octobre 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mardi 30 octobre 2007

Fédéralisme à l'anglaise

Le rapport des Britanniques aux frontières et à la nationalité est tout sauf simple: ainsi Le Monde d'aujourd'hui m'apprend qu'il n'existe aucune frontière entre la République d'Irlande et le Royaume-Uni (Irlande du Nord comme Grande-Bretagne). C'est une suite qui paraît idyllique après la lutte violente pour l'indépendance irlandaise qui a donné lieu à la partition de l'île en 1920: je doute qu'il en soit même entre la Slovaquie et la République tchèque où pourtant il s'agissait vraiment d'une séparation d'égaux et non de libération contre un occupant / de retrait d'une colonie; et je n'ose en rêver pour les futures relations entre les deux Etats d'Israël et de Palestine... Pour l'Irlande, en tout cas, cela va changer car les Britanniques ont fini par se rendre compte qu'ils n'avaient, du coup, aucun contrôle sur l'entrée d'étrangers à partir du sol irlandais (mais l'Irlande veut refuser la réciproque: elle entend continuer de n'exercer aucun contrôle, en particulier, entre l'Irlande du Nord et la République).

Le même pragmatisme pas nécessairement conséquent s'applique sur la question des rapports entre le pouvoir central ("Westminster" pour le pouvoir politique, "Whitehall" pour l'administration) et les différentes parties du royaume. L'Ecosse, qui avait conservé dès l'Acte d'Union une tradition juridique et judiciaire distincte, dispose maintenant d'un parlement et d'un gouvernement dotés d'une large autonomie[1]. Sans pouvoir aller aussi loin dans les compétences, le Pays de Galles[2] suit (à moins que ce ne soit l'Irlande du Nord: dans le régime actuel de liberté surveillée et de partage du pouvoir obligatoire entre adversaires, entre lesquels de surcroît la religion prime sur l'échelle gauche-droite, les règles de la politique traditionnelle sont quelque peu suspendues et ne permettent pas d'évaluer vraiment le rapport au pouvoir central). Ce qui est sûr, en revanche, c'est que l'Angleterre n'a pas d'existence propre sur le plan politique ou administratif: elle fait corps avec le Royaume-Uni dont elle représente 83,8% de la population (50,34 mios d'habitants).

Cela pose tout de même un problème politique: les lois qui s'appliquent à l'Angleterre (en général, par exemple sur la santé, l'éducation, le logement: à l'Angleterre et aux Pays de Galles, avec régime similaire mais distinct pour l'Irlande du Nord; rien pour l'Ecosse quand la compétence a passé au parlement d'Edimbourg) sont adoptées en dernier ressort par la Chambre des communes. Et il n'est pas rare que seul un fort contingent de députés écossais donne une majorité au gouvernement travailliste... Le leader conservateur, David Cameron, vient de se prononcer pour la réforme qui paraît aller de soi: ne pas faire voter les élus écossais sur les lois qui ne les concernent pas.

Cela entraînerait cette bizarrerie vénielle que des ministres-députés écossais (à commencer par le premier d'entre eux) pourront sans doute proposer des lois et prendre part au débat, mais pas voter, contrairement au parlementarisme moniste strict. Mais, si je ne comprends pas bien les craintes de quasi guerre civile évoquées par les travaillistes pour s'opposer à cette idée, le danger réel me paraît celui de changer la nature même du gouvernement britannique. Pour le meilleur et pour le pire, il est l'expression pure du régime majoritaire: le parti au pouvoir fait ce qu'il veut jusqu'aux élections suivantes[3]. Or il n'y a que sous Tony Blair que les travaillistes ont été majoritaires même en Angleterre (ce ne serait probablement à nouveau plus le cas aujourd'hui). Cela veut dire que, sur des éléments essentiels de sa politique, le gouvernement pourrait régulièrement être battu, ou devoir composer pour trouver une majorité.

C'est bien sûr, comme je ne me lasse pas de le répéter, la situation normale de la classe politique suisse: elle gouverne sous l'étroite surveillance de la démocratie directe qui peut même s'offrir le luxe d'être inconséquente, et est de faite réduite à anticiper la ligne de moindre résistance.

L'autre solution, à laquelle les travaillistes feraient bien de revenir, c'est celle que le New Labour a échoué à mettre en place par maladresse et excès de scrupules: la régionalisation de l'Angleterre avec des organes délibératifs et exécutifs élus auxquels pourraient être dévolus certains pouvoir centraux. Le gouvernement national "fédéral" et la Chambre des communes y perdront quelques compétences ou devront se limiter à des orientations laissant une marge d'autonomie aux collectivités territoriales. Au moins le système politique conservera une certaine lisibilité et sera moins technocratique qu'aujourd'hui, plus proche du peuple. Mais justement, il faudra pour cela marcher sur le corps des mandarins de Whitehall qui défendent les pouvoirs exorbitants de la vraie aristocratie qui gouverne le pays, sans aucune légitimité: le Civil Service.

