juin 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

jeudi 28 juin 2007

Brown moins bon que Sarko

On peut maintenant comparer les deux transitions, comme on dit en américain, celle de l'administration Chirac(-Villepin) à l'administration Sarkozy(-Fillon), en France, et celle de l'administration Blair à l'administration Brown au Royaume-Uni. Car dans les deux cas on est en présence d'une relève de l'équipe au pouvoir à l'intérieur du même camp, après respectivement 5 ans[1] et 10 ans.

Qu'il s'agisse du fond comme de la forme, il me semble que Sarko a pris un bien meilleur départ que Brown. Certes la "rupture" avec Chirac (dont la vacuité du bilan, comparé à Blair, paraît évidente, l'Irak tenant lieu chez l'un de seul élément positif et chez l'autre de seul élément négatif) était facile et indispensable alors que Brown a la mission plus délicate de s'appuyer sur un acquis en amenant du neuf pour incarner un second souffle. La comparaison des deux gouvernements est significative: dans les deux cas il y a quelques tentatives intéressantes de bousculer les blocages administratifs, sans qu'on puisse dire encore si on ira jusqu'au bout; mais parité du cabinet en France, féminisation en régression au Royaume-Uni[2], un jeu de chaises musicales un peu incertain à Londres[3], des nominations emblématiques à Paris, où les "coups" politiques ont été réels en nombre et en qualité alors qu'ils se limitent à quelques pétards mouillés de l'autre côté de la Tamise.

Pas de quoi effacer en tout cas la chorégraphie parfaitement réussie du départ de Blair, du discours dans sa circonscription le 10 mai pour annoncer son retrait jusqu'à celui du 27 juin (même lieu, même public) pour annoncer sa démission du parlement[4] en passant par la tournée d'adieux, le G8, le Conseil européen et la résolution de la crise institutionnelle[5], la standing ovation à la Chambre des Communes et ce nouveau défi de représentant du Quartet pour la paix au Proche-Orient... La suite sur www.tonyblairoffice.org!

COMPLEMENT DU 06.07 à 22h15: Pour mémoire je n'écrirais plus comme ça ce billet. Car si j'étais bien, comme en France, après la deuxième vague des nominations, j'oubliais qu'au Royaume-Uni il y en a une troisième: au total relèvent du premier ministre 108 personnes (lu l'autre jour), ou 93 (le Telegraph d'aujourd'hui). Et là Gordon a réussi de meilleurs "coups": imaginez Royal nommant ministre un ancien dirigeant du patronat[6]. Ce qui accentue encore le parallèle avec Sarko: les deux sont déterminés à occuper la totalité du champ politique, à asphyxier l'opposition par leurs initiatives et leurs manoeuvres de séduction individuelle. Provoquant, logiquement, la même réaction: certains travaillistes maugréent comme à l'UMP. Brown a par ailleurs lancé un chantier de réforme institutionnelle parfaitement dans l'esprit modernisateur de la troisième voie, et sa réponse aux attentats de la semaine dernière a été impeccable: différente sur la forme (ni prêche, ni messianisme) mais tout aussi ferme sur le fond (en soulignant l'ampleur de la menace et de la réponse diversifiée à lui apporter en comparant la situation à la guerre froide): il est parti pour faire voter le solde du renforcement des pouvoirs d'enquête de la police sur lequel Blair avait été contraint d'accepter un compromis.

Notes

[1] Puisqu'on ne peut pas raisonnablement imputer à Chirac les 5 ans du gouvernement Jospin qui furent la meilleure partie de ses 12 ans de présidence...

[2] Dans les deux pays une femme dirige désormais le ministère de l'intérieur, mais je ne vois pas d'équivalent de Rachida Dati dans le gouvernement Brown (où certes c'est le fait qu'il n'y a plus qu'une ministre émanant d'une "minorité visible" qui est relevé).

[3] Même si c'est évidemment une bonne chose qu'il n'y ait pas eu de chasse aux blairistes.

[4] Très inhabituelle pour ne pas dire jamais vue dans les annales britanniques, mais tout à fait conforme avec la rupture radicale que Blair représente personnellement dans la classe politique du royaume, dont Brown est lui un parfait spécimen.

