février 2008 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 25 février 2008

Le mépris d'un euphémisme

Le débat pour savoir s'il est approprié qu'un président réponde à quoi que ce soit en disant "Casse-toi pauvre c..." est une chose. Ce qui en est une autre, c'est l'euphémisme ironique voire méprisant de l'agence apparemment commune au Monde ou au Matin[1], pour se limiter à des organes de presses d'habitude assez éloignés en matière de... retenue. Ils titrent donc

"Pauvre con va", glisse un Sarkozy vexé à un homme qui le snobe. Or, l'homme lui avait dit "Tu me salis" - ce faisant, ne lui avait-il pas signifié davantage qu'une volonté de poser et conserver des distances en se fondant sur une échelle de valeurs (ce qui est la connotation habituelle du verbe 'snober')? N'était-on pas dans le registre de l'insulte?

Le titre de l'agence relève donc du mépris. Soit ses auteurs et ceux qui le prennent méprisent le premier locuteur en diminuant la force et la portée de ses propos. Soit ils méprisent le destinataire du propos en diminuant l'affront qui lui est fait. Soit ils font les deux.

Notes

[1] Reuters, selon Le Monde

samedi 23 février 2008

Le 'Nouvel Obs' va-t-il enfin licencier Airy Routier?

Ou tout au moins se passer définitivement de ses services s'il n'est pas salarié? Car voilà un "journaliste" qui sort un scoop fondé sur l'envoi d'un SMS (et partons de l'hypothèse, à ce stade, que le contenu le justifie) puis, confronté à une plainte, se défend comme suit:

Airy Routier a déclaré ne pas être certain de la date d'émission du SMS incriminé et ne pas l'avoir vu. On le lui aurait simplement lu: "J'ai seulement fait confiance à des sources verbales et fiables", a-t-il indiqué aux policiers. Il n'a pas tenté de confirmer son "information" auprès de Nicolas Sarkozy et de son ex-épouse, se contentant d'affirmer: "J'ai fait ce que font tous les journalistes". "Toute information sur la psychologie du président mérite d'être publiée si elle est juste", a-t-il déclaré au Monde.

Le SMS, c'est bien sûr celui que Sarko aurait adressé à Cécilia, prêt à balancer Carla à la veille de leur mariage... Sur le fond, au moins, le Nouvel Obs a eu, tardivement, l'élémentaire souci de se désolidariser. Mais avec cette déclaration, Routier place clairement le débat non pas sur une question d'appréciation (intérêt public ou non) mais sur le respect des plus élémentaires et plus fondamentales règles du journalisme (ou, à vrai dire, de tout débat public: où va-t-on si l'on peut affirmer n'importe quoi parce que l'un de vos potes vous l'a dit et que si non è vero, è ben trovato quand il s'agit d'emmerder Sarko?).

Paradoxalement, c'est parce qu'elle porte sur quelque chose de plus futile et témoigne davantage encore d'un comportement effarant et d'une absence de professionnalisme confondante de la part du Nouvel Obs que cette affaire me paraît plus édifiante encore que le Rathergate dont CBS avait été victime: les "faux" existaient, au moins! Continuer de s'indigner de la poursuite engagée par Sarkozy dans ces conditions est lamentable: ce sont des excuses sans réserve, agrémentées d'une somme considérable versée à la bonne oeuvre du choix de Sarko, et surtout une réparation sous forme de repentance-pénitence, et réforme des procédures au site du Nouvel Obs, qui s'imposent.

"J'ai fait ce que font tous les journalistes": pour que nous, lecteurs, refusions de croire une chose pareille, il faut déjà qu'Airy Routier soit vidé pour faute grave et interdit d'emploi dans tout média qui se respecte.

