Pour culpabiliser à Noël en toute bonne conscience
Guillaume Barry | dimanche 23 décembre 2007 à 12h35 | divers | rss
Comment rehausse-t-on le goût du foie gras tout en empêchant qu'il soit écoeurant ? En lui donnant cette pointe d'amertume qu'est la culpabilité induite par la vue d'images d'oies en train d'être gavées (et parfois d'adorables petits canetons). Un truc qui repose sur un mécanisme vieux comme le monde. Lequel d'entre nous ne stimule pas sa libido en y mettant un peu ou beaucoup de sentiment de transgression?
Et, dans le même ordre d'idées: comment prévenir les excès de douceurs matérielles et morales qui menacent la population? La télévision locale genevoise a trouvé le régulateur acide pour ses téléspectateurs: le 18 décembre elle invitait Jean Ziegler à parler de la faim dans le monde. C'était dans le cadre d'une émission culturelle et l'introduction de l'animateur revenait à dire (sans cynisme semblait-il) que Ziegler était là pour apporter la touche de mauvaise conscience sans laquelle il n'y a pas de fêtes de Noël.
En plus de l'adjuvant donné ainsi à la digestion, on obtient un autre effet à long terme: l'effet ONDD-N [1]. Tout au long de l'année, on n'aura plus besoin de s'intéresser et de culpabiliser. Et si quelqu'un d'autre tente de nous alerter sur le sujet sur un ton autre que celui de la vitupprédication du péché, on sera vacciné et la petite voix dira "Cause toujours..." au lieu de: Puis-je faire quelque chose, que ce soit à titre individuel ou à travers mes représentants politiques?
Pour rester dans les clichés et les marronniers. Quand j'étais petit, alors que ma famille était pourtant très croyante, je n'ai jamais entendu les lamentations saisonnières déplorant que Noël soit devenu une fête trop commerciale. L'argument était le classique: Les gens ont envie de se faire des cadeaux parce que Dieu nous a fait cadeau de Jésus. Je ne savais pas que la pratique des cadeaux existait dans beaucoup de cultures, qu'elle était même parfois encore plus contraignante que sous nos latitudes. Bref nous étions syncrétistes et respections simultanément les traditions spirituelle, mythologico-folklorique et commerciale.
Si je devais jouer les rabat-joie calvino-kantiens de Noël, je dirais que plus que l'imagerie du père Noël distributeur de cadeaux, c'est la liste dressée à son intention qui me paraît être une horreur morale et spirituelle. On apprend ainsi aux enfants que le monde spirituel est à leur service, qu''on peut le manipuler. On pervertit ainsi les jeunes consciences pour qui la récompense sera le motif pour faire le bien et qui, logiquement, diront en cas de coup dur "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça" – par exemple devant leur écran de télévision un 18 décembre.
Notes
[1] On Na Déjà Donné, Na!






Commentaires
1. Le lundi 24 décembre 2007 à 14h45, par oleggg
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