[5] Le projet de nouveau traité s'ajoutant à tous les autres a tout du compromis laborieux, mais il ne fait que remplacer un traité constitutionnel qui aurait lui aussi eu bien des défauts s'il était entré en vigueur (et aurait certainement été plus difficile à faire évoluer par la suite). Il est évidemment d'une drôlerie irrésistible de voir le même (projet de) texte présenté, de retour dans leur capitale, par les uns comme très différent et par les autres comme substantiellement identique au traité constitutionnel...

[6] Pour autant que cela ne se termine pas comme Léon Schwartzenberg sous Rocard, car Digby Jones n'a pas la langue dans sa poche.

jeudi 21 juin 2007

Bockel, c'est autre chose

Je médite ce billet depuis deux jours, mais je vais pouvoir faire court car Hugues en a déjà écrit un bon bout: il s'agit de l'entrée dans le gouvernement Fillon du sénateur-maire socialiste de Mulhouse, Jean-Marie Bockel. Qui n'a pas simplement disjoncté comme Eric Besson, qui n'est pas seulement une individualité comme Kouchner ou les autres, mais qui fait (faisait) véritablement partie de la tribu: leader local et même leader idéologique, puisqu'il était aussi l'animateur du courant social-libéral au PS (qui avait présenté sa propre motion au congrès avant de se fondre dans la majorité).

Et c'est là où le fait que Bockel a cédé à la manoeuvre de Sarkozy fait mal: pour lui qui récolte un maroquin (plutôt minable, non? Secrétaire d'Etat, pas même ministre, et à la coopération, écartelée entre Kouchner et Hortefeux), que deviennent ceux qui lui ont fait confiance? En un mot comme en cent, il les abandonne. Une pensée amicale pour Réformisme & Rénovation (aussi ici): ceux qui ne quitteront pas, dégoûtés, l'action militante devront encore plus qu'avant se justifier de ne pas être les parias du parti. Il abandonne aussi celui-ci, renvoyé à ses démons[1]: "Bockel a toujours été de droite, les sociaux-libéraux ne sauraient être de gauche"... Sans parler de son équipe municipale. Quel gâchis!

A relire aussi cette réflexion de Verel: "mûrir dans sa tête".

Notes

[1] Son attitude n'a rien du panache de la Bande Quatre quittant le parti travailliste pour aller fonder le SDP.

mardi 19 juin 2007

"Voler le bus"

Une expression lue dans Le Monde l'autre jour. C'est un clandestin (à la peau noire, mais dont rien ne dit qu'il est homo ou musulman modéré) qui expliquait que, dans sa situation, il ne prenait pas le risque de resquiller dans les transports publics.

Comme "sans papiers", "Black", "gay" ou "musulman moderne", mais elle dans un sens judicieusement stigmatisant, il me semble qu'elle a ce pouvoir mystérieux de changer le regard sur la chose. A tester la prochaine fois qu'un ado de mon entourage se croit malin et fier de son acte.

Parité: pour ne plus se payer de mots

107 femmes, 506 470 hommes: tels sont les 577 représentants de la nation française au terme des élections législatives. Quatorze pays de l'Union européenne ont un moindre écart entre les sexes au sein de leur parlement. On se console comme on peut avec Eric Fottorino dans Le Monde:

(L)a France est passée d'un coup du 86e au 58e rang des Etats pour la féminisation de leur parlement... (N)otre pays, avec 18,54% de femmes au Palais Bourbon, se place malgré tout au-dessus de la moyenne mondiale de représentation féminine (17,1%), entre le Venezuela et le Nicaragua.

La différence, c'est que les autres ne se prennent pas pour le nombril du monde. Et ils n'ont pas, eux, proclamé la "parité" comme ardente obligation dans leur Constitution, avec cette emphase si caractéristique du français, pour faire en réalité preuve d'une pusillanimité tout aussi caractéristique dans le dispositif: c'est le gag des "décrets d'application" qui ne sont pas pris avec lequel on fait rire des générations d'étudiants en droit constitutionnel en Suisse romande. La France, c'est hélas souvent davantage le Topaze de Pagnol que L'esprit des lois de Montesquieu.

