juin 2009 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 27 juin 2009

40 ans!

Je n'aime pas trop la figure imposée, et n'ai même pas pris le temps de réfléchir à une idée originale pour l'accomplir (on pourrait ajouter à la fin de ce billet quelques liens, n'hésitez pas à nous en signaler!)... en même temps si ce blog ne rappelle pas cet anniversaire, qui le fera? Or donc, chère lectrice, cher lecteur, le 27 juin 1969 était également un samedi un vendredi, le temps était à l'orage comme aujourd'hui à Londres et Genève, mais c'était New York: Greenwich Village plus précisément... En fin de soirée un bar gay, le Stonewall Inn, a fait l'objet de ce que l'on appelait alors un contrôle une descente de police. Mais au lieu de provoquer la fuite éperdue des clients et la honte pour ceux qui seraient attrapés, cette nuit-là a vu une révolte vigoureuse contre le harcèlement policier (la faute à la mort récente de Judy Garland, paraît-il). Dès 1970 c'est en commémoration de cet événement que s'organise, fin juin - début juillet, partout où c'est possible une Gay Pride, manifestation assertive (pour le moins) de l'existence des gays et des lesbiennes et de leur égal droit à la dignité et à la recherche du bonheur.

Pour le monde francophone, n'y a-t-il pas lieu de dater le début d'une revendication homosexuelle militante de Mai 68 plutôt que des seules années 70? Tel est mon souvenir (j'avais 13 ans en mai 68 et suivais de près les événements sur Europe1 et dans L'Express, principalement, en alternance avec le Printemps de Prague qui avait commencé en janvier et devait se finir en août), mais on enjolive parfois le passé. Quoi qu'il en soit il y a là un thème sur lequel on pourrait disserter: le pragmatisme, le souci de parler pour l'homme de la rue du mouvement anglo-saxon (qui s'est généralisé), le séparatisme "élitiste", anti-hétéro, des premières formes de la militance en France. Ne pas oublier non plus tout ce qui existait déjà avant (y compris avant la deuxième guerre mondiale, sans remonter traditionnellement à l'Antiquité grecque et romaine...), mais avec cette différence essentielle d'être strictement privé, non-universaliste.

Oui, je m'émerveille de la formidable accélération de l'histoire que représente le succès de reconnaissance du fait homosexuel, certes pas encore universel mais déjà dans toutes les démocraties libérales: moins de 40 ans des soirées clandestines à la normalité bourgeoise, avec statut reconnu pour les couples et y compris, de plus en plus souvent, acceptation que l'adoption par un individu ou un couple gay peut ne pas être pire que rester orphelin à la charge d'une institution.

Je suis sûr que Guillaume complètera ci-dessous, et tout à la fin du billet je propose donc un espace pour les liens commémoratifs.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY

Mais qu'y a-t-il à compléter: tu as dit l'essentiel. Sinon, on peut toujours revenir sur l'éternel débat qui est quasiment devenu un marronnier – à savoir faut-il être pour ou contre la gay pride – débat que les journalistes adorent reprendre chaque année en faisant comme si c'était la première fois que se posait la question. Et en rappelant bien sûr que les gais eux-mêmes sont divisés sur la question, etc. etc.

Le médias, donc le grand public ne retiennent des défilés intitulés Gay Pride que des images de créatures hautes en couleurs qui, numériquement parlant, ne doivent pourtant pas représenter plus de 1% des participant-e-s. Les braves gais moyens (si, si, ils existent, ils constituent même la majorité) sont alors tiraillés entre plusieur attitudes. Il y a l'attitude défensive ou carrément de rejet de ces personnages qui, non, non, ne sont pas représentatifs des gais et nuisent à l'image des gais ordinaire, tout comme les folles.