COMPLEMENT DU 23.03: Juste pour le plaisir, l'implacable et impeccable tribune publiée par Carla Bruni Sarkozy dans Le Monde. Mais Airy Routier fait hélas toujours partie de l'effectif du Nouvel Observateur. J'ai même appris dans l'intervalle qu'il y est rédacteur en chef (dans cette armée mexicaine, c'est apparemment davantage un titre qu'une fonction, mais tout de même...).

jeudi 21 février 2008

Terrorisme et judiciaire sous l'oeil de la politique et des médias

Je médite quelque chose sur les notions de citoyenneté - nationalité - communauté, à partir de la déclaration d'indépendance du Kosovo (enfin), d'une part, du conflit israélo-palestinien d'autre part (avec en particulier la problématique des réfugiés palestiniens, des Arabes israéliens, des travailleurs palestiniens en Israël et, une fois la Palestine entrée en souveraineté, celle des Juifs de nationalité palestinienne, s'il en existe, et celle des Israéliens vivant et/ou travaillant dans l'Etat de Palestine... on peut rêver! Cf. cette tribune de Daniel Barenboim dans Le Monde). Tout cela assaisonné de considérations tirées de l'expérience fédérale suisse et de celle des différents pays qui composent le Royaume-Uni. Autant dire que ça ne sort par tout armé comme ça, et que cela risque même de ne jamais dépasser cette esquisse!

Faute de temps, je me contenterai de quelque chose qui ne tient pas même les promesses du titre, c'est dire si je fais appel à votre indulgence... Mais je voudrais au moins signaler, à l'occasion de la parution d'aujourd'hui, la chronique juridique du Daily Telegraph[1] car elle est remarquable et je ne connais rien d'équivalent dans les médias francophones. La page Law est placée sous la responsabilité d'un juriste, Joshua Rozenberg[2] (qui par ailleurs intervient occasionnellement les autres jours pour un commentaire, toujours une merveille de pédagogie et de pondération). Elle est hebdomadaire et contient un article fouillé et une série de brèves. On l'aura compris, cette rubrique se distingue du suivi courant des procès qui, dans le système anglo-saxon, occupe une part bien plus grande de l'actualité puisque l'instruction criminelle se déroule en audience publique, que les divorces ou autres questions de droit de la famille ne sont pas taboues ou que des procédures qui nous sont inconnues donnent lieu par exemple au feuilleton à grand spectacle sur la mort de Diana ou à des audiences sur la mort de soldats en Irak ou les circonstances de suicides ou d'accidents.

Il y a quelques semaines, la Cour d'appel[3], présidée par Lord Philips, a libéré 5 islamistes britanniques de l'acte criminel dont ils étaient prévenus en vertu de la législation anti-terroriste, qui impliquait la détention de documents et la consultation de sites web. J'avoue avoir été de ceux qui ont été agacés. Je me suis formé l'idée que les juges, une fois de plus, se drapaient orgueilleusement, mais indûment, dans la pose du défenseur des libertés tapant sur les doigts de la police et des ministres. Ils ne faisaient en réalité que refuser d'appliquer la loi votée par le Parlement parce qu'ils se meuvent dans un cocon intellectuel et matériel qui les coupe des réalités que vivent politiciens, policiers, citoyens et victimes et les pousse à l'angélisme et au paternalisme. Or il n'appartient pas aux juges de modifier les lois.

Eh bien Rozenberg me fait descendre de mes grands chevaux démocratiques contre le gouvernement élitaire des juges, et me voilà tout rassuré: c'est une problématique d'interprétation technique qui se posait, on n'était nullement dans l'un de ces cas où un tribunal se livre à des contorsions interprétatives pour étendre ou restreindre le sens manifestement voulu par le Parlement. Et elle concerne la loi dans sa teneur d'avant 2001, pour des actes commis en 2005, alors qu'en 2006 une nouvelle législation est entrée en vigueur: en d'autres termes la décision n'avait pas une grande portée d'actualité, contrairement à l'impression donnée par les compte-rendus des médias (qui soutenaient par exemple que la ministre de l'intérieur se retrouvait désormais avec une législation insuffisante et inapplicable sur les bras). Même Lord Philips remonte dans mon estime à l'évocation d'autres de ses décisions dans cette matière!

