novembre 2009 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

lundi 30 novembre 2009

Initiatives populaires, 1893-2009: le pire avec le meilleur, indissolublement

Dernière édition: 5 décembre 2009

Il faut quand même revenir, en préambule, sur le vertigineux parallèle entre la dernière initiative populaire approuvée sur le plan fédéral, hier, et la première (qui était également la première lancée après l'introduction dans la Constitution fédérale de ce nouveau droit conquis d'abord dans les cantons), du 20 août 1893:

Initiative populaire fédérale «contre la construction de minarets»

La Constitution fédérale du 18 avril 1999 est modifiée comme suit:

Art. 72, al. 3 (nouveau)

3 La construction de minarets est interdite.

Initiative populaire «Interdiction d'abattre le bétail de boucherie sans l'avoir préalablement étourdi»

Introduire dans la constitution fédérale [du 19 avril 1874] un nouvel article 25bis, conçu comme suit:

Art. 25bis

Il est expressément interdit de saigner les animaux de boucherie sans les avoir étourdis préalablement; cette disposition s'applique à tout mode d'abatage et à toute espèce de bétail.

L'initiative de 1893 relevait d'une coalition tacite de protecteurs des animaux et d'antisémites, nous disent les historiens, celle de 2009 émane de la frange la plus nationaliste de la droite et se veut un signal contre l'extrémisme musulman tel qu'il se manifeste dans des pays voisins. Dans les deux cas, on peut arguer, hypocritement, que la liberté religieuse n'est pas en cause: l'absence de minaret n'empêche nullement la construction de mosquées et l'exercice du culte musulman, comme s'empresse de le souligner le Conseil fédéral dans un communiqué également diffusé en arabe; l'absence d'étourdissement préalable n'est pas une condition de validité religieuse de la viande «kasher», et par ailleurs l'importation est toujours restée possible.

Outre le nombre et l'importance sur le plan international des coreligionnaires respectifs, la grande différence entre les deux époques c'est le regard instantané du village global sur la Suisse, et la place prise par le droit international. Le Times de Londres est ainsi parfaitement dans son rôle avec un éditorial qui, en témoignant d'ailleurs d'une compréhension approfondie de la problématique, enfourche confortablement les grands chevaux des principes fondamentaux, tout en se gardant de dire comment politiciens et gouvernants suisses auraient dû ou pu s'y prendre ou ce qu'ils devraient faire maintenant. A l'inverse et dans l'étranger proche, un blogueur que je croyais plus subtil, Jean Quatremer, le correspondant auprès de l'Union européenne de Libération, choisit un angle d'attaque particulièrement stupide (récusé par avance par le Times)[1]:

«une nouvelle fois la démocratie directe fait la preuve de son extrême dangerosité. En laissant s’exprimer la peur de l’autre, le refus de la rationalité, l’intérêt immédiat, le référendum est décidément un instrument dangereux aux mains des démagogues de tous poils. On comprend mieux pourquoi plusieurs pays démocratiques l’ont tout simplement interdit.»

Pour ce qui concerne le droit international, la différence c'est qu'il existe désormais des instruments juridiques supranationaux, dotés d'organes de contrôle. En particulier, la liberté religieuse et l'interdiction des discriminations ne relèvent plus seulement du droit constitutionnel suisse mais de la Convention européenne des droits de l'homme que la Suisse a ratifiée, en se soumettant également à la juridiction de la Cour européenne des droits de l'homme. Il n'existe cependant pas de procédure analogue au contrôle abstrait de la constitutionnalité d'une norme: c'est seulement dans le cas concret d'un hypothétique refus d'autoriser la construction d'un minaret qui ne se fonderait pas sur d'autre motif que la nouvelle disposition constitutionnelle, et après épuisement des voies de recours nationales, que la Cour de Strasbourg aura peut-être l'occasion de se prononcer. Et même une condamnation ne modifierait pas la Constitution suisse.