D'autres braves gais ressentent la même chose, tout en se sentant coupables d'avoir une attitude d'exclusion, alors qu'ils appartiennent à une catégorie susceptible d'être exclue de la société à un titre ou à une autre, à un moment ou à un autre, en un lieu géographique ou en un autre. A noter que parfois l'exclusion signifie ou (a signifié) d'être carrément exclu de la vie.

Alors pour ou contre la Gay Pride? Avec ou sans les drag queens?

L'expérience montre qu'il faudrait un nombre infini de commentaires ou de billets pour traiter de ce sujet. Disons qu'un élément de réponse se trouve ans le fait que la Pride réunit deux aspects: celui de la revendication politique et celui d'une fête qui relève du carnaval. Qui dit carnaval dit fête des fous (ou des folles): c'est un temps penant lequel on se permet tout ce qui est interdit le reste du temps. En ce sens, le carnaval est très conservateur: en faisant un seul jour ce qui est interdit le reste de l'année, en le transgressant, il ne fait qu'en souligner la légitimité et la normalité.

Les premières Prides étaient beaucoup plus subversives: les gens ont défilé dans leur tenue de tous les jours, ce qui fait qu'il y avait beaucoup de costumes cravates... Le mot Pride, qui signifie fierté, ézait aussi employé dans un sens négatif: il s'agissait de refuser, de contrer la notion de honte, de déchéance, de dépravation, de perversion, qui était attachée aux homosexuel-le-s.

A suivre (peut-être)

Liens

  • Wikipédia en anglais
  • Wikipédia en français
  • The Times Ian McKellen sur le mouvement britannique (dont l'une des organisations a pris le nom de Stonewall)
  • The Times Matthew Parris, ancien député conservateur à la Chambre des communes (il n'était pas out à l'époque -- aujourd'hui il serait simplement inconcevable que l'on ne sache pas qu'un parlementaire ou un ministre, travailliste ou conservateur, est gay, au même titre qu'on connaît son sexe, son origine ou son affiliation religieuse ou son athéisme militant!)
  • Schwulengeschichte Une encyclopédie historique en ligne pour la Suisse (en allemand seulement)

vendredi 26 juin 2009

Ni à gauche, ni à droite, et encore moins au centre

Parmi mes amis, un jeune qui n'a pas 30 ans et que je qualifierais de politiquement pur, déplorait (avec un large sourire) que je fusse à droite. C'est en effet une posture que je revendique quand il s'agit, en avocat du diable, de contribuer à rendre les conversations moins convenues et d'extraire mes interlocuteurs, quand ils sont de gauche, de la pensée unique.(Cela ne s'applique d'ailleurs pas tout à fait à ce jeune homme qui se situe à la gauche des socio-démocrates, c'est-à-dire à "la gauche de la gauche" comme on dit chez nous). Or, comme je cherchais une fois de plus à définir dans quelle mesure j'étais de droite, c'est la réponse suivante qui m'est venue à l'esprit (et qui m'a permis de clarifier pour mon propre bénéfice certaines notions):

Lire la suite

lundi 22 juin 2009

L'islamophobie n'existe pas

En Suisse, le peuple va devoir voter sur une initiative interdisant la construction de minarets, ce qui est à mes yeux fort regrettable. Malheureusement, les adversaires de cette initiative (pas tous heureusement) ont aussi des arguments lamentables, par exemple quand ils argumentent à partir de la seule islamophobie qui est une catégorie vide. Voici donc ce que ce discours automatique m'inspire et qui a déjà fait l'objet d'un commentaire à cet article de Domaine Public.

Est-ce qu'un Suisse moyen, athée, conservateur et égoïste (si, si, l'addition de ces qualités existe), qui lancerait une initiative contre les clochers et les cloches qui sonnent le dimanche matin et troublent son repos voire son sommeil serait taxé de christianophobe? Par ailleurs, n'a-t-on pas le droit de détester une religion (mais pas les gens qui la pratiquent) dans ce qu'elle représente d'atteinte à la dignité de telle ou telle catégorie d'humains. Si on prend la liberté d'opinion et d'expression, n'aurais-je pas le droit, non seulement de ne pas croire ou d'être athée, mais encore de vilipender, de vomir une doctrine qui réclame la mise à mort des homosexuels (mais je sais que je suis partial puisqu'il se trouve que je suis concerné)?

