Fitna: l'amalgame est-il soluble dans la dérision?
Guillaume Barry | dimanche 30 mars 2008 à 12h46 | divers | rss
Contre toute attente, on trouve facilement le film anti-islam (par exemple ici) du cinéaste et député d'extrême-droite néerlandais Geert Wilders. Première réaction: c'est rageant de savoir que c'est quelque chose d'un tel degré zéro (à tous points de vue) qu'il va falloir défendre au nom de la liberté d'opinion et d'expression.
Imaginez qu'on prenne tous les passages hard de la Bible, qu'on filme des télévangélistes, qu'on mette en évidence ce qui a été dit autour de la mort de Matthew Sheppard ou, mieux, qu'on diffusait l'intégrale des vidéos de Fred Phelps, en ajoutant des images d'attentats contre les cliniques pratiquant l'IVG, etc. et qu'on disait: le judéo-christianisme ne passera pas.
Une organisation culturelle néerlandaise a invité ses visiteurs à se filmer en train de dire "Sorry" pour Wilders et à mettre la demande de pardon en ligne. C'est ici. Au début, je n'ai pas compris que c'était une pure farce et je me suis dit voilà des Occidentaux qui demandent pardon aux terroristes en puissance pour éviter de se prendre des attentats. Bref on a honte de cette honte. D'un autre côté - et tant pis pour l'ambigüité - je les ai excusés en me disant qu'il était peut-être pertinent, tout en proclamant un fier attachement à la liberté d'expression du pays de Spinoza qui a aussi édité Descartes, de se désolidariser d'une pensée qui procède par amalgame et généralisation pour blesser et insulter un certain nombre de concitoyens (la proportion qu'ils représentent ou devraient représenter est un autre débat).
Si c'est un gag, c'est à double tranchant. Certes on se moque délectablement de la propension occidentale à demander pardon à ses agresseurs, mais ça rajoute une couche pour la population stigmatisée par Wilders.
COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 02.04 à 15h30: Je ne l'ai malheureusement pas vu, mais le film présenté comme le clou du Festival du film gay et lesbien de Londres (jusqu'au 10 avril) présente probablement un utile contrepoint à Fitna. Pas une réfutation, mais un contrepoison en quelque sorte, un film qui amène à voir que la question est plus complexe et la solution moins simple que les présente Wilders (ou, en Suisse, un Alain Jean-Mairet). A Jihad for Love, film de Parvez Sharma, présente des témoignages provenant de 12 pays sur trois continents de personnes désireuses de préserver deux facettes, musulmane et gay ou lesbienne, de leur identité (plutôt que de renoncer à l'une ou l'autre). Voir la bande annonce ici.






Commentaires
1. Le dimanche 30 mars 2008 à 17h59, par Laurent Weppe
2. Le mardi 1 avril 2008 à 01h38, par Guillaume Barry
3. Le mardi 1 avril 2008 à 16h07, par Laurent Weppe
4. Le mercredi 2 avril 2008 à 09h01, par spider
5. Le mercredi 2 avril 2008 à 12h54, par ami
6. Le jeudi 3 avril 2008 à 04h21, par Sittingbull
7. Le jeudi 3 avril 2008 à 17h32, par sardanapale
8. Le vendredi 4 avril 2008 à 10h02, par Stéphane
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