février 2010 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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vendredi 26 février 2010

Le tout grand héraut du libéralisme et son adversaire pour les Nuls

A moins qu'il ne faille titrer Le plus noble des chantres de l'interventionnisme et son principal pourfendeur?


Voici un clip pédagogique, génial de vulgarisation, qui est constitué par un rap (oui, un rap) dans lequel J.M. Keynes et F.A. Hayek défendent chacun sa théologie théorie économique avec une obstination impitoyable (normal, les refrains sont quasiment des boucles). C'est fait avec humour, mais tout ce qui y est proféré correspond à des citations des deux économistes.

Pour être honnête, il me semble que la sympathie et le respect vont plutôt à l'Autrichien, tandis que le Lord britannique semble traité avec un peu moins de respect et de manière plus caricaturale. Mais ça reste très pédagogique.

Les sous-titres en français me laissent aussi béat d'admiration et de reconnaissance.

L'original a été publié par EconStories que j'ai découvert à cette occasion: une merveille.

(Via ExtrêmeCentre)

mardi 2 février 2010

Pause télévision

Nous regardons rarement la télévision, mais hier sur Channel 4 il y avait une biopic sur Mo Mowlam, l'une des ministres emblématiques du premier gouvernement Blair. Populaire (dans les deux sens du terme), chaleureuse, d'une grossièreté pas nécessairement antipathique, probablement angélique sur le plan politique et prête à donner dans tous les sentimentalismes de gauche, elle était néanmoins pragmatique, "down to earth". Le film tourne principalement autour de son important poste de secrétaire d'Etat[1] à l'Irlande du Nord au moment des négociations[2] qui ont abouti à l'accord du Vendredi Saint (1998) sur le processus de paix approuvé par la suite massivement dans un référendum, et de la tumeur cérébrale qui l'affectait (dont elle a longtemps fait croire qu'elle avait été bénigne, jusqu'à la rechute et sa mort prématurée à l'âge de 55 ans, en 2005). Son rôle était probablement quelque peu surévalué (aucune mention de Jonathan Powell, le chief of staff de Tony Blair qui a été instrumental dans les coulisses) et enjolivé (la partialité de Mo envers le camp indépendantiste catholique, contre la majorité unioniste protestante, n'a pas facilité les choses et il a fallu rien moins que Peter Mandelson pour lui succéder dans ce poste extrêmement délicat). Mais ce qui m'a frappé dans ce film c'est le mari, pratiquement deuxième rôle principal: elle avait apparemment la chance de former un couple et une famille comme peu de politiciens en connaissent me semble-t-il.

Le problème quand on veut écrire rapidement un billet, c'est que cela prend parfois des tournants imprévus: je découvre ainsi que Mo a fait une thèse de science po à l'Université d'Iowa sur la démocratie directe en Suisse! Et son mari a eu ensuite une relation avec une autre (ex-)ministre que j'abhorre, elle, Clare Short, avant de mourir en 2009 à l'âge de 53 ans.

Et ce soir il y avait, toujours sur Channel 4 (la chaîne privée sous mandat public d'être provocante et de se préoccuper des publics minoritaires, distincte tant des deux chaînes sans publicité de la BBC publique que des deux chaînes privées de l'offre de base, ITV et Channel 5) l'une de ces émissions d'infotainment taillées pour la télévision: des parlementaires qui se prêtent à la vie dans un grand ensemble.

Notes

[1] Au Royaume-Uni c'est la désignation des membres du Cabinet (conseil des ministres), auxquels sont rattachés des ministres puis des ministres d'Etat: hiérarchie terminologique inverse de la France.

[2] Initiées sous John Major.

lundi 1 février 2010

Election du Conseil fédéral par le peuple (1): introduction

Un sujet que je me propose d'aborder dans une série de billets! J'espère arriver au bout, et être suffisamment didactique aussi pour lecteurs étrangers: peut-être y trouveront-ils un intérêt ethnologique, sinon comparatiste!

Les institutions suisses sont conformes au pays: complexes et subtiles, elles représentent un miracle d'équilibre qui explique le conservatisme foncier avec lequel toute proposition de bousculer l'ordre établi est accueilli. Ainsi en va-t-il de la proposition récurrente de faire élire l'exécutif fédéral par le peuple plutôt que par le Parlement: elle soulève des objections de principe qui expliquent qu'elle a été plusieurs fois rejetée dans le passé. On ne peut pas dire que l'UDC, qui enfourche à son tour ce cheval pour se venger de l'éviction de son leader Christoph Bocher, se soit donné de la peine pour mieux franchir l'obstacle: elle lance une initiative populaire bâclée, défectueuse, étroite d'esprit là où il aurait fallu tenter de séduire les indécis en s'appuyant sur le désir de changement et l'insatisfaction confuse à l'égard de la grisaille politique.

Point de départ: la Suisse (au niveau fédéral comme dans les 26 cantons) a un régime politique de type non parlementaire, mais "présidentiel" complété par des droits populaires étendus (démocratie directe):

  • l'exécutif ne peut pas dissoudre le parlement,
  • le parlement ne peut mettre fin aux fonctions du gouvernement en cours de législature,
  • le peuple ne se limite pas à prendre part à des élections mais intervient constamment dans la vie politique par des votations qui lui permettent de refuser l'entrée en vigueur d'une loi approuvée par le parlement (demande de référendum) et d'imposer, par le biais d'une modification constitutionnelle, une règle, mesure ou politique dont les autorités ne veulent pas (initiative populaire).

L'exécutif est par ailleurs dit collégial: il est formé de sept membres, élus individuellement par le parlement, qui exercent à la fois collectivement la fonction "présidentielle" et individuellement une fonction "ministérielle" en dirigeant le département que le collège leur confie.

L'ensemble de ces éléments conduit non a une démocratie d'alternance mais à une démocratie de concordance. La plupart des partis sont contraints de collaborer dans un parlement élu à la proportionnelle et un gouvernement collégial, digérant les impulsions extérieures et promouvant prudemment l'évolution de l'intérieur: on pourrait parler de démocratie organique.

Comme je le dis souvent, la vie des politiciens en Suisse n'est pas folichonne: ils font beaucoup moins "ce qu'ils veulent" que partout ailleurs. Etonnamment, il y a toujours des volontaires, mais c'est certainement un élément d'explication de la qualité souvent critiquée du personnel politique.

Prochains billets dans cette série:

L'initiative populaire du parti de Christoph Blocher veut remplacer la désignation parlementaire des conseillers fédéraux non par une élection claire et transparente mais par un régime électoral compliqué et insatisfaisant (2). Elle traite de manière désinvolte la question, non négligeable dans un pays fédéral multilingue, de la représentation au gouvernement de toutes les parties du pays (3). Elle ne répond pas au seul vrai problème: le mauvais fonctionnement de l'exécutif collégial (4). La question de l'amélioration de la qualité du gouvernement et de la dynamisation du système politique suisse a cependant de quoi stimuler la créativité juridique: je terminerai avec quelques esquisses de propositions – dont il n'est pourtant pas certain qu'elles soient supérieures au statu quo... (5).

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