Notes

[1] Les dernières élections écossaises ont été remportée par le parti nationaliste (sécessionniste, orienté à gauche), travaillistes comme conservateurs sont dans l'opposition.

[2] Majorité travailliste.

[3] Comme travaillistes puis conservateurs l'ont découvert à leur corps défendant, ce que le système peut avoir de choquant pour un esprit démocratique, avec son allure de despotisme de la majorité privilégiant la confrontation sur la recherche d'un consensus, est corrigé par l'obligation de ne jamais trop s'éloigner du centre pour se perdre dans le dogmatisme, alors que le régime proportionnel garantit, élection après élection, une rente de situation même à de tels partis qui sont parfois, en coalition, dans une position de pouvoir sans rapport avec leur représentativité.

samedi 27 octobre 2007

'Petit' et 'Sarkozy' juxtaposés en toutes révérences genevoises

Les Genevois aiment donner l'exemple et des leçons au monde, mais ils ne manquent pas une occasion de prendre leurs références chez leurs "grands" voisins plutôt que du côté de leurs compatriotes. En l'occurrence, l'hebdomadaire gratuit GHI a titré

OUVERTURE POLITIQUE - Genève à l'heure des petits Sarkozy.

C'était pour rendre compte du fait que les nouveaux conseillers administratifs (c'est-à-dire l'autorité exécutive de la ville) pratiquent l'ouverture en engageant des collaborateurs plus ou moins proches, plus ou moins haut placés, qui sont rattachés à des partis politiques du camp adverse. En l'occurrence, le journaliste fait le grand écart en faisant état de situations qui ne sont pas forcément comparables. Mais pouvait-on résister à la tentation de jouer sur le sentiment ambivalent qui structure la psyché genevoise: ce mélange d'admiration-répulsion de la petite république pour la grande voisine. En rappelant par allusion la petite taille d'un président exemplaire par ailleurs dans son ouverture, un journaliste genevois se rassurerait quant à leur propre taille tout en proclamant des capacités d'ouverture inversement proportionnelles.

Mais l'édito du même numéro de GHI vient démentir de tels soupçons, car il n'est pas dupe des incantations sur l'ouverture. Risquons une hypothèse: peut-être que les Genevois s'attribuent une grande ouverture parce qu'ils voient dans la grande bouche qu'on leur attribue une métaphore de ce cette vertu.

jeudi 25 octobre 2007

Un Rachidagate?

Bon gré mal gré, l'influence des cultures "protestantes", anglo-saxonne et germanique, semble faire progresser la moralisation de la vie politique française, le souci de transparence et de vérité, qui implique aussi que les médias jouent leur rôle de contre-enquête sans complaisance. Mais est-ce profond, ou juste un effet de mode? Non, ce n'est pas à l'affaire du divorce des Sarkozy, à la sidérante médiatisation de Cécilia que je pense, même si indéniablement cela relève du même phénomène. Mais plutôt au dossier que L'Express publie sur Rachida Dati, dont j'ai eu vent par le site du Nouvel Obs.

Des affaires de politiciens dont la biographie affichait indûment des diplômes, il y en a eu dans bien des pays. Il me semble que cela s'est toujours traduit par une démission, la fin d'une carrière. Ici on pourra ergoter sur la question de savoir si le titre acquis ultérieurement ne guérit pas l'informalité; et son invocation était-elle vraiment un élément décisif du dossier? (Mais si ce n'était pas le cas, pourquoi se donner ce mal?). Le "différend" avec HEC sur la validation du diplôme invoqué par la ministre doit pouvoir être documenté et investigué, il est un peu léger de la part de L'Express de simplement le mentionner.

La question ici est double:

  • Sauf réfutation immédiate et convaincante, Rachida Dati devrait présenter sa démission afin de ne pas être un embarras pour Sarkozy et le gouvernement. J'en suis d'autant plus désolé que j'admire et sa personne et son action comme ministre. Cela ne voudrait nullement dire qu'elle est finie (elle peut faire bien d'autres choses, y compris rester dans la sphère politique), simplement ce serait tirer honorablement les conséquences de la situation.
  • Mais ce qui m'intrigue, c'est la manière dont L'Express présente cette question de diplôme en passant, de manière plus littéraire que journalistique, plus biographique que politique: est-ce qu'il continuerait de ne pas être nécessaire de tirer les conséquences de la révélation d'un tel fait? Peut-elle s'accrocher, Sarkozy la maintenir? Peut-être bien au fond que cela n'embarrasse nullement, mais ce ne serait pas bon signe.

