décembre 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 26 décembre 2007

Mon Noël PC

L'OLPC devant le Mur des Réformateurs (Protestant Memorial) à GenèveIl est bien arrivé! En fait le 17 aux Etats-Unis d'où il m'a été rééxpédié le 18. Je n'étais pas là le 22 pour le recevoir, mais je suis allé le chercher cette après-midi à la poste, un emballage pas bien grand[1]. Pour le moment je sais l'ouvrir et l'allumer, regarder deux-trois choses, mais pas encore me connecter. Je suis lent, je n'ai plus 9 ans!

Un swissroll sur l'OLPCA bientôt pour d'autres nouvelles de mon OLPC xo.

COMPLEMENT DU 27.12: Paradoxalement, le pont de Nouvel An se prête moins bien que les périodes ordinaires à ce type d'exploration, car il faut davantage sacrifier aux exigences de la sociabilité... J'ai néanmoins la satisfaction de savoir désormais que ce n'est pas de ma faute si la connexion à mon réseau WiFi ne se fait pas: le type WPA comme le mien ne sera accessible qu'avec la prochaine mise à jour du logiciel! Comment je la téléchargerai sans accès au Net est un mystère pour moi, mais je ne doute pas qu'il s'éclaircira.

COMPLEMENT DU 30.12: Enfin trouvé le temps d'ajouter des photos. Et mon explication ci-dessus était bien sûr n'importe quoi: la connection au réseau, et donc la navigation Internet, fonctionnent sans problème!

COMPLEMENT DU 31.12: Actualisation depuis l'OLPC, juste pour le plaisir (le look Dotclear est parfait, mais les raccourcis de formatage ne fonctionnent pas). Il faut maintenant que je trouve la liste des commandes pour les lettres avec accents ;-) [2]. Google Docs fonctionne aussi très bien.

Notes

[1] Avec la batterie, le xo fait 1,4 kg. Une grande déception: il est livré sans le dispositif de recharge musculaire (par traction) sur lequel je comptais tenter de vivre en autarcie. Il me faut donc me procurer des adaptateurs pour la prise US en Suisse et au Royaume Uni...

[2] Complément du 01.08: Trouvé, grâce à une réponse rapide à la question que j'avais posée sur l'un des trois forums sur lesquels je me suis inscrit. Le clavier de cette version US du xo est apparemment complété de manière à être génialement universel pour les langues de l'alphabet latin: chaque accent est disponible (sur une touche de chiffre) en conjonction avec la touche Alt Gr, à opérer immédiatement après la lettre, et voilà (comme on dit en anglais).

mardi 25 décembre 2007

Des nouvelles de Ludovic Monnerat

Un blog inaccessible depuis près d'un mois, on finit pas se poser des questions... C'est apparemment un problème technique, mais qui se prolonge. La bonne nouvelle, c'est qu'une adresse provisoire a désormais pris le relais: ludovicmonnerat.blogspot.com. Qu'on se le dise!

dimanche 23 décembre 2007

Pour culpabiliser à Noël en toute bonne conscience

Comment rehausse-t-on le goût du foie gras tout en empêchant qu'il soit écoeurant ? En lui donnant cette pointe d'amertume qu'est la culpabilité induite par la vue d'images d'oies en train d'être gavées (et parfois d'adorables petits canetons). Un truc qui repose sur un mécanisme vieux comme le monde. Lequel d'entre nous ne stimule pas sa libido en y mettant un peu ou beaucoup de sentiment de transgression?

Et, dans le même ordre d'idées: comment prévenir les excès de douceurs matérielles et morales qui menacent la population? La télévision locale genevoise a trouvé le régulateur acide pour ses téléspectateurs: le 18 décembre elle invitait Jean Ziegler à parler de la faim dans le monde. C'était dans le cadre d'une émission culturelle et l'introduction de l'animateur revenait à dire (sans cynisme semblait-il) que Ziegler était là pour apporter la touche de mauvaise conscience sans laquelle il n'y a pas de fêtes de Noël.

En plus de l'adjuvant donné ainsi à la digestion, on obtient un autre effet à long terme: l'effet ONDD-N [1]. Tout au long de l'année, on n'aura plus besoin de s'intéresser et de culpabiliser. Et si quelqu'un d'autre tente de nous alerter sur le sujet sur un ton autre que celui de la vitupprédication du péché, on sera vacciné et la petite voix dira "Cause toujours..." au lieu de: Puis-je faire quelque chose, que ce soit à titre individuel ou à travers mes représentants politiques?