Notes

[1] Le Telegraph est celui que je lis, mais l'équivalent existe dans les autres quotidiens nationaux de référence: The Times, The Guardian ou The Independant.

[2] Voir aussi son site -- et il a un impresario!.

[3] Je renonce à détailler ce que cela recouvre exactement!

vendredi 15 février 2008

Il n'y a pas que la Flat Tax

L'allemand est pour moi un supplice de Tantale: je ne le maîtrise pas assez pour l'infotainment, mais suffisamment quand il le faut... et pour réaliser ce que je manque! Ainsi du dernier numéro du toujours splendide supplément thématique de la Neue Zürcher Zeitung, NZZ Folio, consacré ce mois-ci à la fiscalité. On y trouve bien sûr un portrait du "missionnaire" de la Flat Tax, le professeur Alvin Rabushka, mais aussi une typologie de l'ensemble des propositions de fiscalité alternative, par Beat Kappeler. La déclaration d'impôt vue par les graphistes. La fiscalité suisse sous Google Earth. Et tant d'autres choses, sans parler des chroniques et rubriques régulières.

La cerise sur le gâteau: tous les numéros, depuis août 1991 (c'était le 700e anniversaire du serment du Grütli dont se réclame la Confédération moderne) sont accessibles en ligne, en totalité et gratuitement. Plus d'excuse, donc. Je viens même de souscrire au courriel qui me rappellera d'acheter la NZZ du premier lundi de chaque mois...

jeudi 14 février 2008

Avocat du (diable de) structuralisme

Dans cet article du Temps du 11 février, Anna Lietti citait avec force approbation le revirement d'un des gourous du structuralisme , auquel elle confessait avoir adhéré sans réserve et sans esprit critique en son temps. Cette chronique m'a incité à lui écrire ceci:

(...) Les dérives sectaires, dogmatiques, précieuses et ridicules du structuralisme sont indéniables, et l'étaient déjà aux yeux de plus d'un contempteur de l'époque. Il n'empêche. Certaines positions structuralistes ont paru libératrices à l'adolescent que j'étais et qui les découvrait. Apprécier une oeuvre littéraire pour elle-même, c'était s'affranchir du psychologisme positiviste lourd de certain prof et du moralisme politique ambiant qui s'interposent entre l'oeuvre et ses destinataires. Malheureusement, la lourdeur des dispositifs d'analyse et la suffisance des analystes ou des théoriciens du structuralisme leur ont permis de faire au moins autant de mal que ce qu'ils se complaisaient à dénoncer.

Pour moi, c'est leur intuition qui tombait sous le sens. On peut apprécier une oeuvre de musique sans rien savoir de la vie extérieure ou intérieure du compositeur. C'est une attitude fondamentalement structuraliste. Mais on peut se pencher sur une partition et savourer les perfections mathématiques ou géométriques qu'on y découvre. C'est aussi une attitude structuraliste. Dans le domaine théologique, qui m'intéresse, la structuraliste attitude, consistera à se confronter à un texte biblique renvoyant dos à dos le fondamentalisme aplatissant et l'érudition qui court-circuite l'interpellation.

Le structuralisme contribue à la construction du sens, qu'il aime et fait aimer. Ses oukazes contre les autres méthodes viennent de ce qu'il a dû imposer son approche dans un monde figé pour qui il ne tombait pas sous le sens. La roue a tourné, une roue que des structuralistes ont réinventée: la vie féconde une oeuvre. Mais je reste persuadé qu'une oeuvre est aussi là pour arracher le lecteur aux causalités immuables de la vie ordinaire et non l'imiter ou la reproduire.

Ceci dit, il n'y a rien à quoi je ne peux acquiescer dans votre article, pour lequel, comme toujours, une approche structuraliste n'est pas nécessaire pour apprécier son aspect délectable. Avec mes meilleures salutations (...).