Les réactions du type de celle de Quatremer comme l'approche juridique formaliste tombent au demeurant à côté de la plaque. La démocratie directe[2], qui est un élément si essentiel de la culture politique suisse qu'il fait partie de l'identité nationale (et s'ancre comme il se doit dans la mythologie originaire du pays en 1291), joue un rôle bien plus positif[3] que quelques ratés ne le laissent penser. Et même les ratés donnent à réfléchir: une affaire Dreyfus, des pogroms et autres ratonnades sont-ils préférables? L'absolutisme tempéré par l'assassinat que constitue le régime représentatif périodiquement confronté à la révolte de la rue est-il vraiment supérieur à un régime politique stable qui a banni les postures héroïques et soumet les politiciens au corset rigoureux de la démocratie directe? On voit tous les jours, dans l'actualité française ou britannique, combien la démocratie représentative (justement parce qu'elle ne donne pas de moyen d'action et d'expression au peuple) est plus encore que la démocratie directe soumise au danger de la démocratie d'émotion.

C'est par une initiative populaire que le refus de la Suisse d'adhérer à l'ONU a pu finalement être surmonté, le 3 mars 2002 (et à l'évidence la légitimité et la qualité de la construction européenne seraient meilleures si elles s'ancraient dans les votes des peuples qui la constituent). Bien d'autres avancées politiques et sociales se sont construites au travers de la démocratie directe (qui, outre l'initiative populaire qui est un scrutin provoqué par une proposition constitutionnelle extérieure aux autorités, comprend le reférendum facultatif, scrutin provoqué par les opposants à une loi adoptée par le Parlement, et le scrutin organisé automatiquement sur toutes les révisions constitutionnelles et sur les traités internationaux importants). L'essentiel est au-delà du résultat: si le oui n'est parfois pas aussi absolu qu'on peut le croire ou le craindre, c'est aussi le non qui est souvent bien moins définitif qu'il en a l'air. C'est comme cela que se construit une culture du consensus, de la recherche d'une majorité dépassant les clivages partisans / sociaux / religieux / culturels / géographiques et non d'une victoire d'occasion. Et une intégration de l'immigration qui, pour ne pas donner dans l'angélisme et ne pas aller sans obstacles à surmonter, n'est certainement pas pire qu'ailleurs sur le plan quantitatif comme sur le plan qualitatif.

Je l'illustre régulièrement sur ce blog (déjà 16 scrutins, comportant généralement plusieurs objets, depuis juin 2005): les votations populaires sont en Suisse bien plus importantes que les élections législatives (tous les 4 ans à la proportionnelle depuis 1918) et la composition du gouvernement élu par le Parlement. De la Constitution de 1848 jusqu'à hier, ce sont 548 objets qui ont été ainsi décidés. S'agissant plus particulièrement des initiatives populaires, depuis 1893 362 ont été lancées (dont 8 sont en cours de procédure), 276 ont abouti, 169 ont fait l'objet d'une votation, 17, avec celle d'hier, ont été adoptées par le peuple et les cantons (la double majorité est requise). Les autres ont été retirées, souvent dans le cadre d'une négociation politique avantageuse (80), déclarées nulles (4) ou classées (2).

La formule de Churchill sur la démocratie s'applique a fortiori à la démocratie directe suisse: le pire des régimes politiques connus -- à l'exception de tous les autres.

P.-S. A méditer ce commentaire prononcé dès dimanche en fin d'après-midi par Pascal Décaillet: Vieux pays conservateur.

COMPLEMENT DU 05.12 à 13H30: Dans Le Temps de ce jour, Joëlle Kuntz raconte en détail la votation de 1893.

Notes

[1] Voir aussi cette réaction de Bernard Kouchner.

[2] La vraie, évidemment, qui s'inscrit dans un parcours institutionnel balisé par le droit, pas celle des plébiscites organisés par un régime pour légitimer un homme fort ou poser des questions biaisées.

[3] Si le Times en est conscient, le journaliste d'un pays voisin comme Quatremer n'a aucune excuse pour l'ignorer.

vendredi 27 novembre 2009

Une belle histoire virile

crabeauf







Presque un conte de fées. De loin, on croit avoir affaire à un vieux crabeauf qui, à coup sûr, sera phallomachomophobe. Mais son fils fait confiance au père qui s'avère être un humain royal et magnifique, qui met son incontestable masculinité au service de la lutte contre les ravages des phallomachomophobes. Et ils vivront heureux...

Votations du 29 novembre 2009: les minarets mais pas seulement!

Et une nouvelle collection d'affiches de campagne[1]! Avec deux,voire trois objets dont les résultats seront suivis de près également hors de Suisse...