COMPLEMENT du 28.10 à 19h10: Pour info, une justification de la procédure d'admission de Rachida Dati à l'Ecole nationale de la magistrature sur le site du Nouvel Obs.

lundi 22 octobre 2007

Elections en Suisse (vive la Pologne!)

A Londres, la voisine me demande "ce que font les Suisses". L'International Herald Tribune fait un titre en Une sur la victoire de la droite populiste. Mais cela ne dit pas tout. Les Polonais ont bien de la chance, pour eux on peut résumer en "Le gouvernement perd les élections" (ou: "L'opposition les gagne"): Donald Tusk succède à l'un des Kaczynski comme premier ministre. Rien de tel en Suisse (voir aussi ici).

Prenez d'abord les résultats dans mon canton, Genève. Il y a toujours 6 élus de droite et 5 de gauche à la chambre basse: pas de changement. Qualitativement c'est même mieux car l'unique siège d'extrême gauche est passé aux verts. Et les 2 députés à la chambre haute sont désormais à gauche (+1): une socialiste et un vert. C'est seulement dans la boîte noire que que l'UDC de Christoph Blocher devance désormais le PS comme premier parti du canton en nombre de suffrages -- mais c'est toujours à moins de 20%.

Au niveau national, les hyperboles "sportives" des commentateurs sur la déroute socialiste et la victoire UDC sont des baudruches. Après comme avant, les 200 députés de la chambre basse se répartissent en trois blocs de force sensiblement égale. A quelque 70 députés (-2), la droite pragmatique, composée des démocrates-chrétiens, des radicaux et de quelques autres élus, campe au centre. De part et d'autre, deux blocs de quelque 65 députés chacun: la droite populiste, anti-européenne et xénophobe de l'UDC (+7), d'une part, et la gauche (-5), deux-tiers PS, un tiers verts, d'autre part.

Comme toujours dans ce pays où la décision parlementaire n'est pas finale, il en découle des majorités parlementaires variables selon la nature et le contenu des objets, et l'anticipation que font les acteurs de la position du corps électoral:

  • la majorité centriste exprimant un consensus entre droite pragmatique et gauche au détriment de l'UDC, susceptible de référendum de celle-ci

  • la majorité de droite exprimant un consensus entre l'UDC et la droite pragmatique, susceptible de référendum de la gauche

  • peut-il exister une majorité progressiste (une partie du centre rejoignant la gauche)? probablement plus; mais elle ne touchait que peu d'objets et ne survivait guère à un référendum

  • peut-il exister une majorité de droite dure (une partie du centre rejoignant la gauche dans l'opposition)? probablement; ce pourrait être l'objet d'affrontements devant le peuple

  • enfin la majorité de blocage contre-nature UDC-PS existe toujours, avec 105 sièges (-2); elle est négative, mais sans appel (pas de référendum, évidemment, contre le refus d'un projet). Au PS de savoir éviter le piège...

Dans cette partie, la question est de savoir si l'exécutif (collège de 7 membres) est hors-jeu car divisé, oscillant entre le centre et la droite (comme depuis 4 ans avec Blocher en son sein), ou s'il est à même d'être un acteur fort: il faudrait (ou il suffira) pour cela que la volonté centriste prévale sur la panique de droite et de gauche; et que le parlement ne réélise pas, le 12 décembre, celui qui, contre toutes les traditions, privilégie dans sa fonction l'intérêt le plus partisan sur la cohésion de l'exécutif et l'intérêt général.

Conçu et envoyé via Vagablog depuis mon Treo 600, dans le bus pour l'aéroport. D'où l'absence d'accents dans un premier temps (mais depuis, le coblogueur-correcteur est passé par là -- merci Guillaume!), et le curieux permalien de ce billet!

jeudi 18 octobre 2007

Le divorce Sarkozy

Ouf, on va enfin pouvoir parler d'autre chose! Encore que rien n'est moins sûr: il y a apparemment eu des maladresses de la part des intéressés depuis lundi (jusqu'au mot "séparation" dans la communication officielle, qui prêtait à confusion), mais c'est surtout l'attitude des médias (y compris suisses) et, aujourd'hui, de la classe politique d'opposition qui est sidérante.