Or la parité est un concept remarquablement simple: c'est l'égalité entre deux termes. Et elle se prête particulièrement bien à la représentation parlementaire de la nation. Cette dernière est constituées de personnes humaines ayant le droit de vote, égales en droits et en dignité. Il se trouve que ces personnes ne sont pas pour autant semblables: elles sont mêmes toutes différentes. Mais chacune est, irréductiblement, soit un homme, soit une femme[1]. Et cette altérité originaire joue un rôle si fondamental dans la société (et a eu, continue d'avoir, pour les femmes des effets discriminants tels) qu'il se justifie parfaitement de veiller à la faire respecter en assurant la parité, ni plus ni moins, dans les structures représentatives[2].

Ce qui n'est nullement aussi compliqué voire antidémocratique qu'on veut le faire croire ou le démontrer en mettant en place des mécanismes centré sur les modalités de candidatures (avec carottes et bâtons financiers dérisoires), ou alors en stimulant une compétition entre les sexes, des quotas mécaniques et des atteintes à la liberté de l'électeur (réputé inclure l'électrice).

Vous voulez une Assemblée nationale élue au scrutin majoritaire à deux tours qui soit paritaire hommes/femmes? Divisez par deux le nombre de circonscriptions et prévoyez l'élection dans chacun d'entre elle d'un député et d'une députée[3]: chaque parti présente (peut présenter) deux candidats, un homme et une femme, chaque électrice ou électeur vote (peut voter) pour l'un des candidats hommes et l'une des candidates femmes[4].[5]

Alors, chiche? En Suisse je compte bien formuler la proposition pour le parlement cantonal de Genève à l'occasion de la prochaine Constituante: plutôt que 100 sièges répartis à la proportionnelle, l'élection de 50 hommes à la proportionnelle et 50 femmes à la proportionnelle.

Notes

[1] On peut passer de l'un à l'autre, comme le démontre la candidate transexuelle dont Le Monde a présenté le portrait, mais on ne peut pas être les deux à la fois, et on ne peut pas être autre chose: l'état civil est souverain.

[2] On assure ainsi un vivier équilibré pour la sélection des personnes appelées à des fonctions exécutives: mais je ne vois nullement l'intérêt d'empêcher qu'une majorité des ministres (ou des maires) soient des femmes!

[3] Le nombre impair des membres du parlement est un mythe qui n'a aucune nécessité juridique ou pratique. Il n'empêche nullement des votes avec égalité de voix de se produire, d'ailleurs. Il y a là aussi des règles de procédure toute simple: la personne qui préside ne vote pas et tranche en cas d'égalité, elle vote et sa voix l'emporte en cas d'égalité, la proposition qui n'a pas recueilli un nombre d'approbations supérieur aux refus est rejetée, ou bien, si elle émane du gouvernement ou de la commission, elle ne l'est que si le nombre de refus est supérieur...

[4] Lorsque l'enveloppe de vote contient deux bulletins pour des candidats de même sexe, les bulletins sont nuls.

[5] Dans quelques cas, on se retrouvera avec deux élus de la circonscription de camps opposés; mais cela n'a pas de signification nationale, et jouera dans les deux sens. Dans d'autres, en revanche, cela facilitera ces bonnes manières entre alliés qui conduisent aujourd'hui à tenir pour manoeuvrable à merci un électorat trop fidèle: au moins l'un des deux élus sera vraiment de mon parti, seul l'autre sera ce parachuté décidé par un état-major lointain pour permettre à une fraction grotesque d'avoir le sentiment d'exister.

lundi 18 juin 2007

Bombe gay (prendre les choses par le bon bout)

Au retour de vacances en Finlande avec une incursion en Laponie (sur lesquelles je reviendrai peut-être), les premiers titres sur lesquels je tombe concernent un certain 2ème tour. Dire (sans vouloir offenser une partie de notre lectorat) que j'ai pu vivre plus d'une semaine sans y penser un seul instant!