COMPLEMENT DE FRANCOIS à 16h50: J'aime bien aussi les chroniques d'Anna Lietti. Et je me dis que tous les espoirs sont permis. Elle finira peut-être par sortir de cet autre envoûtement qui la conduit (l'a conduit) à tenir (sur la filiation et le nom de famille) de ces propos abstraits auxquels on fait semblant de croire quand on n'éclate pas de rire: la psychanalyse.

mercredi 13 février 2008

L'impératif démocratique de David Miliband

Le post-blairisme est en de bonnes mains! Le ministre britannique des affaires étrangères a prononcé hier un important discours actualisant la doctrine progressiste et universaliste du gouvernement britannique dans une conférence dédiée à Aung San Suu Kyi.

I understand the doubts about Iraq and Afghanistan, and the deep concerns at the mistakes made. But my plea is that we do not let divisions over those conflicts obscure our national interest, never mind our moral impulse, in supporting movements for democracy. We must not be glib about what democracy means - it is far more than a five year ballot. We cannot be self satisfied about the state of our own democracy. We cannot impose democratic norms. But we can be clear about the desirability of government by the people and clear that without hubris or sanctimony we can play a role in backing demands for democratic governance and all that goes with it.
(...)
We must resist the arguments on both the left and the right to retreat into a world of realpolitik. The traditional conservative 'realist position' is to say that values and interests diverge, and interests should predominate. This will not do. Yet in the 1990s, something strange happened. The neoconservative movement seemed to be most sure about spreading democracy around the world. The left seemed conflicted between the desirability of the goal and its qualms about the use of military means. In fact, the goal of spreading democracy should be a great progressive project; the means need to combine soft and hard power. We should not let the genuine debate about the 'how' of foreign policy obscure the clarity about the 'what'.

I want to begin by talking about what we mean by democracy and why we should support the spread of democratic ideals and practices. I then want to discuss how we can do so in a way that recognises both the diversity of cultures and the limits of our power and capacity to effect change.
(...)

Et Miliband de réfuter, en particulier, les trois écoles critiques de l'universalisme démocratique: les valeurs "asiatiques" plaçant la communauté avant l'individu, la contrariété entre démocratie et intérêt national et le prétendu impératif de ne compter que sur ses propres forces, sans appui extérieur.

On ne se plaindra pas forcément que le ton soit moins "prêcheur", "évangélique" que Blair; on y reconnaîtra peut-être plus facilement l'inspiration des Lumières que, pour sa honte, une grande partie de la gauche a déserté. Obama peut-il s'y retrouver? C'est une grande question de la primaire démocrate à mon avis.

vendredi 8 février 2008

Religion et droit: les positions contrastées de Mgr Genoud et de Mgr Williams

A ma droite, Mgr Bernard Genoud, évêque du diocèse catholique romain de Lausanne, Genève et Fribourg. Un homme rond et chaleureux succédant au réservé Mgr Grab, et aux antipodes d'un doctrinaire psycho-rigide comme Mgr Haas que les catholiques de Suisse orientale sont parvenus à faire exiler au Liechtenstein. Il est aujourd'hui confronté (bien des années après ses homologues des Etats-Unis, d'Irlande et d'ailleurs) à une tempête relative aux abus sexuels commis par des prêtres et à l'attitude de l'Eglise catholique envers eux et envers les victimes.

A ma gauche, Mgr Rowan Williams, primat de l'Eglise anglicane (et archevêque de Cantorbéry comme le pape est évêque de Rome). Un intellectuel progressiste complexe, le regard sombre, la chevelure et la barbe perpétuellement en bataille. Passablement incompris ou maladroit, il se voit alternativement reprocher ses accomodements insoutenables sur le plan doctrinal (son attitude vis-à-vis des gays et des menaces de scission homophobe) ou au contraire ses prises de position dans le débat public: elles ne paraissent pas tant relever d'une conception prophétique de sa fonction que d'une approche académique, spéculative, voire médiatico-politique, individuelle en somme et pas à la mesure de son rôle. Il vient de récidiver sur la question de l'intégration des musulmans britanniques à la société.