Mes trois grains de sels:

  • Dans un monde idéal ce sont tous les couples qui se séparent qui devraient envoyer des faire-part et mettre une annonce dans le journal.
  • La démarche des Sarkozy me paraît irréprochable en comparaison de la bigamie de fait de François Mitterrand acceptée par Danièle.
  • Jean-Jacques Servan-Schreiber a divorcé de Sabine (à bien des égards une anti-Cécilia, il est vrai), mais ce fut pour la réépouser ultérieurement!

Elections fédérales en Suisse

Les affichesLa campagne est finie, le scrutin pratiquement aussi (on vote surtout par correspondance), il sera clos dimanche 21 octobre à 12h: il n'est que temps que je mette en ligne la traditionnelle galerie des affiches[1] telles qu'on peut les voir à Genève!

Car (et même si on parle parfois d'élections nationales, carrément), le scrutin qui détermine la composition des deux chambres du parlement fédéral pour 4 ans reste fortement cantonalisé: ce sont d'ailleurs les partis cantonaux et non l'organe fédéral de ceux qui ont des partis frères et soeurs dans d'autres cantons qui choisissent les candidats et font campagne. Les ténors nationaux se répandent pour leur part dans les médias audio-visuels et la grande presse où tout tourne autour de Christoph Blocher et de la composition du gouvernement fédéral (voir aussi ce billet).

Pour les personnes en quête d'instruction civique, la documentation fédérale et celle du canton de Genève, avec notamment les brochures envoyées à tout l'électorat.

Sur la forme, rien à dire (et ce n'est pas dans le sens de la litote valant compliment!). Quant au fond... Lisez par exemple ceci.

Notes

[1] Merci à l'ami Martin!

mercredi 17 octobre 2007

Guillaume Prébois: l'épilogue de l'Autre Tour

Vous vous souvenez de Guillaume Prébois? Le Monde et Le Temps ont publié les chroniques de son "Tour de France à l'eau claire", un jour avant les professionnels, j'en avais parlé ici, et . Eh bien il va mieux que jamais, selon cette interview publiée par Le Temps, sort son bouquin et se prépare à de nouvelles aventures (voir son site).

lundi 15 octobre 2007

"Sa Majesté Minor" n'est pas un film pour sots, mais...

Je me réjouissais d'aimer Sa Majesté Minor au nez et à la barbe d'une majorité de la critique, qu'elle soit généraliste ou cinéphile. Et l'originalité que je pressentais s'est avérée indéniable. Ni satire (avec un i, pour commencer, mais patience, le mot avec y suivra) ni parodie, le film ne ressemble, en vérité, à rien de connu, ce qui d'ordinaire suffit à m'enchanter. Las. Pas de cohérence dans l'incohérence, pas de consistance dans l'inconsistance. Pas de franche incohérence non plus, ce qui aurait au moins assuré un caractère véritablement loufoque.

Le film se nourrit d'une subtile interrogation dialectique: comment faire pour n'être ni de l'art ni du cochon? Du grand art visuel, c'en est, indéniablement, avec des effets spéciaux inédits, dit-on. Mais au service de qui, de quoi? On feint de prendre les cochons pour fil conducteur à défaut de sujet principal, comme s'ils avaient servi à construire une fable ou une allégorie. Mais des cochons, le réalisateur s'en tape, c'est-à-dire qu'il les méprise carrément. Les pauvres bêtes sont juste bonnes à être instrumentalisées en tant que personnages-sujet relativement inédit [1] dans le cinéma. On les exploite, on exploite leur nouveauté de personnages de film... gratuitement, pour rien.

On cherche la fable, l'allégorie: voudrait-on ironiser sur la tendance qu'aurait un peuple de faire et défaire son roi, d'être l'auteur de sa propre aliénation comme de son émancipation. Fausse piste, il ne faut pas chercher. Autre fausse piste: l'exaltation joyeuse et sans complexe de la sexualité. Cela ne vaut que pour un seul personnage qui ne fait rien d'autre que suivre sa nature, or il n'est pas un humain: c'est Pan, LE satyre, avec son fier y. Ce serait alors la seule thématique aboutie dans le film: on ne peut échapper à sa nature.

Le but du film serait alors d'en rire au lieu d'en pleurer. Le problème, c'est que d'une certaine manière, le film se prend trop au sérieux, tout en ne prenant pas suffisamment au sérieux la légèreté qui l'autoriserait à prétendre au tout dérisoire et à l'absence du sens. A l'inverse, et malgré le rôle dévolu aux suidés, la consistance déficiente empêche qu'on parle de l'art pour l'art.