Pour rester dans les clichés et les marronniers. Quand j'étais petit, alors que ma famille était pourtant très croyante, je n'ai jamais entendu les lamentations saisonnières déplorant que Noël soit devenu une fête trop commerciale. L'argument était le classique: Les gens ont envie de se faire des cadeaux parce que Dieu nous a fait cadeau de Jésus. Je ne savais pas que la pratique des cadeaux existait dans beaucoup de cultures, qu'elle était même parfois encore plus contraignante que sous nos latitudes. Bref nous étions syncrétistes et respections simultanément les traditions spirituelle, mythologico-folklorique et commerciale.

Si je devais jouer les rabat-joie calvino-kantiens de Noël, je dirais que plus que l'imagerie du père Noël distributeur de cadeaux, c'est la liste dressée à son intention qui me paraît être une horreur morale et spirituelle. On apprend ainsi aux enfants que le monde spirituel est à leur service, qu''on peut le manipuler. On pervertit ainsi les jeunes consciences pour qui la récompense sera le motif pour faire le bien et qui, logiquement, diront en cas de coup dur "Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça" – par exemple devant leur écran de télévision un 18 décembre.

Notes

[1] On Na Déjà Donné, Na!

lundi 17 décembre 2007

La 'flat tax' introduite en Suisse

Bon, d'accord, je joue sur les mots: c'est seulement dans le canton d'Obwald (32'700 âmes)[1], il faut un début à tout... La décision a été prise par le peuple dimanche (votation obligatoire, voir la brochure détaillée envoyée à tous les électeurs) et je peux m'en réjouir sans même avoir à m'écarter du mot d'ordre socialiste local! ;-) Tous les partis cantonaux recommandaient le "oui" (90,7%). C'est la suite logique d'un arrêt du Tribunal fédéral qui a jugé l'impôt dégressif de la précédente loi fiscale contraire à la Constitution fédérale.

Pour bien comprendre, je voudrais proposer une terminologie précise afin de tenter de surmonter les réactions relevant du réflexe politique acquis et non de la réflexion sereine devant une nouveauté.

  • L'impôt progressif à taux croissant, c' est celui que tout le monde connaît: à partir d'un certain seuil de revenu, le revenu imposable (revenu brut moins toutes sortes de déductions) est divisé en tranches. Plus votre revenu est élevé, plus votre taux d'imposition est élevé. C'est le régime en vigueur dans la plupart des pays d'Europe, en Suisse et, à l'intérieur de celle-ci, dans la plupart des cantons.
  • L'impôt à taux croissant puis décroissant est une innovation introduite en Suisse, sous le nom d'impôt dégressif, dans le canton de Saint-Gall Schaffhouse et reprise dans le canton d'Obwald. Elle part de l'idée qu'à partir d'un très haut revenu, maintenir la progression de l'imposition est contre-productif: cela finit par décourager l'enrichissement, ce qui ne remplit pas les caisses publiques. En amorçant une baisse du taux[2], la désincitation disparaît (et la collectivité qui pratique une telle politique accroît sa compétitivité pour des revenus qui sont non seulement plus élevés mais également plus mobiles que les autres[3]). Le Tribunal fédéral s'en est toutefois tenu à une application rigide du principe de l'égalité de traitement: il n'est pas normal que le taux d'imposition diminue alors que la capacité contributive, le revenu disponible, lui, augmente. Une interprétation qui a le sens commun pour elle, mais qui fait bon marché d'une vision plus large, d'une mise en balance par exemple du principe de l'égalité individuelle de traitement avec les exigences de la bonne gestion voire l'intérêt collectif à payer moins d'impôts. Car contrairement aux imageries d'un catéchisme fondé sur la haine des riches, les promoteurs de l'impôt progressif à taux croissant puis décroissant ne cherchent nullement à faire payer davantage les pauvres ou la classe moyenne pour avantager leurs copains millionnaires. Ils se fondent sur des analyses psycho-économiques pour constater que la désincitation à l'enrichissement est une réalité. Et elle a un coût qui, lui, est supporté par tous. Si réellement cette forme d'impôt rapporte plus à la collectivité (parce qu'on "travaille[4] plus pour gagner plus", comme dit l'autre), cela signifie qu'à prestations publiques égales elle évite d'augmenter (ou elle permet de réduire) la charge fiscale des contribuables qui sont dans la phase croissante de la courbe, l'immense majorité (la classe moyenne): est-ce si déplorable? Et en quoi cela serait-il davantage de droite que de gauche?
  • L'impôt progressif à taux unique (flat tax, impôt à taux unique) simplifie et généralise ce raisonnement, en évitant une distorsion ne bénéficiant qu'aux plus hauts revenus: passé le seuil de l'imposition (10'000 CHF par an pour Obwald), chaque franc gagné paie rigoureusement le même impôt (5,31 ct pour l'impôt cantonal à Obwald[5]). Le taux général d'imposition suit donc une progression régulière, strictement linéaire, à partir de 0% pour tendre vers le "taux unique" fixé[6], qui n'induit ainsi aucune désincitation au revenu supplémentaire. Dans l'esprit des initiateurs de la flat tax cette caractéristique se combine avec une seconde: la suppression des déductions du revenu et autres qualifications différenciées du revenu selon sa provenance. Aussi bien intentionné soit le législateur, ce type de mesures (d'autant plus courant que l'on cherche à se prémunir des duretés de l'imposition progressive à taux croissant) finit toujours par être à l'avantage non pas du pauvre et du méritant, mais du riche et de l'astucieux. La "fonction redistributive" dont se gargarisent les tenants d'une imposition progressive toujours croissante, ce n'est pas par la fiscalité (dont l'objectif doit être de financer l'action des collectivités) mais au travers des politiques publiques qu'elle peut et doit s'exercer: ce sont elles dont bénéficient en priorité des destinataires précis, elles peuvent d'ailleurs comprendre des mécanismes de subventions qui sont bien plus efficaces.

