mai 2008 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 17 mai 2008

Incohérences suisses sur l'adoption à l'heure d'un oui californien au mariage

Sur le front... gai, l'actualité est pas mal chargée ces jours. En Suisse, le Conseil fédéral répond à la question d'un député au Parlement concernant l'exclusion du droit d'adopter pour les couples de même sexe. Dans le communiqué faisant part de sa réaction, l'organisation PINK CROSS pointe une incohérence de la situation juridique actuelle: l'adoption est autorisée pour les célibataires (sur le papier), y compris gais et lesbiennes, mais dès lors que ces derniers se partenarient, donc régularisent leur situation de couple stable, l'adoption est interdite. D'autre part, l'Organisation suisse des gais souligne le peu de cas qui est fait de toutes les familles recomposées, des familles monoparentales à qui on ne rend pas justice quand on érige en modèle de référence unique le modèle traditionnel familial, comme le fait le Conseil fédéral.

Bien sûr, l'interdiction d'adopter a été le viatique de la loi sur le partenariat enregistré. Si la loi proposée n'avait pas comporté l'interdiction d'adopter (et une ou deux autres restrictions de ce genre), le peuple suisse n'aurait jamais dit oui au partenariat pour les couples de même sexe accepté la loi en juin 2005. Alors que dans les pays où l'adoption a été légalisée, les instances exécutives ou législatives n'ont pas eu à passer devant le peuple. Mais le respect de la volonté du peuple et la compréhension envers ses réticences n'empêchent pas de dénoncer l'incohérence et l'injustice susmentionnées.

Un jour, un couple gai marié espagnol avec un enfant adopté viendra s'installer en Suisse. La Suisse ne cassera pas le lien d'adoption, comme le Conseil fédéral l'a déjà déclaré. Ce sera alors intéressant de voir si les milieux patriotes voire nationalistes accepteront que des étrangers aient un droit que les Suisses n'ont pas.

En Californie, le peuple a dit non au mariage homo, et c'est une instance judiciaire qui vient de dire oui. Elément réjouissant, le gouverneur républicain d'origine autrichienne[1] a eu l'occasion de faire preuve de sa gay friendliness en disant qu'il ne ferait pas opposition à cette décision. Mais opposition il y aura probablement à travers un amendement de la Constitution. On verra donc si c'est sur le terrain du travail de persuasion démocratique ou celui du sens de la justice que cela se passera in fine.

Cf. le billet de François et cet article de La Presse Canadienne.

Notes

[1] C'est réjouissant en effet de constater qu'Arnold Schwarzenegger, tellement décrié et moqué au départ (presque autant que Bush) a tenu ses promesses et a su se démarquer par rapport à un certain typer de conservatisme. Ce qui n'empêche pas que par légalisme, il s'était opposé aux mariages homos effectués par le maire de San Francisco.

Votations du 1er juin

Un autre trop bref billet pour présenter, selon la tradition, la galerie des affiches actuellement présentes dans les rues de Genève sur les sept questions qui seront tranchées le 1er juin (mais le vote par correspondance est en cours, j'ai voté la semaine dernière déjà, pas la peine de chercher à m'influencer).

Trois questions sont fédérales et trouvent leur origine dans l'UDC de Christoph Blocher:

  • Une initiative populaire "pour des naturalisations démocratiques" qui a trait à la procédure dans les communes. Elle vise principalement à renverser un arrêt du Tribunal fédéral[1] qui a décrété contraire à l'ordre juridique le fait de soumettre ces décisions à votation (je m'en étais d'ailleurs ému dans les tous premiers jours de ce blog). L'initiative bouscule donc la souveraineté des cantons pour ancrer dans la Constitution fédérale une obligation des communes de déterminer individuellement leur procédure, en n'imposant pas la votation mais en la permettant, et en excluant tout recours ordinaire contre la décision prise. Plus simplement, l'UDC fait campagne contre les naturalisations... Voir aussi ici et .
  • Une initiative populaire "Souveraineté du peuple sans propagande gouvernementale" qui joue sur le fantasme de la manipulation de l'opinion par les pouvoirs publics au nom du mythe d'un peuple sage et omniscient. Elle est typique d'une conception non pas libérale mais totalitaire de la démocratie. Or si en Suisse le peuple est en tant que tel un organe de l'Etat, il n'est que l'un d'entre eux et s'inscrit dans une relation de collaboration avec les autres: l'initiative populaire est un acte adressé au parlement qui décide de proposer au peuple son approbation, son rejet ou un contre-projet; le référendum populaire vise à soumettre en votation un acte du parlement; et d'autres votations sont obligatoires et portent sur des actes du parlement (révision constitutionnelle, p.ex.).
  • Un contreprojet, justement, à une initiative populaire[2] sur l'assurance maladie. Je renonce à développer ici et vous renvoie à ceci.