Notes

[1] En tant qu'animaux-acteurs réels, ce sont effectivement des personnages inédits. Les précurseurs que sont les trois petits cochons sont des dessins. A propos du conte et des personnages, cf. l'article Wikipedia (en français). Babe est joué par un vrai cochon, mais il est traité comme un personnage de fiction pour enfants.

dimanche 14 octobre 2007

L'autopartage au carrefour de trois cultures socio-économiques

L'autopartage, c'est le fait pour un véhicule d'être rattaché à une organisation et mis à disposition de ses membres en fonction de leurs besoins, plutôt que de servir au seul usage d'une personne ou d'un ménage. Et si la voiture est encore un symbole de la société moderne, ses modes d'utilisation sont également représentatifs de profondes différences dans les approches économiques et politiques. La manière dont l'autopartage se met en place dans différents pays permet d'illustrer une typologie qui m'est chère.

  • Le modèle communautaire

Avec Mobility, la Suisse a l'organisation d'autopartage la plus importante d'Europe: plus de 2'500 véhicules sont à disposition sur plus de 1'000 emplacements (en particulier dans toutes les localités de plus de 10'000 habitants). Pour présenter tous les attributs de l'entreprise de service professionnelle et branchée (elle exporte et vend son savoir-faire), ce n'en est pas moins une société coopérative, même si ses véhicules sont aujourd'hui également à la disposition de clients non sociétaires. Elle trouve son origine dans la fusion de deux coopératives historiques qui, elles, étaient franchement alternatives et anti-consommation: elles ont démarré il y a 20 ans avec chacune un véhicule et, respectivement, 8 et 17 membres! C'est la preuve par l'acte.

  • Le modèle marchand

Au Royaume-Uni, c'est l'esprit d'entreprise au sens commerçant du terme qui est le moteur de la création d'organisations d'autopartage: on y arrive par analyse rationnelle de quel pourrait bien être le créneau porteur après ses études de MBA, et l'on vise l'entrée en bourse qui matérialisera le succès pour les fondateurs. C'est la preuve par le profit (voir ce dossier très complet et passionnant dans le FTmagazine de ce samedi[1]).

  • Le modèle étatique

En France, on est cartésien et pas baba/bobo ou boutiquier: l'autopartage est une idée qui fait son chemin dans des études techniques pour aboutir à des démarches politiques avant son déploiement sous le parapluie des autorités nationales et locales par une sorte de secteur marchand para-étatique. C'est la preuve par le décret. Le Vélib, à Paris après Lyon, démontre avec force la puissance de cette méthode, et réussit, du moins pour le vélo où le modèle communautaire, qui a aussi été tenté en Suisse ou ailleurs, a échoué alors que le modèle marchand n'entre simplement pas en ligne de compte.

Ce n'est qu'une typologie, bien sûr, avec ce que cela suppose de simplifications. Elle ne doit pas masquer les convergences. Dans les trois cas, la visée idéale est présente, qu'elle soit utopiste, d'un altruisme pas nécessairement désintéressé ou technocratique. Les pouvoirs publics aussi, ravis d'apporter leur appui, sollicités ou organisateurs. Chaque modèle a certainement ses avantages et ses inconvénients. Mais surtout il s'inscrit dans une représentation sociale des rôles respectifs de l'Etat, du secteur privé à but lucratif et du tiers-secteur qui est profondément enracinée: même si l'on pouvait soutenir que l'un d'eux est globalement plus efficace, sa transposition forcée aurait peu de chances d'aboutir.

Ce n'est pas tant du point de vue interne que pour la construction européenne que cela me paraît avoir un impact: c'est certainement l'explication des frictions ressenties autour de la libéralisation, et le principal obstacle à la diffusion de l'approche française de la résolution des problèmes.

COMPLEMENT DU 17.10 à 21h: Une version remaniée et augmentée de ce billet est publiée sur Domaine Public.

Notes

[1] Qui m'a bousculé à matérialiser ce billet que je mijote depuis des mois sans me lancer.

samedi 13 octobre 2007

Exclusif: comment Kouchner a mélangé Pasqua

Ça ressemble à un jeu oulipien (à la manière de Perec écrivant La Disparition sans utiliser la lettre "e") -- à moins qu'on puisse décrire l'exercice comme un test de sciences cognitives étudiant les rapports entre le son, l'image et le texte:

  • Prendre un message fameux dans une langue étrangère: l'hymne national soviétique interprété par le Choeur de l'Armée rouge
  • En réaliser une transcription aussi fidèle que possible du point de vue phonétique, mais dans une autre langue: ici le français
  • Illustrer la transcription, sans lésiner sur la loufoquerie
  • Mixer le tout sous forme de vidéo sous-titrée et servir sur YouTube

