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Peter Tatchell, leader du Front populaire de Judée

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Au Royaume-Uni, Peter Tatchell est la Mère Teresa de l'activisme libéral / libertaire. Il n'a pas encore reçu le prix George Orwell pour l'ensemble de son oeuvre, mais c'est inévitable. Universaliste des droits humains, il ne se limite nullement à la lutte pour les droits des gays et lesbiennes et à l'athéisme militant et anticlérical (encore récemment à l'occasion de la visite officielle du pape en Grande-Bretagne) mais défend aussi des causes moins populaires dans une certaine gauche, comme le combat sans complaisance contre l'extrémisme islamiste ou contre les dictatures des ex-libérateurs adulés du genre Mugabe au Zimbabwe.

Et comme Mère Teresa ou George Orwell, Tatchell n'est pas au-delà de toute critique! J'ai le sentiment qu'il est atteint du syndrome du minoritaire perpétuel, courant à gauche: toujours révolté, épris d'absolu, il ne connaît pas la satisfaction de la victoire. Mon titre fait référence à un épisode de La vie de Brian, film culte des Monty Python, dans lequel le héros (double de Jésus, né le même jour que lui dans l'étable voisine) se familiarise avec le fractionnisme militant: "Il y a une seule chose que nous haïssons plus que les Romains, ce sont les militants du Front de libération de la Judée". Pour Tatchell, plus que les homophobes ce sont les militants gays menchéviks dans mon genre qui se satisfont d'un partenariat civil pour les couples de même sexe au lieu de se sentir ignoblement discriminés et de revendiquer la totale dématrimonialisation du mariage, dénoncés dans son dernier communiqué[1]; je ne doute d'ailleurs pas que, cela obtenu, Tatchell mobilisera sa capacité d'indignation sur la limitation du mariage à deux personnes...[2]

Peut-être finalement la dématrimonialisation du mariage finira-t-elle par s'imposer[3]: je m'y résignerai :-) . Il y a pourtant des raisons de fond et des raisons techniques qui justifient entièrement la distinction entre mariage hétéro et partenariat civil gay:

  • La reconnaissance d'une antériorité qui ne signifie nullement supériorité[4]: après tout, tout gay ou lesbienne est né de l'union d'un homme et d'une femme.
  • Le fait que le mariage règle non seulement le statut d'un couple mais établit également des conséquences juridiques d'une descendance biologique possible des conjoints[5], question qui ne se pose pas pour les gays ou les lesbiennes.
  • Pour qu'il y ait discrimination il ne suffit pas qu'il y ait une différence (ici terminologique), il faut encore qu'il y ait une victime, et corrélativement quelqu'un qui en tire bénéfice: c'est le cas dans l'inégalité entre hommes et femmes encore en cours, c'était le cas dans l'apartheid sud-africain ou le "développement séparé" sudiste aux Etats-Unis[6]. Il me semble absurde de coller ce schéma sur la situation des gays et des lesbiennes dans les pays qui ont établi un partenariat civil.

Notes

[1] Ce qui n'empêche pas Tatchell de revendiquer aussi un régime intermédiaire, light, comme le Pacs français, ouvert tant aux hétéros qu'aux gays et lesbiennes.

[2] Dans le commentaire que j'ai laissé sur Harry's Place, je fais allusion à un autre gag du film: la mère de Brian qui s'écrie "He is not the Messiah, he is a naughty boy!".

[3] En particulier si, comme le prédit James Taranto, la Cour suprême des Etats-Unis n'infirme pas l'arrêt extravagant d'un juge fédéral annulant comme contraire à la Constitution fédérale l'adoption par le peuple californien de la Proposition 8, renversant elle-même une jurisprudence de droit californien par la Cour suprême de cet Etat -- j'ai déjà critiqué dans ce blog la préférence des militants américains pour la voie judiciaire plutôt que le combat politique.

[4] A la manière dont Jean Paul II avait élégamment modernisé le rapport au judaïsme de l'Eglise catholique romaine, si prompte d'ordinaire à renvoyer au paganisme même les chrétiens d'autres confessions.

[5] Voire d'une inexistence de rapport sexuel qui peut être un motif de nullité.

[6] Dont le traumatisme traverse manifestement les générations anglophones, illustrant l'adage: Chat échaudé craint l'eau froide.

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Commentaires

1. Le mercredi 20 octobre 2010 à 05h53, par F

Waouh:

"question qui ne se pose pas pour les gays ou les lesbiennes"

Des couples de femmes avec enfants "biologiques", c'est pourtant courant de nos jours. (Via l'insémination artificielle.) Il faudrait sans doute alors déshériter les enfants de couples hétéros quand ils ont eu recourt à l'insémination articifielle ? Ou inspecter le sperme de monsieur, et lui interdire le mariage s'il n'est pas fertile?