Quatre questions cantonales:

  • Une loi modifiant le régime des déductions fiscales destinées à encourager la philanthropie, soumise au vote obligatoire comme, depuis peu à Genève, toutes les questions fiscales.
  • Trois lois modifiant (trop) modestement l'organisation des entreprises du secteur public cantonal, contre lesquelles la gauche a, hélas, lancé un référendum. Comme on le voit sur les affiches, on invoque de grands principes. Dans la pratique, ce qui fait mal, c'est la disparition du principe que chaque parti a droit à un siège dans chaque entreprise, avec la rémunération qui s'y attache.

Je reviens pour les résultats, mais dans l'intervalle la Méditerranée m'appelle!

Notes

[1] Voir le billet précédent!

[2] Celle-ci n'est pas soumise à votation parce que ses auteurs l'ont retirée, mais ce n'est pas toujours le cas.

vendredi 16 mai 2008

Et la Californie!

Juste un mot rapide pour marquer l'entrée de la Californie au nombre des Etats qui, depuis le Danemark en 1989, reconnaissent l'importance de mettre à disposition des couples de même sexe, comme pour les couples de sexes opposés, un statut juridique et social instituant des droits et des obligations et marquant leur reconnaissance par la société.

Comme le Massachusetts, le Canada ou l'Afrique du Sud, ce n'est ni le peuple (comme en Suisse en 2005) ni les autorités politiques (comme dans tous les autres Etats concernés) qui ont rendu l'acte décisif, mais des juges (à 4 contre 3, comme dans le Massachusetts). J'ai dit ailleurs mes doutes à l'égard du procédé, mais il est en tout cas certain qu'il s'inscrit dans une tradition juridico-politique dont la légitimité est bien établie aux Etats-Unis. A relever cependant que l'arrêt n'est pas définitif (une demande de révision peut être déposée). Et qu'un référendum constitutionnel menace pour le renverser (ce qui est bien sûr de bonne guerre). Mais enfin, le mouvement de l'histoire et toutes ces sortes de choses...

vendredi 9 mai 2008

Annonceurs au secours du «Monde»

Le Monde a de graves difficultés financières, mais quand il n'est pas en grève il reste le vecteur de choix pour les annonceurs mus par un narcissisme d'autant plus exhibitionniste qu'il est altruiste. Ce matin, on a droit coup sur coup:

  • En page 5 à un curieux patchwork. Une manifestation d'anglophobie pour la promotion de l'espéranto, payée par un marchand de valises japonais, Etsuo Miyoshi, qui fait des miracles: deux Walkin'Bag remplaceraient une chaise roulante! Le graphisme s'en ressent, c'est l'une des pages les plus moches depuis longtemps: cinq photos noirs blancs, divers slogans et titres en Times gras, le reste aussi en Times, c'est à la fois trop chargé et trop aéré... Sur le fond, l'espéranto est certainement l'une de ces causes qui me semblent valables. Mais en attendant ou en parallèle, j'en profite pour taper sur le clou de ma solution au problème linguistique dans l'Union européenne: limiter, pour des raisons pratiques évidentes, les langues officielles à 4 ou 5, mais établir l'égalité entre tous en posant le principe que nul ne s'exprime dans sa langue maternelle! Ainsi pas plus d'avantage inné à l'anglais qu'au français ou à l'allemand... Voir aussi ici.
  • En page 7 à une improbable célébration du Bill Gates saoudien (dans son versant philanthropique), le prince Alwaleed Bin Talal. Sa dernière création (une Fondation au Liban) a été honorée d'une médaille pontificale, remise par le pape en personne. Là, la page est en couleur et le graphisme joue au moins sur la symétrie: Deux grandes religions partagent la même cause humanitaire.

Mais ce sont les deux seules pubs pleine page dans ce numéro (qui contient par ailleurs une autre page de publicité clandestine: l'avis de l'intersyndicale du Monde sur la crise que vit le quotidien dans le texte, par communiqués publiés sans aucune médiation journalistique...).

mercredi 7 mai 2008

L'échec d'Obama

Avec la victoire d'Hillary Clinton dans l'Indiana se confirme la faiblesse intrinsèque de la candidature de Barack Obama pour l'investiture démocrate: comme un joueur d'échec ayant l'avantage mais incapable de conclure, obligé de concéder le nul. Par contraste, elle fait la preuve de sa capacité de résistance, d'offensive et de conviction, des éléments qui seront décisifs en novembre face à John McCain.

Depuis 1964 (Johnson, après l'assassinat de Kennedy), les démocrates ne sont parvenus à faire élire que deux présidents: Jimmy Carter en 1976 et Bill Clinton en 1992 et 1996[1], soit seulement 12 ans sur les quarante dernières années. Leur caractéristique commune: ne pas être conformes au moule traditionnel du parti démocrate, sudiste baptiste pour l'un, théoricien de la troisième voie pour l'autre. Hillary s'inscrit dans cette tradition (ces primaires difficiles l'y ont aidée plus qu'un couronnement, en rendant moins crédibles les éventuelles accusations de gauchisme, fondées sur un très lointain passé, que les républicains pourraient agiter contre elle).

Obama a probablement voulu lui aussi jouer le candidat différent, à l'appel plus large, dépassant les clivages, ce qui lui a valu ses succès initiaux. Ce positionnement n'a pas résisté aux primaires et, face à McCain qui est véritablement un candidat républicain atypique, il s'inscrit désormais dans le courant traditionnaliste du parti démocrate, incarné par les échecs de Hubert Humphrey, George McGovern, Walter Mondale, Michael Dukakis, Al Gore (qui s'était funestement distancé de Clinton) et John Kerry: il peut bien parler soft, ses votes au Sénat sont impeccablement "libéraux", donc ultra-minoritaires. Sa rhétorique met en transe ses adeptes: le problème c'est que ce sont les autres qu'il s'agit d'intéresser, et pour cela rien ne vaut l'expérience, les idées et les propositions, toutes choses qu'une candidature présomptueuse et prématurée ne peut fournir.

Le parti démocrate peut bien sûr céder à ses démons et ne pas oser écarter la candidature d'un noir pour blâmer ensuite le supposé racisme des Américains pour sa non-élection[2]. Mais trois raisons au moins devraient l'amener à trancher en faveur d'Hillary:

  • La démographie. C'est bien beau d'être un candidat "post baby boom", mais c'est simplement un peu tôt pour cela, alors que les "pré baby boom" sont toujours là... Dans 8 ans ç'aurait été mieux. Autre élément démographique évidemment non négligeable: les femmes composent plus de la moitié de l'électorat. Il faut d'autre part souligner que le décompte des délégués est trompeur: pour la première fois ils sont élus à la proportionnelle[3]. Obama a joué tactique, en visant en particulier les caucus. Mais son avance technique ne doit pas masquer le fait qu'en novembre c'est une autre règle qui s'applique: le vainqueur emporte tous les grands électeurs de l'Etat. Or Hillary a fait la démonstration de sa capacité à être en tête là où ça compte. Les super-délégués ne devraient pas avoir de mal à voir où est l'intérêt du parti qu'il leur revient d'incarner lorsqu'un candidat n'est pas parvenu à obtenir sur son nom la majorité absolue à la Convention.
  • L'expérience. Obama est un pied-tendre, tout jeune sénateur (John Kennedy, lui, était un candidat jeune qui était un sénateur expérimenté). C'est pourquoi aussi il est tout naturellement susceptible d'être attaqué sur ses prises de positions politiques et associations qui ne sont pas du passé lointain; rien ne vient démontrer pratiquement qu'il aurait mûri, qu'il a réalisé autre chose dans l'intervalle. Là aussi, dans 8 ans (à supposer qu'il ait évolué) ç'aurait été mieux.
  • La politique. C'est évidemment plus subjectif. Mais que ce soit sur l'économie ou sur les relations internationales, les réflexes d'Obama sont dangereux alors que ceux de Clinton sont justes[4]. Et surtout, en novembre elle sera plus crédible face à McCain que lui -- ce qui ne veut même pas dire qu'elle l'emportera!

Autre billet sur ce sujet: "She did it!" (9 janvier 2008)

Une version de ce billet, actualisée après la Virginie, est publiée dans les pages Eclairages du quotidien Le Temps du vendredi 16.05.08

COMPLEMENT DU 07.06 à 16h50: J'ai souvent des réserves à l'égard de Spiked (un point de vue qui se veut provocateur de gauche, mais sans l'humour qui caractérise le courant symétrique à droite), mais Guillaume qui les suit me signale un article que je ne peux m'empêcher d'apprécier: Hillary Clinton: a man in a woman’s world.

Notes

[1] Les présidents républicains élus (pour 28 ans de pouvoir): Richard Nixon (+ Gérald Ford), Ronald Reagan, George Bush Sr, George Bush Jr

[2] Même si le racisme n'est pas toujours où l'on croit, quand l'électorat blanc se partage entre Clinton et Obama (ou McCain et Obama) alors que l'électorat noir vote monolithiquement Obama -- voire, plus largement, démocrate, entretenu dans un clientélisme victimaire. Comme la première femme premier ministre a surgi en Grande-Bretagne du parti conservateur, c'est plutôt l'élection d'un président noir républicain qui attesterait enfin du dépassement de la problématique raciale.

[3] Un signe du nombrilisme des démocrates, qui semblent avoir oublié à quoi servent les primaires!

[4] Le dernier épisode sur l'Iran est typique: à une question théorique sur une attaque nucléaire iranienne d'Israël, Clinton a offert la seule réponse acceptable en terme de dissuasion, la riposte nucléaire sur l'Iran. Qu'Obama ait cru devoir s'en écarter, trouver cela très excessif et pour tout dire "bushiste" signifie deux choses: il n'a pas compris qu'il était dans le contexte d'une question théorique dont il s'agit de montrer que l'on veut éviter qu'elle se pose; voire, plus grave, il s'est placé dans la position pratique d'avoir appris qu'Israël est rayé de la carte et n'en est pas plus ému que cela.

samedi 3 mai 2008

Assemblée du Grand Londres: paradoxale progression travailliste, un élu d'extrême-droite remplace deux anti-européens

On trouve ce matin, présenté de manière éclatée et sans les détails permettant de vérifier l'application correcte de la méthode d'Hondt en vigueur, le résultat lié non au bulletin relatif à l'élection du maire, non au bulletin relatif à la désignation de l'élu de la circonscription, mais au bulletin relatif à la répartition proportionnelle des 25 sièges de l'Assemblée du Grand Londres. Comme pour l'Europe (et à vrai dire l'idée même de représentation proportionnelle est probablement la quintessence de la civilisation politique portée par l'Europe continentale, pour le meilleur et pour le pire), les Anglais ne comprennent décidément pas de quoi il s'agit, s'en font une idée extraordinairement compliquée défiant tout sens commun, à partir de laquelle le préjugé ne peut que se renforcer...

Il y a eu 2'412'607 bulletins exprimés valables. Cinq partis se partagent les 25 sièges comme suit (entre parenthèses, le pourcentage obtenu il y a 4 ans pour les listes présentes aux deux élections):

  • Conservateurs: 835'535 bulletins, soit 34,05% (27,84%) représentant 11 sièges (dont 8 élus de circonscriptions)
  • Travaillistes: 665'443 bulletins, soit 27,12% (24,43%) représentant 8 sièges (dont 6 élus de circonscriptions)
  • Libéraux démocrates: 275'272 bulletins, soit 11,22% (16,50%) représentant 2 sièges
  • Green Party: 203'465 bulletins, soit 8,29% (8,37%) représentant 2 sièges
  • British National Party: 130'714 bulletins, soit 5,33% (4,71%) représentant 1 siège

Neuf listes n'obtiennent aucun siège, totalisant 302'178 bulletins soit 13,99%. A relever:

  • Respect (George Galloway): 59'721 bulletins, soit 2,43% (4,57%)
  • UK Independance Party: 46'617 bulletins, soit 1,90% (8,18%) et perd ses deux sièges dans l'Assemblée sortante

Au total, comme l'a dit Boris, cette élection a été excellente pour la vie politique. Les populistes n'occupent plus qu'un seul siège au lieu de deux, acquis toutefois par le BNP qui franchit ici un seuil important par rapport à l'ostracisme discipliné que le système politique britannique lui applique; il reste cependant complètement inapte à avoir un élu au parlement. Et les deux partis de gouvernement en sortent renforcés (aux frais des libéraux démocrates, des verts et sans doute des anti-européens de l'UKIP).

vendredi 2 mai 2008

Elections locales en Grande-Bretagne et mairie de Londres

Encore quelques heures de patience avant le résultat le plus attendu: la réélection de Ken Livingstone ou son renversement par Boris Johnson, conservateur atypique (ou alors caricaturalement typique). Je suis bien content de ne pas figurer au nombre des 5,4 millions d'électeurs (les Londoniennes et Londoniens britanniques ou ressortissants du Commonwealth ou de l'Union européenne), ç'aurait été un choix cornélien: entre la raison (et les liens de "famille" politique) qui m'auraient contraints à voter pour Ken, la passion qui m'aurait poussé à voter contre Ken et le démon du jeu (et le plaisir de faire la nique à l'insupportable Gordon) qui m'auraient amené à voter joyeusement pour Boris.

Plus qu'un maire, c'est le PDG d'une passablement technocratique communauté urbaine qui est élu au scrutin direct[1], en même temps qu'une Assemblée (plutôt un comité!) du Grand Londres de 25 personnes élues à la proportionnelle (14 d'entre elles étant choisies au travers de scrutins uninominaux à un tour dans autant de vastes circonscriptions, le solde des sièges étant occupés, "à l'allemande", par les personnes figurant sur les listes de partis[2]. Les "vrais" maires, ce sont les Leaders of the Council des 33 communes qui constituent le Londres de 8 millions d'habitants: la City of London[3], la City of Westminster, the Royal Borough of Kensington & Chelsea, etc. jusqu'à celles qui ne sont pas connues des touristes, comme Merton (qui comprend cependant Wimbledon...). Il n'y a d'ailleurs aucun rapport entre l'élection des deux niveaux (les élections communales londoniennes ont eu lieu en 2006 et se répètent tous les 4 ans). Pour prendre Westminster, où je réside quand je ne suis pas à Genève, le City Council compte 60 élus et celui qui le dirige[4] est Simon Milton, leader du groupe conservateur (et gay, dûment partenarié récemment par les soins de ses services, promis à un poste ministériel dans le premier gouvernement Cameron), qui gère avec son cabinet (exécutif) un budget annuel de 993 mios £ de charges de fonctionnement et 113 mios £ de dépenses d'investissement pour 232'000 habitants.

Il n'en demeure pas moins que le maire de Londres est important. Il gère, et de manière très directe (l'assemblée n'est qu'un conseil d'administration, qui doit par exemple réunir une majorité des deux-tiers si elle prétend amender le budget) un budget de plus de 11 mias £, en réalité largement sous-traité à quatre agences, principalement transports, police et développemement du territoire. Et c'est là qu'à vrai dire Ken a été bien meilleur que son passé le laissait craindre (de la Congestion Charge aux Jeux Olympiques, de son soutien au secteur financier à son soutien aux mesures anti-terroristes), qui ont curieusement coexisté avec ses irrémédiables défauts de pratiques clientélaires (en particulier vis-à-vis des groupes ethniques), d'appui à des prêcheurs musulmans extrémistes dans son obsession contre l'intervention en Irak ou son antisémitisme (voir ce billet de David T. chez Harry's Place, complément du 03.05 à 20h35).

Si le décompte est si long, c'est aussi à cause du mode de scrutin: on joue deux tours en un, chaque électeur exprimant sa première préférence (1er tour) et simultanément, pour le cas où un "second tour" est nécessaire parce qu'aucun candidat n'a atteint la majorité absolue, son vote dans cette hypothèse (seconde préférence). Chaque électeur n'a toutefois qu'une voix: seul celui qui n'a pas voté pour l'un des deux finalistes avec sa première préférence voit sa seconde préférence prise en compte, pour autant évidemment qu'elle se soit portée sur l'un d'eux[5]. Est élu celui des deux finalistes aux premières préférences qui totalisera le plus de premières et secondes voix. Concrètement: je peux voter pour la candidate écolo avec Ken comme seconde préférence (c'était la consigne officielle des verts, avec la consigne inverse, même si elle n'a guère de sens, pour le Labour). Ou je peux voter pour le candidat d'extrême-droite, avec ma seconde préférence pour le parti anti-européen si je ne veux vraiment pas participer au "système"[6].

De manière plus générale, ces élections locales[7] ont été un désastre pour les travaillistes[8] et un clair succès pour les conservateurs. Mais on ne saurait transposer les pourcentages obtenus (qui placent le Labour en troisième place à 24%, derrière les libéraux démocrates à 25% et les conservateurs à 44%!) sur des élections parlementaires. C'est tout de même un avertissement sévère pour les travaillistes, alors que Gordon Brown a épuisé, en moins d'un an, le capital de rénovation qu'il était supposé apporter et qui s'est révélé inexistant. Il n'a en réalité aucune réserve, aucune idée, tous ses défauts personnels se sont vérifiés à l'usage. Il faudrait un retournement économique et politique majeur pour que David Cameron ne devienne pas premier ministre d'un gouvernement conservateur à l'issue du scrutin du 6 mai 2010...

COMPLEMENT DU 03.05 à 1h10: Pas d'ultime surprise, c'est Boris par 1'168'738 voix contre 1'028'966 à Ken au "second tour"[9]: les bookmakers avaient carrément commencé de payer les gains aux parieurs en sa faveur dans l'après-midi. Selon un rituel immuable, le résultat est annoncé par le returning officer en présence de tous les candidats, puis ceux-ci prononcent quelques mots à tour de rôle. Tant Boris que Ken ont été absolument remarquables à cet égard, échangeant compliments et promesses de collaboration, Boris proclamant sa volonté de gagner l'estime de ceux qui n'ont pas voté pour lui comme, de manière très lucide, de rassurer ceux qui ont pris le risque de voter pour lui, et Ken soulignant qu'après 8 ans lui seul est à blâmer pour son échec. Pas encore de résultats de la proportionnelle pour l'Assemblée, mais la candidate verte est arrivée quatrième (derrière le libéral démocrate), devant le candidat d'extrême-droite en cinquième position.

Dernière actualisation le 03.05 à 23h, avec en particulier les liens vers les vidéos des discours de Boris et Ken

Notes

[1] On ne parle que de Boris et Ken, et accessoirement de Brian Paddick, libéral démocrate, mais il y a 10 candidats.

[2] Il y en a, coïncidence, 14 aussi; concrètement le siège est à quelque 4% des suffrages.

[3] Le centre financier, qui ne compte que 7'600 habitants et a cette particularité d'être organisé comme une société (c'est une Corporation), et non comme une collectivité territoriale, un peu comme la commune bourgeoise (ou paroissiale) à côté de la commune politique dans certains cantons suisses.

[4] Pour ajouter à la confusion, il ne faut pas le confondre avec le membre du Conseil qui a le titre, honorifique et de représentation, de maire!

[5] Ce qui conduit évidemment à des raisonnements tactiques difficiles...

[6] L'équivalent à gauche c'est de partager ses deux votes entre le parti d'extrême gauche islamo-fasciste de George Galloway et l'une des deux autres listes d'extrême gauche.

[7] Très partielles et géographiquement dispersées, en Angleterre et au Pays de Galles; le rythme est quadriennal mais un lot est renouvelé chaque année.

[8] Les élections intermédiaires sont traditionnellement difficiles pour le parti au pouvoir, mais Gordon Brown fait pire que le plus mauvais résultat de Tony Blair, et pire que John Major et Margaret Thatcher, respectivement, aux élections locales précédant leur chute.

[9] Amusants détails: Boris a reçu 114'361 secondes préférences d'électeurs de Ken, et Ken 145'987 secondes préférences d'électeurs de Boris (qui n'ont donc pas été prises en compte dans le résultat ci-dessus). Ce n'est pas aussi absurde qu'on pourrait le croire mais s'inscrit dans l'hypothèse où le candidat préféré aurait été battu par Brian Paddick, à la Le Pen/Jospin en 2002... Au demeurant, comme pour l'Assemblée, la publication officielle des résultats est confuse et incomplète: pas de détail de la ventilation des secondes préférences par finaliste, ou par candidat, en particulier. (Complément du 03.05 à 20h)

jeudi 1 mai 2008

Pas de régionalismes dans la banalité du mal

En relation avec l'affaire Anne-Marie Debaine, je voulais déjà signaler que le Royaume-Uni a aussi, en ce moment, son affaire d'handicapé requérant des soins constants, laissé pour cela à sa famille, et tué: en l'état, la suspecte est la mère. Je ne comprends toutefois pas encore pourquoi la "disparition" de James Hughes n'a été signalée à la police qu'au moment de celle de la mère, qu'on a rapidement retrouvée pendue alors que le cadavre de la victime a été, lui, retrouvé dissimulé et dans un état de putréfaction avancé... Il semble ne pas avoir été vu depuis un certain temps sans que grand monde ne s'en inquiète. Du moins l'enquête semble-t-elle se poursuivre.

Mais c'est surtout avec l'affaire Fritzl que l'on est tenté de se rassurer que ce genre d'horreur ne peut se produire qu'en Autriche. Le Parisien nous en prémunit[1] avec l'histoire de Lydia que ses deux parents torturaient et à qui son père a fait 6 enfants à Crécy-la-Chapelle, près de Paris (sans même avoir besoin de la tenir aussi enfermée qu'Elisabeth Fritzl). Avec le prudent scepticisme qui me caractérise, j'ai espéré l'affabulation; dans cette ligne, la chute conduit à l'exagération massive: la mère n'a été condamnée qu'à 4 ans d'emprisonnement avec sursis pour "non empêchement de crime et agression sexuelle sur l'un de ses petits-fils". Mais je ne peux m'empêcher de craindre que, comme dans l'affaire Debaine, ce soit plutôt le système judiciaire qui ait failli. La condamnation était en appel, elle est maintenant en cassation.

COMPLEMENT DU 04.05 à 17h10: Je me disais après coup que le rapprochement était tout de même un peu fort entre les deux situations, l'une d'elle étant après tout fondée sur l'idée d'éviter une souffrance à la victime (d'où l'application par les médias, abusive à mes yeux dans ces deux cas, des termes d'euthanasie en français, mercy killing en angais). Et si on ne peut jamais le prédire individuellement, il est statistiquement certain, hélas, que confiés à des structures collectives à défaut de famille (ou si celle-ci n'est plus en mesure de faire face), des handicapés requérant des soins constants (comme des malades hospitalisés ou des personnes âgées en EMS) seront victimes de négligences, de violences, d'abus sexuels ou d'actes de pur sadisme. Mais Josef Fritzl aussi prétend s'être "occupé" de sa fille et de ses enfants! Dans les deux cas, on a affaire à ce que les psys appellent le sentiment de "toute puissance", les victimes étant dans une situation de totale dépendance (joint, pour les parents de handicapés, à une incapacité de faire appel à autrui, une conviction qu'il est impossible d'obtenir de l'aide). Et j'imagine que le projet apparemment nourri par Fritzl d'en finir avec l'enfermement d'Elisabeth et des trois enfants était lié à la conviction que sa domination mentale serait suffisante (ça semble bien avoir été le cas pour Lydia). C'est dire la force de résistance, le courage qu'il a fallu à Elisabeth, après 24 ans, pour prendre le risque de se confier et d'appeler à l'aide dès qu'elle en a eu la possibilité; ce n'était nullement évident.

Notes

[1] Comme, à partir d'un entrefilet dans un journal ramassé dans le bus, Google me l'apprend!

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