Il y a des gens que cela laisse froid, mais ceux qui sont sensibles à ce type d'humour adorent! Je ne me lasse pas de la tourner en boucle depuis que Guillaume l'a signalée dimanche, et mercredi 10 c'est la chaîne de télévision LCI qui en a passé un couplet. Dimanche, elle avait été vue 8000 fois en un mois, depuis on en est à plus de 20'000 visionnements. Certes, par nature cela ne peut pas atteindre le succès planétaire des pompiers de l'Aéroport de Genève et autres romands! Aiguillonné tant par la curiosité que par la proximité (car "Dekox", l'auteur de cette vidéo sur l'hymne soviétique avec allusions à la politique française, notamment, est étudiant en HEC à l'Uni de Lausanne), Un swissroll a voulu en savoir plus. Interview.

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jeudi 11 octobre 2007

Les vrais drames que peuvent provoquer un test ADN

Loin du théâtre politique parisien, loin aussi de La vie est un long fleuve tranquille, c'est une histoire qui se passe en ce moment à Trebic près de Brno, en République tchèque, et que je lis dans The Daily Telegraph de ce matin (mais qui rebondit aussitôt).

Veronika et Nikola sont toutes deux nées il y a 10 mois. Le père de Nikola, "charrié" par ses amis sur sa fille blonde aux yeux bleus alors que les deux parents ont les yeux bruns et les cheveux noirs, décide de faire un test d'ADN. Comme celui-ci est négatif alors qu'il est bien le père selon sa femme, celle-ci à son tour fait le test qui révèle que c'est à la maternité qu'un échange est intervenu... Les deux familles ont fait connaissance. Tout le monde est en larmes. "je voudrais pouvoir vivre avec les deux", dit l'une des mères.

Prôner l'ignorance? Faire "comme si" une fois qu'on sait (à 10 mois... à 10 ans...)? Faire le test dès la naissance par obsession sécuritaire? Il n'y a ni morale, ni solution simple. Juste la grandeur et la servitude de la condition humaine.

COMPLEMENT de 16h30: Sur la filiation, je me permets de renvoyer aussi à ce précédent billet.

dimanche 7 octobre 2007

Les origines dadaïstes de l'hymne soviétique enfin démontrées

Kouchner alors a mélangé Pasqua.

C'est texto un extrait de ce tube karaoké à voir sur You Tube: tout simplement héneaurme.

Crédits: Ne Cede Malis via Le Grain de sel

COMPLEMENT EXCLUSIF: Un swissroll a interviewé "Dekox", l'auteur de la vidéo. A lire ici.

samedi 6 octobre 2007

Elections britanniques: le soufflé est retombé

Après 15 jours de suspense, Brown confirme les défauts qu'on lui prête et donne une chance à l'opposition conservatrice de revenir au pouvoir à l'occasion des prochaines élections (mai 2009? mai 2010, terme ultime de la législature?).

Alors que tous les avis des analystes, de ses conseillers et des parlementaires Labour eux-mêmes concordaient sur l'opportunité de dissoudre la Chambre des communes pour provoquer des élections le 1er ou le 8 novembre afin de donner un nouveau mandat[1] à la majorité travailliste sous la conduite du successeur de Tony Blair, la performance médiatique du congrès conservateur, particulièrement celle de David Cameron, a suffi à le faire reculer. Le nez sur des sondages instantanés qui témoignent d'un sursaut, prévisible, des Tories, sans donc avoir confiance dans le fait qu'il n'est que provisoire et que l'avance travailliste attestée par les sondages précédents est solide car elle est fondée sur des réalités, Brown préfère reculer pour mieux sauter[2]... ou plus vraisemblablement s'enfoncer, donner le temps aux conservateurs d'acquérir la crédibilité qui leur fait encore défaut pour décoller vraiment.

C'est pitoyable, même si sur la forme Brown limite les dégâts en mettant fin aux spéculations sans tarder (par la voie d'une interview à l'émission-phare d'Andrew Marr à la télé le dimanche matin, déjà révélée dans le détail de sorte qu'on peut y réagir sans l'avoir encore entendue: voyage dans le temps...). Il faut saluer la brutale franchise du Daily Telegraph, soutien des conservateurs, qui tout au long du congrès a souligné que l'objectif de David Cameron, en prétendant ostensiblement être prêt à en découdre, et défier Brown, était justement de l'en dissuader car il savait qu'il lui faudrait un miracle en cas d'élection cet automne, mais que le temps joue en sa faveur. Sur la maîtrise de de ses nerfs, David l'emporte clairement sur Gordon.