Ai-je le droit de dire que le fantasme de la toute-puissance de la divinité suprême dans le Coran est rabaissante pour l'humain, et insultante pour le Dieu qui se révèle dans la faiblesse à travers une incarnation pour le chrétien que je suis? Dans toute les évocations mythologiques plus ou moins imagées et plus ou moins mythologiques de l'après-vie proposées par la Bible (jardin, cité ou royaume, justes promus au rang d'anges ou d'astres rayonnants, etc.) avec une remarquable parcimonie, y a-t-il quelque chose d'aussi ridicule que les 72 vierges du paradis coranique qui sont réservées aux mâles croyants? Sans parler des beaux jeunes gens qui seront au service des représentants du sexe fort, précise le texte dicté par l'archange Gabriel.

Quand il s'agit des idées, des croyances, des doctrines, le refus de tout ou partie de l'islam n'est pas comparable à du racisme, à de la xénophobie ou à de l'homophobie (avec leurs conséquences mortelles quand elles sont extrêmes). Le rejet, l'aversion et les préjugés à l'égard d'une population, en l'occurrence arabe, qui se trouve, dans la compréhension qu'elle a d'elle-même, être musulmane, relèvent par contre du racisme ou, version atténuée, de la xénophobie. Ceci dit, je voterai non à l'initiative contre les minarets, car elle atteint gravement au principe de laïcité qui est au fondement des valeurs libérales-et- chrétiennes qui sont les miennes.

jeudi 18 juin 2009

Blogueur «outé» par un journaliste

La fausse querelle entre blogueurs et journalistes n'a rien de nouveau, même si elle me semblait en régression. Quant à la problématique des blogs sous pseudonyme qui permettent un témoignage vécu de l'intérieur d'une profession ou autre activité, elle est bien connue aussi, y compris quant aux risques encourus en cas de perte de son anonymat. L'affaire anglaise du moment réunit les deux sujets: c'est un journaliste de la rubrique Médias du Times, apparemment ému par l'attribution au policier blogueur NightJack du prestigieux prix Orwell d'ordinaire attribué à des journalistes engagés, qui s'est assigné la mission de dévoiler son identité, à l'appui de critiques du blog dont la pruderie le dispute à l'hypocrisie.

A vrai dire, il est rarement difficile de percer l'anonymat d'un blogueur et le journaliste raconte bien comment il s'y est pris. Ne trouvant pas la compréhension pour sa position à laquelle il aurait pu légitimement s'attendre, le policier a tenté de jouer l'argument de la protection de la sphère privée, mais sans succès et à raison. Ce n'est pas sur le plan juridique mais sur le plan éthique que l'attitude du Times est déplorable (et massivement condamnée par ses lecteurs); elle est particulièrement surprenante de la part d'un quotidien du groupe News Corp de Rupert Murdoch, qui a le mieux su comprendre la spécificité et l'importance des nouveaux médias interactifs et y adapter son activité. On peut espérer un tardif mea culpa, comme dans le cas de ce blogueur américain.

dimanche 7 juin 2009

«Dear Gordon, we both love the Labour Party»

Nous partons dix jours marcher en Sicile. Je ne suivrai donc pas de près les prochains soubresauts de Gordon Brown jusqu'à la chute finale... Les épisodes dramatiques de ces derniers jours vont continuer avec la publication des résultats des élections européennes dimanche, une réunion du groupe parlementaire lundi soir etc. Il est inimaginable que cela traîne encore jusqu'au terme théorique de la législature, début juin 2010!