Dernière actualisation: vendredi 28 à 21h00.

Notes

[1] Pour l'impôt cantonal (au taux et dans les conditions fixées dans la loi), et l'impôt communal (au taux fixé par l'autorité communale sur la base du même revenu imposable), qui s'ajoutent à l'impôt fédéral (qui a sa propre définition du revenu imposable et son propre barème).

[2] L'impôt en francs continue de progresser, mais à un rythme moindre, car les taux décroissants ne s'appliquent qu'aux tranches supérieures du revenu, même s'ils ont effectivement pour effet der réduire le taux général pour l'ensemble du revenu contrairement à ce que j'avais écrit par erreur ici.

[3] C'est le côté plus contestable moralement et plus fragile financièrement de cette politique, qui ne se retrouve pas avec la flat tax.

[4] Au sens le plus large du mot, rarement salarié à ce niveau.

[5] Auquel s'ajoute l'impôt communal; le total est par exemple de 12% à Sarnen.

[6] Sans jamais l'atteindre, vu la déduction initiale de 10'000 CHF.

dimanche 16 décembre 2007

La chute de l'empereur Black et l'ascension de Citizen Murdoch

A quelques jours d'intervalle, Conrad Black a été condamné à six ans et demie de prison[1] et Rupert Murdoch a finalisé le rachat de l'agence Dow Jones et du Wall Street Journal qu'elle publie. L'un ajoute un nouvel épisode à une vie flamboyante qui l'a conduit de Toronto à Londres et New York pour construire le quatrième groupe de presse mondial, aujourd'hui démantelé; il s'en remettra probablement et en fera un livre tant sa foi en lui-même est inébranlable. L'autre célèbre un succès remarquable (et j'ai déjà eu l'occasion de souligner ici combien cet octogénaire est lucide sur l'avenir des médias et le rôle de l'Internet, notamment) en publiant dans la presse mondiale[2] 3 pages de publicité à sa propre gloire, dans un ébouriffant massage d'ego:

  • Une première page de manifeste libérateur et conquérant sous le titre "Free people, free markets, free thinking": "Today the greatest brand in financial journalism joins up with the world's most restless global media company".
  • Et la double page suivante illustre, en forme d'histogramme dont les barres sont comme des mâts portant toujours plus haut ses couleurs, sa conquête du monde en 60 ans pour atteindre 30 milliards de dollars US de chiffre d'affaires. Parti de l'Adelaide News en 1954, chaque épisode est agrémenté d'une formule soulignant combien il a, à chaque fois, démenti les Cassandre: "Il fera faillite dans l'année". Jusqu'à 2007: "Le Wall Street Journal ne sera plus jamais le même" -- "Parfaitement. C'est ce que nous vous promettons." Mon préféré c'est probablement 1997, production du film Titanic: "Pff, tout le monde connaît la fin!" - "Avec un 1,8 mia US$, c'est la plus grosse recette de toute l'histoire du cinéma".