Notes

[1] De 5 ans au plus, ce serait le quatrième consécutif, après deux mandats de 4 ans et deux ans et demi depuis mai 2005.

[2] Au fond, pour que Brown prenne le "risque", très relatif en l'état, d'en appeler au peuple, il aurait fallu de surcroît que les Tories lui fasse la fleur de rater leur congrès... Brown est-il atteint du "syndrome Carter" des politiciens trop cérébraux, incapables de se décider?

vendredi 5 octobre 2007

ADN et regroupement familial: un peu de bon sens

Cela fait une semaine que je me tâte, soit pour commenter de manière amicalement critique cet article de Domaine Public soit pour consacrer un billet à ce sujet. Mais il ne saurait être court et vite rédigé, car je devrais y exprimer, à contre-courant, mon incompréhension du délire collectif (à gauche, mais aussi à droite) auquel donne lieu un amendement déposé au une disposition adoptée par le parlement français[1].

Et puis voilà que KoZ a fait le travail (oh, avec quelle prudence): merci l'ami! Il n'a qu'un défaut: il est de droite (même si c'est une droite chrétienne, humaniste voire confinant parfois à la sensiblerie paternaliste). Alors j'ajoute ma couche personnelle: ç'aurait été à un député de gauche de proposer cet amendement. Car il est trop facile de s'apitoyer sur le sort des travailleurs immigrés séparés de leur famille, de faire du bon sentiment sur fond de culpabilité post-coloniale, ça galvanise les bobos -- et de laisser cette situation se perpétuer. Il faut à la fois donner les moyens du regroupement familial lorsqu'on y a droit et ne pas feindre d'ignorer le risque, et la réalité, des abus[2]. Et c'est très précisément ce que permet de faire le test d'ADN lorsque l'état du dossier aboutirait au refus de la demande[3].

COMPLEMENT DU 6.10 à 18H30:

L'éditorial du Monde d'aujourd'hui est un bon exemple de ce que je tiens pour du délire bien-pensant fondé sur un procès d'intention: où Eric Fottorino va-t-il chercher que le législateur n'a voulu consacrer "que" la filiation biologique?

C'est plutôt le contraire: lorsqu'un regroupement familial est (injustement) dénié pour cause de dossier insuffisant voire de malveillance d'un fonctionnaire ou du système, le recours au test d'ADN fera déjà triompher le droit et la justice lorsque les parents sont sûrs de la filiation biologique (maternelle seulement, hélas) -- c'est-à-dire tout de même l'écrasante majorité des cas, ou bien? Restent ensuite les autres cas qui le méritent, évidemment (demi-frère ou soeur et adoption plus ou moins formelle)[4], sur lesquels pourra désormais se concentrer l'énergie des immigrés concernés et de leurs défenseurs concrets pour faire reconnaître la réalité de l'unité familiale autrement que par incantation vertueuse.

Encore que l'image "bon sauvage" que Fottorino donne de la famille dans les "cultures singulières" et autres "contrées à fléaux" incite presque à lui retourner l'argument[5]: ce ne serait au fond pas si dramatique pour les enfants s'ils étaient pris en charge par d'autres proches dans leurs pays d'origine plutôt que d'avoir à rejoindre leurs parents dans l'horrible France de Sarkozy...

COMPLEMENT DU 11.10 à 13h:

Ce qui me fascine dans cette histoire c'est une fois de plus l'effet de la triangulation (qui n'est pas une simple opération de vocabulaire ou de marketing mais un vrai dépassement des lignes d'affrontement):

  • resserrer les contrôles à l'entrée, craindre la fraude, c'est a priori de droite;
  • la gauche s'y oppose automatiquement, d'autant qu'elle se veut humanitaire, et s'il y a de la fraude, tant pis;
  • le test d'ADN fait plaisir à la droite (il la rassure et permet même à Mariani de se racheter une conduite en étant sincèrement fier de ce que cela aboutira à des regroupements familiaux qui sinon n'auraient pas eu lieu), il donne raison à une gauche "concrète" (celle proche des requérants dont les demandes seront enfin acceptées) et en même temps il écarte le soupçon de regroupements familiaux de complaisance (privant l'extrême droite d'un fantasme commode) et les "vrais" fraudeurs, qui s'abstiendront évidemment de faire le test (et dont la gauche devra reconnaître l'existence).

Notes

[1] Délire auquel je ne serais nullement surpris que le Conseil constitutionnel se joigne dans le style péremptoire qui est le sien.

[2] Le sentiment de culpabilité pouvant conduire au fond à les accepter par anticipation.

[3] Dans sa précédente teneur [d'avant 23h30], cette note se référait à la question de la filiation paternelle (avec le risque de révélation d'une discordance entre la réalité biologique et le lien avec le père juridique et de bonne foi). Mais dans son ultime version la disposition française ne porte plus que sur la filiation maternelle! En écartant le recours à l'ADN dans d'autres cas, le gouvernement combine les inconvénients: son attitude défensive ne calmera pas les clameurs reposant sur le procès d'intention, bien au contraire, et elle empêchera l'octroi du regroupement familial dans des cas où le test l'aurait facilité.

[4] Mais de grâce sans prétendre qu'il n'y a rien à justifier ni vérifier.

[5] C'est un sarcasme polémique, bien sûr.

jeudi 4 octobre 2007

Sainte zoophilie

Le 9 octobre prochain au Zinéma, un ciné-club de Lausanne, aura lieu une soirée sur le thème (homo) sexualité, corps et esprit. Il y aura des films et une table ronde à laquelle participera notamment représentant des trois monothéismes. J'y reviendrai après coup. Le programme détaillé se trouve ici.

Ce que je voulais relever pour l'instant, c'est la splendide ironie de l'Eglise catholique vaudoise, à qui je proposais qu'elle communiquât l'événement d'une manière ou d'une autre, comme la chargée de l'information de l'Eglise protestante vaudoise allait le faire. Au téléphone, le responsable de l'information était très ouvert, très chaleureux, il était prêt à donner l'information sur leur site. Puis, revirement, il me dit qu'il n'a pas reçu l'autorisation de ses supérieurs hiérarchiques, la conférence étant organisée par une association politique qui cherche à faire passer l'homoparentalité dans la loi (ce qui n'est pas tout à fait exact, ce n'est pas aussi simple) Je vais jeter un dernier coup d'oeil à leur site pour voir quelles sont les infos agrées et je tombe sur la dernière en date qui est celle-ci.

Y a-t-il besoin de commenter? Pas dans un premier temps. Mais peut-être qu'on y reviendra. Après le 9.

lundi 1 octobre 2007

L'impossible référendum britannique sur l'UE

Le dernier sondage donne 64% des Britanniques en faveur d'un référendum sur le, comme s'appelle-t-il, traité institutionnel (à défaut de constitutionnel)?... Le mouvement anti-européen s'organise et se diversifie dans ses moyens, avec une sorte de jacquerie qui se répand dans les campagnes: se saisissant d'une disposition visant à favoriser la démocratie directe à l'échelon local, un village l'a, comme de juste, détournée de son objet pour donner un semblant de légitimité au voeu "gratuit" que le traité fasse l'objet d'un référendum national. Succès massif, et désormais contagion dans le pays. Sinon il y a la traditionnelle pétition, lancée par le Daily Telegraph.

Les partisans d'un référendum se fondent sur le fait que Blair l'avait promis à propos du traité constitutionnel. Mais il s'agissait alors bel et bien, dans son esprit, de le ratifier (alors que ceux qui aujourd'hui plaident le référendum veulent le rejet), en tenant compte aussi de sa nature symbolique: même s'il ne s'agissait pas encore d'une vraie Constitution, par sa forme et son style ce traité remplaçant tous les précédents représentait davantage que la somme des dispositions qu'il contient. C'est l'inverse du nouveau traité: même s'il contient peut-être 90% des dispositions du second traité de Rome, il "vaut" moins car il ne fera que s'ajouter à la pile, après celui de Nice.

Mais en réalité ce que veut l'opinion britannique, ce n'est bien sûr pas en rester au traité de Nice. Elle veut, confusément car le parti conservateur est hors d'état d'aider à structurer le débat, étant lui-même divisé entre réalistes et europhobes, soit une votation de principe (hors de toute ratification d'un traité, mais sur le maintien de l'adhésion ou la négociation d'un retrait), comme en 1975, soit provoquer une crise à la faveur de laquelle toutes les cartes seraient rebrassées. Et, qui sait, ce ne serait pas forcément une mauvaise chose de resserrer le cercle central et d'imaginer un cercle extérieur à la fois unique (au lieu de tous ces statuts distincts: l'Espace économique européen de la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein, les traités d'association de la Suisse, le statut sarko-merkellien pour la Turquie...), même s'il pourrait, lui, être à géométrie variable, et élargi, qui pourrait alors incorporer le Royaume-Uni...

Le gouvernement, lui, n'a aucune raison de mettre le doigt dans un engrenage qui peut fort bien conduire à la marginalisation du pays. Et dans le système parlementaire britannique, rien ne permet de le bousculer.

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