Si l'Eglise catholique s'est toujours conçue comme un monde à part, avec notamment son propre droit (et s'adosse toujours à un Etat absolutiste), l'Eglise anglicane est, elle, une création de l'Etat britannique[1]). En dernière analyse, c'est Tony Blair qui a choisi Williams plutôt qu'un autre lorsque la succession a été ouverte. Cela ne rend que plus savoureux le chassé-croisé qui me frappe aujourd'hui:

  • Genoud reconnaît formellement (enfin) que le droit étatique s'applique en premier et sans restriction aux abus sexuels commis par des prêtres. Il met fin à des décennies pendant lesquels cela n'était considéré que comme un problème d'indiscipline, de violation de la doctrine et des devoirs de la fonction, susceptible de mutation ou de sanction: relevant de la gestion des ressources humaines, en somme, et de la préservation de l'image de l'Eglise. Cela reste d'ailleurs le cas pour ce qui n'intéresse pas le droit étatique: les relations sexuelles consentantes entre adultes, par exemple. Quant à savoir s'il en fait assez et si ce n'est pas bien tard...
  • A l'inverse Williams (qui se garderait bien de mettre en avant des spécificités chrétiennes ou anglicanes) se lance dans une réflexion sur l'opportunité d'intégrer des éléments de la charia, le droit musulman, dans la législation britannique. Il évoque notamment le droit de la famille (mariage et divorce), la résolution des conflits ou les instruments financiers. Ce qui n'est bien sûr pas absurde intellectuellement parlant, et je suis sûr que dans son idée toutes les précautions sont prises: il ne s'agit pas d'introduire un droit personnel (en fonction de la religion déclarée ou, pire, d'une "appartenance" établie Dieu sait comment) mais des institutions nouvelles (dont les non-musulmans pourront aussi bénéficier) dans le droit-fil de l'évolution d'une société incorporant le meilleur de ce que son ouverture au monde lui apporte, et strictement par la voie usuelle de la loi votée par le parlement. Mais il était inévitable qu'il se fasse tomber dessus de tous les côtés, du premier ministre à l'opposition en passant par des personnalités musulmanes, y compris pour de mauvaises raisons. Williams (qui a de surcroît la maladresse politique de parler de quelque chose "d'inévitable", ce qui n'est guère motivant et appelle en quelque sorte le refus) ne peut qu'être compris comme capitulant devant Ben Laden, nouvelle expression de cet "esprit de Munich" dont, pour son honneur, la honte et le rejet sont très présents au Royaume-Uni. Cela tombe assez mal après que Mgr Nazir-Ali, évêque de Rochester, a, lui, judicieusement dénoncé les zones de non-droit, quartiers interdits ou dangereux pour les non musulmans. Et alors que la progression d'un islamisme extrémiste est une réalité toujours plus préoccupante dans le pays, où le relativisme culturel (ou la complicité de co-religionnaires) laisse impunis nombre de meurtres et de viols commis dans les familles à l'égard de femmes et d'hommes désireux de vivre libres.

Notes

[1] Si je puis me permettre cette sorte d'anachronisme pour évoquer la scission décidée par le roi Henri VIII à qui Rome refusait un divorce.

jeudi 7 février 2008

"Deux histoires de transition: Genève en 1864, Nairobi en 2008"

C'est un papier fascinant publié dans Le Temps de ce matin, par Dominique Wisler[1]. L'auteur file brillamment la comparaison; j'ignore si elle aura des lecteurs kenyans et s'ils en tireront un quelconque réconfort. Je ne suis sûrement pas le seul Genevois à avoir appris à cette occasion un pan entier de l'histoire locale, qui tombe ironiquement au moment ou se déclenche un nouveau processus de révision totale de la Constitution, à froid celui-là!

