicité dans la situation de son compagnon, père de ses enfants: François Hollande, le premier secrétaire du parti socialiste. Il me semble qu'il a au contraire remarquablement mené sa barque et en toute impartialité.

Car on pouvait tout craindre après la défaite inattendue de 2002 à la présidentielle, confirmée aux législatives dans la logique du régime. Déjà alors, il est parvenu à préserver l'essentiel de cette culture de gouvernement qui s'oublie si facilement.

L'épisode du référendum sur la Constitution européenne en 2005 a été moins heureux: malgré un vote formel des militants, c'est impunément que Fabius et d'autres ont pu déchirer le parti. Du moins ce résultat a-t-il fonctionné comme piqûre de rappel du choc du 21 avril 2002.

L'élaboration du programme, d'abord, les conditions de la compétition interne ensuite, ont montré un parti riche d'idées (même si elles ne sont pas toujours bonnes et peuvent être contradictoires: mais on est à cent lieues des absurdités de 1974 ou 1981, et au demeurant le programme n'est nullement l'essentiel) et de personnes de talents. Si Royal s'est trouvée confirmée, Fabius a en quelque sorte "déçu en bien" (le vrai professionnel perce sous l'idéologue opportuniste) et Strauss-Kahn, même si personnellement je trouve son score un peu étriqué, a fait une excellente campagne et et s'installe dans la position de "meilleur président socialiste de la République que la France n'aura jamais eu" (selon une formule appliquée couramment au Royaume-Uni, par exemple pour le travailliste Denis Healey).

Reste à savoir si tout cela est suffisant par rapport à ce qui attend la France. Et si finalement Sarkozy et son camp ne sont pas plus crédibles. Et dire que ça doit encore durer jusqu'en mai 2007!

vendredi 10 novembre 2006

Elections au Congrès américain

Certains de nos amis de Lieu Commun (en particulier Emmanuel et Phersu) ont consacré une belle énergie à suivre et disséquer en direct les élections américaines... Moi j'ai passé l'âge: j'ai commencé en 1967 avec les législatives françaises que la gauche a failli remporter, ce que mon frère aîné reportant les résultats des circonscriptions au fur et à mesure qu'ils tombaient m'a annoncé en exclusivité, avant les radios. Qu'est-ce que ça change, me direz-vous? Exactement. C'est comme ça que j'ai appris que Jospin était troisième en 2002 seulement le lundi soir!

Cela dit, je trouve que les blogueurs et la presse tendent à exagérer le caractère catharsique pour les uns, catastrophique pour les autres[1], de la perte par les Républicains de la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat.

Il vaudrait la peine de comparer avec les titres et analyses qui eurent cours en novembre 1994: cette année-là, le fringant président démocrate élu deux ans plus tôt, avec deux Chambres de même couleur, réussit la performance de les voir toutes deux passer en main républicaine... Je suis persuadé qu'on n'a pourtant pas alors disserté avec terreur (ou délice) sur la défaite humiliante de Bill Clinton. Celui-ci fut d'ailleurs lui-même réélu deux ans plus tard. Au total, il aura passé les six dernières années de sa présidence de 8 ans avec deux Chambres républicaines. Bush lui ne passera que les deux dernières années de sa présidence de 8 ans avec un Congrès démocrate.

C'est que les Etats-Unis, comme la Suisse, mais contrairement au Royaume-Uni, à l'Espagne, à l'Allemagne (hors "grande coalition") ou à la France (hors "cohabitation"), n'ont pas un régime fondé sur une alternance confinant à la dictature de la majorité, mais sur la collaboration/confrontation entre un exécutif et un législatif indépendants l'un de l'autre, et plus largement sur le compromis négocié entre des clivages multiples et superposés et non seulement le binôme gauche/droite. L'Irak peut bien avoir joué un rôle important dans le recul des Républicains, il serait faux de croire qu'il existe une majorité pour abandonner ce pays aux islamofascistes. Idem pour le Protocole de Kyoto: ce n'est pas seulement Bush qui est contre, c'est bel et bien une majorité du Congrès, après comme avant.

Une vraie question est de savoir si leur responsabilité accrue au Congrès va aider les Démocrates à récupérer la Maison Blanche en 2008 ou non? Paradoxalement, il me semble que ce sera davantage le cas s'ils parviennent à travailler dans un esprit bipartisan avec Bush qu'en assurant deux ans de blocage parlementaire de l'exécutif et d'initiatives parlementaires cassées par des vetos présidentiels. Mais le revanchisme ambiant s'y prête-t-il? Les zozos qui ont tenté, sans succès, d'empêcher la réélection de Joe Lieberman sont le principal obstacle à l'élection à la présidence de Hillary Clinton plutôt que d'un républicain, qui aura l'avantage décisif de ne pas être Bush...

Notes

[1] Alain Hertoghe de Carte de presse se laisse aller à parler de Congrès "contrôlé à 100% par les Démocrates", ce qui fait bon marché des moyens de la minorité de faire dérailler un débat (filibuster) comme du droit de veto du président, deux instruments qui forcent aux compromis.

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