C'est un autre sujet qui m'interpelle: la bombe gay. Essayant d'en tirer une morale américanophile primaire - parfois c'est difficile - vierge de tout prosélytisme sectoriel, je trouve ceci:

Un pays de liberté et de démocratie, c'est un pays où existe la liberté d'avoir les idées les plus folles (c'est bien l'occasion de le dire) et la possibilité de les envisager systématiquement sous tous les angles et de les prendre par tous les bouts, y compris dans le sein de l'institution militaire.

CQFD

dimanche 17 juin 2007

On votait aussi en Suisse

Le scrutin, ouvert depuis 3 semaines, s'est clos à midi et les résultats ont été connus dans l'après-midi. C'est dire que je ne suis pas en avance avec la mise en ligne des affiches de la campagne seulement maintenant! ;-)

  • La réforme de l'assurance-invalidité fédérale a été adoptée. Elle vise à réduire le coût de ce volet de la sécurité sociale, en très forte augmentation, par une intervention précoce ayant pour but la réadaptation des personnes à leur condition en vue de leur permettre de conserver une capacité lucrative autonome. Défaite honorable pour les auteurs de la demande de référendum qui comme les affiches le montrent, ne voyaient qu'égoïsme et mépris pour les souffrances des intéressés à la base de ces économies. On saura s'ils avaient raison seulement lors du prochain round: ce "durcissement" (les Anglo-Saxons parlent depuis Clinton de tough love pour ce type d'approche selon lequel l'octroi généreux d'une rente est aussi une forme d'exclusion culpabilisée, à la Ponce-Pilate) devait officiellement être accompagné d'un renforcement du financement de l'AI, qui n'est pas acquis d'avance et remettra en cause la politique proposée s'il n'intervient pas.
  • A Genève, trois objets avaient trait à la modernisation de la gestion du vaste secteur para-public cantonal (aéroport, transports publics, énergies de réseau). Ils étaient combattus par l'extrême gauche anti-libérale qui y voyait l'amorce d'une privatisation qui n'existe que dans ses fantasmes, mais qu'un refus aurait finir par rendre attractive... Les trois objets ont été adoptés.
  • Objet cantonal genevois aussi, une loi sur les chiens (c'est un sujet chaud ces temps un peu partout, non?) a été adoptée.

P.S. N'ayant toujours pas pris le temps de réparer mon bug avec le plugin Dotclear qui me permettait précédemment de mettre en ligne des albums de photos dont je maîtrisais tous les aspects sur ce blog, j'ai voulu utiliser ImageCave, service gratuit sur lequel j'avais placé les affiches de la votation du 17 mars 2007. Mais ce fut pour découvrir que mon compte était suspendu! J'ignore pourquoi (et depuis combien de temps), je ne crois en particulier pas avoir enfreint les conditions d'utilisation de ce site; ils n'ont pas non plus répondu à mon courriel. Je ne puis donc que déconseiller ImageCave à celles et ceux qui me lisent, faites passer... Et j'ignore à vrai dire pourquoi je n'avais pas alors utilisé Flickr, du groupe Yahoo, sur lequel j'ai un compte depuis longtemps et qui marche très bien! Il est en particulier facile de transférer d'un coup toute une série de fichiers. J'y ai donc rapatrié aussi les affiches de la votation de mars.

samedi 16 juin 2007

Culture du débat et culture du compromis

DebateMapper est né dans une culture anglo-saxonne qui valorise la confrontation, tant par le sport que par la parole: les debating societies sont un élément de la vie scolaire puis universitaire. Leur horizon est bien sûr la Chambre des Communes, parlement par excellence qui fixe le standard suivi: une proposition (au sens grammatical) sous forme de motion est défendue, respectivement combattue par les orateurs (deux, ou alors deux équipes), puis on passe au vote des membres ou du public qui a assisté à la joute. Les figures de la rhétorique sont ici enseignées et les élites les emploient en connaissance de cause.

Les Britanniques ont beau partager avec les Suisses une méfiance certaine à l'égard du brillant superficiel de certains Français (qui s'autoproclament "intellectuels" sans la moindre self-deprecation de rigueur de ce côté de la Tamise), la fascination pour la beauté du discours me paraît cependant un élément de similarité frappant entre les deux cultures, la britannique et la française[1].

