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Jean Baptiste, les pauvres (tout court ou en esprit) privilégiés et les gais chrétiens dans tout ça

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Hier, le groupe de gais chrétiens que j'ai fondé et qui aura 20 ans l'année prochaine avait sa traditionnelle célébration de Noël. Cette année, nous la vivions en commun avec un groupe de l'Eglise protestante qui exerce un ministère dans le monde du travail. C'est à cette assemblée-là que s'adresse le message qui suit (un tout petit peu adapté pour des destinataires-lecteurs). Il part de la figure de Jean Baptiste, sur lequel j'avais déjà prêché en août dernier.

Le personnage de Jean Baptiste enfant apparaît dans la belle histoire de la nativité qu'on trouve chez Luc. Avec le Jean Baptiste adulte[1], on devra prendre connaissance d'un message qui n'est pas seulement une belle histoire, car il a aussi son côté négatif et même tranchant. (Et je ne parle pas de la décapitation du prophète.) Il est question de réconciliation avec Dieu. Mais on y entend aussi des propos intransigeants pour les membres de la classe religieuse dominante.

En ayant un style de vie radical, tout sauf riche, en vivant de ce qu'il trouve - Jean Baptiste est du côté des pauvres, c'est indéniable. Voilà qui parlera aux membres d'Evangile et Travail. Jean Baptiste est donc du côté des privilégiés, des chouchous de Dieu à qui Jésus adresse la première de ses béatitudes "Heureux les pauvres… le Règne des cieux est à eux". Ils sont une figure de ceux qui sont en position, en situation de recevoir l'essentiel. on pourrait aussi dire qu'ils ont tout compris. N'ayant rien à quoi s'agripper, rien sur quoi crisper leurs mains. Pour ce genre de raison, on dit qu'il leur serait plus facile d'être généreux. Mais c'est sûrement un cliché? Ou bien?

Maintenant, pour nous, chrétiens et homosexuels, je pense que la figure de Jean Baptiste ne nous parle pas a priori de la même manière. Je me suis longtemps représenté Jean Baptiste comme une sorte de prophète intolérant, rigoriste - une sorte de Jérôme Savonarole. On n'avait pas grand chose à en attendre de réconfortant. Il me semblait que Jean était du côté de la Loi: Faites ceci, ne faites pas cela; attention au jugement dernier, à la colère de Dieu. Tandis que Jésus était du côté de la Grâce et Pardon, du Dieu Amour un point c'est tout.

Or je crois que Jean Baptiste – sa personne, sa personnalité, son message – n'est pas si éloigné de nos préoccupations. Une de nos préoccupations, de nos aspirations, c'est la reconnaissance. Sur le plan social, sur le plan religieux. Pour le côté social, on a fait des avancées remarquables dans nos pays avec l'introduction du partenariat - et même du mariage civil dans certains pays. Il y a encore beaucoup à faire, ai-je besoin de vous le dire.

Sur plan religieux, on n'est pas forcément allé aussi vite, en tout cas en Suisse romande. Notez que dans certaines conditions particulières, l'Eglise a été plus loin que la société civile. Dans l'Allemagne de l'Est, la RDA, c'est l'Eglise protestante qui a soutenu les homosexuels - pas seulement les homosexuels chrétiens - en leur prêtant ses locaux paroissiaux par ex. L'Eglise n'était pas du côté des puissants du régime, du côté des bien pensants, et elle s'est sentie solidaire d'un groupe qui n'attirait pas particulièrement la sympathie.

Donc, nous avons besoin de reconnaissance. Mais pour nous, en tant que chrétiens, il y a un paradoxe. Il y a une reconnaissance légitime. Mais il y peut y avoir aussi un besoin d'être accepté qui révèle un désir de normalité, un désir d'être du bon côté, d'être du côté des gens bien, quitte à sortir de la perspective du renversement des valeurs amenée par Jésus.

Avant Jésus, Jean Baptiste nous rappelle, avec sa radicalité, que les enfants de Dieu ne sont pas du côté du pouvoir, de l'establishment, de la bien pensance (qu'elle soit de droite ou de gauche) et du confort de la classe moyenne. A noter que la bien pensance peut aussi s'exercer dans un discours contre la bien pensance - et ça peut aller à l'infini. Certes, on peut être chrétien et membre des classes moyennes ou dirigeantes - car ce qui est impossible à l'être humain est possible pour Dieu. On sera enfant de Dieu "malgré" sa bonne position ou sa richesse.

Tandis que les pauvres, et peut-être même les pauvres d'esprit, donc nous-mêmes… assurément, nous sommes en situation de privilégiés, on l'a vu. Donc si nous sommes dans une situation de précarité du point de vue financier, ou social ou moral, si nous ne sommes pas en position dominante, de domination, ou du côté de ceux qui exercent la domination - eh bien nous sommes du côté des privilégiés. Nous sommes en position de recevoir, de comprendre quelque chose de Dieu, quelque chose du mystère de son Règne, qu'il n'est pas donné aux riches si facilement aussi longtemps qu'ils ne se sont pas découverts pauvres de Dieu, donc pauvres en humanité.

Pour dire les choses autrement: l'être humain adore les hiérarchies, il vénère les normes, et il croit sincèrement que Dieu, c'est le pouvoir, c'est la norme, élevé à la puissance infinie.

A Noël (et aussi à Vendredi Saint et à Pâques), Dieu oppose un démenti, en agissant exactement dans le sens inverse. C'est en renonçant au pouvoir, en renonçant à la divinité qu'il ce que c'est qu'un Dieu, un Dieu amour. Plus on est fasciné ou agrippé au pouvoir, plus on est éloigné de Dieu et de sa propre humanité. Cela vaut pour toutes sortes de pouvoirs: politique, financier, religieux, moral, parental, etc.

Jean Baptiste est un signe annonciateur de ce que Jésus va vivre, va incarner complètement. Il fait partie de la Belle Histoire qui commence à Noël, et dans laquelle nous entrons en ce premier dimanche de l'Avent. Amen

Notes

[1] Le lien vers la prédication d'août se trouve dans ce billet.

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