Peter Tatchell, leader du Front populaire de Judée
François Brutsch | mardi 19 octobre 2010 à 13h10 | "gay, gay..." | rss
Au Royaume-Uni, Peter Tatchell est la Mère Teresa de l'activisme libéral / libertaire. Il n'a pas encore reçu le prix George Orwell pour l'ensemble de son oeuvre, mais c'est inévitable. Universaliste des droits humains, il ne se limite nullement à la lutte pour les droits des gays et lesbiennes et à l'athéisme militant et anticlérical (encore récemment à l'occasion de la visite officielle du pape en Grande-Bretagne) mais défend aussi des causes moins populaires dans une certaine gauche, comme le combat sans complaisance contre l'extrémisme islamiste ou contre les dictatures des ex-libérateurs adulés du genre Mugabe au Zimbabwe.
Et comme Mère Teresa ou George Orwell, Tatchell n'est pas au-delà de toute critique! J'ai le sentiment qu'il est atteint du syndrome du minoritaire perpétuel, courant à gauche: toujours révolté, épris d'absolu, il ne connaît pas la satisfaction de la victoire. Mon titre fait référence à un épisode de La vie de Brian, film culte des Monty Python, dans lequel le héros (double de Jésus, né le même jour que lui dans l'étable voisine) se familiarise avec le fractionnisme militant: "Il y a une seule chose que nous haïssons plus que les Romains, ce sont les militants du Front de libération de la Judée". Pour Tatchell, plus que les homophobes ce sont les militants gays menchéviks dans mon genre qui se satisfont d'un partenariat civil pour les couples de même sexe au lieu de se sentir ignoblement discriminés et de revendiquer la totale dématrimonialisation du mariage, dénoncés dans son dernier communiqué[1]; je ne doute d'ailleurs pas que, cela obtenu, Tatchell mobilisera sa capacité d'indignation sur la limitation du mariage à deux personnes...[2]
Peut-être finalement la dématrimonialisation du mariage finira-t-elle par s'imposer[3]: je m'y résignerai
. Il y a pourtant des raisons de fond et des raisons techniques qui justifient entièrement la distinction entre mariage hétéro et partenariat civil gay:
- La reconnaissance d'une antériorité qui ne signifie nullement supériorité[4]: après tout, tout gay ou lesbienne est né de l'union d'un homme et d'une femme.
- Le fait que le mariage règle non seulement le statut d'un couple mais établit également des conséquences juridiques d'une descendance biologique possible des conjoints[5], question qui ne se pose pas pour les gays ou les lesbiennes.
- Pour qu'il y ait discrimination il ne suffit pas qu'il y ait une différence (ici terminologique), il faut encore qu'il y ait une victime, et corrélativement quelqu'un qui en tire bénéfice: c'est le cas dans l'inégalité entre hommes et femmes encore en cours, c'était le cas dans l'apartheid sud-africain ou le "développement séparé" sudiste aux Etats-Unis[6]. Il me semble absurde de coller ce schéma sur la situation des gays et des lesbiennes dans les pays qui ont établi un partenariat civil.
Notes
[1] Ce qui n'empêche pas Tatchell de revendiquer aussi un régime intermédiaire, light, comme le Pacs français, ouvert tant aux hétéros qu'aux gays et lesbiennes.
[2] Dans le commentaire que j'ai laissé sur Harry's Place, je fais allusion à un autre gag du film: la mère de Brian qui s'écrie "He is not the Messiah, he is a naughty boy!".
[3] En particulier si, comme le prédit James Taranto, la Cour suprême des Etats-Unis n'infirme pas l'arrêt extravagant d'un juge fédéral annulant comme contraire à la Constitution fédérale l'adoption par le peuple californien de la Proposition 8, renversant elle-même une jurisprudence de droit californien par la Cour suprême de cet Etat -- j'ai déjà critiqué dans ce blog la préférence des militants américains pour la voie judiciaire plutôt que le combat politique.
[4] A la manière dont Jean Paul II avait élégamment modernisé le rapport au judaïsme de l'Eglise catholique romaine, si prompte d'ordinaire à renvoyer au paganisme même les chrétiens d'autres confessions.
[5] Voire d'une inexistence de rapport sexuel qui peut être un motif de nullité.
[6] Dont le traumatisme traverse manifestement les générations anglophones, illustrant l'adage: Chat échaudé craint l'eau froide.






Commentaires
1. Le mercredi 20 octobre 2010 à 05h53, par F
2. Le mercredi 20 octobre 2010 à 11h31, par François Brutsch
3. Le jeudi 21 octobre 2010 à 14h27, par F
4. Le jeudi 21 octobre 2010 à 16h37, par François Brutsch
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