mars 2009 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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dimanche 29 mars 2009

Combattre l'islamisme sans céder à l'islamophobie

Le livre de Mireille Vallette: Islamophobie ou légitime défiance?Je m'en voudrais de ne pas apporter ma contribution, dans la blogosphère, à la promotion du livre d'une amie: Islamophobie ou légitime défiance?, par Mireille Vallette. J'en suivais, de loin en loin, la gestation incertaine depuis longtemps. Et soudain il est là: publié par les éditions Favre, présenté en fanfare dans Le Matin Dimanche (avec interview et éditorial par le rédacteur en chef lui-même) distribué massivement dans toute la Suisse romande, avant une table ronde chez Payot, le libraire dominant, avec la Tribune de Genève, le quotidien local... Une fois lancée, Mireille ne fait pas les choses à moitié, et elle a bien raison. Nourri de l'expérience et des recherches personnelles de l'auteure et ancré dans la réalité suisse, l'objet du livre a au demeurant une résonance qui n'a rien de local: c'est le même débat qui a lieu ou doit avoir lieu aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou en France. Que le livre émane d'une journaliste reconnue, ancrée à gauche de sa participation naguère à l'hebdomadaire alternatif romand Tout va bien à son appartenance au parti socialiste[1] est aussi un gage de sérieux.

J'en parle évidemment sans avoir encore lu le livre[2], mais quelque part c'est aussi plus pratique: je ne connais pas encore les réponses à certaines questions que je me pose. Une fois instruit le dossier à charge de la religion musulmane (qui est certes plus lourd que celui du catholicisme ou du judaïsme, mais que l'on pourrait au fond aussi présenter à l'égard de ces deux religions), quelles conclusions en tire Mireille Vallette? Sur un axe qui va de l'interdiction de cette religion[3], d'un côté, aux simples mesures visant à assurer le respect de la liberté personnelle des individus dans la pratique, ou non, de cette religion, de l'autre côté, en passant par l'initiative populaire sur laquelle le peuple suisse va prochainement voter sur l'interdiction des minarets?

Le premier terme, devrait logiquement prôner l'interdiction de toutes les religions. Ce serait l'aboutissement d'un laïcisme rigoureux ou extrémiste (choisissez votre camp) qui devrait au fond aller jusqu'à la remise en cause de la liberté religieuse dans les catalogues des droits humains, à la Richard Dawkins: après tout, n'est-elle pas qu'une survivance historique de temps moins éclairés et ne convient-il pas d'affirmer le triomphe de la raison? Le second terme est, plus traditionnellement, celui qui conduit à distinguer la lutte légitime contre l'extrémisme musulman, son bras politique l'islamisme, de l'intolérance inacceptable envers une pratique religieuse reconnue: l'islamophobie? C'est un débat qui a souvent occupé ce blog et nous avons pour notre part, Guillaume Barry et moi, toujours cherché, à la suite de Tony Blair[4], à préserver la distinction et refuser tout islamophobie. Avec le titre de son livre, Mireille Vallette semble pour sa part la revendiquer, mais peut-être n'est-ce que ruse de marketing: ce serait de bonne guerre.

Car à l'inverse, dans une Suisse traditionnellement méfiante à l'égard des idées générales (elle préfère concentrer sur des modalités techniques les débats passionnés), le politiquement correct conduit bien trop facilement à étiqueter comme islamophobe toute prise de position un tant soit peu vigoureuse sur des réalités à regarder en face.

Notes

[1] Ce qui ne veut pas dire qu'elle adhère à chacune de ses prises de position: nous avons souvent les mêmes doutes!

[2] Ca devient une habitude!

[3] Comme le propose pour sa part allègrement un Alain Jean-Mairet.

[4] Qui depuis lors a lancé une Fondation dédiée à la tolérance interreligieuse et à la promotion de la dimension spirituelle dans la vie publique.

dimanche 15 mars 2009

Harvey Milk et nous (notes postmilkiennes)

Harvey Milk? Il est très loin de nous, dans l'espace, dans le temps et surtout dans les mœurs (politiques). Voilà ce que le film de Gus Van Sant fait découvrir - enfin, il fait surtout découvrir ce que le combat politique gay et lesbien a été en un lieu et en une époque précis. «Je m'appelle Harvey Milk et je suis là pour vous mobiliser!» Qui, sous nos longitudes, miserait sur ce genre de slogan? Milk, le film, nous montre aussi que nous n'avons pas eu les mêmes ennemis. Au lieu des pieuses imprécations d'une Anita Bryant, toute à la jouissance de proclamer son homophobie suave, nous avons eu, nous avons encore, la loi du silence, du bon goût et du respect de la vie privée.

Dans le film, il n'est pas question d'outing, mais de libre sortie du placard, qui pourrait être collective (supprimant au passage la problématique chérie de la dénonciation). Harvey Milk préconise cette solution avec une conviction statisticienne: les 80% de la population qui découvriront qu'ils connaissent un gay ou une lesbienne ne voteront pas dans un sens homophobe.

Harvey Milk jubile quand les ennemis se déclarent. Ce sont Anita Bryant et les siens qui mobilisent les gays. Grâce à eux, les gays paisibles consommateurs se transforment en militants qui vont déferler dans San Francisco au risque d'affrontements. Questions: Aurions-nous ici et maintenant moins de militants parce que nous n'avons plus d'ennemis? Mais alors, si nous n'avons plus d'ennemis, comment se fait-il que tant de politiques (au niveau d'un exécutif municipal ou cantonal) qui ne se cachent pas en privé, refusent d’évoquer publiquement leur homosexualité, au point de décliner d’assister à l’avant-première de Milk?

Article paru initialement dans le magazine 360° de mars 2009

mardi 10 mars 2009

Culture économique et droits fondamentaux

La Cour européenne de justice de Luxembourg a donc jugé qu'un âge légal de départ à la retraite n'est pas contraire à la directive européenne interdisant les discriminations fondées sur l'âge. La procédure a trouvé son origine au Royaume-Uni, son moteur est une ONG, Age Concern. Le raisonnement de la Cour balance les raisons égoïstes que pourrait avoir une entreprise individuelle de licencier les salariés âgés (mauvais) avec les raisons de politique sociale que peut avancer l'Etat pour généraliser ce résultat (bon).

Il n'est en revanche nullement question de ceux que que la directive a pour but de protéger (du moins avais-je la naïveté de croire)... Ce qui me frappe aussi c'est la facilité avec laquelle les juges donnent tout naturellement dans une vision malthusienne de l'emploi comme une ressource finie (voire en diminution) à partager par rationnement: se rappeler que pour les Pères fondateurs de l'Indépendance américaine déjà, "tous les hommes sont créés égaux" n'inclut ni les femmes ni les Noirs. Le raisonnement inverse (plus il y a de travail, plus il y a de richesse à partager), affirmé par les économistes, était certes plus facile à comprendre en période de croissance, mais est-il faux pour autant? L'aspirant journaliste qui pense, dans The Times, devoir chasser les vieux éditorialistes pour faire place aux jeunes stagiaires est bien sûr étudiant en littérature et science po.

Au passage, cette affaire est aussi, contre la tendance à la judiciarisation, une réhabilitation du politique dans ce qu'il a de discrétionnaire, d'utilisation du droit pour agir et non seulement comme limite de l'action publique. Ce n'est pas seulement pour être conforme à un principe édicté par une instance supérieure que l'on peut vouloir abolir, comme en Suède et aux Etats-Unis, les dispositions interdisant de travailler après un certain âge.

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