Votations fédérales (voir le site officiel)

Le premier objet n'a rien de très excitant: une modification de l'affectation des 60 millions de francs d'impôt perçus chaque année sur le carburant utilisé dans le trafic aérien intérieur (l'extérieur, lui, est exonéré en vertu d'une convention internationale). Mais comme cela nécessite une modification de la Constitution fédérale, la votation est obligatoire. L'opposition vient de la gauche écolo, mais l'objet ne vaut ni une affiche pour, ni une affiche contre.

Le deuxième objet s'inscrit dans la campagne d'attrition, comme dirait Ludovic, menée contre l'armée en utilisant les instruments de la démocratie directe. C'est un remake puisant dans la tradition humanitaire du pays: une initiative populaire pour l'interdiction d'exporter des armes, lancée à l'époque par les milieux tiers-mondistes et chrétiens, n'a manqué, en 1972, que de 4'000 voix la majorité du peuple[2]. Je me trompe peut-être, mais je ne sens pas le même élan autour de l'initiative lancée par le Groupe pour une Suisse sans armée.

L'affiche du nonIl faut dire que c'est surtout le troisième objet qui excite les passions dans tout le pays: l'initiative populaire "contre la construction de minarets". J'en avais parlé ici dès son lancement. Au moins ça c'est un sujet pour des affiches! Les initiants ont fait très fort évidemment (et certaines municipalités de gauche sont tombées dans le piège grossier d'interdire l'affiche sur leur territoire), mais la principale affiche du non (ci-contre) est pas mal non plus. Certes elle se limite à mobiliser, par le rappel des précédentes campagnes de l'UDC, tout ceux qui exècrent le parti de Christoph Blocher et l'étroitesse d'esprit qu'il incarne. C'est un peu la loi du genre, mais au moins elle le fait positivement et non seulement en diabolisant l'adversaire. Ce qui m'inquiète davantage, c'est que le reste de la campagne (l'information et les débats dans les journaux, les interventions des partis et autres organisations si tant est qu'il y en ait eues) est à l'avenant: les opposants à l'initiative font une campagne lénifiante, aseptisée, louant l'intégration des musulmans de Suisse... De nature à ne convaincre que les citoyens déjà convaincus. Bien trop inconfortable de faire campagne sur le thème de la liberté religieuse: c'est sans doute encore plus embarrassant que d'expliquer le sexe aux enfants. Pour la gauche c'est probablement le droit fondamental qui l'est le moins[3] (et elle préfère y lire une sorte de droit à la multiculturalité angélique). La droite contre l'initiative se divise entre un PDC marqué par son origine catholique et un parti libéral-radical héritier du courant anticlérical. Comme toute l'Europe, la Suisse a aussi été marquée par les guerres de religions. La Constitution fédérale n'est débarrassée que depuis peu des trois dispositions intolérantes qui y figuraient: l'interdiction de l'ordre des Jésuites et des couvents, l'interdiction de l'abattage rituel juif et la soumission à autorisation de l'érection d'évêchés. Bref, le sujet est tabou. Personne pour promouvoir avec conviction l'importance de la liberté religieuse pour l'individu (et, plutôt que de se lamenter de manière assez indigne sur l'image que donne la Suisse dans les pays musulmans, Micheline Calmy-Rey aurait pu saisir l'occasion de demander son respect aussi dans ces pays à l'égard des juifs et des chrétiens). Personne surtout pour saisir l'occasion d'en marquer les limites: la liberté religieuse, c'est aussi celle de ne pas adhérer à une foi, de la quitter ou d'en changer. Et c'est le rôle de l'Etat démocratique de veiller à ce qu'une religion ne fasse pas obstacle au droit à l'éducation égal pour les filles et les garçons, ni au droit de se marier ou de se partenarier avec la personne de son choix. Faute qu'un tel discours, ferme et rassurant, ait trouvé à s'incarner dans la campagne, il ne faudra pas s'étonner si le messages simpliste de l'UDC recueille les suffrages de ceux qu'inquiètent légitimement le comportement dominateur et intolérant d'un certain fondamentalisme musulman dont la meilleure illustration récente a été l'affaire des caricatures danoises, mais dont les exemples quotidiens abondent aux Pays-Bas, en Allemagne, en France ou en Grande-Bretagne.

Votations cantonales (voir la brochure officielle)

Deux lois ouvrant des crédits de travaux font l'objet d'un vote parce que leurs opposants respectifs ont réuni le nombre de signatures nécessaires pour qu'il soit organisé.

Le premier objet est local: l'assainissement par un tunnel d'une route à grand trafic qui traverse un village. Affrontement entre pro- et anti-bagnoles, il sera intéressant de voir aussi comment voteront les citoyens-contribuables qui vivent à l'autre bout du canton.

Le deuxième objet concerne un raccordement entre les réseaux ferroviaires suisse et français sur la rive gauche du lac qui fait rêver depuis plus de 100 ans. Au-delà des mérites réels ou supposés du projet, ce qui est fascinant c'est la manière dont il a noué la convergence des bétonneurs expansionnistes et des écolos défenseurs de mobilité douce. Le oui au CEVA fait le plein des soutiens officiels de la gauche à la droite, isolant les référendaires dans le rôle de Neinsager égoïstes. De la belle ouvrage, mais qui devra tenir dans la durée pour concrétiser les promesses de Cocagne faites dans la campagne.

annonce

COMPLEMENT DE 20h: Le fédéralisme permet l'expérimentation autonome, c'est son avantage, mais il aussi l'inconvénient de compartimenter: et chacun de réinventer la roue dans son coin... Mon co-blogueur me fait remarquer qu'une campagne contre l'initiative anti-minarets davantage selon mon coeur se déroule en Suisse alémanique, comme l'illustrent l'annonce ci-contre et, ci-dessous, cette magnifique affiche réalisée gratuitement par Frank Brodin!

Affiche du non par Frank Bodin

Notes

[1] Merci à Martin pour les photos!

[2] La majorité des cantons, elle aussi requise, restait toutefois hors d'atteinte.

[3] La palme au PS qui fait campagne contre l'interdiction des minarets et, par la voix du président de son organisation de jeunesse, pour la disparition de tout symbole rattaché au christianisme dans la vie publique.

jeudi 19 novembre 2009

L'UE, grande Suisse

Dernière édition: 25 novembre 2009

Exit le fantasme de l'Europe puissance: avec le premier ministre belge Herman van Rompuy président du Conseil européen et Catherine Ashton, la commissaire britannique qui a succédé à Peter Mandelson il y a 13 mois sans avoir jamais été élue à aucune fonction politique, comme haute représentante aux affaires étrangères (et vice-présidente de la Commission), les 27 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union ont fait leur choix. Barroso n'a pas à craindre de perdre de son autorité comme président de la Commission.

Pour un Suisse, évidemment, cela n'a rien de surprenant (c'est en me fondant sur cette expérience qu'un président Blair ne m'a jamais semblé plausible): la procédure, les critères et le résultat correspondent très exactement à ce qui se produit ici lorsqu'un membre de l'exécutif fédéral doit être désigné (comme au niveau européen à l'issue d'un conciliabule dans un cercle fermé d'élus des entités constitutives, et non au terme d'une campagne politique ouverte). L'origine géo-politique, l'appartenance partisane et le sexe sont déterminants, avec la capacité de se fondre dans les rouages et de ne pas prendre trop de place. Mais c'est vraiment la deuxième mort de la Constitution giscardienne: Lisbonne, c'est le traité de Nice dont on a gommé les principaux défauts.

COMPLEMENT DU 20.11 à 18H45: Je me rends compte que la tonalité du billet ci-dessus est peut-être trop négative: rien de désobligeant évidemment à ce que l'UE soit une grande Suisse! :-) Je trouve excellent que le critère du sexe ait été pris en considération, les Alpha Males nous emm... et je ne suis pas partisan d'une Europe puissance guère compatible avec la diversité des pays membres (elle n'était pas inévitable sous l'empire du traité constitutionnel, mais ouvertement prônée par nombre de ses partisans pour qui elle signifie avant tout s'opposer aux Etats-Unis). D'une certaine façon, ces nominations rendent soudain crédible l'argumentation du gouvernement britannique de revenir sur l'engagement de tenir un référendum sur la Constitution car le traité de Lisbonne n'est pas de même nature...

COMPLEMENT DU 25.11 à 12h15: Dans Le Temps de ce jour, Joëlle Kuntz dit tout cela beaucoup mieux que moi!

dimanche 15 novembre 2009

Election du gouvernement genevois

In extremis, je mets en ligne la traditionnelle galerie d'affiches[1] pour l'élection de l'exécutif de la République et canton de Genève, 5 semaines après le législatif. Rien de très excitant ni dans les affiches, ni dans la campagne, même si certains jouaient à se faire peur avec l'élection du leader populiste Eric Stauffer, qui a tout d'un Peron genevois[2]. Pourtant hautement improbable: il s'agit d'élire sept personnes au scrutin majoritaire, et les deux listes des partis gouvernementaux traditionnels, celle de droite comme celle de gauche, présentaient chacune 4 candidats qui démarrent la course avec un avantage décisif (l'électeur vote librement pour une à sept personnes parmi les 16 candidats, dont trois sur une liste d'extrême gauche et deux candidatures individuelles fantaisistes[3]). Même le professeur Aloys Werner, qui avait contre toute attente été élu comme indépendant, à l'occasion d'une élection partielle provoquée par le départ d'un conseiller d'Etat socialiste, n'était pas parvenu à se maintenir à l'élection générale suivante (1981), face au rouleau compresseur des listes collectives.

La seule vraie question était donc de savoir laquelle des deux aurait 4 et 3 élus, sachant qu'au Grand Conseil la droite gouvernementale devance la gauche gouvernementale, et que par ailleurs un tiers des députés appartiennent aux deux formations populistes[4], l'une d'extrême-centre (le Mouvement Citoyen Genevois) et l'autre à droite de la droite, section cantonale du premier parti du pays, l'UDC.

La gauche n'est pas parvenue à conserver les quatre sièges qu'elle occupait dans la législature précédente, à son grand dépit. Et (j'ai dû attendre que les résultats officiels se précisent sur ce point) ce sont les Verts qui auront deux élus et le parti socialiste un seul: confirmation d'une inversion symbolique qui ne me paraît nullement fatale et définitive mais qui va ajouter à la gueule de bois du PS, naguère premier parti du canton. Dans le fonctionnement collégial des exécutifs suisses, c'est une simplification grossière de dire, comme le font à l'unisson les partis et les journaux, que l'on passe ainsi d'un "gouvernement rose-vert" à un "gouvernement de droite". Tout dépend, en réalité, de la conjoncture (politique et économique) et des personnes. Mais cela change quelque peu le regard, le sentiment d'identification: on peut imaginer que cela va plutôt libérer les tentations oppositionnelles parmi les socialistes (chez les militants comme au Grand Conseil) que renforcer le sens des responsabilités et la volonté de participer aux convergences nécessaires avec la droite gouvernementale pour faire passer des projets cohérents, devant le parlement comme devant le peuple. Bon courage, Charles! :-)

Notes

[1] Due à l'ami Martin, que je remercie!

[2] Au demeurant coiffé au poteau par son colistier un peu plus "convenable".

[3] En utilisant l'un des bulletins imprimé par les partis, qu'il peut modifier, ou en écrivant sur un bulletin vierge mis à disposition.

[4] Ennemies, pour la providence des partis gouvernementaux et la rage de Christoph Blocher!

lundi 9 novembre 2009

Obama, Sarkozy et la grippe H1N1

La Suisse commence de vacciner trois semaines après l'UE. La raison: l'arrogance de Swissmedic, son organisme de contrôle des médicaments qui devait pourtant faire oublier la lenteur bureaucratique de son précédesseur, l'OICM. Pourquoi ne pas admettre que ce qui est autorisé par les institutions similaires de l'UE ou des USA est admis sans autre en Suisse? Et que Swissmedic se consacre exclusivement aux cas où la première demande de mise sur le marché est effectuée en Suisse!

Au demeurant, l'obscurantisme fait des ravages: la plupart des infirmiers et infirmières ne veulent pas se faire vacciner, à l'unisson de la population, selon un sondage. Qui rappelle ceux montrant que pour l'opinion suisse ou européenne c'est Israël ou les Etats-Unis qui représentent la plus grande menace contre la paix dans le monde.

Et je ne fais pas le lien par hasard. Car ceux qui ne "croient" pas à la vaccination (comme s'il s'agissait de foi!) appartiennent à ce public crédule, anesthésié par la prospérité, débarrassé de références d'autorité sans les avoir remplacées par des repères moraux -- prêt dès lors à tomber dans tous les panneaux conspirationnistes, comme le déni de la réalité des attentats islamofascistes du 11 septembre 2001 ou de l'origine naturelle du VIH (SIDA). Et maintenant du virus de la grippe H1N1.

