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Variations sur la continuité et le changement

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L'amour propre d'un François Mitterrand l'empêchaît de reconnaître qu'il avait "changé de politique" dès 1983 par rapport à celle sur laquelle il avait été élu en 1981. Un George Bush a changé de politique, mais ce sont ses adversaires qui refusent de voir que, d'unilatéraliste isolationniste avant le 11 septembre 2001, il est devenu un interventionniste multilatéraliste. Nicolas Sarkozy a été élu pour assurer une paradoxale rupture dans la continuité, et pour le moment il s'y emploie avec une belle énergie.

Gordon Brown c'est encore autre chose: il s'efforce de marquer la différence par rapport à Tony Blair, mais dès que l'on sort du style et du tempérament, on est bien obligé de voir qu'il n'y a aucun changement de fond. On vient d'en avoir trois illustrations.

  • Le ministre de la coopération, Douglas Alexander, est allé aux Etats-Unis prononcer un discours dont les médias britanniques ont souligné qu'il marquait une rupture avec l'ère Blair en mettant l'accent sur la coopération multilatérale et la diversification, au-delà de la force militaire, des moyens d'action engagés. Je ne suis pas en position de dire si les journalistes ont pensé cela tout seuls ou si, comme c'est pratique courante, cette interprétation leur a été suggérée par une explication de texte de la part des chargés d'information du Ministère. Toujours est-il que, dans sa brutalité, elle risquait d'être mal reçue à Washington. Et c'est Gordon Brown en personne qui s'est employé à déminer le terrain en déclarant qu'il n'y a aucun changement, que ce discours est la réaffirmation de la ligne constante du gouvernement britannique. Ce qui est parfaitement vrai: là où les anti-blairistes ne voient qu'alignement aveugle ("caniche"), les blairistes affirment une vision stratégique de partenariat ("chien guide d'aveugle", a écrit Irwin Stelzer, qui pousse la métaphore hyperbolique dans l'autre sens).
  • L'une des nominations symboliques du gouvernement Brown a été celle de Mark Malloch Brown comme sous-ministre aux affaires étrangères: ancien bras droit de Kofi Annan au secrétariat général de l'ONU, il le défendit bec et ongle dans l'affaire de corruption et de détournement de fonds autour du programme "Pétrole contre nourriture" en Irak et fut un critique féroce de l'administration Bush et de l'intervention en Irak. Dans une interview, il vient de déclarer que, dorénavant, le président des Etats-Unis et le premier ministre britannique ne seront plus des siamois, "attachés par la hanche". Cette fois c'est le ministre des affaires étrangères, David Miliband, qui est allé répéter fermement à la télévision dimanche qu'il n'y avait aucune réorientation, que l'alliance entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni demeurait inchangée.
  • Outre la politique étrangère, c'est sur la transformation des services publics pour les rendre plus conformes aux attentes des citoyens consommateurs que la politique du New Labour a suscité des mécontentements chez les conservateurs de gauche. Dans un mouvement qui leur donne apparemment satisfaction, le gouvernement Brown annonce renoncer à la série de plus de 100 objectifs chiffrés assignés unilatéralement par le gouvernement dans tous les domaines et à tous les niveaux de l'action publique. Mais c'est une évolution qui se préparait depuis deux ans, pas une rupture. Et loin de changer, la méthode est approfondie, elle sera d'autant plus détestée par ceux qu'elle rebute dans l'administration et les services publics (alors qu'elle marque effectivement une amélioration méthodologique notable): dorénavant le gouvernement conclura une trentaine de contrats de prestations comprenant quelques grands résultats attendus, et ce sont les acteurs eux-mêmes qui devront déterminer, au niveau dont ils sont responsables, les objectifs et indicateurs de performance qui en découlent...

Au mieux c'est de la maladresse de la part de Brown et de ses supporters, au pire du double discours pour jouer sur les deux tableaux. La susceptibilité des "blairistes" sera peut-être blessée (ils s'en remettront) mais les aigris du New Labour qui attendaient impatiemment le changement en seront pour leurs frais. La vraie inconnue, c'est l'impact, en dehors de la classe politique britannique, pour la place du Royaume-Uni dans le monde (les Etats-Unis paraissent maintenant tout disposés à collaborer avec Sarkozy...) et l'image du gouvernement travailliste dans l'électorat. Pour le moment sa grande chance, c'est l'état pitoyable du parti conservateur.

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Commentaires

1. Le jeudi 19 juillet 2007 à 00h46, par Vonric

"l'état pitoyable du parti conservateur" c'est surtout ce qui a expliqué que Blair soit réélu pour un 2e mandat alors que le premier a beaucoup décu, et surtout qu'il soit réélu pour un 3e avec le plus faible score d'un parti au pouvoir. Gageons que David Cameron amorce un changement qui pourrait se révéler fatale pour le Labour des l'an prochain.

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