Je persiste à espérer que les ministres ou les députés parviendront à surmonter la faiblesse et l'anxiété qui les paralyse pour, à la défaite certaine et pitoyable dont les suites seront difficile à gérer, préférer la voie de la clarté et de la contre-offensive: un nouveau leader redonnant son souffle et sa dignité au projet moderne et transformateur des travaillistes et convoquant des élections anticipées à l'automne pour ensuite diriger soit un gouvernement relégitimé soit une opposition pugnace à un gouvernement Cameron.

C'est la voie montrée dans sa lettre de démission, publiée jeudi soir à la clôture du scrutin[1], par un ministre, valeur montante du parti, qui a ainsi refusé une promotion pourtant assurée. Elle n'a pas été suivie à court terme, mais il a le temps: James Purnell a 39 ans.

Le style comme le contenu de la lettre valent la citation in extenso, il me semble:

Dear Gordon,

We both love the Labour Party. I have worked for it for twenty years and you for far longer. We know we owe it everything and it owes us nothing.

I owe it to our Party to say what I believe no matter how hard that may be. I now believe your continued leadership makes a Conservative victory more, not less likely.

That would be disastrous for our country. This moment calls for stronger regulation, an active state, better public services, an open democracy. It calls for a Government that measures itself by how it treats the poorest in society. Those are our values, not David Cameron's.

We therefore owe it to our country to give it a real choice. We need to show that we are prepared to fight to be a credible Government and have the courage to offer an alternative future.

I am therefore calling on you to stand aside to give our Party a fighting chance of winning. As such I am resigning from Government.

The Party was here long before us, and we want it to be here long after we have gone. We must do the right thing by it.

I am not seeking the leadership, nor acting with anyone else. My actions are my own considered view, nothing more. If the consensus is that you should continue, then I will support the government loyally from the backbenches. But I do believe that this question now needs to be put.

Thank you for giving me the privilege of serving.

Yours,

Rt Hon James Purnell MP

P.S. En raison d'un problème technique, ce billet n'a pu apparaitre en ligne que lundi à 17h30.

Notes

[1] Parlement européen + élections locales partielles, qui ont vu la déroute des travaillistes.

vendredi 5 juin 2009

Le "discours aux musulmans" d'Obama

Donc tout a changé. On pense à Lampedusa (mais si cela pouvait marcher, tant mieux!)... Car moi j'ai (comme d'autres, mais contrairement au plus grand nombre et en particulier aux médias) entendu pendant 8 ans Bush expliquer que les musulmans, l'Islam, n'étaient nullement l'adversaire, soulignant qu'ils étaient au contraire les premières victimes du suprémacisme islamique dont Al Quaïda est une des principales manifestations. James Taranto illustrait admirablement ce point au moment du discours d'Obama au parlement turc, en argumentant de manière convaincante qu'une telle dénégation était inutile et contre-productive. C'était une erreur de la part de W et il est peu vraisemblable, quelles que soient ses indéniables qualités oratoires, qu'Obama parvienne davantage à être cru.

Au passage, le danger est grand qu'Obama s'écarte de la principale percée conceptuelle de l'après 11 septembre 2001 (dont les germes se trouvent dans le discours de Chicago de Tony Blair en 1999): la reconnaissance du droit universel (et non exclusivement occidental) à liberté et à la prospérité comme rempart contre tous les totalitarismes, l'abandon de la politique de soutien au statu quo (si cher aux diplomates de tous les pays, de gauche comme de droite) qui a échoué au Proche-Orient et au contraire le soutien au changement profond comme moyen de promouvoir une stabilité qualitativement supérieure[1]. Je ne suis pas loin de partager l'inquiétude de ce commentateur du Times à l'égard d'une notion aussi grossière que celle d'un discours aux musulmans, ainsi identifiés et confondus: c'est d'ordinaire Oussama qui s'adresse aux chrétiens et aux infidèles. Et je signale aussi le retour en bonne forme de Paul Wolfowitz!

Notes

[1] L'Europe en est une démonstration avec la disparition du communisme.

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