C'est ainsi que je me retrouve lointain destinataire d'un courriel en chaîne initié par un gourou belgo-québécois, Jean-Jacques Crèvecoeur (sic), qui est une caricature du genre, à commencer par l'entrée en matière:

J’ai très peu de temps pour vous écrire.

C’est important que vous receviez cette information le plus rapidement possible. Et que vous la répandiez (car, il ne faudra pas compter sur les journalistes prostitués et muselés pour informer les populations de ce qui suit).

En bref: les vaccins sont en réalité des armes bactériologiques, Obama a déclaré la guerre à l'humanité, l'état d'urgence sanitaire aux Etats-Unis[1] est "l’étape préalable à l’instauration d’un état totalitaire et dictatorial". Quant à la France:

son Führer Nicola SS arkozy ne voudrait quand même pas être à la traîne de son modèle américain, le dictateur Obama.

Agrémenté d'un naturisme de bon aloi ("Prenez soin de votre système immunitaire par des moyens naturels. Et les moyens les plus naturels sont encore l’amour, le rire, le mouvement, l’alimentation saine, le repos."), l'ensemble est un magma pseudo-scientifique et manipulateur (l'auteur est aussi formateur en PNL) dont la meilleure illustration est probablement la référence aux Chemtrails:

il y a eu, depuis mars 2009, une très grande intensification de Chemtrails dans le ciel, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord (je n’ai pas d’informations pour les autres continents). (...) Pour ceux qui ne le savent pas, il s’agit de traînées répandues dans le ciel par des avions volant à haute altitude, qui imitent les traînées de condensation que font les avions de ligne. Vous savez, ces traînées blanches qu’on voit à l’arrière des avions. Les vraies traînées demeurent dans le ciel maximum une minute, car ce n’est que de l’eau et les gouttelettes se dispersent rapidement (quand j’étais petit, j’avais du plaisir à observer cela). Les Chemtrails (littéralement, traînées chimiques) sont disséminés dans le ciel par une série d’avions volant dans deux directions perpendiculaires, créant ainsi un quadrillage. À la différence des traînées de condensation, non seulement ces traînées ne disparaissent pas en une minute, mais au contraire, elles grossissent et finissent par se rejoindre, plombant le ciel bleu d’une lourde chape de nuages gris en quelques heures. Un biochimiste britannique participant à ces opérations a révélé, l’été dernier, que ces traînées chimiques contenaient des aérosols précurseurs à base de Baryum radioactif, qui réagiront une fois en contact avec les composants du vaccin, pour provoquer une propagation rapide du virus H1N1 (...). Virus qui, bien entendu, retombent sur nos têtes régulièrement... Vous ne me croyez pas? La prochaine fois que le ciel est dégagé, jetez un oeil dehors. Si vous trouvez des traînées persistantes, sachez qu’elles sont chimiques!

Du vécu, et le détail qui fait vrai que chacun peut vérifier: brillant non? L'ennui c'est que les Chemtrails sont une théorie conspirationniste usée et réfutée, comme la simple recherche Google de "chemtrails hoax" suffit à l'établir. Encore faut-il évidemment avoir un minimum d'esprit critique.

Une déception: je n'ai pas trouvé l'ombre d'une référence judéophobe... C'est bien la confirmation que l'anti-américanisme est le nouvel antisémitisme :-) .

Si je n'ai pas effacé ce courriel après les deux premières lignes, c'est bien sûr parce que j'ai flairé un sujet pour ce blog... Et à cause de la personne qui l'a transmis à son carnet d'adresses, qui m'est proche:

Personnellement ça sonne plus juste que faux à mon oreille.... et ça fait peur!!!

Moi ce qui me fait peur c'est de voir un Suisse adulte, au bénéfice d'une éducation supérieure, parfaitement intégré socialement et qui occupe un excellent emploi prêter le moindre crédit à ce genre de discours.

Notes

[1] Que pour ma part je reliais dans un moment persifleur à sa campagne pour l'assurance maladie obligatoire...

Calendrier

« novembre 2009 »
lunmarmerjeuvensamdim
1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous