mai 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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lundi 28 mai 2007

Pentecôte, les cloches, la présidente et le Grütli

Pentecôte, fête de la communication: les témoins parlent et tout le monde entend les merveilles de Dieu;

Pentecôte, cauchemar des traducteurs: la traduction est automatique;

Pentecôte, délire d'interprétation: le phénomène est attribué à une ivresse non mystique;

Pentecôte, désespoir des communicateurs: le produit vanté est gratuit;

Pentecôte, mère de toute inspiration...

A propos d'inspiration: que notre présidente de la Confédération chante une chanson à la télévision, pourquoi pas. Que ce soit dans le cadre d'une émission dite populaire et surtout suivie par le 3ème âge[1], pourquoi pas. Cela peut faire sens, cela peut faire populaire, rapprochement du peuple, dans un sens acceptable du terme. Mais il manquait un contexte ou un prétexte. C'est ça qui m'a donné une impression de n'importe quoi. Le fait de prendre une chanson composée par un auteur suisse [2]qui a été très populaire dans diverses couches de la population était une bonne idée.

Le contenu de la chanson représentait une absence de message, et une absence de lien avec la Suisse. Cela a été revendiqué sans fausse pudeur par l'interprète, pour qui cette chanson convenait parce qu'il y est question des trois moments importants de l'existence: naître - se marier - mourir qui concernent aussi les Suisses. Le play-back et la voix noyée dans les arrangements étaient prévisibles, on a exclu toute prise de risque, c'est conforme avec une certaine image de la diplomatie suisse. Tant qu'à innover en allant chanter à la télé, on aurait pu se mouiller un peu plus. Un risque majeur a été pris cependant, assumé avec une probable délectation: celui du titre (Les trois cloches). Ou alors il y avait du 17ème degré dans l'air.

Question inspiration ou prise de risque, on aurait besoin des deux dans la problématique de la fête nationale sur la plaine du Grütli. Quoi qu'on décide, skins et autres extrémistes de droite – qui sont une réelle nuisance, mais ultraminoritaire – auront la satisfaction d'être le pivot autour duquel se décidera le fait ou non d'organiser un fête au niveau national, et si oui, dans quelles conditions – dit autrement, on est entrain de leur envoyer le message qu'ils ont la capacité de tourner en bourrique (ou rendre chèvre) un pays et ses autorités.

COMPLEMENT DU 29.05.2007 - Effet du week-end où on fête l'inspiration? Notre pamphlétaire écologiste plus national-conservateur que libéral a en l'occurrence des mots pour le dire qui sonnent sonnent sonnent juste.

Notes

[1] C'est l'idée qu'on s'en fait, mais je n'ai pas les chiffres à l'appui.

[2] Voir aussi le site officiel

lundi 21 mai 2007

Une initiative populaire pour une Constituante européenne?

C'est l'idée lancée par un parlementaire suisse, par ailleurs membre de l'Assemblée du Conseil de l'Europe, le socialiste zurichois Andreas Gross: pour sortir de l'affrontement entre partisans d'une Europe politique, avec sa propre Constitution, et partisans d'une Europe des Etats, fondée sur des traités et la primauté des gouvernements et parlements nationaux, que le Conseil européen accepte de laisser l'initiative au peuple!

Le Traité constitutionnel européen était de toute façon un curieux hybride: ce n'était qu'un traité[1], mais avec des grands mots dedans. Et les solutions qu'il proposait, si elles n'étaient pas forcément idiotes, n'étaient pas parfaites non plus, sans que rien de raisonnable (se rapprochant d'une démarche de révision constitutionnelle, justement) ne soit proposé pour leur permettre ensuite d'évoluer d'une manière moins lourde que par... la négociation d'un nouveau traité. S'y accrocher, outre que c'est sans espoir, n'est en réalité guère satisfaisant.

Mais l'abandonner au profit d'un simple traité toilettant les traités existants, c'est donner le sentiment d'un tournant, certes jamais irréversible, mais embarrassant vis-à-vis des 18 Etats qui ont toute de même ratifié le TCE et inacceptable pour les vrais fédéralistes européens (s'il en reste). Gross propose donc l'une de ces solutions auxquelles les Suisses sont rompus: elle ne fait perdre la face à personne, elle reporte l'échéance et elle renvoie à un mécanisme d'horlogerie.

Sa suggestion au Conseil européen de juin au cours duquel Merkel, Blair et Sarkozy veulent lancer la préparation d'un nouveau traité destiné à se substituer au TCE: ne fermez pas la porte à une évolution ultérieure vers une Constitution (les partisans de celle-ci doivent donc pouvoir en conserver l'espoir, même ténu); mais simultanément rassurez les adversaires d'une telle Constitution: elle ne leur sera pas imposée (ils doivent au fond pouvoir croire que c'est une concession formelle qui ne se concrétisera jamais).

Le mécanisme, c'est d'accepter le mini-traité, limité aux questions d'organisation nécessaires pour réformer l'inepte traité de Nice et donner à l'Union ce dont elle a besoin pour fonctionner à 27, 30 ou davantage; mais de fixer dans celui-ci une clause donnant au(x) peuple(s) de l'Union:

  • Un droit de proposer l'élection d'une Assemblée constituante européenne, sur la base d'un texte signé par au moins 10 millions de citoyennes et citoyens de l'Union dans une période de temps donnée (selon une procédure à codifier à titre de disposition d'application du mini-traité); ce texte se limiterait à lancer le processus en proposant les modalités de désignation des futurs constituants[2]. C'est très exactement ce que, dans le canton de Genève, une association dont je fais partie a été amenée à formuler faute pour la Constitution cantonale de contenir un dispositif adéquat: le texte est là, il suffit de transposer un peu.
  • Si elle aboutit, cette proposition (initiative populaire, comme nous disons en Suisse) devra obligatoirement être soumise à un référendum dans l'ensemble de l'Union: c'est le deuxième droit conféré au(x) peuple(s) de l'Union.
  • Troisième droit, si le principe d'une Constituante est accepté: le résultat de ses travaux devra lui aussi être soumis au référendum dans l'ensemble de l'Union. Tant pour le principe d'élire une Constituante que pour la décision sur une éventuelle Constitution, il faut prévoir une règle de double majorité: le projet doit pour être adopté avoir recueilli la majorité des voix exprimées à l'échelle de l'Union, évidemment, mais aussi avoir recueilli une majorité acceptante dans une majorité des Etats membres. Le texte genevois auquel je renvoie contient également des idées sur la manière dont on peut cadrer les travaux de la Constituante, en lui donnant un délai et en permettant une seconde chance après le refus éventuel d'un premier projet (mais pas davantage).

C'est suffisamment difficile pour que ça ne se réalise jamais: on en resterait alors à l'Europe des Etats et des traités, mais au moins sans que cela soit uniquement le résultat par défaut d'un chantage institutionnel, de maneuvres de couloirs ou l'exutoire de conflits politiques internes à tel ou tel Etat. Et en même temps c'est parfaitement réalisable si la volonté existe, si les circonstances s'y prêtent.

Reprendre à son compte la proposition d'Andreas Gross, ce serait un bon moyen pour Bernard Kouchner d'imprimer sa marque, non? Sans que Sarkozy puisse trouver à y redire (bien au contraire, c'est lui qui encaisse le bénéfice d'image)... Et pour Blair de sortir en beauté. Et pour Merkel de terminer son semestre présidentiel en apothéose. Vous qui lisez cela, si l'idée vous plaît, merci de faire suivre, nous n'avons que quelques jours ou semaines devant nous!

Dernières modifications rédactionnelles: 22.05 à 15h

Notes

[1] Marchandé entre les gouvernements et nécessitant pour entrer en vigueur l'accord de chaque Etat membre, chacun selon ses modalités propres.

[2] Personnellement je n'aurais aucune objection à un panachage entre membres élus au suffrage universel et personnes nommées par les gouvernements ou parlements nationaux.

vendredi 18 mai 2007

Le gouvernement Fillon: un délectable esprit de revanche

Le gouvernement nommé par Sarkozy m'enchante pour des raisons troubles.

  • Le premier ministre prend sa revanche sur sa mise à l'écart par Chirac. De plus, il est présenté comme effacé.
  • Alain Juppé a payé pour les autres, et pour Chirac dit-on. Il n'est pas particulièrement populaire, avec son étiquette d'intello premier de la classe. Sa conversion à l'écologie (que j'ai apprise aujourd'hui) ne devrait pas augmenter sa cote, tant le souci de l'environnement n'est pas dans les gènes français.
  • Christine Boutin a été une égérie antiPaCS à abhorrer, bien sûr, et une dévote brandisseuse de Bible qui a vénéré Jean-Paul in situ. Mais, semblable aux chrétiens piétistes abolitionnistes, ancêtres des évangéliques, elle m'a paru sincère dans son souci du sort des prisonniers et d'autres exclus.
  • Roselyne Bachelot a gagné une grande sympathie chez les gais pour avoir pleuré, comme Christine Boutin, à propos du PaCS - mais c'était pour des motifs diamétralement opposés. Le ralliement de cette authentique gaulliste à Nicolas Sarkozy a dû en désespérer plus d'un, à gauche comme au centre-droit.
  • Rachita Dati est une beure aux origines plus que modestes. Son itinéraire a des airs de rêve américain - donc un cauchemar français à gauche comme à droite. Cependant, son talent, son intelligence, sa classe empêchent de la taxer d'alibi.
  • Bernard Kouchner et les trois autres sont désormais honnis, excommuniés du PS. Comme si cela ne suffisait pas, Bernard Kouchner a osé dire, répéter et assumer qu'il comprenait les raisons de l'intervention en Irak, même s'il la désapprouvait.

En résumé, plus de la moitié de ce gouvernent est faite d'exclus, de parias, de has been, de tue-l'glamour, d'impolitiquement corrects. Comme disait Jésus, "les derniers seront les premiers"[1]. Certes, ces personnes n'ont pas été tout à fait des réprouvé-e-s, elles n'ont pas (encore?) bu le calice jusqu'à la lie. Il n'empêche: cet aspect-là du nouveau gouvernement m'enchante et je suis impatient de voir ce que ça va donner.

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 19.05 à 8h50: J'en profite pour raccrocher mes considérations, bien plus terre-à-terre...

Notes

[1] Par ex. en Luc ch. 13, v. 30.

A la Banque mondiale après Wolfowitz

Mon billet du 12 avril sur l'affaire Wolfowitz conserve toute son actualité. L'intéressé finit par se retirer après que les organes de la Banque consentent à reconnaître qu'il n'a en réalité pas grand chose à se reprocher: ceux qui ont enflé démesurément une accusation désormais ramenée a de plus justes proportions sont néanmoins parvenus à rendre sa position intenable[1].

Comme Wolfowitz ne part pas, officiellement, parce qu'il dérangeait des fonctionnaires internationaux peu désireux d'être bousculés dans leur routine (certes peu efficace pour le tiers-monde mais confortable pour eux), ni parce que sa dénonciation de la corruption comme entrave au développement aurait pu finir par donner des résultats et menacer des intérêts (tant du point de vue des personnes bénéficiaires que des entreprises corruptrices), ni même parce qu'il y a lieu d'extirper les neo-cons ou qu'ils se trouvent, la voie est libre pour un successeur au profil identique... Et puisque l'occasion est maintenant passée de nommer un président européen qui aurait eu toutes les qualités requises de même que la confiance de George Bush (qui aurait certainement volontiers accordé cette faveur à Tony Blair), Gordon Brown, il y a un candidat tout désigné: John Bolton, l'ancien ambassadeur américain à l'ONU.

Texte revu et aggravé à 17h47

Notes

[1] Et franchement, je ne sais pas si j'admire la ténacité de ceux qui s'accrochent dans des situations de ce genre, ou si je les plains d'être victime de ce qui doit être un déséquilibre mental lié à l'estime de soi et poussant au masochisme... Je suis ravi que certains relèvent les missions impossibles, mais je ne les envie pas!

L'Irak dans le bilan de Jacques Chirac

Pitoyable éditorial du Monde pour marquer la fin des fonctions présidentielles de Chirac, dans lequel il parvient à ne trouver que peu d'éléments à son actif. Non que je croie la liste beaucoup plus longue, certes, mais c'est le coup de pied de l'âne qui manque d'élégance.

L'énumération démarre avec le haut fait du quinquennat: "il sut refuser la croisade américaine en Irak", une décision qualifiée de "courageuse" et "juste". Et s'il y a un point qui paraît faire l'unanimité en France c'est bien celui-là. J'aimerais encore une fois dire pourquoi je suis en complet désaccord avec cette manière de voir: c'est certes un élément hautement significatif de la présidence Chirac, mais à inscrire à son passif et plus généralement à celui du rôle de la France dans la communauté internationale.

Que l'on veuille bien me suivre deux minutes dans l'évocation de l'autre scénario qui aurait été possible: comme sous Mitterrand pour libérer le Koweit annexé par Saddam Hussein, comme sous Chirac pour mettre fin à l'épuration ethnique lancée par Slobodan Milosevic, Américains, Britanniques, Français et tous les autres agissant ensemble pour mettre fin à la menace que représente toujours le régime de Saddam dans la région et libérer son peuple[1]. Pas d'atermoiement au Conseil de sécurité, mais une attitude ferme et déterminée, un mandat des Nations Unies en bonne et due forme[2] et la France prenant toute sa place dans l'intervention[3].

Eut-elle adopté cette attitude, la France n'aurait pas prêté, avec la grandiloquence hypocrite d'un Villepin, une légitimité factice au mouvement "anti-guerre" qui n'aurait pas eu le développement indigne qu'il a connu; elle aurait évité que soit perçue comme une "croisade américaine", justement, une prise de responsabilité de la communauté internationale qui représentait un immense progrès pour l'humanité; elle aurait permis un tout autre déroulement tant de la planification que des suites de l'intervention et de la remise en marche du pays.

Wishful thinking naïf, je prendrais mes désirs pour des réalités, avec des "si" on mettrait Paris en bouteille? Je ne crois pas. Il y a des décisions qui changent la réalité, c'est d'ailleurs pour cela qu'on les prend[4]. Et il est trop facile, voyant après-coup une situation difficile, de se dire "heureusement que je m'en suis tenu à l'écart". Alors qu'en réalité on porte une responsabilité directe, par la décision que l'on a prise de se retirer publiquement d'une démarche initiée ensemble, dans la manière désastreuse dont les choses ont évolué. Pour prendre une analogie que m'inspire mon billet précédent: Mendès France ayant dû quitter le gouvernement en 1955, les élections législatives de 1956 sont remportées par le Front républicain[5] expressément constitué en vue de le ramener au pouvoir; à la surprise générale, Guy Mollet est appelé à Matignon par le président de la République, et il accepte l'invitation au lieu de décliner ce qui pouvait n'être compris que comme un égard protocolaire; on sait les désastres qui ont suivi -- alors que la nomination de PMF aurait tout changé.

C'est en réalité pour ce coup de poignard dans le dos de ses alliés, cette trahison du peuple irakien[6] et de tous les espoirs de développement de ceux qui subissent des dictatures, cet encouragement de l'état d'esprit anti-occidental qui nourrit le terrorisme (dans le tragiquement vain espoir qu'il sera seulement anti-américain si l'on s'en dissocie) et cette honteuse anesthésie de l'opinion démocratique que la présidence de Chirac mérite de passer à l'histoire.

Notes

[1] Dans une stratégie de regime change qui ne se dissimule pas derrière les seules armes de destruction massive (comme la France l'a exigé pour prix de sa participation, dans le souci probablement de ne pas inquiéter "ses" dictateurs africain) qu'au demeurant, à l'époque tout le monde, Chirac et les services français eux-mêmes, tenaient pour une réalité menaçante qu'on se limitait alors à contenir.

[2] Et une seule résolution suffisait, plutôt que ce découplage imposé également par Chirac, accepté là encore par Bush et Blair dans l'illusion qu'il ne les lâcherait pas et qui contient en germe la trahison à venir.

[3] Si même elle n'aurait pas pu être prévenue par un coup d'Etat interne ouvrant sans effusion de sang le pays au secours de la communauté internationale.

[4] On peut certes ne pas en avoir mesuré les conséquences réelles, mais on en reste responsable.

[5] Tiens, voilà qui doit faire rêver les reconstructeurs de l'opposition...

[6] Nourrie du contact personnel que Chirac avait avec Saddam.

jeudi 17 mai 2007

Sarkozy, un Mendès France de droite?

Evidemment "balai neuf balaie mieux" et les inaugurations présidentielles ont forcément un effet euphorisant... Mais quand même, le démarrage de la présidence Sarkozy suscite la référence à cette épopée mythique, le gouvernement présidé par Pierre Mendès France[1]. Surtout par l'obsession d'agir, et d'agir vite, sans crainte de déplaire, en expliquant mais avec la conviction qu'il faut le faire (la paix en Indochine, lancer la décolonisation, sortir de l'ambiguïté sur la Communauté européenne de défense, dynamiser l'économie, améliorer l'éducation...). Et c'est François Fillon qui a repris comme titre d'un ouvrage de campagne la formule de PMF qui barrait la Une du premier numéro de L'Express, lancé par JJSS et Françoise Giroud pour le porter au pouvoir: "La France peut supporter la vérité".

Bien sûr ce n'est qu'une analogie, et Mendès ne pourrait être, lui, appelé un Sarko de gauche! Il y a aussi des différences fondamentales: l'austérité, le refus du pouvoir personnel (et au contraire le parlementarisme chevillé au corps), le caractère... sans oublier cela va de soi les orientations politiques. Mais la formule me plaît[2] et j'aime autant prendre date pour les droits d'auteur! ;-)

Notes

[1] Les fameux 7 mois et 17 jours de 1954 - 1955: je peux me proclamer de la "génération PMF", il était au pouvoir au moment de ma conception et jusqu'à peu avant ma naissance!

[2] Elle n'a rien de désobligeant, bien au contraire, ni pour Sarko ni pour celui qui serait ainsi son modèle, et seul l'avenir dira si elle était trop flatteuse.

mercredi 16 mai 2007

Cyrano des deux côtés de la Tamise

Le Cyrano de Bergerac de la Comédie française a donc été honoré lors de la Nuit des Molières. Il se joue aussi à Bristol, dans une nouvelle traduction en vers semble-t-il convaincante.

lundi 14 mai 2007

Abolition de l'esclavage

On connaît la caricature: ces Français à l'esprit abstrait, déductif, porté à l'emphase, ces Britanniques concrets, inductifs, pragmatiques.... Amusant d'en voir la traduction ces jours-ci dans la commémoration de l'abolition de l'esclavage.

En France, c'est depuis l'an dernier une journée officielle célébrée le 10 mai par référence à une loi Taubira proclamatoire de 2001 (l'esclavage, rétabli par Napoléon en 1802 après la Révolution, ayant été, lui, aboli le 23 mai 1848). Roulez, les tambours de la dignité humaine!

Au Royaume-Uni, c'est un bicentenaire qu'on célèbre toute cette année, puisque la loi a été votée le 23 mars 1807 et est entrée en vigueur le 1er mai (voir aussi cette splendide exposition d'archives en ligne). Mais on parle de l'abolition de la traite (du commerce) des esclaves[1]. Et c'est le souci de ne pas souffrir d'un désavantage compétitif sur le plan économique qui a conduit à faire ensuite campagne pour l'extension de cette mesure aux autres pays... "Nation de boutiquiers", comme disait Napoléon!

Notes

[1] C'est en 1837 que l'esclavage lui-même a été interdit dans l'ensemble de l'empire.

dimanche 13 mai 2007

Copinage

C'est dans le cadre de la conspiration en vue de la première République des blogs en Suisse romande[1] que m'a été donnée l'occasion de rencontrer ce Genevois atypique comme se doivent de l'être les Genevois typiques. Dès que ce patricien du bout du lac a raconté comment il était tombé en amour pour un coin d'Afrique, il a suscité curiosité et respect du casanier que je suis. Apparemment, Renaud Gautier a aussi séduit le journaliste de l'édition dominicale d'un quotidien qu'on ne verrait a priori pas entre des mains aristocratiques. Le journaliste le lui a bien rendu - pour une fois que notre blogueur[2] ne dévolut pas sa libre-pensée et son franc parler au monde politique.

Notes

[1] Prochaine rencontre probablement le 29 mai à Neuchâtel, mais c'est encore à confirmer.

[2] Rebelle aux sophistications techniques conventionnelles car inutiles à ses yeux.

vendredi 11 mai 2007

Gordon après Tony, c'est Benoît XVI après Jean Paul II

English translation here

Sept semaines, soit jusqu'au 27 juin! C'est le temps dévolu à la cérémonie des adieux à laquelle Tony Blair a donné un superbe coup d'envoi hier, et à la campagne lancée aujourd'hui, brillamment également, par Gordon Brown, en vue de devenir le nouveau leader du parti travailliste et le nouveau premier ministre britannique. Bien sûr, c'est dans tous les journaux, mais trouvez ici le texte intégral des interventions de Blair et de Brown, elles en valent la peine.

L'intéressant dans le discours de Brown, c'est combien il est blairiste sur le fond (d'une gauche frénétiquement modernisatrice, compétitive, individualiste), à côté d'un tempérament qui veut faire entendre sa différence de style ("governing in a different way, restore power to Parliament, I have never believed presentation should be a substitute for policy, I do not believe politics is about celebrity"). On disait qu'il se distancierait du New Labour, New Britain de Blair, eh bien non: la différence, c'est qu'il met une minuscule, "for me being new Labour means...".

S'il tient la radicale transformation de comportement qu'il annonce en promettant de s'informer directement, d'écouter et de tenir compte de ce qu'on lui dit, il peut réussir le changement complet d'image d'un Ratzinger, passé littéralement du noir au blanc en succédant, modeste et bienveillant, au médiatique Jean Paul II dont il était depuis longtemps l'arrogant et sulfureux second[1]. Benoît XVI réussit en effet à rester profondément dans le sillage de son prédecesseur tout en étant très différent, et à gagner une popularité propre qu'on ne lui soupçonnait pas.

Le mystère, c'est de savoir si Brown est véritablement capable d'inspirer une équipe et non de décider en solitaire, s'il a l'instinct nécessaire et pas seulement l'intellect, car un premier ministre gère surtout l'inattendu, et s'il est capable de gagner des élections (une interrogation qui ne pèse pas sur Benoit XVI). Ces sept semaines de campagne dans tout le pays[2] avant le vote[3] des militants d'une part, des syndicats d'autre part, et enfin de la conférence qui oindra le successeur, en donneront une bonne indication.

COMPLEMENT DU 16.05 à 21h45: Ce billet a les honneurs d'une reprise sur le blog de Reporters sans frontières, où il est même traduit en anglais.

Notes

[1] C'est un remake actualisé, mais un blog ça sert aussi à peaufiner sa pensée ou son expression...

[2] Imposées même si, comme c'est possible, la "gauche" du parti ne parvient pas à trouver les 45 parlementaires nécessaires pour aligner un candidat (après le ralliement unitaire même des blairistes les plus méfiants à l'égard de Brown), en raison de la désignation simultanée du vice-leader: il y a foule pour vouloir succéder à John Prescott.

[3] Qui n'aura cependant pas lieu s'il n'y a pas de concurrent.

jeudi 10 mai 2007

Bénédiction d'un couple partenarié

Samedi dernier 5 mai, j'ai assisté à une première en Suisse romande: un culte de bénédiction d'un couple gai. Ça se passait dans une église de Bienne, ville bilingue, mais les principaux intéressés étaient des Welches. La cérémonie s'est déroulée en toute régularité, en toute officialité, conformément aux règlements de l'Eglise réformée Berne-Jura-Soleure, avec l'accord sans réserve de la paroisse concernée. D'ailleurs un grand nombre de paroissiens et des membres de l'Eglise régionale étaient venus entourer Cédric et Yvan, qui s'étaient partenariés deux jours plus tôt.

L'église de quartier était pleine de plus de deux cents personnes. Des gens seuls, en couples, en familles (avec bébés hurleurs). C'est une pasteure d'une paroisse de la région qui a présidé la cérémonie. La lecture d'un récit de l'Evangile a montré que les textes invitant à dépasser les préjugés religieux se trouvent... dans la Bible elle-même. Il s'agit de l'histoire de cette femme païenne dont la foi ébranle la conviction d'un Jésus qui pense qu'il n'est venu que pour les Juifs. [1]

Détail qui a son importance: la collecte était destinée pour moitié à une oeuvre d'entraide protestante et pour l'autre moitié... à l'Organisation suisse des gais - probablement une première dans l'histoire des collectes de culte. Ce fut la seule composante de "militance", si on voulait absolument en trouver une.

La cérémonie n'a pas été médiatisée sur le moment, mais les partenariés n'entendent pas se cacher.[2] L'un est membre du Comité de la Gay Pride 2008 qui aura lieu à Bienne. L'autre est théologien, pasteur, rédacteur du journal de l'Eglise protestante régionale, président du Synode (parlement de l'Eglise) de l'Eglise Berne - Jura - Soleure.

Les nombreuses interventions musicales mises à part, le culte fut d'une simplicité et d'une sobriété extrêmes, et le temps pendant lequel les partenariés furent au premier rang[3] fut proportionnellement très court.

Il faut toujours rappeler que pour les protestants, le mariage n'est pas un sacrement. La cérémonie religieuse est une bénédiction[4]. C'est la bénédiction d'un lien civil, ou plutôt la bénédiction d'un couple qui s'est engagé sur le plan civil, ce peut être encore envisagé comme la bénédiction d'un projet de vie.[5] Le couple confirme devant Dieu cet engagement, et l'assistance en est témoin. Le oui est réservé à Monsieur ou Madame le maire. Bien sûr, maints protestants ne sont pas conscients de cette spécificité et sacralisent le mariage et cette cérémonie. Il y a des liturgies déviationnistes qui demandent au couple de renouveler leur engagement et de redire oui.

La conception civile et non sacramentelle permet d'envisager des cérémonies qui bénissent des couples, quels qu'ils soient. Bon, on sait que la majorité des protestants dans le monde n'y est pas particulièrement favorable, et que c'est un sujet de division dans l'Eglise anglicane[6], pour ne prendre que cet exemple. Avouons que j'ai passé par différents états d'âme sur cette question. Parmi les arguments qui m'interpellaient, il y avait: le refus d'une copie, d'une singerie du mariage, le refus du déni de la différence des sexes, l'interprétation en terme de hantise d'acceptation passant par le conformisme bourgeois. Les arguments pour l'ont emporté depuis un certain temps, et ce que j'ai vécu samedi (et pendant la préparation) m'a définitivement convaincu, tous les pièges ayant été évités. Il faudra que j'y revienne dans un prochain billet.

COMPLEMENT DU 12.05.2007 Des articles ont suivi dans la presse romande, comme celui-ci aujourd'hui dans Le Matin.

Notes

[1] Marc, ch. 7, versets 24-30

[2] Un communiqué de presse qui n'émanait pas d'eux directement a eu lieu après coup, avec leur accord.

[3] Au propre et au figuré

[4] ou, selon les nuances des sensibilités théologiques, l'invocation d'une bénédiction, ou la proclamation d'une bénédiction

[5] Une personne décidant de se consacrer au célibat pourrait aussi demander une bénédiction.

[6] Cf.entre autres ce billet de mon coblogueur

mercredi 9 mai 2007

Tony Blair au peuple français

Bon, j'ai deux jours de retard sur l'événement (et notamment sur KoZ[1]). Mais avant, j'espère, de pouvoir passer à autre chose, cette solide petite allocution en français pour féliciter "Nicolas" et prôner la réforme permanente vaut le coup d'oeil... Il manque peut-être juste une phrase galvanisatrice à l'adresse de Royal et de la gauche française pour que ce soit parfait.

Tony Blair ne donne pas vraiment l'air de celui qui va annoncer demain sa retraite politique!

Notes

[1] Qui déploie une énergie véritablement sarkozienne par la qualité comme par la quantité!

La gauche française après la présidentielle: Frêche - Cohn-Bendit, même combat!

J'avais d'abord signalé ici la tribune de Michel Rocard que publie Le Temps de Genève aujourd'hui[1]. Mais au fond il vaut la peine de renvoyer également aux propos d'un autre original, Georges Frêche, sur lesquels un lecteur de ce blog avait attiré mon attention ici[2].

Rocard expose clairement une thèse finalement conventionnelle. Je ne partage en tout cas pas son analyse que l'élection présidentielle offrait à la gauche un boulevard qu'elle n'a pas su dévaler: bien au contraire, l'évolution à droite du pays est manifeste depuis des années. Dans ces conditions aussi bien une candidature de la gauche franco-française (Fabius) que de la gauche sociale-démocrate (DSK) étaient des échecs assurés, Royal avec son profil décalé offrait la seule chance, ténue, de contrer Sarkozy[3].

Ce que Frêche propose, c'est de sauter directement à l'étape où en sont les Italiens avec le premier parti progressiste post-1989[4], issu de la fusion des ex démocrates-chrétiens de la Marguerite avec les ex sociaux-démocrates (et déjà ex communistes réformés) des démocrates de gauche.

Je ne crois nullement que la gauche française en soit capable, mais c'est un ballon qui mérite d'être lancé (même s'il vaudrait mieux pour l'image du projet qu'il soit porté par un Daniel Cohn-Bendit plutôt que par Frêche[5]). Il permet aussi de sortir de ce fantasme d'un centre distinct de la gauche ou de la droite: mieux vaut une grande force conservatrice et une grande force progressiste[6], toutes deux pluralistes mais qui toutes deux doivent tendre vers le centre pour l'emporter et gouverner.

Billet remanié de fond en comble à 12h16 (et complété sur des broutilles à 18h57)

COMPLEMENT DU 11.05 à 0h21: Et un Jacques Juillard roboratif!

Notes

[1] En me demandant si elle était aussi publiée en France.

[2] C'est finalement un entrefilet dans Le Monde de ce matin qui m'a mis sur la voie, mais il suffisait, comme de plus en plus souvent, de googler la première phrase pour trouver la source.

[3] Sauf peut-être le hara-kiri en faveur de Bayrou et encore: moi en tout cas j'aurais alors préféré Sarko (et cabdidat de la gauche, il aurait alors perdu son charme androgyne, qui dans son cas n'est vraiment qu'une métaphore!).

[4] Adhérera-t-il encore à la IIe Internationale ou non? Bien sûr celle-ci est une auberge espagnole et le nouveau parti ne ternirait pas trop son image en y allant, mais il pourrait aussi donner un signal symbolique fort que cette époque est révolue. Clinton et Blair avaient eu la tentation de lancer une nouvelle organisation internationale des partis progressistes dont le parti démocrate américain aurait été un élément, qui se poursuit toujours sous la forme de sommets des gouvernements progressistes.

[5] Qui n'est pourtant pas seulement le marchand de poissons du village gaulois dont il a l'air, mais aussi occasionnellement un intellectuel subtil, professeur d'histoire du droit....

[6] Je suis bien conscient qu'à certaines époques c'est la droite qui est progressiste et la gauche conservatrice, hélas!

dimanche 6 mai 2007

Une élection sans bavure, une défaite honorable

La chèvre s'est battue toute la nuit, mais à l'aube le loup l'a mangée. Sarkozy fait mieux que Chirac contre Jospin en 1995, il ne fait apparemment pas aussi bien que Mitterrand contre Chirac en 1988. Ou dit autrement: Royal fait presque aussi bien que Jospin en 1995, dans une situation bien plus difficile. Bref vraiment rien à regretter. A aucun moment, ni au premier tour ni au second elle n'a décroché, bien au contraire.

Le mandat de Sarkozy est clair, et il faut maintenant espérer qu'il va vraiment lui donner suite. Mais pour l'opposition aussi les choses sont clarifiées: le seul avenir du PS se place dans une gauche moderne et ouverte, en étant inventif et offensif plus près des faits et en se préoccupant un peu moins des groupuscules à sa gauche.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY du 07.05.2007. Je suis passé par hasard, à 21h, devant le café-restaurant des Bastions, dans le parc genevois du même nom, qui était le point de ralliement de la délégation UMP Suisse. Des écrans géants montraient le discours de Sarkozy avec le son. C'est donc à ce moment que j'ai pris connaissance du résultat officiel. Les gens étaient tellement modérés dans l'expression de leur joie que c'en était gênant et déprimant. Pas de cris, pas d'exclamations vraiment fortes. Juste des applaudissements. Mais ils ont chanté la Marseillaise.

J'ai aussi entendu le discours de François Hollande. Je me suis surpris à me demander s'il n'était pas soulagé à l'idée de ne plus forcément jouer les seconds rôles (croit-il, rêve-t-il, qu'elle va s'effacer?). Sa remarque ironique sur le passage des ténèbres à la lumière semblait très adéquate, et ce encore plus à deux pas du Mur des Réformateurs.[1]

Notes

[1] Sur lequel est gravée la devise de Genève, qui fait référence à la Réformation: Post tenebras lux.

Pas de PD pour Bayrou

Je ne l'avais relevé qu'en note de bas de page... Mais quelqu'un s'est quand même chargé de signaler à François Bayrou que le nom de parti démocrate n'était pas très heureux, connaissant l'amour de la classe politique française non seulement pour la valse des étiquettes politiques, mais pour les sigles. On ne sait bien souvent plus à quoi ils se réfèrent: SFIO, UMP etc.

Donc le nouveau parti s'appellera dorénavant Mouvent démocrate, ou MD. Mais n'était-ce pas le nom du parti créé par Michel Jobert, ce qui ne serait pas de très bon augure? L'honneur est sauf: c'était Mouvement des démocrates[1].

Notes

[1] Le souvenir singulier que j'en ai, c'est que les statuts indiquaient en toutes lettres que le président était Michel Jobert, point. Référence du fondateur à la mystique gaulliste du chef, sans doute, mais pour des démocrates il fallait oser.

vendredi 4 mai 2007

Vers le 3e tour

Bayrou disant "Je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy", ça me rappelle Chirac votant Giscard d'Estaing en 1981, "à titre personnel": une pose à ne pas prendre au premier degré. Car son intérêt, l'intérêt du futur parti démocrate[1] [2], c'est Sarko président, des électeurs tentés de lâcher le PS aux législatives et celui-ci prêt à tout, même au retrait tactique de candidatures pour essayer d'empêcher l'irrémédiable.

C'est un peu la question qui reste maintenant: que va devenir la gauche si Royal n'est pas élue? Non que cela paraisse totalement exclu, et en cela la campagne me rappelle 1995: Jospin qui, in extremis, "fendait l'armure", d'ultimes meetings chaleureux, on voulait presque y croire. Et en cela Royal m'a bien permis de gagner cette partie du pari fort peu assuré que, comme d'autres, je faisais sur sa candidature[3] quand tant la ridiculisaient. Mais enfin, s'il sera tout aussi honorable qu'alors, l'échec est au moins aussi vraisemblable qu'en 95.

Ce qui me ramène à l'autre partie du pari: parachever enfin l'évolution du PS français. Cela se présente on ne peut mieux si Royal est élue (et elle confirme mon espoir qu'elle saurait aller plus loin qu'un Strauss-Kahn dans la rupture sur la liturgie comme sur la doctrine). Mais faut-il craindre un choc en retour, la reprise en main par les Mélanchon - Fabius - Emmanuelli? On verra bien, mais là aussi ça m'a l'air de se terminer beaucoup mieux qu'on aurait pu le craindre[4].

Et puis reste la France, comme on dit de manière grandiloquente. De ce point de vue là, il n'y a rien de commun avec 1995: autant j'éxècre Chirac, autant j'admire depuis longtemps les qualités de Sarkozy. Au quizz du Monde autour de 20 propositions des deux candidats, je me retrouve à 12 pour Royal mais 8 pour Sarkozy... De sorte que j'attends le résultat avec la plus grande sérénité. Certes sans attente excessive non plus, mais l'espoir qu'il redonnera à ce pays un élan bien nécessaire, pour lui-même comme pour l'Europe.

Notes

[1] Qui semble bien, comme je l'avais pensé, être rétif à l'acronyme! ;-)

[2] S'il se met vraiment en place...

[3] Je reste convaincu que le choix plus "raisonnable" d'un Strauss-Kahn n'aurait de ce point de vue que facilité les choses pour Sarkozy.

[4] Là aussi, l'échec d'un DSK aurait été plus dangereux: perdant pour perdant, il aurait alors mieux valu jouer Fabius, mais je ne crois pas à la politique du pire.

jeudi 3 mai 2007

L'effet femme

"Vous ne devez pas avoir peur d'élire une femme" (sous entendu: mais je conçois qu'on puisse avoir cette appréhension). "La preuve: il y a déjà des femmes présidentes de par le monde, comme Merkel ou, surtout, Bachelet"

Je fus partagé entre scepticisme et admiration pour le cran d'une entrée en matière aussi directe,qui appelle un chat un chat.

En face, on avait dit un peu plus tôt:

"Vous vous êtes énervée or quelqu'un qui est en charge de présidence de la République doit rester maître de ses nerfs."

ce qui discréditait davantage l'émetteur que le destinataire. Une homme aurait-il dit cela à un autre homme? Peut-être, mais il aurait fallu que l'autre se soit "énervé" à un degré mais bien plus marqué, sans compter que de son côté, Royal a d'ailleurs qualifié son mouvement d'âme comme relevant de la colère, sans relever le côté offensant.

Qu'il s'adresse à un homme ou à une femme, le paternalisme protecteur m'est insupportable. Certaines bonnes impressions s'en sont trouvées bien relativisées.

Propos de Royal et Sarkozy reconstitués de mémoire.

mercredi 2 mai 2007

La chute de lord Browne, roman balzacien

Au départ, c'était un sujet pour les conseils de bon sens de la baronne de Rothschild, ou une chronique d'Anna Lietti sur les pièges de la vie moderne: comment faire votre vie avec une personne que vous avez rencontrée via une agence de prostitution (fût-elle haut de gamme) et la présenter à vos amis et relations? Et comment gérer la rupture, 4 ans plus tard, considérant la différence de milieu social et de patrimoine entre vous...

Et puis ça a tourné au thriller à la John Grisham: business, médias et politique, sexe, mensonge et quatre mois de procédure judiciaire à l'anglo-saxonne, se terminant par la chute ignominieuse du patron le plus admiré de sa génération.

Au total, c'est bien plutôt un roman balzacien qui pourrait raconter 40 ans d'évolution de la société contemporaine.

Que John Browne ait partagé sa vie avec un homme est effectivement un volet marginal de l'histoire qui n'a pas posé de problème à ses collègues de BP et à ses amis, parmi lesquels Tony Blair, Gordon Brown ou Peter Mandelson, qui les ont rencontrés en tant que couple. Les conséquences auraient été les mêmes si c'était une jeune femme et non Jeff Chevalier qui, après leur rupture, se soit proposée de monnayer le récit de sa vie dans le beau monde au Mail on Sunday de manière à ternir le plus possible l'image de son ex.

Mais c'est bien pourtant l'homosexualité et le regard porté sur elle (la relation entre deux adultes consentants venait d'être dépénalisée quand Browne est sorti de l'Université, en 1969) qui l'a conduit à cacher son orientation sexuelle (ce que ne fait aucun hétéro), voire à refuser de la vivre. Et il n'est pas le seul à ne pas avoir mesuré la rapidité du changement socio-culturel intervenu en peu d'années. L'un des ressorts intimes de l'histoire est donné dans le passage suivant:

The reason Lord Browne had chosen to remain so private was the love of his mother, Paula, an Eastern European refugee from Auschwitz whose family was killed by the Nazis.

Lord Browne (...) would not come out because he did not want to upset his mother. She preferred the more conventional explanation for her son's bachelor status that he was married to his work.

mardi 1 mai 2007

Minarets: une initiative d'une (fausse) simplicité... biblique

Aujourd'hui débute en Suisse la période officielle de récolte des signatures pour une initiative populaire qui doit faire rêver de Villiers ou Le Pen. Si 100'000 électrices et électeurs donnent leur nom avant le 1er novembre 2008, les autorités auront l'obligation de soumettre au peuple[1] le texte suivant:

Initiative populaire fédérale «contre la construction de minarets»

La Constitution fédérale du 18 avril 1999 est modifiée comme suit:

Art. 72, al. 3 (nouveau)
3 La construction de minarets est interdite.

On ne sait ce qu'il faut admirer le plus, l'économie de moyens dans la rédaction, l'hypocrisie de la proposition ou, peut-être, la manière finalement apaisée dont les institutions de la démocratie directe canalisent et ordonnent un débat passionnel qui fait actuellement rage dans une bonne partie des pays occidentaux (au Royaume-Uni, c'est le changement d'affectation d'une église méthodiste en mosquée qui a fait jaser récemment), et qui déborde évidemment la seule question des lieux de culte pour poser celle de la compatibilité avec les droits fondamentaux de la personne humaine des usages et règles respectés ou prônés au nom de la religion musulmane.

Précisons, pour le contexte, que les deux premiers alinéas de l'article 72 ont le texte suivant:

Art. 72 Eglise et Etat[2]
1 La réglementation des rapports entre l’Eglise et l’Etat est du ressort des cantons.
2 Dans les limites de leurs compétences respectives, la Confédération et les cantons peuvent prendre des mesures propres à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses.

Ironie de l'histoire, si elle était adoptée l'initiative prendrait la relève dans l'intolérance d'un alinéa 3 abrogé en votation populaire le 10 juin 2001: la soumission de l'érection d'évêchés à l'autorisation de la Confédération. Alors avait disparu le dernier de ce qu'il était convenu d'appeler pudiquement les "articles confessionnels"; les autres étaient l'interdiction de l'abatage des animaux sans étourdissement préalable (visant l'abatage rituel juif) [3], d'une part, la proscription de l'ordre des jésuites et l'interdiction des couvents (déjà une forme architecturale à fonction religieuse).

Qu'est-ce qu'un minaret? Ce n'est pas une mosquée (et par exemple dans ce communiqué on se rend bien compte que ce n'est pas le minaret qui gêne...). La Wikipédia, le résumé de l'Encyclopédie Universalis et le Portail religion.com le confirment avec un bel ensemble: c'est une tour utilisée par un dignitaire religieux pour l'appel à la prière. En d'autres termes c'est un accessoire, certes symboliquement et visuellement important, mais ni nécessaire ni suffisant de l'exercice de la religion musulmane[4]. Et rien d'autre (donc en théorie pas du tout le débat sur l'intégration possible ou non de l'islam dans un ordre libéral et démocratique, alors qu'il était au départ question de formaliser la reconnaissance du monopole de la force légitime par l'Etat ou de l'égalité des filles et des garçons dans l'éducation).

Au demeurant, cela suffit pour qu'une telle initiative, qui se limite à désigner un bouc-émissaire en exutoire à des peurs irraisonnées qui se mêlent à des préoccupations légitimes, soit combattue parce que contraire à cet ordre libéral et démocratique. On peut simplement reprendre les arguments de la commission du Conseil national et du gouvernement à l'appui de l'abrogation de la disposition sur les évêchés: discriminatoire, contraire à la liberté religieuse, contraire au droit international (la Convention européenne des droits de l'homme qui consacre cette liberté même si la Constitution fédérale ne le faisait pas).

La contrariété au droit international dépasse la seule controverse politique et pourrait même conduire le parlement à invalider l'initiative, car l'article 5 alinéa 4 de la Constitution fédérale proclame le principe de la supériorité du droit international[5]; et même le peuple souverain est lié par cette règle qu'il a approuvée. C'est moins satisfaisant qu'un rejet de l'initiative en votation. Mais c'est moins ambigu qu'une éventuelle acceptation suivie de controverses sans fin sur l'application de la disposition[6]...

Et comme tout ce qui précède est diablement sérieux, signalons pour terminer que si la croix figurant sur le drapeau suisse est pour certains un argument en faveur de cette initiative, d'autres la mettent volontiers ailleurs également!

Notes

[1] Sous réserve toutefois d'un contrôle de la validité de l'objet, on y viendra tout à l'heure.

[2] Placé dans un chapitre relatif aux tâches des autorités fédérales et cantonales. La liberté religieuse, elle, trouve place dans le chapitre des droits fondamentaux à l'article 15 (liberté de conscience et de croyance).

[3] Cette disposition résultait elle-même d'une initiative populaire, la toute première, qui fut approuvée par le peuple et les cantons le 20 août 1893.

[4] Détail ironique dans la Wikipédia: "Il faut savoir toutefois qu'il existe aujourd'hui certains individus minoritaires qui condamnent l'existence des minarets sous prétexte que cette innovation imite les clochers des églises chrétiennes."

[5] Le droit positif, les traités et conventions reconnus par la Suisse, pas le fourre-tout idéologique que l'on sert souvent sous cette expression.

[6] Comme on en a en ce moment une illustration à propos de la mise en oeuvre de l'internement à vie pour les délinquants sexuels.

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