vendredi 4 avril 2008
Les mesures de sécurité renforcées dans les aéroports: l'explication
François Brutsch | 20h23 | sur le front | permalien | rss
Près de deux ans déjà! C'est au 10 août 2006 que remonte un renforcement des mesures de sécurité touchant les passagers embarquant dans les avions: d'abord draconien, interdisant tout bagage à main et tout liquide, aujourd'hui parfaitement raisonnable avec un seul bagage à main et un contrôle spécifique des liquides (en flacons de 100ml au maximum). Sans grande gêne, en réalité, puisqu'il est possible d'acheter des boissons dans la zone d'embarquement. Au Royaume-Uni ça se passe très bien, en Suisse ou en France il y a peut-être un peu plus d'étourdis, voire d'esprits forts qui ont le sarcasme facile.
A l'époque, la raison de ces changements avait fait moins de bruit que les mesures elles-mêmes. On avait bien parlé d'un complot impliquant des bombes sous forme liquide, mais sans plus de détails (et il avait été déjoué, de toute façon...): c'est dans cet article d'un correspondant à New York du Guardian que j'en retrouve davantage[1].
Le 21 août 2006, on avait appris l'inculpation[2] de 8 personnes pour "conspiracy to murder" ainsi que de trois autres personnes pour d'autres chefs d'accusation. Le 22 août, un juge de district a prononcé la mise en détention préventive, confirmée par le tribunal de l'Old Bailey le 4 septembre[3].
On annonçait alors qu'en raison de la complexité de l'affaire le procès ne pourrait sans doute pas se dérouler avant Pâques 2008... Eh bien nous y sommes, et avec quelle ponctualité: le procès s'est ouvert cette semaine. Chaque jour apporte son lot d'informations, sur ce ton très particulier des compte-rendus d'audience britannique: un grand luxe de détails, mais une extraordinaire neutralité du ton[4]. On comprend enfin mieux: c'est au moyen de bombes constituées de ce qui avait l'air d'innocentes bouteilles de limonade gazeuse, de piles AA modifiées et d'appareils photos jetables qu'il s'agissait de faire sauter sept avions partant de Londres.
Notes
[1] Avec la suspicion qui s'attache à tout ce qui vient des autorités américaines sur ce sujet...
[2] Je ne suis pas certain que c'est la traduction officielle de to charge et c'est en tout cas trompeur: cela recouvre infiniment plus que l'équivalent continental. Non pas une simple suspicion fondée mais véritablement un dossier en béton, à défaut de quoi s'il y a des personnes arrêtées elles doivent être relâchées. D'où le malentendu sur l'extension de la détention par la police de personnes suspectes de terrorisme (actuellement de 28 jours, en discussion pour être portée à 42 jours), qui n'a pas grand chose à voir avec ce qu'on appelle la garde à vue en Suisse ou en France: on les aurait simplement bouclées et mises, sur la base de préventions bien moindres, en détention préventive, judiciairement contrôlée mais pas forcément très active du côté de l'instruction de l'affaire avant jugement...
[3] Vive l'Internet et les journaux dont les archives sont gratuites (ils se paient avec la publicité), je dois avouer que cela m'avait passablement échappé à l'époque... Mais j'avais d'autres préoccupations!
[4] On est aux antipodes de la manière dont ce correspondant qui suit l'affaire Fourniret (longtemps chroniqueur judiciaire lui-même) conçoit ses articles. C'est au moment du jugement que le magistrat, lui, se laisse souvent aller à des propos que personnellement je trouve naïfs et embarrassants, moralisateurs et complètement inappropriés.