Enfin, pourquoi cette focalisation sur le "biologique". (Il y a une certification pour ça, comme pour l'agriculture biologique? Mère porteuse interdite, même si le matériel génétique vient des deux futurs parents?) Les enfants adoptés (encore une fois, ça se fait même chez des couples homme-femme, je crois) mériteraient donc moins de droits?

2. Le mercredi 20 octobre 2010 à 11h31, par François Brutsch

Voui, je suis au courant qu'il y a 36 manières de faire ou d'avoir un enfant, pour une femme comme pour un homme (certaines légales, d'autres pas, ou impliquant un séjour dans un autre pays)! Je n'ai pas de problème avec cela (voir notamment ici) mais c'est irrelevant dans la polémique byzantine que cherche Tatchell entre un statut légal du couple s'appliquant à toutes les préférences sexuelles ou un statut légal du couple opérant certaines distinctions entre hétéros et gays ou lesbiennes.

Dans le fait que les couples hétéros ont une procédure de divorce plus complexe que la procédure de dissolution d'un partenariat enregistré, qui au juste est discriminé?

Pour ma part je n'ai pas d'objection à ce que le régime hétéro fonde une présomption de paternité du mari de la mère (art. 252 du Code civil suisse), pas transposable à la partenaire de la mère, et que la Loi sur le partenariat enregistré pour les couples du même sexe contienne un

art. 27: Enfants du partenaire

1. Lorsque l’un des partenaires a des enfants, l’autre est tenu de l’assister de façon appropriée dans l’accomplissement de son obligation d’entretien et dans l’exercice de l’autorité parentale et de le représenter lorsque les circonstances l’exigent. Les droits des parents sont garantis dans tous les cas.

2 En cas de suspension de la vie commune ou en cas de dissolution du partenariat enregistré, un partenaire peut se voir accorder par l’autorité tutélaire le droit d’entretenir des relations personnelles avec l’enfant de l’autre partenaire en vertu de l’art. 274a CC.

Ce n'est pas exhaustif, mais ainsi sont couvertes les situations les plus fréquentes dans les deux cas de figure.

(Pour être complet je précise que je n'aime évidemment pas l'article 28 LPart qui prétend interdire aux partenaires enregistrés l'adoption et la procréation médicalement assistée; mais c'était politiquement inévitable tant pour les autorités qu'en vue de la votation populaire de 2005. En Belgique le mariage est ouvert aux couples de même sexe, mais l'adoption leur est aussi interdite!)

3. Le jeudi 21 octobre 2010 à 14h27, par F

"Dans le fait que les couples hétéros ont une procédure de divorce plus complexe que la procédure de dissolution d'un partenariat enregistré, qui au juste est discriminé?"

Je ne suis plus trop - on parle du droit anglais, français ou suisse ? Je connais surtout le français. Le pacs d'un couple hétéro est aussi facile à dissoudre que le pacs d'un couple non-hétéro. Les hétéros ont le choix d'un autre contrat, le mariage, mais ce n'est pas une discrimination contre eux, c'est un choix dans lequel ils peuvent s'engager, et qui est refusé aux autres.

"J'ai déjà critiqué dans ce blog la préférence des militants américains pour la voie judiciaire plutôt que le combat politique."

Bon, je ne vais pas parcourir tous les billets du blog pour retrouver celui sur le sujet. Tu aurais j'imagine tout autant critiqué le Civil Rights Movement, qui après tout c'est donc selon toi achevé par une triste victoire, devant la Cour Suprême.

4. Le jeudi 21 octobre 2010 à 16h37, par François Brutsch

Le Pacs n'a aucun intérêt, c'est un particularisme tardif et hypocrite qui n'apporte pas de vrais droits et a maintenu la France en arrière alors que la plupart des autres démocraties occidentales (suivant l'exemple du Danemark dès 1989, soit 10 ansavant le Pacs) reconnaissaient l'égalité des couples de même sexe soit au travers d'un partenariat civil soit en dématrimonialisant le mariage.

Le Civil Rights Movement a gagné autant au Congrès que devant la Cour suprême, et il me semble que cela aide à ancrer son irreversibilité. La reconnaissance par la Cour suprême d'un droit constitutionnel fédéral à l'avortement alors que c'était auparavant une question de la compétence des Etats est plus proche de ce que critique; le résultat c'est que la question est toujours furieusement controversée et que la voie politique est fermée.

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