La Suisse est différente: nation composite et multilingue où l'on peut vivre ensemble parce que l'on ne se comprend pas, ces délices de l'esprit ne sont pas pour elle. Ce qui compte c'est l'intérêt, la recherche du compromis majoritaire, qui se construit laborieusement et doit en même temps respecter, ménager les minorités (elles feront elles-mêmes partie d'autre coalitions majoritaires). Mais cette culture est aussi celle qui imprègne toute la construction européenne! Jean Monnet était certainement le plus suisse des Français. Le parlement européen est par nature incapable de débattre[2], de voter sur la base d'arguments: comme le parlement fédéral suisse, il n'est là que pour formaliser, mettre en scène des accords noués en commission ou entre groupes parlementaires, en tenant compte aussi du vote des Etats qui s'exprimera au Conseil des ministres qui tient lieu de chambre haute.

En Suisse, ce sont les initiatives populaires qui jouent le rôle des debating societies au Royaume-Uni[3]. Elles n'ont que l'apparence d'une proposition sur laquelle on vote par oui ou par non. D'une part, elles peuvent être déjà la recherche d'un compromis. D'autre part, ce qui compte, ce n'est pas le vote (l'immense majorité des initiatives sont rejetées) mais les retombées ultérieures, en termes d'émergence de nouveaux acteurs à intégrer au jeu (les écologistes, par exemple), de coalitions nouvelles, de nouvelle manière de formuler un problème ou des solutions. Une raison de plus de souhaiter leur introduction au niveau européen: pour que le débat transversal puisse au moins naître sans être confisqué par les gouvernements nationaux.

Notes

[1] La supériorité de la forme anglaise, toutefois, c'est qu'elle tend obligatoirement vers l'acceptation majoritaire et a donc un souci de faisabilité, alors que la française paraît se repaître de l'obscurité incompréhensible et de l'adversité minoritaire... ;-)

[2] La traduction simultanée par vagues successives décourage toute tentative d'humour.

[3] Dont les objets de discussion préfigurent et préparent les évolutions de la société.

vendredi 15 juin 2007

Un outil collaboratif pour la transparence du débat

Je connaissais déjà les conférences de consensus, cette confrontation d'expertises, d'intérêts et d'opinions destinée à dégager une "décision" informée par un groupe de personnes représentatives du public sur des sujets complexes (de l'énergie nucléaire aux transplantations d'organes). Et il y a bien sûr le wiki, cet outil du web pour structurer et compléter de manière collaborative un document en ligne.

Mais en marge du débat lancé par Blair sur le rôle des médias dans la vie publique, je tombe sur DebateMapper: un instrument spécifiquement destiné au développement et à l'évaluation d'une argumentation autour d'un sujet donné. Concrètement, celui-ci est décomposé en une arborescence de thèmes, faits, opinions, arguments, contre-arguments etc.[1] Les branches et rameaux sont éditables (pour poursuivre le débat) et évaluables (pour faire mieux ressortir les bons, respectivement faire descendre dans la présentation les moins pertinents ou convaincants).

J'ignore s'il a été utilisé pour construire la conférence de Blair, ou si celle-ci sert seulement à illustrer son potentiel, mais c'est en tout cas fascinant. Ce qui me laisse plus songeur, c'est l'absolutisme de la rationalité postulé par une telle démarche. Après tout, la démocratie ne prétend pas prendre les meilleures décisions; seulement les rendre légitimes, acceptables.

COMPLEMENT DU 16.06 à 15h25: Reçu par courriel des compléments d'information de David Price, l'un des animateurs de DebateMapper, dont la substance est reprise ci-dessous en commentaire. Cela m'a aussi amené à changer le titre de ce billet. David souligne par ailleurs que le site met l'outil à disposition de quiconque est désireux de l'utiliser: il suffit de s'inscrire.

Notes

[1] De manière très similaire à ce que fait un étudiant armé de stabilo-boss de différentes couleurs.