Notes

[1] Je mets ça pour les moteurs de recherche, moi ce nom ne me disait rien du tout avant.

mercredi 6 février 2008

La filiation dissociée fait son coming out

Difficile de ne pas voir un trend dans ces deux informations du Monde d'hier:

  • Page 19 (Le jardin des Bruni-Tedeschi):

Carla apprendra, peu avant la mort d'Alberto, ce qui est pour une bonne partie de la société turinoise un secret de Polichinelle : Alberto Bruni-Tedeschi n'est pas son père biologique. Maurizio Remmert, 61 ans, un entrepreneur italien installé au Brésil, l'a confirmé le 8 janvier à un quotidien de Sao Paulo. Il a vécu pendant six ans une histoire d'amour clandestine avec Marisa Borini. Il avait moins de 20 ans, elle en avait 32, la musique les avait rapprochés : lui passionné de guitare classique, elle à son clavier. Pour le troisième mariage de Maurizio Remmert, en octobre 2007, Carla Bruni se trouvait parmi les invités avec sa demi-soeur, Consuelo. Samedi 2 février, il figurait parmi les invités au mariage célébré à l'Elysée.

  • Page 23 (Nécrologie de Volodia Teitelboim, ancien dirigeant du parti communiste chilien):

Trois ans plus tard, son fils Claudio a appris que son père biologique était en fait une autre personnalité communiste, Alvaro Bunster. Le parti avait imposé au couple Teitelboim et à l'amant un mensonge plus conforme à la morale pour protéger la réputation de son dirigeant.

Voilà qui amène de l'eau au moulin de Serge Tisseron, qui propose d'officialiser à l'état civil les trois formes de parentalité: biologique, légale et éducative.

mardi 5 février 2008

Des fonds souverains aux fonds de retraite

Il fut un temps où Marie-Noëlle Lienemann faisait partie de la "deuxième gauche" rocardienne. Puis elle s'en est passablement éloignée. Il me semble qu'il en reste quelque chose dans la tribune qu'elle publie aujourd'hui dans Le Monde où elle plaide pour des fonds souverains à la française.

Il est de prime abord ironique qu'elle prête aux fonds souverains, entre économie mixte, volontarisme industriel et intérêt national, des objectifs et qualités très éloignés de leur portée première, exposée en particulier par Jean-Jacques Servan-Schreiber dans Le Défi mondial: investir, au lieu de la dilapider, la rente provenant du pétrole ou d'autres ressources naturelles destinées à s'épuiser, de manière à s'assurer des revenus durables et un développement équilibré. C'est seulement lorsque des Etats non démocratiques et enclins à des visées dominatrices se sont dotés de fonds souverains que l'on a commencé à redouter une utilisation plus politique et moins financière que celle qu'en font la Norvège ou les Etats du Golfe Persique.

Mais là où Lienemann devient intéressante, c'est quand elle passe de cette vision néo-planiste archaïque aux fonds de retraite par capitalisation ou aux fonds de placement "éthiques", tous véhicules susceptibles de porter une vision holistique de la rentabilité fondée sur le développement durable plutôt que sur le profit à court terme. Mais il est vrai que la France est ce pays qui parvient à diaboliser un fonds de retraite d'enseignants parce qu'ils sont américains!

La Suisse n'a peut-être pas de fonds souverain. Mais le capital des milliers de caisses de pension qui recueillent les cotisations obligatoires des employeurs et des salariés, les placent et utilisent les revenus générés pour payer les retraites[1] dépasse 600 milliards de CHF (372 milliards d'euro). La loi les contraint à un investissement prudentiel, mais qui peut aussi être démultiplié, à l'exemple de ce que réalise la Fondation Ethos créée par deux importante caisses. Et leur gestion est obligatoirement paritaire, donnant aux représentants des salariés un pouvoir qui reste encore sous-employé (il n'est pas de bon augure que le site de leur lobby, l'ARPIP, soit hors service...).

Notes

[1] Dites du "deuxième pilier" et constituant la colonne principale d'un système à trois piliers, dont le premier pilier est la pension versée par l'Etat (essentiellement par répartition et non capitalisation) et le troisième pilier est l'épargne privée encouragée par des mesures fiscales.

dimanche 3 février 2008

L'incompétence, stade suprême du brownisme?

Les fichiers perdus par l'administration, c'est embarrassant quand on est premier ministre, mais bon... Perdre une lettre personnelle du No 2 de l'opposition avertissant, en toute confidentialité, d'une affaire d'Etat, c'est plus gênant. C'est pourtant ce qui arrive à Gordon Brown.

David Davis, le ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme conservateur, a bénéficié d'une fuite[1] sur la violation d'une règle particulièrement importante pour la classe politique: la confidentialité des conversations entre un membre du Parlement et l'un de ses électeurs[2]. Elle est protégée au même titre que s'il s'agissait d'un avocat: la police n'est pas autorisée à procéder à une écoute électronique. Or c'est très précisément ce qui était allégué dans le cas d'un détenu, en attente d'extradition vers les Etats-Unis dans une affaire de terrorisme, et son MP (travailliste) venu le visiter au parloir. Davis a pris son plus beau clavier pour informer le Premier Ministre, le 11 décembre, et solliciter de sa part des explications.

Aucune suite n'a été donnée. Aujourd'hui l'affaire s'étale à la Une des médias. Le ministre de la Justice clame sa surprise et son indignation, et ouvre une enquête. Et Downing Street annonce benoîtement que cette lettre ne lui est jamais parvenue! On comprend pourquoi l'équipe rapprochée autour du Premier Ministre, sept mois seulement après son entrée en fonction[3] et avec déjà la démission d'un ministre dans un scandale de financement non déclaré, vient d'être réorganisée. Mais l'explication se trouve certainement plutôt dans l'attitude de Gordon Brown: la suffisance et le mépris à l'égard de tout ce qui peut venir de l'opposition.

Notes

[1] Manifestement de la part d'un fonctionnaire choqué, mais qui sait le sort terrible réservé par le système au whistleblower, même si sa dénonciation était judicieuse.

[2] Règle dont on peut penser ce qu'on veut: à mon sens ce n'est même plus le plus important dans cette affaire.

[3] Qu'il a mis 10 ans à préparer dans tous ses détails!

samedi 2 février 2008

Société Générale: deux questions

Pour ceux qui se passionnent davantage pour l'affaire Jérôme Kerviel que pour Carla et Liam ou Carla et Nicolas, j'ai quand même une question à laquelle je ne trouve pas de réponse: par quel curieux mécanisme la Société Générale parvient-elle à inscrire à ses comptes 2007 des pertes survenues dans la deuxième quinzaine de janvier 2008?

Je m'interroge par ailleurs depuis plusieurs jours sur une phrase de Pierre-Antoine Delhommais, dans Le Monde, qui opposait le jeu à somme nul des marchés à terme (l'argent perdu par une banque est gagné par une autre), à la "destruction de richesse", "l'argent parti en fumée" que représente une baisse de la Bourse sur le marché comptant. Je comprends bien la première partie sur les 4,9 mias d'euro de la Société Générale. Mais quand le cours de l'action de celle-ci a baissé, la perte réelle n'est nullement la différence de volume global de la capitalisation boursière (dont on nous rabat les oreilles), qui est purement abstraite. C'est uniquement la différence de cours entre le prix d'achat et le prix de vente, il me semble? Et seulement pour ceux qui ont vendu ce jour-là, évidemment[1]. Ou bien? Il doit y avoir quelque chose qui m'échappe, mais quoi?

Une remarque enfin, qui me vient de la comparaison des deux côtés de la Manche. Sarko et Fillon sont apparemment irrités de n'avoir pas été avertis aussitôt. Mais ça correspond bien à l'obsession prométhéenne des politiciens: qu'auraient-ils pu faire, en réalité? Moi j'avais plutôt trouvé encourageant que l'entreprise et les institutions françaises devenaient adultes et prenaient leurs responsabilités. Dans l'affaire Northern Rock, la Banque d'Angleterre était partisane de prêter discrètement le montant qui aurait évité la panique des déposants et l'emballement de l'affaire. Mais elle en a référé au Chancelier de l'Echiquier et à Gordon Brown, qui selon son habitude a été incapable de décider.

Notes

[1] Qui font donc peut-être un profit en vendant à ce prix!

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