décembre 2008 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 31 décembre 2008

Qui est Yiad Jamal al Din?

Il commence à être présent sur de nombreux sites, sous le titre de "juste musulman" mais je n'ai trouvé son nom – Yiad Jamal al Din – et rien d'autre que la mention 'intellectuel' – sur le site du Crif et sur ce site seulement. J'aimerais évidemment en savoir plus sur ce chiite irakien. Il s'agit donc d'un montage, mais l'orateur a l'air très consistant.

Trop beau pour être vrai? Un intellectuel qui ne semble pas dépourvu de foi, d'attachement à sa tradition, qui semble faire preuve de connaissances solides et passionnées de l'histoire de Mahomet et de la théologie du Coran. Il s'exprime en arabe (d'où le fait qu'il soit introuvable sur Google?) en faveur de la laïcité et critique vertement les dérives que les intérêts personnels (= 'hypocrisie') font subir à la religion. Il fait des comparaisons entre Israël et les pays arabes du point de vue de la démocratie. Mais où est la faille?

En attendant d'en savoir plus, merci à Homme Libre pour cette révélation, au sens le plus apocalyptique qu'on puisse espérer.

samedi 27 décembre 2008

La foi est-elle contre-nature?

Certain souverain pontife pense avoir trouvé la parade imparable pour contrer le militantisme gai et lesbien sans avoir à prononcer le mot homosexuel. Il s'en prend désormais aux études genre, qui pensent, à la suite de Simone de Beauvoir, qu' "on ne naît pas femme (ou homme), on le devient." Donc c'est la société et sa culture qui font, qui construisent ce qu'est un homme ou un femme. (La question de la pondération des facteurs sociaux et biologiques n'est évidemment pas résolue et alimente les controverses.) Malgré la (relative) jeunesse de ces études, on peut gager que la position papale fera plutôt ressortir leur pertinence.

Pour le pontife souverain, cette démarche académique va à l'encontre de l'ordre créationnel. Elle autoriserait, elle justifierait des comportements qui représentent un danger aussi grave pour l'humanité que tout ce qui met en péril l'écosystème de la terre.

D'un côté, on peut s'inquiéter de ce recours à l'écologie pour parler d'un ordre naturel assimilé à un ordre divin. Le raisonnement logique est: Dieu a créé la nature avec ses lois; les lois de la natures étaient donc dans l'entendement de Dieu de toute éternité; donc les lois sont divines. Dans les années trente, on parlait aussi d'ordre naturel: certes c'était pour justifier le racisme pro-aryien, et l'idéologie nazie était en opposition frontale avec le judaïsme et le christianisme. Mais quand même... Des esprits moins bien intentionnés que notre bon pape pourraient se trouver justifiés à prôner les pires discriminations.

D'un autre côté, faut-il s'inquiéter ou rire quand, en voulant recourir à une sainte écologie on se met en contradiction avec des aspects constitutifs de la tradition qu'on représente. En effet, le message judéo-chrétien (comme d'autres religions sans doute), bien loin de sanctifier la nature et ses lois, les subvertit. Dame Nature n'est pas une tendre mère (est-on sûr que de son genre féminin?): pensons à la loi de la jungle, qui n'est autre qu'un instinct de survie tout ce qu'il y a de plus naturel. L'amour, la grâce, le pardon, le souci des plus faibles, relèvent d'un ordre non pas naturel mais spirituel, voire surnaturel (disent Paul, Thomas, Pascal).

Qui plus est, dans la Bible, qui s'inscrit dans une culture patriarcale, la divinité n'hésite pas à revendiquer des traits tant masculins que féminins: elle est un père très aimant [1], un amant éploré puis éconduit [2], une mère, une nourrice [3], une mère aigle [4], une mère poule [5], une princesse-danseuse-favorite [6]. Dans le second Testament, les hommes, autant que les femmes, ont été fiancés au Christ.[7]

Le temps manque pour aborder les questions qui fâchent: "nature et célibat" (des prêtres, au hasard), et la publicité faite aux eunuques-pour-la-bonne-cause[8] et autres masculinités peu conformes à l'ordre naturocréationnel donné en référence.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 07.01.2009

Cet article de Jean-François Staszak, professeur ordinaire et directeur du département de géographie à l'Université de Genève, paru dans Le Temps est le genre de réponse que j'aurais rêvée donner.

Notes

[1] Osée 11,1

[2] Osée 3,1 / Ezéchiel 16

[3] Osée 11,4

[4] Deutéronome 32, 11

[5] Matthieu 23, 37

[6] Proverbes 8,22-31

[7] 2 Corinthiens 11,2

[8] Matthieu19,12

mardi 9 décembre 2008

Demain, le Parlement élira un conseiller fédéral démocrate-chrétien

Dernière mise à jour: 10.12.08, 16h30

Cette nuit, le (tout petit) monde politique fédéral entre en transe: demain, on élit un nouveau membre du collège gouvernemental pour remplacer le démissionnaire Samuel Schmid. Et dans une démocratie suisse imperméable à la confrontation idéologique (ou prétendument telle) dont les autres pays occidentaux sont friands, c'est un rituel magique haut en couleurs et en surprises, plus proche en vérité de l'élection d'un pape par la Curie.

D'un autre côté, on peut penser que les parlementaires voudront calmer le jeu après les bouleversements récents: chantage réussi à l'élection, en lieu et place d'une conseillère fédérale démocrate-chrétienne qui se représentait, du leader populiste Christoph Blocher, il y a 5 ans, suivi il y a un an du déboulonnage de celui-ci pour incompatibilité d'humeur avec l'esprit des institutions, au profit d'une coreligionnaire qui a pris depuis la tête d'un parti dissident (et moins extrémiste)...

Le résultat qui serait logique et ferait rentrer dans un semblant d'ordre le monde politique suisse serait l'élection d'Urs Schwaller, un parlementaire démocrate-chrétien alémanique du canton de Fribourg respecté et doté d'une solide expérience gouvernementale. Alors serait rétablie, actualisée, la "formule magique" d'un Conseil fédéral composé de manière proportionnelle par 4 partis qui, sans un accord de coalition contraire à la tradition suisse en raison de la prééminence de la démocratie directe sur les appareils politiques, ont néanmoins suffisamment en commun pour chercher ensemble les compromis pragmatiques susceptibles de réunir des majorités parlementaires solides (= résistant en cas de vote populaire aux séductions de référendaires ou d'initiants désireux de tirer la couverture à eux). Le signal donné l'an dernier en démettant Blocher serait ainsi simplement confirmé, et le parti populiste n'aurait plus qu'à se replier sur sa rente (narcissiquement coquette, au demeurant) de parti d'opposition de droite.

Mais personne n'en parle: les candidats officiels sont d'une part, pour le parti populiste, un choix composé de Christoph Blocher lui-même (sans illusion) et de son homme-lige, Ueli Maurer, d'autre part, le candidat alternatif Luc Recordon (Vert vaudois). Et aussi aberrant que cela puisse paraître, alors même que le parti blochérien en désarroi n'est pas parvenu à concrétiser ses menaces d'opposition totale impliquant une politique du pire simplement intenable tant pour ses élus que pour son électorat, radicaux, démocrates-chrétiens et même socialistes ne paraissent avoir qu'un souci: considérer l'épisode Blocher comme une parenthèse et faire amende honorable en élisant Maurer un blochérien.

Comme si cela allait faciliter les choses: pour soulever deux problèmes, un Conseil fédéral éclaté entre 5 partis (dont deux, le parti blochérien et le PS, sont naturellement tentés de jouer sur les deux tableaux du gouvernement et de l'opposition), et un jeu permanent de chaise musicale entre les quatre grands partis pour savoir lesquels auront ou n'auront pas deux conseillers fédéraux. On saura demain si tout cela n'était que superstition et intox, ou si réellement un gâchis complet résultera des petits calculs minables des uns et des autres: un Conseil fédéral faible et divisé pour plaire aux socialistes, un Conseil fédéral sans deuxième PDC pour plaire aux radicaux, un Conseil fédéral sans deuxième PDC parce que les PDC n'osent pas oser une deuxième fois. Et le parti populiste, y gagnera-t-il vraiment, passé la satisfaction d'avoir tourné les autres partis en ridicule? C'est loin d'être sûr. Car Maurer a beau être le "fils préféré", il n'a sûrement pas l'orgueil solitaire et méprisant inouï d'un Blocher: il ne saura pas résister comme lui aux sirènes du pouvoir exécutif et de ses compromissions. Finalement, l'élection de Schwaller ferait aussi l'affaire du parti blochérien...

COMPLEMENT DU 10.12 à 11h: C'est donc Maurer. Non sans suspense même s'il n'avait guère de signification politique: d'une seule voix, au troisième tour, contre un coreligionnaire qui n'était pas candidat mais le menait, au tour précédent, de deux voix!

COMPLEMENT DU 10.12 à 16h30: La tentative de faire dérailler le train Maurer a donc failli réussir, même si son objectif manquait de franchise et d'ambition. En élisant un parlementaire populiste aussi orthodoxe que possible[1] alors que le parti blochérien a clairement dit qu'il ne le tolérerait pas, on aboutissait à deux résultats possibles: soit il finissait par accepter et l'on aurait vu "qui commande ici", pour reprendre le mot de Yann Richter après l'élection d'Otto Stich en lieu et place de Lilian Uchtenhagen, soit la partie se serait rejouée le mercredi suivant, comme après le refus contraint et forcé de Francis Matthey d'accepter son élection en lieu et place de Christiane Brunner. Le parti populiste n'ayant vraisemblablement pas de Ruth Dreifuss à sortir de son chapeau, c'était soit au Parlement de manger le sien en finissant par élire Maurer, soit le moment d'élire alors en toute bonne conscience Urs Schwaller, démonstration faite que le parti blochérien n'est pas fréquentable. Le résultat paradoxal d'aujourd'hui, c'est qu'il n'y a guère de voix d'extrême gauche, verte ou socialiste qui ne se soit pas portée sur un populiste orthodoxe, alors qu'en période normale elles se détournent de candidatures radicales ou démocrate-chrétiennes parfaitement honorables...

Notes

[1] C'est la grande différence par rapport à l'an dernier.

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