Médias et débat public

Diable de Blair! S'il n'est pas rare qu'un chef d'Etat ou de gouvernement à la retraite fasse montre de lucidité, créativité et hauteur de vue, c'est plus rare d'un politicien en exercice, et plus encore au terme de 10 ans d'un mandat épuisant. Le premier ministre britannique vient pourtant de présenter un exposé charpenté sur l'évolution du débat public démocratique et des médias qui vaut le détour (compte-rendu dans The Guardian ou original texte et vidéo). C'est la huitième et dernière d'une série de conférences données par Blair sur des thèmes prospectifs.

Le phénomène qu'il décrit et qui est évidemment nourri de l'expérience britannique où les médias sont prospères et d'un très grand professionnalisme (pour le meilleur comme pour le pire), s'il est moins perceptible en France mais s'y développera inéluctablement, existe également en Suisse (où Jacques Pilet est le prophète du média d'impact). Ce qui ne veut pas dire que la solution que Blair préconise soit adéquate (ni même qu'il y ait une solution). Voir notamment la couverture, évidemment contrastée mais très complète, qu'en donne le Guardian.

Toujours la reconstruction de la gauche

Pour mémoire, Le Monde continue de publier le meilleur et le pire sur ce sujet (voir aussi ce précédent billet). Laïdi et Grunberg présentent l'antidote à l'exaspérant texte d'un blairophobe français de Londres, dont je me disais que j'aurais pu l'écrire, mais à l'endroit: pourvu qu'une scission à l'allemande débarrasse le PS d'éléments qui le plombent, la voie sociale-démocrate a "épuisé sa force propulsive" et doit aujourd'hui être dépassée à l'italienne... D'une certaine façon, 1989 conduit à refermer la parenthèse d'un clivage gauche-droite au sens étroit né en 1789, pour retrouver le clivage bien plus fondamental entre libéralisme et absolutisme ou progressistes et conservateurs.

dimanche 10 juin 2007

Alcoolisme

Le Monde de samedi publie en marge d'un article[1] un tableau sur "les décès dus à l'utilisation abusive d'alcool en 2004" tout à la fois passionnant, irritant et intriguant. Bien sûr, le décès est un indicateur un peu extrême des ravages de l'acoolisme, et il ne paraît pas forcément certain que pour d'autres indicateurs (comportement anti-social) les rapports soient les mêmes. Ici le but premier est de montrer que la Suède qui, selon un mécanisme d'auto-justification quasiment freudien, est persuadée que son monopole public de la vente d'alcool a pour but la protection de la population, n'a pourtant pas objectivement un très bon résultat: 4,1 décès pour 100'000 personnes (la population, pas les autres décès, j'imagine).

Ce qui est éclairant, c'est de comparer avec d'autres pays (les Suédois raisonnant manifestement en interne: ce serait pire autrement). Mais ce qui est irritant c'est qu'on n'a qu'un échantillon tiré d'Eurostat, pas le tableau complet. Cela donne:

Allemagne: 4,9
France: 4,5
Suède: 4,1
Finlande: 4,0
UE-15: 2,7
Royaume-Uni: 1,6
Espagne: 0,7
Grèce: 0,1

Par rapport à l'image courante d'un clivage Europe du nord - Europe méditerranéenne sur l'alcool, ce qui me sidère c'est à la fois la France mais plus encore le Royaume-Uni (ou le problème paraît pourtant endémique). Mais ce sera tout pour l'instant.

Notes

[1] Ca a l'air d'être un de ces suppléments du papier par rapport aux archives web, même si les abonnés payants à la seule édition électronique du journal l'ont aussi, pendant un certain temps, au format PDF et au format e-Paper -- publicité gratuite.

vendredi 8 juin 2007

Bonnes résolutions et appel aux conseils

Plus rien écrit sur ce blog depuis le 21 mai! Depuis une semaine j'ai toutefois une excuse en béton: mon ordinateur m'a lâché sans prévenir, après plus de 5 ans de bons et loyaux services. Vendredi passé, je consulte mon courrier à Genève le matin avant de prendre l'avion. A l'arrivée à Londres, rien à faire: c'est le bouton de mise en marche qui est cassé. Oui, je sais, ça fait très "Je change ma Rolls-Royce car les cendriers sont pleins", mais essayer de faire réparer ça[1]... Il y aussi une explication plus psychologique: mon ordinateur avait compris que je m'apprêtais à l'abandonner au profit d'un plus jeune! Ce que j'ai donc dû faire en catastrophe et non selon une transition en bonne ordre.

Evidemment ce genre de mésaventure confronte aux questions de pérennité de l'exploitation, plan de secours, résilience (comme on dit en anglais, il y a même un ministre de la résilience)... Et non, je ne suis pas un maniaque de la triple sauvegarde journalière de la totalité du disque dur (dont au moins une copie conservée hors du domicile)[2]. Mais l'inclination vers les outils en ligne dont j'ai déjà fait état sur ce blog s'est révélée fort utile: fichiers sous Google Documents et Tableurs et courriels récents accessibles dans la version webmail des différents comptes que j'utilise m'ont permis de travailler depuis un autre ordinateur avec le minimum d'inconvénients.

Je suis donc d'autant plus résolu à poursuivre dans cette voie[3], et à saisir l'occasion de ce nouvel ordinateur[4] pour introduire de nouvelles habitudes: une nouvelle vie numérique commence! N'exagérons pas quand même: j'ai renoncé à faire le saut du PC au Mac, et même à passer à Linux. Mais je suis décidé à utiliser Open Office plutôt que Microsoft Office, et Mozilla Thunderbird pour les courriels; pour ces derniers, en complément voire en alternative, je me demande aussi comment tirer le meilleur parti de mon compte Google Mail: seulement comme archive en ligne, ou aurais-je intérêt à y centraliser tous mes comptes?

Donc je me tourne vers mes bons lecteurs et bonnes lectrices: votre avis, conseil, mise en garde ou expérience m'intéresse! Et il sera certainement utile à quelqu'un d'autre s'il ne vous vaut pas ma reconnaissance éternelle.

Notes

[1] Dans un magasin ou chez le fabricant -- depuis un ami parvient à le faire fonctionner en touillant à l'intérieur.

[2] Je suis aussi preneur de suggestions sur la procédure la plus praticable, si possible automatique...

[3] Par exemple je me suis rendu compte que pour avoir accès aussi aux récents courriels envoyés, il vaut mieux les sauvegarder en les envoyant sur le serveur de courrier en copie cachée, plutôt que dans un dossier "courrier envoyé" de l'ordinateur...

[4] Un Sony Vaio VGN-C1S: ne commencez pas à m'en dire du mal!

dimanche 3 juin 2007

People et peuple

Avant de partir une semaine dans le nord du Nord, un article du Matin Dimanche me force à revenir sur le feuilleton du Grütli. Pourrai-je supporter de ne pas suivre en temps réel les prochains épisodes?

Sur la plaine mythique, les people vont concurrencer le peuple: ce sera peut-être la grande nouveauté de l'édition 2007. Les people qui sont la nouvelle aristocratie de l'ère moderne[1]. Ils sont anoblis par les médias, au nom du peuple.

D'autres renversements de paradigmes commencent à se manifester:

  • Des Genevois dont une part de l'identité consiste dans l'ignorance snob du reste de la Suisse, font savoir qu'ils et elles seront solidaires du combat de résistant de leur présidente, quitte à faire le déplacement en Suisse centrale.
  • Le patriotisme de gauche est en train d'acquérir ses lettres de noblesse auprès des people de gauche et du bon peuple, à quelques mois des élections nationales.

Bilan: les trouble-fêtes d'extrême-droite, infimes en nombre et en signification, qui représentent une compréhension ultranationaliste musclée de la légitimité populaire, vont s'avérer des auxiliaires providentiels du Parti Socialiste Suisse, en lui offrant cette occasion en or de profiler sa redécouverte du patriotisme. Et les représentants des partis de droite/centre-droite, agacés par ce cirque[2] seront bien obligés de se rallier à la fête.

Notes

[1] Noblesse d'épée pour les sportifs et les artistes qui mouillent leur chemise, noblesse de robe pour les rhéteurs

[2] La fête nationale du Pacte de 1291 est foncièrement décentralisée, célébrée dans les communes - même si elle est une création de la Suisse politique unificatrice du XIXème siècle

Calendrier

« juin 2007 »
lunmarmerjeuvensamdim
123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous