juillet 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 30 juillet 2007

40 ans de libération homosexuelle au Royaume-Uni

Eh oui, avant Mai 1968, avant la révolte devant le harcèlement policier d'alors des clients du Stonewall, à New York en 1969, que célèbre chaque année la Gay Pride. Cela a commencé prudemment, plutôt à reculons, avec la dépénalisation des relations sexuelles entre deux personnes (pas davantage) de même sexe et seulement à un âge (21 ans) supérieur à celui de la majorité sexuelle hétéro. Mais c'est le premier pas qui est le plus difficile à franchir. On le doit notamment à Roy Jenkins, ministre de l'Intérieur du gouvernement travailliste d'alors, dirigé par Harold Wilson.

J'ai bien vu quelques articles ici ou là, mais je m'aperçois surtout que j'ai raté plusieurs émissions télévisées destinées à commémorer cet anniversaire sur Channel 4, en montrant aussi le chemin parcouru depuis. John Lloyd y consacre, sous le joli titre Gay pride and prejudice, sa chronique hebdomadaire du FT Weekend de samedi dernier.

dimanche 29 juillet 2007

Fonds propre

Il existe désormais des fonds éthiques chrétiens, comme me l'apprend cet article du Matin. Il y a un lien vers un descriptif sommaire de la grande banque suisse qui le propose. On y apprend d'abord que ce fonds a un domicile luxembourgeois, ce qui, sûrement, doit constituer une garantie fondamentale en matière d'éthique chrétienne (mais je n'y connais rien).

Mais c'est sur un document pdf[1] que je trouve enfin un double tableau indiquant les critères d'exclusion et d'inclusion de titres dans le fonds. Si je peux suivre la logique de la démarche qui exclut la pornographie, l'alcool, le tabac et le jeu, je suis en revanche étonné, pour ne prendre que cet exemple, qu'on mentionne le blanchiment d'argent parmi les critères négatifs. Serait-ce donc une option légale qu'on peut retrouver dans d'autres fonds proposés par Credit Suisse?

Notes

[1] Apparemment indisponible en français

samedi 28 juillet 2007

Les trois vainqueurs du Tour de France sont arrivés sur les Champs Elysées

Voir les vidéos de l'arrivée de Guillaume Prébois et Fabio Biasiolo, et l'analyse de Dorian Lecamp, interne des hôpitaux de Toulouse qui a suivi le journaliste du Monde et cycliste amateur (pour le moins éclairé) pour en faire une thèse de médecine du sport (voir aussi, sur le site de Radio France Internationale, cet article sur la préparation que s'est imposée Guillaume Prébois, et ces deux extraits sonores).

Mais les trois mousquetaires n'étaient pas que deux: même si c'est probablement sans comité d'accueil, plus tard, avec à la fois une moindre ambition démonstrative et plus d'inconscience personnelle, la course en solitaire de Luke Bream, cycliste londonien, mérite tout autant d'être saluée. Google m'a conduit vers un message qu'il postait encore le 9 juin pour tenter de trouver un ou deux co-équipiers et qui illustre bien l'esprit de sa démarche: "loads of enthusiasm and plenty of commitment but no great cycling experience!". A l'époque, il imaginait encore pouvoir courir le même jour que l'étape officielle, simplement plus tôt, et non la veille.

COMPLEMENT DU 03.08 à 23h50: Enfin trouvé quelque chose sur l'arrivée Luke Bream! Un bon reportage de Sky News; et un article dans son quotidien local, le Ealing Times.

vendredi 27 juillet 2007

Mnouchkine / Sarko: après le clash, l'ego mange son chapeau

Ainsi donc Ariane Mnouchkine refuse la chaire de création artistique pour l'année 2007-2008 au Collège de France, où elle a été élue le 26 novembre 2006 par l'assemblée des professeurs du Collège, parce que le décret de nomination est signé du président de la République. Ou, plus précisément, parce qu'un tâcheron de liberation.fr qui n'a pas plus de culture politique que la grande metteuse en scène a cru bon d'écrire: "Ariane Mnouchkine nommée au Collège de France par Nicolas Sarkozy".

Intolérable affront pour celle qui ne veut pas passer pour la collaboratrice de Sarko (et l'on soupçonne qu'il y a autant de rébellion devant la suggestion d'un lien de subordination[1] que de référence à la Résistance: la gauche Brétécher a encore quelque chose à apprendre aux sociaux-démocrates voire -libéraux!). Triomphe du people, il n'y a plus de fonction présidentielle, distincte de celui qui l'occupe, non seulement pour Nicolas mais aussi pour ses adversaires: on ne prête qu'aux riches. Et Mnouchkine en vient à confondre sa piteuse incompréhension d'un mécanisme administratif avec la captation par Sarko de la libération des infirmières bulgares!

COMPLEMENT DE 19H: Ariane Mnouchkine revient sur sa décision. Contrairement aux narcissiques refus de médailles que quelques intellectuels ou artistes croient devoir signifier occasionnellement au gouvernement britannique ou à la souveraine, y aurait-il un salaire non négligeable attaché à cette chaire dont on nous dit qu'elle est "à plein temps"?

Trackback manuel: c'est un plaisir de lire ce que cette Affaire a inspiré à Jules de Diner's room et à ses visiteurs.

Notes

[1] Doublé d'un évident mépris pour le suffrage universel, comme de juste... Signé Chirac, par contre, ça n'aurait gêné personne.

jeudi 26 juillet 2007

Tour de France: arrivée samedi, pas dimanche!

Vers 14h30 sur les Champs-Elysées. Delanoë, Sarko y seront-ils? Cécilia au moins! Et vous, lectrices et lecteurs parisiens? Plutôt que de se lamenter en télespectateurs frustrés sur la dérive du Tour commercialo - médiatico - chimique, mieux vaut célébrer l'Autre Tour de Guillaume Prébois et Fabio Biasiolo, champions du Tour de France à l'eau claire et au panini Nutella.

COMPLEMENT DE 23h30: Ecoutant BBC Radio 4 tout en écrivant ceci, j'apprends au journal The World Tonight qu'un cycliste amateur britannique, Luke Bream, fait la même chose que Guillaume et Fabio (parcourir l'étape la veille du jour officiel). Lui sans le support d'un journal ni suivi scientifique, avec sa mère comme soigneur et mécano!

COMPLEMENT DU 27.07 à 17h47: tous les détails dans cet article: de quoi renforcer le cliché de l'Anglais sportif excentrique! Curieusement le Guardian ne mentionne pas l'Autre Tour (une recherche sur "Guillaume Prébois" ne donne rien sur le site). Je comprends bien que les concurrents du Monde (et du Temps, qui est aussi un sponsor) n'en parlent pas tous les jours. Je peux tout juste imaginer que les coureurs des deux entreprises, le nez dans le guidon, s'ignorent de bonne foi (quoique...). Enfin, ça laisse un créneau aux blogueurs francophones entre Genève et Londres ;-)

lundi 23 juillet 2007

Résultat paradoxal en Turquie

Victoire d'un grand parti moderne, modéré et pro-européen: ouf, la Turquie a échappé à l'instabilité ou à la coalition improbable des conservateurs (les défenseurs dits de centre gauche d'un laïcisme qui sert de prétexte à la perpétuation de leurs privilèges de classe dominante et de ceux de l'armée, et l'extrême droite).

Au fond l'AKP est à la Turquie musulmane ce qu'un parti démocrate-chrétien est à un pays catholique chrétien[1]... Et l'élection pour la première fois de députés kurdes[2] vient confirmer, une fois de plus, l'efficacité du soft power européen pour la normalisation, le développement politique et économique des pays qui sont dans son aire d'attraction. Il ne reste plus qu'à espérer que Sarkozy fasse preuve de sagesse maintenant!

Notes

[1] Et le PDC (le parti populaire européen) est de moins en moins catholique, dans sa composition comme dans sa proximité par rapport aux proclamations politiques de l'Eglise catholique romaine: il s'ouvre aux protestants (voire est probablement à peine moins déchristianisé que le reste de la société pour n'en conserver qu'une référence à des valeurs). De la même manière l'AKP est bien moins islamique que le parti dont il est issu et paraît en bonne voie de sécularisation.

[2] A eux aussi de savoir évoluer en rejetant le terrorisme du délirant PKK.

dimanche 22 juillet 2007

La négative attitude émanant de l'adjectif 'libéral'

En Suisse, comme le confirme cet article du Temps, la mode est au syntagme {substantif/adjectif quelconque} + {libéral}: Verts libéraux[1], Ecologie libérale, et même Droite libérale[2]. L'inverse existe aussi[3].

Le mot 'libéral' a beau provoquer des vibrations a priori positives chez moi, force m'est de constater qu'en certaines de ces occurrences, il semble être investi d'une fonction négative et véhiculer le message: Nous sommes des écolos-pas-de-gauche. Dans la formule plus développée, c'est: Quand il ne s'agit pas d'écologie (qui est cependant pour nous la priorité), nous ne votons pas avec la gauche.

Dans ces invocations-là, on n'entend pas l'écho de déclarations originelles fondant la dignité de l'être humain dans sa liberté et sa responsabilité, dans l'ouverture et le progrès, c'est-à-dire dans l'affranchissement par rapport au dogme[4], par rapport à l'arbitraire du Roi ou de l'Etat. Dans ces professions de foi-là, on ne trouve pas valorisée la libre circulation des biens et des idées, dont la possible expression et mise en concurrence exclut les monopoles, qu'ils soient dans la distribution des marchandises ou dans la diffusion d'une pensée (qui devient unique)[5].

Ceci dit, sachant, d'une part, qu'il faut un quota d'esprits conservateurs pour maintenir notre maison Terre habitable et empêcher qu'elle ne devienne une décharge, et sachant, d'autre part, que les libéraux qui commencent en progressistes finissent souvent en conservateurs (ne serait-ce qu'en conservateurs des libertés ou des valeurs qui les promeuvent), on ne fera pas davantage la fine bouche devant tout ce qui contribue à saper le monopole de la bonne conscience.

Notes

[1] Dont le site n'est qu'en allemand car ce parti n'existe qu'en suisse alémanique pour l'instant.

[2] Une singularité genevoise que le monde nous envie et qui a moins fait parler d'elle depuis son score nul aux dernières élections municipales.

[3] Cf., dans le canton de Berne, la liste des Libéraux Sociaux, sous-apparentée avec celle du déjà très centriste Parti Démocrate Chrétien, dans le but de draîner des voix jeunes et urbaines.

[4] Cf cette prise de position sur les OGM.

[5] Autre exemple de cette négative attitude: dans un de leurs papiers relatifs à leurs positions fondamentales (pdf Liberal), les Verts libéraux proclament que si l'écologie et l'économie sont en conflit, ils donneront priorité à la première. Cela relève du bon sens, mais en même temps c'est expédier les choses un peu rapidement, comme certains populismes.

vendredi 20 juillet 2007

Plasticité du cerveau et mauvais esprit

Une de ces infos insolites dont les médias et le public raffolent:

  • sur TV5, la dépêche AFP me paraît la plus correcte en mettant l'accent sur l'étonnante capacité de l'organisme à s'adapter pour permettre à un homme de mener une vie normale avec un cerveau réduit à la portion congrue, masse grise et masse blanche refoulées sur les bords par une hydrocéphalie massive.
  • la dépêche originale de Reuters, en anglais, est à peine moins complète. Mais son titre est assez déplaisant[1]:

Tiny brain no obstacle to French civil servant

  • Le Point l'a reprise et adaptée en français, sous un un autre titre. Mais cela n'a pas empêché les commentaires sarcastiques de jaillir... Les gens sont décidément méchants!

Notes

[1] Je dois néanmoins avouer que c'est ce qui m'a amené à lire la suite quand je l'ai vu sur ma page Yahoo...

Les pompiers fumigènes sortent l'édredon

Depuis ce matin, à Londres, on n'entend et ne lit que les réactions et commentaires les plus divers (la police, les suspects, l'auteur de la plainte, le premier ministre, l'opposition...) à la suite de la décision du Crown Prosecution Service de n'engager aucune poursuite à l'issue de l'enquête à grand spectacle sur la prétendue vente de sièges à la Chambre des lords en échange de dons aux partis politiques... mais la décision elle-même ne sera publiée que cette après-midi (la voici, avec une explication détaillée)! Vous avez dit fin du spin?

Il s'agit plutôt d'une tentative de limiter les dégâts d'un exercice absurde qui a empoisonné l'atmosphère des derniers mois de l'administration Blair -- désormais blanchie. L'ouverture d'une enquête[1] était probablement inévitable pour ne pas donner naissance à la rumeur qu'on étouffe une affaire, mais dans le même mouvement elle gonfle une rumeur tout aussi fausse de corruption. Et nombre de ceux qui ne demandaient qu'à y croire se ne laisseront pas détromper par l'annonce d'aujourd'hui. Un gâchis annoncé (je vous en ai parlé ici, et surtout là).

Pendant ce temps Chirac dégage joliment...

COMPLETE le 21.07.

Notes

[1] Quand bien même il était évident dès le départ qu'il n'y avait pas d'infraction pénale, mais tout au plus des échanges de bons procédés qui n'avaient rien de contractuels. Au point que, selon un mécanisme usuel, on peut se demander si la pression policière n'a pas sciemment cherché à pousser à la faute les suspects dans l'espoir de pouvoir au moins leur reprocher un cover up, sans succès.

mercredi 18 juillet 2007

Variations sur la continuité et le changement

L'amour propre d'un François Mitterrand l'empêchaît de reconnaître qu'il avait "changé de politique" dès 1983 par rapport à celle sur laquelle il avait été élu en 1981. Un George Bush a changé de politique, mais ce sont ses adversaires qui refusent de voir que, d'unilatéraliste isolationniste avant le 11 septembre 2001, il est devenu un interventionniste multilatéraliste. Nicolas Sarkozy a été élu pour assurer une paradoxale rupture dans la continuité, et pour le moment il s'y emploie avec une belle énergie.

Gordon Brown c'est encore autre chose: il s'efforce de marquer la différence par rapport à Tony Blair, mais dès que l'on sort du style et du tempérament, on est bien obligé de voir qu'il n'y a aucun changement de fond. On vient d'en avoir trois illustrations.

  • Le ministre de la coopération, Douglas Alexander, est allé aux Etats-Unis prononcer un discours dont les médias britanniques ont souligné qu'il marquait une rupture avec l'ère Blair en mettant l'accent sur la coopération multilatérale et la diversification, au-delà de la force militaire, des moyens d'action engagés. Je ne suis pas en position de dire si les journalistes ont pensé cela tout seuls ou si, comme c'est pratique courante, cette interprétation leur a été suggérée par une explication de texte de la part des chargés d'information du Ministère. Toujours est-il que, dans sa brutalité, elle risquait d'être mal reçue à Washington. Et c'est Gordon Brown en personne qui s'est employé à déminer le terrain en déclarant qu'il n'y a aucun changement, que ce discours est la réaffirmation de la ligne constante du gouvernement britannique. Ce qui est parfaitement vrai: là où les anti-blairistes ne voient qu'alignement aveugle ("caniche"), les blairistes affirment une vision stratégique de partenariat ("chien guide d'aveugle", a écrit Irwin Stelzer, qui pousse la métaphore hyperbolique dans l'autre sens).
  • L'une des nominations symboliques du gouvernement Brown a été celle de Mark Malloch Brown comme sous-ministre aux affaires étrangères: ancien bras droit de Kofi Annan au secrétariat général de l'ONU, il le défendit bec et ongle dans l'affaire de corruption et de détournement de fonds autour du programme "Pétrole contre nourriture" en Irak et fut un critique féroce de l'administration Bush et de l'intervention en Irak. Dans une interview, il vient de déclarer que, dorénavant, le président des Etats-Unis et le premier ministre britannique ne seront plus des siamois, "attachés par la hanche". Cette fois c'est le ministre des affaires étrangères, David Miliband, qui est allé répéter fermement à la télévision dimanche qu'il n'y avait aucune réorientation, que l'alliance entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni demeurait inchangée.
  • Outre la politique étrangère, c'est sur la transformation des services publics pour les rendre plus conformes aux attentes des citoyens consommateurs que la politique du New Labour a suscité des mécontentements chez les conservateurs de gauche. Dans un mouvement qui leur donne apparemment satisfaction, le gouvernement Brown annonce renoncer à la série de plus de 100 objectifs chiffrés assignés unilatéralement par le gouvernement dans tous les domaines et à tous les niveaux de l'action publique. Mais c'est une évolution qui se préparait depuis deux ans, pas une rupture. Et loin de changer, la méthode est approfondie, elle sera d'autant plus détestée par ceux qu'elle rebute dans l'administration et les services publics (alors qu'elle marque effectivement une amélioration méthodologique notable): dorénavant le gouvernement conclura une trentaine de contrats de prestations comprenant quelques grands résultats attendus, et ce sont les acteurs eux-mêmes qui devront déterminer, au niveau dont ils sont responsables, les objectifs et indicateurs de performance qui en découlent...

Au mieux c'est de la maladresse de la part de Brown et de ses supporters, au pire du double discours pour jouer sur les deux tableaux. La susceptibilité des "blairistes" sera peut-être blessée (ils s'en remettront) mais les aigris du New Labour qui attendaient impatiemment le changement en seront pour leurs frais. La vraie inconnue, c'est l'impact, en dehors de la classe politique britannique, pour la place du Royaume-Uni dans le monde (les Etats-Unis paraissent maintenant tout disposés à collaborer avec Sarkozy...) et l'image du gouvernement travailliste dans l'électorat. Pour le moment sa grande chance, c'est l'état pitoyable du parti conservateur.

Les glaciers à toutes les sauces

J'imagine (j'espère) que l'ambassade de Suisse à Londres est sur les dents après la publication dans les pages éditoriales du Times d'un article dévastateur:

A brilliantly Swiss scheme to ignore global warming
Magnus Linklater is aghast at pig-headed frivolity on the Matterhorn

Car l'existence de canons à neige dans certaines stations huppées alors que les glaciers fondent y est tenue pour preuve de l'absence de toute politique environnementale en Suisse, de l'indifférence de son gouvernement à l'égard du réchauffement climatique! Au moment même où la Suisse annonce l'entrée en vigueur dès janvier 2008 de la taxe suspensive sur le CO2 dont elle peut légitimement être fière... Moritz Leuenberger, ministre du développement durable, de l'environnement, de l'énergie et des transports, doit apprécier.

Mais Greenpeace arrive à la rescousse... et organise une "installation" (on ne dit plus performance?) d'une foule nue allant à la rencontre d'un glacier pour être photographiée par Stephen Tunick. Ce sera le week-end des 18-19 août, pour s'inscrire c'est ici (et on est prié de ne pas venir en avion!).

mardi 17 juillet 2007

Transplantation: comment le marché peut accroître l'offre

J'en avais déjà parlé succinctement ici, mais Tim Harford (The Undercover Economist, maintenant sorti en paperback) explique lumineusement, dans sa dernière chronique du FTweekend, le fonctionnement d'un système d'échange de reins en vue de transplantation pratiqué aux Etats-Unis (et en voie d'être introduit au Royaume-Uni). Non, il ne s'agit pas du tout de tomber dans la marchandisation du corps humain, mais bien de faire appel à la réflexion économique pour répondre à la demande croissante tout en respectant un cadre éthique bannissant la contrainte (pratique semble-t-il avérée à l'égard de prisonniers en Chine) ou la commercialisation (qui a cours, curieusement, en Iran). Y a-t-il une alternative à la conséquence logique du régime de planification centralisée, évidemment animée par les meilleures intentions du monde, actuellement en vigueur: le prélèvement autoritaire sur les cadavres de personnes ne s'y étant pas expressément opposées de leur vivant[1]?

La première réponse à la pénurie a été, pour ces tissus et organes, tels le rein ou le foie, qui ne doivent pas nécessairement être prélevés sur un cadavre, de s'habituer à l'idée du donneur vivant, d'abord un parent, puis d'élargir à d'autres proches le cercle des donneurs possibles sans que l'on puisse tomber dans une situation d'exploitation. Mais la bonne volonté ne suffit pas, un degré suffisant de compatibilité est nécessaire pour que la greffe soit un succès. Ce qui conduit directement à la situation de l'échangisme entre deux paires donneur/receveur. En étendant l'exercice à trois voire quatre situations, on résout apparemment tous les problèmes de compatibilité. Et, comme le souligne Harford, l'économiste réalise ici le voeu de Keynes d'être aussi utile à la société qu'un dentiste...

Notes

[1] Avant sans doute de retirer ce droit, manifestement abusif?

vendredi 13 juillet 2007

La reine et les entubeurs

Avec le lamento à la Devedjian qu'il n'y a plus de vie privée où l'on peut décompresser entre copains et traiter[1] une concurrente de "salope"[2], le risque d'un montage manipulé est la principale crainte de ceux qui dénoncent les sites communautaires de partage de vidéos, style YouTube ou DailyMotion.

La réalité: c'est la BBC qui "sex up" la bande annonce d'une série d'émissions sérieuses sur le travail de la reine (en vue de laquelle elle a obtenu de pouvoir la suivre et la filmer dans ses activités pendant toute une année) en présentant[3] des séquences interverties pour donner un narratif plus excitant[4]. La reine aurait manifesté sa mauvaise humeur en quittant abruptement une séance de pose avec la photographe Annie Leibovitz: et toute la presse de le répéter avec un entrain moutonnier, avant que la BBC ne soit contrainte à de plates excuses. Rien de tel ne s'est produit.

La reine n'a pas exprimé un ras-le-bol rageur devant les singeries qu'on lui demande d'accomplir, après avoir planté là une Leibovitz médusée. Elle est arrivée à la séance de pose en "full regalia" comme convenu, avec le professionnalisme qu'on lui connaît, tout en exprimant mezzo voce une lassitude résignée à sa dame de compagnie[5]. Et si elle a refusé une suggestion d'enlever la tiare, elle n'a pas pour autant interrompu la séance (voir la photo).

En l'occurrence ce sont donc les professionnels du service public[6] qui ont trahi la confiance à la fois du public[7] et de la reine, dont l'expérience n'incitera pas de sitôt d'autres personnalités tels que politiciens ou patrons à ouvrir ainsi leur vie quotidienne à la curiosité qu'on ne supposerait pas nécessairement illégitime des médias.

Lorsque des internautes mettent en ligne des "montages" et non des séquences brutes, ils sont eux clairement de l'ordre de la parodie, ou alors du clip politique, et aisément identifiés comme tels par le spectateur, pas des manipulations avec intention de tromper sur les faits. Et leur effet dévastateur n'est pas près d'atteindre celui d'un opérateur national[8] qui jouit d'une communication à sens unique[9] là où la toile s'auto-corrige: un montage manipulateur serait aussitôt dénoncé comme tel par le même canal sans avoir jamais passé le seuil de la crédibilité publique[10].

COMPLEMENT DU 05.10 à 23H45: Le directeur des programmes de BBC1 (voir note 4) vient enfin de démissionner. L'un des éléments décisifs à son encontre est le fait que le jour même à 19h il avait pu prendre conscience de sa bévue mais n'en a pas informé les médias qu'il avait régalé de son petit effet, ce qui a valu les manchettes du lendemain -- au lieu d'une story avortée pour la promotion de la série (au mieux) ou d'une info, de toute façon bien plus modeste et sans effet durable, sur le quiproquo (au pire).

Notes

[1] Affectueusement, au fond.

[2] Critique d'autant plus déplacée en l'occurrence que la séquence en question était dûment filmée par un professionnel de la télévision.

[3] A l'insu de son plein gré, apparemment.

[4] Et avec quelle délicatesse le directeur de la chaîne l'a-t-il présenté: "a very memorable little sequence", "Definitely the memorable bit is Leibovitz getting it wrong and the Queen losing it a bit and walking out in a huff."

[5] Et si l'on disait "assistante", comme pour n'importe qui d'autre, ça n'aurait même pas l'air kitsch. Ce qui me fait penser à cet "officier de sécurité" dont on a appris qu'ils suit comme son ombre Villepin (même retraité) ou Cécilia Sarkozy car il doit tenir le portefeuille!

[6] Qui ne sauraient invoquer comme circonstance atténuante, comme ils le font sans pudeur, le fait qu'ils avaient externalisé l'émission.

[7] Y compris leurs confrères des médias, qui aujourd'hui ne sont pas tendres...

[8] Ou, dans un autre d'idée, d'un cinéaste, à la Michael Moore.

[9] Avant qu'elle lui revienne occasionnellement comme un boomerang.

[10] Exemple: les révisionnistes du 11 septembre 2001.

mercredi 11 juillet 2007

Le Tour comme randonnée

Troisième jour, et je suis déjà un accro de la rubrique. L'idée: Guillaume Prébois, un journaliste cycliste du Monde, parcourt la veille l'intégralité de l'étape qu'effectueront les coureurs du Tour de France. Mais lui ne fait pas la course, même si, à plus de 30 km/h de moyenne, il ne se promène pas vraiment le nez en l'air: il raconte la route. Dans le quotidien, c'est une colonne toute simple. Sur lemonde.fr, il y a de la vidéo, plein de compléments d'information et un bilan de santé. Ou on peut aller voir un site dédié à l'aventure. Voire lire le blog de l'équipier italien, Fabio Biasiolo.

dimanche 8 juillet 2007

Ouverture ou présidentialisation?

Décidément, Nicolas Sarkozy s'y entend à déranger! Au point de faire perdre le sens commun aux socialistes, qui en viennent à mélanger des situations complètement différentes et à vouloir "punir" certains des leurs par simple bêtise. Reprenons.

Eric Besson est un transfuge; il a eu son chemin de Damas qui l'a conduit de Royal à Sarkozy: c'est une chose. Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Martin Hirsch, Fadela Amara sont des personnalités qui en réalité n'engagent qu'elles-mêmes; chacune dans son domaine de compétence, elles ont été convaincues par Sarko qu'elles pourraient travailler avec lui, et ont accepté de devenir ses subordonnées: elles pensent pouvoir inspirer et mettre en oeuvre la politique à laquelle elles croient personnellement, mais en définitive cela ne vaudra que si elles le convainquent[1] (si ce n'est pas le cas, il leur restera la douloureuse décision de partir ou de rester). Jean-Marie Bockel, comme je l'ai déjà souligné, est le seul vrai débauchage d'un responsable élu, sans même l'honnêteté d'un Besson.

Tous ceux-là sont désormais liés par la solidarité gouvernementale. Rien de tel, en revanche pour un Hubert Védrine chargé d'une mission sur la mondialisation, ou un Jacques Attali sur la coopération au développement: par définition, eux ne sont liés en rien, ne sont subordonnés à personne, bien au contraire on leur demande d'exprimer leurs idées, sous leur propre nom (dont le président et son gouvernement pourront ensuite faire des choux et des pâtés). On comprend le sentiment des UMP qui se disent "chez nous il n'y a pas que des cons", mais bien stupides seraient ceux qui refuseraient une telle offre. Et si la gauche a quelque chose de spécifique et d'intelligent à dire sur le sujet, elles aurait bien tort de ne pas dire "chiche". Il en va de même pour la commission de réflexion sur la modernisation des institutions pour laquelle Jack Lang[2] est pressenti aux côtés d'Edouard Balladur (ancien premier ministre qui réussit la performance d'être considéré comme centriste ou libéral alors que son pedigree gaullo-pompidoliste est impeccable) et Pierre Mazeaud (ancien président archéo-gaulliste du Conseil constitutionnel): on ne lui demande en rien de se renier, seulement d'apporter sa vision critique et créative.

Le soutien à une candidature de Dominique Strauss-Kahn comme directeur du FMI est encore dans un troisième genre: c'est plutôt si Sarko s'y opposait qu'on serait dans un scandaleux règlement de compte franco-français[3] au détriment d'un processus normal de désignation de candidats puis de sélection parmi les quelques papables à ce genre de poste, tous plus ou moins anciens ministres des finances.

Plus profondément, la démarche de Sarko me paraît cohérente dans l'inflexion de la pratique institutionnelle, toujours moins parlementaire et plus présidentielle (et la "bronca" socialiste dénoter un profond malaise qui souligne l'attachement archaïque au parlementarisme façon IVe, tellement plus "collectif"). Le parlementarisme postule le dualisme majorité/opposition et sa montée en épinge, la figure unitaire, polarisatrice du président pousse, elle, au rassemblement le plus large possible[4]: Giscard l'avait théorisé avec ses "deux Français sur trois", Rocard avait tenté de le mettre en pratique comme premier ministre mais en fut empêché par Mitterrand. Dès lors le débat se reporte sur chaque objet (et sur les faits et les effets[5]) au lieu de renvoyer au "grand tout primordial" (et à la seule idéologie tenant lieu de prêt-à-penser). Dans un régime fondé sur l'indépendance entre l'exécutif et le législatif, l'exécutif s'efforce par nature d'élargir son assise, de séduire la minorité sur la forme ou sur le fond, alors que le régime parlementaire pousse au fond à souligner ce qui sépare majorité et opposition. Elle implique aussi que, contrairement à l'usage français né de la nature encore mixte de la Ve République, en cas de majorité parlementaire ne coïncidant avec la couleur politique du président[6], celui-ci ne devienne pas impuissant pour autant, ne perde pas la responsabilité de l'exécutif et du choix des ministres: on l'a vu régulièrement aux Etats-Unis, lorsque le président n'a pas de majorité au Congrès il ne cesse pas pour autant de nommer les ministres de son choix, de de son bord (simplement ils se montrent aptes à composer et ils appliquent une politique le cas échéant sérieusement revue).

Et ça, je me demande si les Français sont prêts à l'accepter, tant c'est une prise en compte de la complexité de la vie en société qui paraît contredire le simplisme des conceptions politiques en vigueur...

Notes

[1] Le vrai précédent, ici, c'est Françoise Giroud qui après avoir appelé à voter Mitterrand contre Giscard d'Estaing en 1974 s'est laissée convaincre par celui-ci d'accepter un secrétariat d'Etat à la Condition féminine (en quoi elle a eu à mon sens entièrement raison).

[2] Dont les paillettes tendent à faire oublier qu'outre son expérience gouvernementale il a aussi été prof de droit public.

[3] Peut-être se souvient-il de l'erreur de la droite, après 1988, qui a refusé tout concours quand Jospin a été tenté d'abandonner la politique active au profit d'une ambassade au Mexique...

[4] Y compris quand le président polarise négativement, cf. Bush en ce moment: dans ce cas même sa majorité préfère s'afficher avec la minorité! ;-)

[5] Personne ne détenant la seule vérité, ou ayant juridiquement tort parce qu'il serait politiquement minoritaire, mais chacun contribuant au débat au gré de la force de ses idées et de ses expériences ou de celles des électeurs de sa circonscription.

[6] Ce que l'actuelle succession de l'élection présidentielle et de celle de l'Assemblée nationale ne rend nullement impossible: un président élu de justesse, une majorité faible ou relative, et tant que la dissolution existe la possibilité qu'elle soit utilisée, recréant une dissociation entre les deux élections, et bien sûr le risque qu'elle ne se traduise pas par le résultat attendu...

samedi 7 juillet 2007

Boucs-émisssaires populistes: en attendant une troisième voie

L'absentéisme à son blog, qu'on croyait de brève durée, semble avoir débouché sur une spirale infernale. Comment raccrocher? Aujourd'hui, on se contentera de réentrer par une petite porte (qu'on enfoncera ouverte): un commentaire fait à cet article de Domaine Public, des propos qui sans doute ont été tenus des dizaines de fois, mais que l'on pourra se sentir légitimé à tenir tant qu'une réponse inspirante et libératrice ne se sera pas fait entendre.

jeudi 5 juillet 2007

Deux Palestine ou une grande?

La libération du journaliste Alan Johnston apporte un témoignage éloquent de l'efficacité du Hamas face au fractionnisme, et de son désir de faire de Gaza une vitrine de respectabilité contrastant avec la corruption et l'impuissance de l'Autorité palestinienne. Cette dernière ne s'exerce plus que sur l'autre des "territoires", la Cisjordanie, avec désormais son afflux de réfugiés politiques en fuite et ses représailles à l'égard des partisans locaux du Hamas (qui sont parfois des élus). Une de ces transformations du paysage à la fois inattendue et imparable, un de ces faits accomplis qui, s'il ne se dissout pas très vite, peut prendre racine et se développer. Mais l'éternité n'est jamais garantie: voyez la République démocratique allemande (qui elle aussi devait afficher une supériorité morale face à la RFA).

Mais ce n'est pas tant à cela que me faisait penser la proclamation du "Hamasland": par la distance entre les deux territoires concernés elle me rappelait plutôt la manière dont le Pakistan oriental a proclamé son indépendance au début des années 70 pour devenir le Bengladesh; mais l'armée indienne avait alors joué un rôle décisif pour soutenir la rébellion de Mujibur Rahman, alors que ce n'est pas le cas d'Israël pour la séparation de Gaza et de la Cisjordanie. Qui renvoie peut-être, en réalité, bien davantage à un autre précédent: la fuite de Tchang Kai-tchek et du Kuomintang vers l'île de Formose devant l'avance communiste sur le continent. Dans deux ans cela fera 60 ans que la Chine populaire et Taiwan se regardent en chiens de faïence. L'austère régime communiste (pas tant que ça pour tout le monde, comme on le sait) a évolué vers un capitalisme de parti unique qui ne saurait durer tandis que le régime nationaliste s'est transformée en vraie démocratie moderne.

A se demander si, tant qu'à faire, ne va pas ressurgir un cas de figure prêté à Golda Meïr: le rattachement des Palestiniens[1] non pas aux seuls "Territoires", respectivement égyptien et jordanien jusqu'à la guerre de 1967, mais à la Jordanie dont ils composent apparemment la majorité de la population, qui y gagnerait, si je puis dire, un accès à la Méditerranée. Tony Blair n'a certainement pas hérité une sinécure avec le job de représentant du Quartet sur place!

Notes

[1] Dont l'opération de l'armée libanaise en cours rappelle incidemment que, près de 60 après la proclamation de l'Etat d'Israël au cours d'une partition inachevée par défaut, ils sont toujours traités en réfugiés en transit par les pays riverains, ce qui assure aussi une raison d'être à une bureaucratie onusienne locale.

lundi 2 juillet 2007

50 ans plus tard, VGE tient la distance

Le Monde a eu la bonne idée de revenir sur le débat du 2 juillet 1957, à l'Assemblée nationale, du Traité de Rome créant la CEE. On y découvre le député Valéry Giscard d'Estaing, qui ne prend pas de gants pour énoncer cette prétention française si insupportable et si contraire à tout esprit communautaire:

Je souhaite (...) que nous poursuivions (...) le maintien de l'affirmation de la vocation de notre pays à penser, à éclairer et, peut-être, à diriger cette construction continentale

Dans cette veine, on entendait Hubert Védrine hier après-midi sur BBC Radio 4 parler de cette nation qui se croit unique, dotée d'un rôle particulier dans le monde etc. Nous étions morts de rire car il expliquait par là l'anti-américanisme!

La continuité dans l'engagement européen de Giscard est en tout cas remarquable: il y a ouvert il y a 15 jours son blog "pour la démocratie en Europe"! Qui paraît trouver son style et son rythme de croisière, après les 114 commentaires suscités par le premier billet.

VGE ne fait sûrement pas ça tout seul, mais il est bien conseillé: suffixe en .eu, Dotclear, licence Creative Commons, tout y est!

dimanche 1 juillet 2007

Une présidence encore très distante?

Intéressant portrait de David Martinon, porte-parole du président de la République, dans Le Monde. Où l'on apprend au détour d'une phrase qu'il tient un point de presse (comme tous ses homologues des démocraties occidentales depuis au moins Pierre Salinger pour John Kennedy), mais... hebdomadaire et non quotidien ou bi-quotidien! Sarkozy serait-il un roi fainéant? ;-) Voir la situation britannique ici.

PACS, partenariat, mariage: confusion et désinformation

En marge de la Gay Pride (comme on ne dit semble-t-il plus) de Paris, Le Monde annonce sur quatre colonnes:

Le gouvernement prévoit une union civile pour les homosexuels et des droits pour les beaux-parents

Quand on lit, on s'aperçoit qu'il ne s'agit pas du tout d'une annonce gouvernementale calculée pour tomber au bon moment, mais d'un simple rappel des engagements de Nicolas Sarkozy (le projet de loi est prévu pour l'automne) afin de donner l'occasion aux éternels insatisfaits de faire la fine bouche:

"Nous ne voulons pas d'un statut ghetto qui nous enfermerait dans une logique communautaire, souligne Alain Piriou, le porte-parole de l'Inter-LGBT, qui organise la Marche des fiertés. Le pacs n'a pas été réservé aux homosexuels mais ouvert à tous les couples. Nous demandons l'ouverture du mariage aux couples homosexuels."

Mais surtout, Le Monde persiste à présenter un tableau fantaisiste du statut des couples de même sexe dans divers pays, qui a l'avantage de laisser croire aux Français qu'ils ont bien sûr joué un rôle pionnier avec l'introduction du PACS en 1999:

Si la France créait ce statut (d'union civile), elle rejoindrait les pays européens qui se sont engagés dans cette voie depuis six ans. Le Danemark - le premier pays à autoriser le mariage gay, en 2001 - a été suivi deux ans plus tard par la Belgique, puis par l'Espagne tandis que la Grande-Bretagne créait en 2005 un partenariat civil ouvrant les mêmes droits que le mariage.

En réalité, c'est en 1989 que le Danemark a introduit une révolution tranquille: un statut de partenariat enregistré (union civile) conférant aux couples de gays et de lesbiennes des droits analogues à ceux que le mariage confère aux couples hétéros. L'exemple a immédiatement été suivi par d'autres pays, de sorte que le PACS a en réalité représenté une régression[1], mais n'a fort heureusement été que peu imité. Le partenariat enregistré continue de se généraliser dans le monde occidental (il s'étend actuellement parmi les Etats des Etats-Unis, puisque ce sont eux et non le pouvoir fédéral qui sont compétents). Quelques pays et Etats ont, eux, choisi la voie de la dématrimonialisation du mariage pour en faire une institution s'appliquant aux couples de sexes opposés comme aux couples de même sexe (voir aussi ce billet, ou alors nos oeuvres complètes sur le sujet).

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY LE 01.07 à 19h45: Hier samedi, j'étais à la fête qui suivait l'enregistrement du partenariat de deux jeunes amis très engagés pour la cause gaie dans leur région (Jura suisse). Je ne sais pas combien de temps durera ce paradoxe (peut-être toujours?): à savoir que c'est justement la non-singularité de l'événement et de la fête (à part la singularité des personnes, des dynamiques familiales, et autres interactions) qui constitue une singularité. La ressemblance en tous points à une fête de mariage qui est rassurante et déroutante à la fois. Le père d'un des deux partenariés l'a bien compris, et dans son discours, il n'a pas joué la banalité. Il a témoigné de ce que l'homosexualité n'allait de soi ni pour les intéressés, ni pour leurs parents. Malgré (ou en raison de) sa sobriété extrême et des touches d'humour apportées, le discours n'a pas ému aux larmes que son principal destinataire.

Notes

[1] Régression hypocrite, puisqu'on cache le scandale de l'inégalité des couples de même sexe derrière le soi-disant "besoin" d'un statut intermédiaire entre "vivre ensemble" (concubinage) et le mariage pour les couples hétéros, régression dans les droits conférés du coup, car comme ce statut doit être inférieur au mariage pour les hétéros, il l'est du coup aussi pour les homos.

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