A l'occasion de la fusion avec Dow Jones, News Corp. paraît adopter une nouvelle corporate identity pour se présenter comme News tout court: "We're News".

Quelque part, je ne vois ni Tibère Adler ou les Lamunière (Edipresse, le groupe qui de Lausanne est parti à la conquête du monde), ni les Ringier, ni la famille Conninx de TAMedia dans l'un ou l'autre de ces rôles ;-) .

COMPLEMENT DU 17.12 A 12h: J'ai développé la description faute de trouver une présentation en images...

Notes

[1] Pour s'être approprié des fonds au détriment des autres actionnaires.

[2] J'allais d'abors écrire "anglophone", mais Sky est présente aussi en Italie, au moins; c'est la presse francophone qui doit avoir été ignorée car je n'ai rien vu ni dans Le Temps ni dans Le Monde -- qui n'auraient pas les mêmes raisons que le Financial Times, concurrent direct, de refuser l'argent de Murdoch.

samedi 15 décembre 2007

Sur Gordon Brown

Je suis en train de lire Gordon Brown Prime Minister, par Tom Bower. Je ne peux pas dire que je dévore cette biographie; je l'absorbe plutôt à petite dose, aussi parce que c'est une lecture douloureuse tant elle est implacable. Il y a des côtés irritants, et on pourrait croire que c'est une simple démolition en règle; mais ce serait un essai vite écrit, vite lu, pas une brique de près de 600 pages avec index et trois cahiers de photos, publiée en 2004 dans sa première édition, alors que son sujet était déjà une personnalité de premier plan depuis une décennie. Non, c'est plutôt que l'auteur est (et ma foi il en faut aussi) plutôt porté sur la face sombre de l'aventure humaine que sur les portraits en majesté: d'autres de ses ouvrages portent sur Klaus Barbie, Robert Maxwell, Mohammed Al Fayed[1]...

L'édition pour laquelle Prime Minister complète le titre original a été actualisée au printemps 2007. Loin d'être fantaisiste, l'analyse de l'auteur (dont la publication n'a cependant nullement stoppé Gordon Brown dans son ascension) paraît chaque jour confirmée au travers du comportement public du premier ministre. Au lieu d'apporter un démenti cinglant, le temps amène au contraire confirmation des conséquences désastreuses d'attitudes et décisions de celui qui était alors ministre des finances, et de nouveaux épisodes pour les éditions futures (la pantalonnade de la signature du traité de Lisbonne[2] étant la dernière). Le temps est encore long jusqu'aux élections qui auront certainement lieu le dernier jour possible, en mai 2010.

Et puis voilà que The Guardian publie une sorte de condensé: un article de Tom Bower! Ca ne se prête même pas à un Enjoy, tant un vrai portrait assassin serait plus drôle, plus enlevé. Même si ça ne dispense pas de lire le livre, ça donne déjà un solide background sur celui dont le leader par intérim du parti libéral démocrate a dit qu'en quelques semaines il est passé symboliquement de Staline à Mr Bean.

Dernière actualisation: mercredi 19.12 à 1h30

Notes

[1] Et même les banques suisses et l'or nazi!

[2] Brown avait d'abord prévu de s'excuser, laissant le ministre des affaires étrangères signer (ce qui a des précédents et ne pose pas de problème particulier), puis d'arriver en retard et de signer hors de la vue des caméras pour finalement consentir à se montrer signant, et même souriant!

vendredi 14 décembre 2007

EWS, notre amour

Dans Le choc amoureux, Francesco Alberoni définit celui-ci comme "l'état naissant d'un mouvement social à deux". C'est la Libération, Mai 68, la chute du Mur en privé. Un état de grâce pendant lequel tout est possible, des perceptions extra-sensorielles se développent (ou, comme dit joliment l'anglais, tous vos sens prennent congé), l'excitation fait disparaître la fatigue et relègue la vie quotidienne à l'arrière-plan: le passé est oublié, l'avenir s'annonce radieux. On a une démonstration du parallèle avec la ferveur avec laquelle est accueillie la tombeuse de Christoph Blocher, Eveline Widmer-Schlumpf. Le phénomène s'était déjà produit lors du précédent psychodrame gouvernemental: c'était alors Ruth Dreifuss qui était apparue miraculeusement après l'éviction de la candidate du PS, Christiane Brunner, et le retrait dramatique de l'élu, Francis Matthey.

Dans les deux cas, voici une femme investie de la mission de sauver le pays (dans le sens de guérir; on attend de l'homme providentiel qu'il porte, lui, le fer où ça fait mal). Hors de leur milieu et de leurs proches, nul ne les connaissait la veille. Et pourtant, mystérieurement, des milliers de gens de toute provenance, de tous âges et de tous milieux s'en sentent instantanément proches, leur vouent une confiance non pas tant aveugle que béate, et ont au fond le sentiment de les avoir toujours connues: le coup de foudre! Et n'était-elle pas sympathique, franche et directe, Eveline, dans cette brève séquence sur un quai de gare à Zurich?

Jeudi matin à la télévision, il fallait voir les verts, les socialistes jusqu'aux moins acquis à la participation au gouvernement dévorer des yeux leur élue, applaudir à tout rompre comme jamais un politicien UDC! Les électeurs de droite de Ruth Dreifuss ont rapidement retrouvé le chemin de la confrontation démocratique, la gauche découvrira bien assez tôt que la plus folle passion peut aussi mûrir en mariage de raison (synonyme: concordance). En attendant, ça stimule la sécrétion d'endomorphines!

mercredi 12 décembre 2007

Le mouton noir Christoph Blocher exclu du gouvernement!

Le bouquetin grison chasse BlocherUn tremblement de terre qui respecte la tradition: c'est dans la nuit qui précède que se dévoile le jeu de l'élection du Conseil fédéral. Et la Suisse confirme une certaine aversion pour les grandes constructions intellectuelles: pas d'exclusion de l'UDC du gouvernement, mais la parlement confirme sa liberté absolue dans le choix des personnes. Les socialistes ont vécu deux psychodrames du genre dont ils se sont remis: l'élection d'Otto Stich plutôt que de Lilian Uchtenhagen (il en avait résulté un congrès extraordinaire qui avait finalement renoncé à décider de quitter le gouvernement), l'élection de Francis Matthey plutôt que de Christiane Brunner. Lui n'avait (peut être un peu forcé et contraint, mais avec dignité) pas accepté son élection. Une semaine plus tard, c'est Ruth Dreifuss qui était élue, le PS ayant renoncé au "ça passe ou ça casse"[1].

Aujourd'hui, c'est Eveline Widmer-Schlumpf, conseillère d'Etat UDC dans le canton des Grisons, qui est élue (et nettement, dès le deuxième tour qui se décide encore à la majorité absolue) en lieu et place de Christoph Blocher (avec cette différence par rapport aux deux cas cités qu'il est sortant) pour le cinquième siège. Une douce vengeance pour Ruth Metzler, la conseillère fédérale PDC qui avait été bousculée sans ménagement, y compris par son parti, pour céder aux ukases de Blocher. On a vu pendant 4 ans ce que cela donnait: tout rentre en quelque sorte dans l'ordre[2].

En attendant de savoir, d'ici quelques heures, si Widmer-Schlumpf (qu'un hélicoptère doit amener à Berne,dit-on à tort) accepte son élection, je savoure un merveilleux coup de théâtre remarquablement mis en scène!

COMPLEMENT DE 12H10: Il est fascinant de voir à quel point tout le monde est pris par surprise, les initiateurs du coup, qui a reposé sur une entente entre la gauche et une large partie de la droite pour rejeter le mouton noir, étant eux pressés de tenir le rythme. Blocher est zappé dans la tradition des photographies communistes (contrairement à Ruth Metzler il y a 4 ans, il n'est pas là et ne prend pas la parole), ses six collègues, y compris son coreligionnaire Samuel Schmid, prêtent serment sans lui et sans leur nouvelle collègue, dont la télévision n'a aucun portrait filmé à présenter (Il est passé un peu plus tard: le voici -- complément de 19h30).

COMPLEMENT DE 13H45: Contrairement à Otto Stich, mais comme Francis Matthey, Eveline Widmer-Schlumpf demande un temps de réflexion jusqu'à demain matin, propice aux consultations mais aussi aux "amicales pressions"... Ce qui est sûr c'est que l'histoire ne se répétera pas exactement: elle peut fort bien accepter, avec certes beaucoup de courage mais aussi de sérénité. Blocher n'a pas de Ruth Dreifuss à proposer pour une issue élégante à la crise -- et n'en veut d'ailleurs pas. Vouloir faire manger leur chapeau aux parlementaires en les contraignant à l'élire alors qu'une majorité d'entre eux ont prononcé son désaveu paraît une entreprise au dessus des forces même de Blocher.

COMPLEMENT DE 14H15 (ACTUALISE LE 14 A 20h30): La photo que j'avais empruntée à Jean-François Mabut est remplacée par un dessin de presse du caricaturiste Bürki, paru hier dans 24 Heures (on peut en voir d'autres ici). Particulièrement riche, car la thématique du rejet popularisée par le mouton de l'UDC est ici illustrée avec le bouquetin figurant sur l'écusson du canton de la nouvelle élue, et un bouc dénommé Zottel se trouve être la mascotte du Blocherpartei.

COMPLEMENT DE 15H10: Christoph Blocher a aussi ses "intellectuels organiques" qui, trop sophistiqués pour en être, ne répugnent pas à se donner l'air de le soutenir pour faire enrager les bobos. Mais Pascal Décaillet et et Philippe Barraud se trompent en parlant de "plébiscite" et de "vague de fond populaire" pour qualifier l'UDC de Blocher: plus de 70% des Suisses n'ont pas voté pour elle. Et nombre de ceux qui l'ont fait ne sont certainement pas prêts à suivre une ligne de rupture institutionnelle.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY A 15H30: J'aurais plutôt parié sur la ré-élection de Christophe Blocher. Quel plaisir de s'être ainsi trompé! Le seul fait que le défaitisme ou le pragmatisme résigné et moralement peu reluisant n'aient pas prévalu est réjouissant. D'autant plus que l'éviction de Christoph Blocher est désormais acquise: au cas où Mme Widmer-Schlumpf renoncerait à son élection, le scénario le plus probable est que le PDC présente le président de son groupe Urs Schwaller.[3] et qu'il soit élu par la même majorité. (Les socialistes ont déjà assuré qu'ils voteraient pour lui.)

COMPLEMENT DE FRANCOIS A 18h30: Je découvre l'info diffusée par BBC News: Swiss MPs reject far-right leader: pas mal du tout comme vulgarisation à l'intention du reste du monde.

COMPLEMENT DE FRANCOIS LE 13.12 A 9h50: J'ai raté le direct, mais elle a bel et bien prêté serment!

Notes

[1] Sur un mode moins dramatique, je me souviens aussi de l'élection de 1973 que, collégien, j'ai suivi avec un écouteur, mon transistor planqué dans un sac: les trois principaux partis avaient vu l'outsider élu au détriment du candidat officiel (Jean-Pascal Delamuraz Georges-André Chevallaz à la place de Henri Schmitt pour les radicaux, Willi Ritschard à la place d'Arthur Schmid pour les socialistes et Hans Hürlimann à la place de... Enrico Franzoni).

[2] Avec deux élus au Conseil fédéral qui, s'ils ne connaissent peut-être pas au coeur de l'UDC l'adulation suspecte dont jouit Blocher, ne soulèvent certainement pas autant d'hostilité que lui, le groupe UDC, principal parti de l'Assemblée fédérale, est-il mûr pour entrer en guérilla, adossé à un parti (dont Blocher reprendrait la tête?) qui menace d'engager une politique de terre brûlée à coup de référendums et d'initiatives? Quand on voit que, pour le septième siège, Blocher n'a fait que 12 voix, et que le chef du groupe UDC a ensuite impertubablement présenté une candidature à la Chancellerie fédérale...

[3] Attention à l'effet lassant de la vidéo en boucle.

lundi 10 décembre 2007

Un portail collaboratif pour reconstruire la gauche française?

J'avais le courriel dans ma boîte depuis quelques jours... J'ai quand même bien fait de l'ouvrir, ce n'est pas inintéressant: l'annonce de l'ouverture du site magauche.net par l'équipe de RéSo (réformistes et solidaires)[1].

En toute première évaluation, une sorte de Désirs d'avenir en plus ouvert (moins finalisé) et plus construit (à la fois plus ambitieux dans les fins et dans les moyens et plus simple dans sa structure puisqu'il s'oriente sur quatre axes: les propositions, les acteurs de la gauche, les témoignages en podcast et les lectures).

Tiens, à propos de lectures j'en profite pour signaler une source prodigieuse d'idées et de débats: le nouveau site La vie des idées de Pierre Rosanvallon. Stimulant!

Notes

[1] J'espère ne pas trop me fourvoyer dans le soutien à une secte, car vu de loin ils sont un peu difficiles à cataloguer...

dimanche 9 décembre 2007

Votation cantonale du 16 décembre 2007 à Genève

Croyez bien que c'est un pensum autant pour moi que pour vous et pour les citoyennes et citoyens du canton (et même probablement pour celles et ceux qui militent directement pour ou contre l'un ou l'autre des objets)! Mais, dans le cadre de la mission de vulgarisation de la démocratie directe que ce blog s'est donnée, voici les affiches auxquelles donne lieu la campagne pour le scrutin en cours et dont on connaîtra les résultats dimanche prochain: pas moins de 8 questions de formes et de sujets divers et dont aucun n'est particulièrement glamour... On est ici plus proche de la mythique démocratie athénienne que de la "démocratie d'émotion" qu'il est de bon ton de dénoncer. La brochure officielle de présentation fait 88 pages.

C'est devenu une occurrence rare, car l'habitude s'est prise de regrouper les scrutins cantonaux, voire communaux, aux dates réservées par la Confédération pour des scrutins nationaux (quatre par an). Mais, en raison des élections fédérales, la dernière votation fédérale était en juin et la prochaine n'est que pour février, alors que les objets cantonaux s'accumulaient...

Les trois premières questions recouvrent trois lois votées en mars, mai et juin par le Grand Conseil. Elles tombent sous le coup du référendum obligatoire[1] en vertu de deux révisions constitutionnelles récentes, l'une de droite, l'autre de gauche, qui témoignent toutes deux d'une instrumentalisation de la démocratie directe pour le maintien de privilèges: il s'agissait de rendre plus difficiles les modifications de la loi fiscale (ironiquement pour les concepteurs, le référendum est obligatoire aussi pour les diminutions et pas seulement pour les hausses, comme on le voit avec les deux premières questions) et les modifications du droit du logement (qui à Genève est conçu pour la défense des locataires en place contre les propriétaires, mais aussi contre ceux qui aspirent à un logement).

Et voilà pourquoi la gauche combat un modeste encouragement fiscal pour les nouvelles entreprises par pur réflexe (question 1). C'est même encore plus flagrant avec la question 2, qui vise à réparer une erreur qui a alourdi indûment l'impôt sur les véhicules pour les remorques et véhicules utilitaires depuis 2002 (la palme au parti du travail (communiste), dont l'affiche proclame imperturbablement l'inusable "Augmentation de l'impôt-auto: non", alors que les verts et les socialistes, eux, sont dans une certaine logique en votant non parce qu'il ne doit jamais baisser). La question 3 caresse le politiquement correct dans le sens du poil, puisqu'il s'agit d'encourager la construction d'immeubles répondant à un haut standard énergétique; unanimité donc[2], mais votation obligatoire quand même.

La question 4 concerne une réforme des modalités de traitement du chômage à Genève. Disons pour simplifier que Genève est en Suisse l'équivalent de la France pour l'Europe: le mauvais élève qui applique des méthodes dépassées et coûteuses. Un mécanisme ressemble à s'y méprendre à de l'escroquerie à l'assurance (fédérale) qui finance les allocations aux chômeurs: lorsqu'ils arrivent au terme de la période d'indemnisation, l'Etat cantonal leur fournit un pseudo-emploi le temps de reconstituer leurs droits, puis ils se retrouvent au chômage. La loi votée par le Grand Conseil est aussi moderne et efficace que possible et les opposants, qui ont engagé la procédure de référendum facultatif, se bercent d'illusion s'ils croient que son refus conduira la Confédération à tolérer plus longtemps la gabegie actuelle au détriment des caisses, des chômeurs et de la société en général.

