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Ouverture ou présidentialisation?

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Décidément, Nicolas Sarkozy s'y entend à déranger! Au point de faire perdre le sens commun aux socialistes, qui en viennent à mélanger des situations complètement différentes et à vouloir "punir" certains des leurs par simple bêtise. Reprenons.

Eric Besson est un transfuge; il a eu son chemin de Damas qui l'a conduit de Royal à Sarkozy: c'est une chose. Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch, Fadela Amara sont des personnalités qui en réalité n'engagent qu'elles-mêmes; chacune dans son domaine de compétence, elles ont été convaincues par Sarko qu'elles pourraient travailler avec lui, et ont accepté de devenir ses subordonnées: elles pensent pouvoir inspirer et mettre en oeuvre la politique à laquelle elles croient personnellement, mais en définitive cela ne vaudra que si elles le convainquent[1] (si ce n'est pas le cas, il leur restera la douloureuse décision de partir ou de rester). Jean-Marie Bockel, comme je l'ai déjà souligné, est le seul vrai débauchage d'un responsable élu, sans même l'honnêteté d'un Besson.

Tous ceux-là sont désormais liés par la solidarité gouvernementale. Rien de tel, en revanche pour un Hubert Védrine chargé d'une mission sur la mondialisation, ou un Jacques Attali sur la coopération au développement: par définition, eux ne sont liés en rien, ne sont subordonnés à personne, bien au contraire on leur demande d'exprimer leurs idées, sous leur propre nom (dont le président et son gouvernement pourront ensuite faire des choux et des pâtés). On comprend le sentiment des UMP qui se disent "chez nous il n'y a pas que des cons", mais bien stupides seraient ceux qui refuseraient une telle offre. Et si la gauche a quelque chose de spécifique et d'intelligent à dire sur le sujet, elles aurait bien tort de ne pas dire "chiche". Il en va de même pour la commission de réflexion sur la modernisation des institutions pour laquelle Jack Lang[2] est pressenti aux côtés d'Edouard Balladur (ancien premier ministre qui réussit la performance d'être considéré comme centriste ou libéral alors que son pedigree gaullo-pompidoliste est impeccable) et Pierre Mazeaud (ancien président archéo-gaulliste du Conseil constitutionnel): on ne lui demande en rien de se renier, seulement d'apporter sa vision critique et créative.

Le soutien à une candidature de Dominique Strauss-Kahn comme directeur du FMI est encore dans un troisième genre: c'est plutôt si Sarko s'y opposait qu'on serait dans un scandaleux règlement de compte franco-français[3] au détriment d'un processus normal de désignation de candidats puis de sélection parmi les quelques papables à ce genre de poste, tous plus ou moins anciens ministres des finances.

Plus profondément, la démarche de Sarko me paraît cohérente dans l'inflexion de la pratique institutionnelle, toujours moins parlementaire et plus présidentielle (et la "bronca" socialiste dénoter un profond malaise qui souligne l'attachement archaïque au parlementarisme façon IVe, tellement plus "collectif"). Le parlementarisme postule le dualisme majorité/opposition et sa montée en épinge, la figure unitaire, polarisatrice du président pousse, elle, au rassemblement le plus large possible[4]: Giscard l'avait théorisé avec ses "deux Français sur trois", Rocard avait tenté de le mettre en pratique comme premier ministre mais en fut empêché par Mitterrand. Dès lors le débat se reporte sur chaque objet (et sur les faits et les effets[5]) au lieu de renvoyer au "grand tout primordial" (et à la seule idéologie tenant lieu de prêt-à-penser). Dans un régime fondé sur l'indépendance entre l'exécutif et le législatif, l'exécutif s'efforce par nature d'élargir son assise, de séduire la minorité sur la forme ou sur le fond, alors que le régime parlementaire pousse au fond à souligner ce qui sépare majorité et opposition. Elle implique aussi que, contrairement à l'usage français né de la nature encore mixte de la Ve République, en cas de majorité parlementaire ne coïncidant avec la couleur politique du président[6], celui-ci ne devienne pas impuissant pour autant, ne perde pas la responsabilité de l'exécutif et du choix des ministres: on l'a vu régulièrement aux Etats-Unis, lorsque le président n'a pas de majorité au Congrès il ne cesse pas pour autant de nommer les ministres de son choix, de de son bord (simplement ils se montrent aptes à composer et ils appliquent une politique le cas échéant sérieusement revue).

Et ça, je me demande si les Français sont prêts à l'accepter, tant c'est une prise en compte de la complexité de la vie en société qui paraît contredire le simplisme des conceptions politiques en vigueur...

Notes

[1] Le vrai précédent, ici, c'est Françoise Giroud qui après avoir appelé à voter Mitterrand contre Giscard d'Estaing en 1974 s'est laissée convaincre par celui-ci d'accepter un secrétariat d'Etat à la Condition féminine (en quoi elle a eu à mon sens entièrement raison).

[2] Dont les paillettes tendent à faire oublier qu'outre son expérience gouvernementale il a aussi été prof de droit public.

[3] Peut-être se souvient-il de l'erreur de la droite, après 1988, qui a refusé tout concours quand Jospin a été tenté d'abandonner la politique active au profit d'une ambassade au Mexique...

[4] Y compris quand le président polarise négativement, cf. Bush en ce moment: dans ce cas même sa majorité préfère s'afficher avec la minorité! ;-)

[5] Personne ne détenant la seule vérité, ou ayant juridiquement tort parce qu'il serait politiquement minoritaire, mais chacun contribuant au débat au gré de la force de ses idées et de ses expériences ou de celles des électeurs de sa circonscription.

[6] Ce que l'actuelle succession de l'élection présidentielle et de celle de l'Assemblée nationale ne rend nullement impossible: un président élu de justesse, une majorité faible ou relative, et tant que la dissolution existe la possibilité qu'elle soit utilisée, recréant une dissociation entre les deux élections, et bien sûr le risque qu'elle ne se traduise pas par le résultat attendu...

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Commentaires

1. Le lundi 9 juillet 2007 à 07h44, par verel

Sur la commission de réflexion pour la modernisation des institutions, on peut estimer que l'absence de la gauche aurait été une anomalie.

Par contre, celle ci aurait pu arguer qu'une telle commission aurait dû être désignée par le parlement et donc par les groupes à l'Assemblée et au Sénat, et non par le fait du prince.

Le fait que le PS ne soit pas capable de se positionner ainsi en dit long sur son incapacité à se positionner en tant qu'opposition dans un fonctionnement démocratique normal. Mais évidemment, le problème est aussi lié à ses querelles internes.

2. Le lundi 9 juillet 2007 à 11h34, par jani-rah

Il ne faut pas exagérer. Le PS ne s'insurge pas vis à vis de Védrine ou DSK. Hollande lui-même a trouvé cela normal.

Il est un peu facile de récupérer un discours médiatique un peu facile.

Pour Jack c'est un peu différent : pourquoi lui, une personnalité plus que l'émanation du parti sur une question qui concerne le parlement. On voit bien que c'est de la comm, aller chercher une célébrité. C'est, n'en déplaise à Verel, la position constante du PS sur cette question.

3. Le mardi 10 juillet 2007 à 17h15, par Laurent

Encore beaucoup de bruit pour rien...

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