octobre 2009 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 26 octobre 2009

La droite se bat pour les défavorisés

Non, ce n'est pas un lapsus[1]. Lors de la conférence annuelle du parti conservateur britannique, l'autre semaine, David Cameron est parvenu à se faire ovationner par ses troupes sur l'engagement d'agir pour lutter contre la pauvreté, tout en flétrissant le bilan du gouvernement travailliste. Cet article explique en quoi ce n'est pas seulement (même si c'est aussi) une combinaison d'art oratoire et de triangulation[2] mais la volonté d'une tendance de la droite qui a des racines profondes, des convictions et des idées.

De la même manière, et c'est là que je veux en venir, il y a ou devrait y avoir une gauche pour l'entreprise[3] ou la sécurité[4]. Voilà qui nous éloigne des discours sectaires illustrant une gauche fondée sur la haine (envieuse) des riches et une droite méprisante etcraintive à l'égard des défavorisés, les uns et les autres étant convaincus de la perversité intrinsèque de l'adversaire. Heureusement la démocratie ne fonctionne pas ainsi.

Notes

[1] Bon, la généralisation est un peu provoc'; mon premier titre était "Cette droite qui...".

[2] En anglais, de manière plus expressive qu'en français, on parle volontiers de political crossdressing.

[3] Rocard: la gauche doit se soucier aussi de la production de richesse et pas seulement de redistribution.

[4] Nécessaire surtout aux défavorisés: les privilégiés, eux, sont en mesure de se débrouiller!

mercredi 21 octobre 2009

ECR fait main basse sur le réseau des concessionnaires CoE

Dernière édition: 31 octobre 2009

Il faut imaginer Peugeot-Citroën s'adressant aux concessionnaires de Renault:

"Vous en avez marre de la façon dont vous êtes traités, des gonzesses qui s'imposent et vont bientôt vous commander, des tapettes qui ne se cachent plus et voudraient même qu'on les respecte? Nous vous faisons une offre: changez de marque, passez chez nous et amenez-nous vos clients! Pour une période limitée, on vous fait des conditions défiant toute concurrence, et vous verrez vous serez mieux!"

Peugeot-Citroën en profite pour résoudre son problème d'effectif: moyenne d'âge élevée de son personnel de vente, accentuée par les difficultés de recrutement dues, justement, à sa culture d'entreprise obscurantiste. Cerise sur le gâteau, l'opération survient peu après une visite solennelle de Carlos Goshn à Sochaux et des promesses de rapprochement dans le respect mutuel...

Hugues me dira peut-être que la métaphore ne joue pas du tout, mais c'est la meilleure que j'ai trouvée[1] depuis l'annonce, ce matin, que le Vatican lance une campagne dans le monde entier en vue d'accentuer la déstabilisation d'une Eglise anglicane ébranlée par ses débats internes, en encourageant la défection vers l'Eglise catholique romaine des prêtres, voire évêques qui traînent les pieds devant les évolutions décidées par leur Synode (accession des femmes à la prêtrise, puis bientôt au statut d'évêque, acceptation dans une certaine mesure des gays).

Me voulant athée, cela devrait bien sûr m'être indifférent. Mais, d'abord, je ne partage pas la vision ségrégationniste de la société des fondamentalistes de la laïcité: la dimension spirituelle en fait partie et est un objet du débat public. Surtout quand elle s'incarne dans un jeu d'appareil, un rapport de force, une démonstration de pouvoir et d'autorité qui doit plus aux relations inter-étatiques et au monde du business qu'à la foi. Et je ne saurais renier mon origine calviniste: quand de surcroît je lis sur le blog d'un catholique de choc (découvert grâce à l'excellent Sacristains.fr où l'on retrouve KoZ) que c'est un bond en avant pour l'oecuménisme[2], mon sang ne fait qu'un tour!

COMPLEMENT DU 23.10 à 11h15: Dans le flot de columns qui accompagne, comme il se doit, l'événement, j'en signale deux:

COMPLEMENT DU 31.10 à 11h30: Mais le meilleur, c'est Michael Gove, l'un des éléments les plus originaux de l'équipe Cameron dont il sera ministre de l'éducation. Extrait:

But why should the path to Rome be a one-way street? Why shouldn’t the Church of England issue an enthusiastic invitation to those Catholics less than perfectly happy with their own denomination to join a progressive, inclusive and wonderfully tolerant communion? How many Roman Catholics believe that women, as in the early church, should play an equal role in worship? How many Roman Catholics believe heart and soul in the sanctity of life but consider it absurd to tell African women at risk of Aids that condoms are sinful? How many Roman Catholics believe in commitment, fidelity and monogamy but find it sad, even a little shaming, that their Church is so hostile to gay people who want to openly celebrate their commitment to each other?

Notes

[1] Je vous ai épargné notamment IBM - Apple, ou l'Anschluss (qui aurait pu être prometteur compte tenu de la façon de le chef spirituel anglican, Mgr Rowan Williams, décidément hopeless, a même été amené à participer à une conférence de presse du primat de l'Eglise catholique romaine en Angleterre, Mgr Vincent Nichols, archevêque de Westminster)!

[2] Il faut lui reconnaître le mérite de ne pas tourner autour du pot, quand on lit sa réponse à l'objection d'un lecteur qui m'avait devancé: "pour un catholique, oui, c'est encore mieux si tous les chrétiens se rangent sous la bannière de l'Eglise et du pape, en adoptant tout ce qui a été révélé, les textes fabuleux sur l'eucharistie, l'amour, la sexualité, la famille, la doctrine sociale, le travail, les laïcs, les prêtres, l'Europe, etc., sur tous les sujets (ce qu'on appelle le Magistère)".

vendredi 16 octobre 2009

Richard Goldstone: "Si j'avais su..."

Et voilà: le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté -- à sa façon -- les conclusions de la commission d'enquête sur les crimes de guerre en relation avec Gaza qu'il avait nommée, et saisi le Conseil de sécurité. La (trop) grande habileté du Prix Nobel de la paix 2009, envoyant l'Autorité palestinienne elle-même demander un délai favorisant une diminution de la tension, n'a pas tenu une semaine. Et Richard Goldstone, le juge sud-africain prestigieux qui présidait la commission? Il "déplore la récupération politique de son rapport", comme le dit ce titre du Temps.

Il fallait y penser avant! L'ancienne haut-commissaire aux droits de l'homme, Mary Robinson, avait décliné le poste devant l'évidence que le mandat et le mandant étaient biaisés. Comme elle l'explique, dans ce qui se veut une défense de Goldstone:

I refused to accept the invitation from the president of the Human Rights Council at the time, Ambassador Martin Uhomoibhi of Nigeria, to lead the investigation following the Human Rights Council’s January 12, 2009 resolution. As a former UN High Commissioner for Human Rights, I felt strongly that the Council’s resolution was one-sided and did not permit a balanced approach to determining the situation on the ground. It referred only to "the grave violations of human rights in the Occupied Palestinian Territory, particularly due to the recent Israeli military attacks," and called for a mission to investigate "all violations of international human rights law and international humanitarian law by the occupying power, Israel, against the Palestinian people."

I was also aware that the UN Human Rights Council had made repeated condemnations of Israel over the past two years but had focused little attention on large-scale violations of human rights in other countries. This pattern of action and inaction by the Council has given greater credence to those who believe the UN’s highest human rights body is inherently anti-Israel.

I decided I could not undertake the mission for these reasons. I am aware that Judge Goldstone, a dedicated and unimpeachable human rights lawyer and advocate, shared similar concerns when he was initially approached. But he was able to work with the Council’s president to secure an agreement he felt confident would permit the mandate to be interpreted in such a way as to allow his team to address the actions taken by both parties to the conflict.

L'orgueil du juriste (mâle) sûr de voir juste et de faire le bien a aveuglé la sensibilité politique (féminine), et on en voit le résultat. Goldstone expliquait d'ailleurs l'autre jour qu'il entendait rien moins qu' "incite(r) les Etats à réévaluer la manière dont ils utilisent la force contre les acteurs non-étatiques". Ce qui relèverait d'une compétence législative (universelle et hypothétique: elle n'existe que sous forme de conventions internationales), pas judiciaire (poursuivre les crimes de guerre), et ne s'applique par définition pas à l'action de l'acteur non-étatique (le Hamas et les autres groupes terroristes palestiniens) contre la population civile (de Gaza, quand elle est utilisée comme bouclier humain, et celle d'un Etat voisin, Israël). La procédure mise en oeuvre par les conclusions du rapport Goldstone (appel à des enquêtes indépendantes, Conseil de sécurité, Tribunal pénal international) n'exerce par définition une pression réelle que sur un Etat constitué (de surcroît démocratique et ouvert), pas sur des groupes non-étatiques au fonctionnement clandestin, qui s'en moquent.

dimanche 11 octobre 2009

Elections à Genève: le cauchemar ou le rêve?

Dernière édition: lundi 12 à 19h50

Fantastiques résultats des élections parlementaires genevoises, que j'analyse ici à chaud (pourcentages actualisés sur la base des des résultats définitifs de lundi à 15h40, j'ai déjà corrigé ce lundi matin un malheureux lapsus sur le nombre de députés de la droite gouvernementale, pardon!):

  • La droite de gouvernement (libéraux-radicaux-PDC) voit sa majorité relative au sein du Grand Conseil s'éroder encore: 42 sièges sur 100 (auparavant 47); la gauche de gouvernement perd, elle, un seul siège, mais les Verts, 17 sièges (+1), devancent désormais les socialistes, 15 sièges (-2): tout un symbole.
  • Le grand vainqueur est le Mouvement Citoyen Genevois (MCG), parti populiste d'extrême centre par excellence: 17 sièges (+8) pour 14,74% (+7,01) des suffrages; deux sièges seulement sont pris au frère ennemi, l'UDC, 9 sièges désormais, 8,56% (-1,04) des suffrages. Un tel parti, promis aux coups d'accordéon, est une constante de l'histoire politique genevoise et ne mérite pas un excès d'attention.
  • Grâce au génie destructeur de Christian Grobet, la gauche d'opposition, qui rassemble pourtant 12,25% (-2,6) des suffrages, sera absente du parlement pour une deuxième législature consécutive: bravo, merci! :-) Il en résulte une surreprésentation relative de la droite et des populistes, puisque les suffrages ainsi perdus sont "redistribués" aux autres partis en proportion de leur taille.

Mais, dans le système politique suisse, ça n'a pas grand sens de raisonner à la marge comme c'est le cas dans un régime parlementaire fondé sur l'alternance majorité/opposition: la combinaison

  • d'un parlement élu à la proportionnelle, éclaté et à la discipline partisane faible,
  • d'un gouvernement collégial dont les 7 membres sont élus individuellement et peuvent se haïr (et dont le positionnement politique réel n'est pas forcément celui que croient leur coreligionnaires, ou qu'ils adopteraient en public) tout en étant contraints de collaborer
  • et de la démocratie directe (davantage d'ailleurs comme menace perpétuelle pour la classe politique que pour les référendums et initiatives réellement lancés et gagnants en votation populaire)

conduit au contraire à privilégier les convergences, la recherche de coalitions larges.

Il y en a plusieurs, et il faut bien sûr raisonner sur les suffrages (l'ensemble l'électorat) plus que sur les sièges recueillis par les seules listes ayant franchi l'obstacle du quorum de 7%:

  • La seule qui soit majoritaire, c'est celle entre les partis gouvernementaux de droite et de gauche: 64,46% des suffrages face aux 35,54% qui se sont portés sur des listes d'opposition (MCG-UDC-Solidarité/PdT-Grobétiens); mais elle a contre elle un obstacle psychologique non négligeable: le complexe "anti" (minoritaire, d'opposition, anti-droite d'une grande partie du PS et des Verts, anti-gauche ou anti-écolo d'une bonne partie de la droite); on sait par ailleurs que ce type de "gommage" de l'affrontement traditionnel droite-gauche nourrit plutôt les aigreurs de ceux qui se sentent exclus du système socio-politique qu'elle ne favorise leur insertion dans celui-ci.
  • De manière plus idéologique, il faut distinguer une "grande droite", intégrant à la droite gouvernementale l'UDC (qui témoigne de la stabilité d'un électorat de droite qui ne se reconnaît pas dans les trois partis traditionnels, comparée à la volatilité fantasque du MCG): mais cela ne représente toujours que 44,77% des suffrages, contre les 34,65% d'une "grande gauche" (Verts-PS-Solidarité/PdT) et les 20,58% de l'électorat flottant populiste (MCG-Grobétiens).
  • On peut encore, pour être complet, évoquer un éventuel "centre" de gravité Verts-radicaux-PDC qui représente 34,84% des suffrages; il ne peut rien tout seul et n'a, à vrai dire, pas d'identité reconnaissable et qui ne soit pas mutuellement destructrice, mais est incontournable dans toute configuration majoritaire.

En conclusion:

  • Les cinq partis gouvernementaux devraient comprendre la nécessité de collaborer, ne serait-ce que pour marquer plus clairement ce qui relève de leur identité propre, ce qui relève du compromis qu'ils sont disposés à passer entre eux (en s'unissant pour le réaliser contre les oppositions de droite et de gauche en une sorte de contrat gouvernemental de législature) et ce qui relève d'une zone plus floue: pas suffisamment central pour faire l'objet d'un compromis gouvernemental explicite, suffisamment symbolique pour faire éventuellement l'objet d'un affrontement dont le peuple sera l'arbitre. Il vaudrait la peine ici de prendre en compte le rôle particulier, charnière, de la législature qui s'ouvre, dans la perspective (il est vrai encore très floue) de ce que doit accoucher l'Assemblée constituante élue l'an dernier...
  • La partie de la gauche de gouvernement qui rêve de "grand soir", de "majorité de gauche", devrait se réveiller pour admettre la réalité: la gauche du centre promeut ses idées à partir d'une position minoritaire, mais c'est le cas de tous les acteurs du jeu politique; elle bénéficie de sa position incontournable en étant avant tout crédible par la qualité de son travail et de ses représentants au Grand Conseil et au Conseil d'Etat (l'électorat de droite étant sociologiquement moins disposé à envoyer ses meilleurs éléments gérer les affaires publiques).
  • La partie de la droite de gouvernement qui rêve de s'entendre avec l'UDC pour en découdre avec la gauche devrait réaliser que c'est une chimère: la gauche a bel et bien le potentiel de la défaire quand elle peut rallier l'électorat populiste, ce qui est toujours possible pour des objets concrets soumis en votation; l'électorat de la droite de gouvernement n'est lui-même guère idéologique!
  • Et bien sûr il faut s'attendre au retour de la "gauche de la gauche" au Grand Conseil en 2013: les meilleures choses ont une fin.

COMPLEMENT DE 22h: Je ne résiste pas à compléter avec le commentaire lapidaire et sarcastique d'un connaisseur:

Pas de surprise, Genève fait ses boutons de fièvre cycliques, typique de l'adolescence politique dont elle n'est jamais sortie. A mettre en relation avec l'enquête sociologique sur l'identité genevoise dont Swissinfo a parlé il y a quelques semaines: Genève doute et s'interroge sur son identité.

vendredi 9 octobre 2009

Election du Grand Conseil à Genève le 11 octobre

Eh oui, 15 jours après le précédent scrutin on vote à nouveau à Genève. Cette fois pour élire le parlement cantonal, comme tous les 4 ans; conformément à la tradition les affiches sont en ligne (merci à l'ami Martin pour les photos), je tente même le diaporama incorporé offert par Google Picasa. Et le mois prochain il y a à la fois l'élection des sept membres du gouvernement genevois et une votation!

Tous semble indiquer que, de ces différents scrutins, c'est l'élection du Grand Conseil qui retient le moins l'intérêt: à deux jours de la clôture, la participation se traîne à un peu plus de 30%. Les votations, l'élection du Conseil d'Etat, c'est plus marrant et plus concret. Et la notion de majorité parlementaire est très relative dans un régime caractérisé par la représentation proportionnelle et tempéré par la démocratie directe qui permet de défaire le travail des députés ou de leur imposer ce qu'ils ne veulent pas adopter.

Vue de loin, la vie politique genevoise présente une symétrie satisfaisante pour l'esprit: il y a une gauche de gouvernement (le PS et les Verts) et une droite de gouverment (les libéraux, les radicaux -- ils peinent à fusionner en un parti libéral-radical, comme c'est déjà le cas sur le plan fédéral -- et les démocrates-chrétiens); et il y a une droite d'opposition composée de deux partis qui se concurrencent durement (l'UDC et ce "Mouvement Citoyen Genevois" populiste, qui récuse comme il se doit l'étiquette de droite) et une gauche d'opposition (parti du travail rassemblant les ex-communistes et les ex-gauchistes et toujours trotskystes, pour la gauche de la gauche, et un pendant de gauche du MCG, la liste des corporatismes clientélaires: "Défense des aìnés, des locataires, de l'emploi et du social").

Le seul élément qui amène un peu de suspense est l'existence d'un quorum: les 100 députés sont élus au scrutin proportionnel de liste mais il faut obtenir 7% des suffrages pour se voir attribuer des sièges. Il y a 4 ans, la gauche d'opposition s'était suicidée dans la division: une liste avec 6,9%, une autre avec 6,7%, et un trouble-fête folklorique avec 1,2%. Le trouble-fête est rentré dans le rang, mais la division subsiste (même si les cartes sont brassées différemment): suspense, suspense! Autres questions: le PDC ou le parti radical peuvent-ils être victimes d'un accident de parcours? Et quel sera le score dans la droite populiste, où l'UDC a reculé plusieurs cases sur le chemin de la respectabilité et du rapprochement de la droite gouvernementale en voulant ravir au MCG le trophée du parti le plus anti-frontaliers (non par l'affiche, mais par une simple annonce texte dans le quotidien local évoquant la "racaille d'Annemasse" qui a mis le feu aux poudres).

Sur les affiches, bof... Il me semble que les Verts s'en sortent le mieux dans la déclinaison de leur identité (stratégie également adoptée par les radicaux). Mon cher parti fait le pire tant dans le graphisme que dans la langue de bois tautologique; les libéraux, eux, trouvent moyen de tendre un miroir positif tant à leurs troupes qu'à ceux qui ne seraient pas déjà convaincus.

A dimanche donc pour les résultats!

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