Les questions 5 et 6 sont issues de la scission[3] d'une initiative populaire constitutionnelle typique d'une gauche d'inspiration altermondialiste dont l'activisme se fourvoie dans la "résistance": il s'agit de défendre le monopole d'Etat (qui existe déjà[4], mais on ne le renforce jamais trop!) dans le domaine de la distribution d'eau et d'énergie; l'actualité genevoise récente a pourtant montré à quelle dérive l'étatisme[5] est susceptible de conduire même le président socialiste du monopole en question, et sous le contrôle d'un conseiller d'Etat vert... Pour tout embrouiller, le Grand Conseil a cru malin d'approuver la version "eau" mais de rejeter la version "énergie" de l'initiative.

Enfin les questions 7 et 8 portent sur deux initiatives populaires, de gauche également, d'une inspiration plus traditionnelle et se voulant offensive -- mais pas davantage moderne et positive, déplaçant le débat politique sur un terrain différent, pour autant: il s'agit de "prendre l'argent là où il est" dans le but principal de diminuer la pression sur les fonctionnaires (qui ne sont pas la catégorie sociale la plus à plaindre). L'une propose benoîtement au peuple de revenir, certes au détriment des plus hauts revenus seulement, sur une une baisse générale des impôts qu'il a précédemment approuvée, l'autre ressort l'aimable contribution de solidarité demandée à titre temporaire aux millionnaires...

COMPLEMENT DU 10.12 à 16h20: Et 4 photos ajoutées à l'album, dont comme souvent une splendide affiche BD d'Exem, grâce au photographe attitré de cette séquence que j'omettais même de remercier (pardon!), l'ami Martin!

Notes

[1] Ce qui explique probablement le trait plus épais qui les sépare des cinq autres questions sur le bulletin de vote, mais ne me paraît avoir aucun fondement voire, si je monte sur mes grands chevaux, créer un dangereux précédent pour la présentation impartiale des questions ;-)

[2] Si j'en crois les affiches, car la brochure officielle soutient, elle, que le parti du travail appelle à voter non?

[3] Opérée par les autorités au nom du principe juridique d'unité de la matière.

[4] Et comme c'est dans la Constitution, toute modification tendant à l'amoindrir sera de toute façon soumise au référendum obligatoire.

[5] Au même titre, c'est-à-dire pas moins (et même probablement davantage, puisque justement les bonnes âmes s'en méfient moins) qu'un régime de délégation de service public à un opérateur privé, par exemple.

vendredi 7 décembre 2007

L'ignorance à double tranchant d'une blonde sur l'Europe

Je n'ai pas osé demandé à l'honorable correspondant qui m'a envoyé cette vidéo (en anglais) ce qui le faisait le plus rire. Je crains que ce soit la candeur (qu'on veut faire rimer avec blondeur) de la candidate dont j'admire la manière de faire (cope) avec les rires de l'animateur et du public.

Croire que l'Europe est un seul pays, à l'image des Etats-Unis, est-ce si ridicule? C'est plutôt bon signe pour les partisans d'une Europe de plus en plus intégrée? Ou bien, au contraire, c'est le décalage entre ce que croient naïvement des braves gens bien intentionnés et l'état actuel de l'UE qui fait rire jaune?

J'ai de toute façon de la peine avec les plaisanteries fondées sur l'identification abusive entre intelligence et culture générale. Combien de gens ici savent que l'Australie est un pays et pas un continent? Que le Brésil est une république fédérale? Que la Finlande ne fait pas partie de la Scandinavie et que le finlandais finnois n'est pas une langue indo-européenne? Que des vins californiens coiffent régulièrement leurs concurrents français dans les tests à l'aveugle?

L'Europe est un pays via Koreus

lundi 3 décembre 2007

Jean Baptiste, les pauvres (tout court ou en esprit) privilégiés et les gais chrétiens dans tout ça

Hier, le groupe de gais chrétiens que j'ai fondé et qui aura 20 ans l'année prochaine avait sa traditionnelle célébration de Noël. Cette année, nous la vivions en commun avec un groupe de l'Eglise protestante qui exerce un ministère dans le monde du travail. C'est à cette assemblée-là que s'adresse le message qui suit (un tout petit peu adapté pour des destinataires-lecteurs). Il part de la figure de Jean Baptiste, sur lequel j'avais déjà prêché en août dernier.

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