dimanche 30 mai 2010
David Laws piégé par son placard
François Brutsch | 11h47 | pink power | permalien | rss
Màj le 18.07 à 20h15
La démission soudaine du nouveau ministre britannique du budget, le libéral-démocrate David Laws, est pitoyable à bien des égards.
C'est bien sûr une tragédie personnelle. Voici un brillant quadragénaire qui s'était construit une image de chasteté vouée à la politique et se retrouve, du jour au lendemain, à devoir assumer publiquement son homosexualité vis-à-vis de sa famille à qui il la cachait et sa relation secrète (la seule qu'il a jamais eue, dit-il) avec son compagnon de longue date. Espérons que, comme lord Browne, il s'en remettra.
Tout cela parce que Laws a eu la faiblesse, la stupidité[1] et l'esprit de lucre de produire dans ses notes de frais parlementaires pour 40'000 livres de loyers payés à son compagnon. En violation d'une règle claire depuis 2006: pas de prestation à un conjoint, partenaire ou assimilé ou autre membre de la famille. Si cela s'applique aux concubin-e-s des parlementaires hétéros[2], on ne voit pas pourquoi cela ne vaudrait pas pour les gays et lesbiennes. Où il s'avère qu'hélas l'affaire des notes de frais n'a pas disparu avec la précédente législature et peut continuer de venir hanter les sortants réélus.
C'est pitoyable pour le gouvernement et le pays. Après le choc de la coalition, David Laws a été la révélation des 18 premiers jours dans son rôle crucial de mettre en oeuvre le programme d'économies du gouvernement avec une efficacité clinique, tout en assurant la plus-value lib-dem d'une attention plus soutenue à ses conséquences sociales. Cameron a manqué de caractère en ne coupant pas d'emblée cours à la polémique: il aurait pu sommer Laws de mettre en ordre sa vie et ses affaires, mais proclamer que l'intérêt du pays commandait qu'il reste à son poste.
Et c'est bien sûr pitoyable sur ce que cela révèle de l'état d'esprit de trop de gays et de lesbiennes qui n'ont pas compris que le monde a changé. En Suisse on a connu cela avec le politicien jurassien et démocrate-chrétien Jean-François Roth, mais il reste trop d'hommes et de femmes dans la politique, les médias ou l'économie qui vivent dans une hypocrisie d'autant plus confortable qu'elle repose sur la complicité tacite de leur entourage, au lieu d'assumer publiquement, pour le bénéfice de la société (homos et hétéros confondus), l'orientation sexuelle dont ils n'ont pas à avoir honte[3]: il faut en finir avec l'idée que celle-ci fait partie de la sphère privée, ce n'est pas plus vrai que le genre, la couleur de peau, l'âge, l'apparence physique ou le fait que toutes ces personnes vont aux toilettes (ce sont les détails qui, eux, sont privés!).
COMPLEMENT DU LUNDI 31, 22h45
- Le commentaire-témoignage de Matthew Parris sur le site du Times (pendant qu'il est encore gratuit!)
- Une déclaration de David Laws:
I realise that I have made a serious mistake, because of my failure to be honest about my sexuality. Today has been the most difficult day of my life and I apologise to James, and to all my family, friends and constituents who I have not been honest with about who I am over all the years of my life.
I hope that others will now learn that it is time for people to be honest about their sexuality. Keeping secrets is much tougher than telling other people who you really are.
COMPLEMENT DU MERCREDI 2 JUIN à 23h15
Et comme les grands journaux anglo-saxons excellent à revenir sur une affaire (une story) sous tous les angles et points de vue possibles, aujourd'hui dans le Times nous avons droit à ce témoignage: Why I wish that I had never ‘come out’
COMPLEMENT DU DIMANCHE 18 JUILLET à 20h15
Lord Browne sur l'affaire Laws, dans le Guardian.
Notes
[1] Ou le machiavélisme égaré, s'il pensait ainsi clarifier comme non affective la relation à son "co-locataire"!
[2] Curieusement pour eux personne n'a l'air de penser qu'il relève de leur vie privée de savoir s'ils couchent ensemble ou non...
[3] On dira que c'est aussi aux autres de méditer sur les ravages qu'ils inspirent -- la famille, catholique, de David Laws, par exemple -- mais j'estime pour ma part que cette posture de victime est trop facile.





