jeudi 19 avril 2007
Fraude aux prestations sociales
François Brutsch | 23h31 | gôche | permalien | rss
C'est l'un de ces sujets qui donne lieu aux identifications politiques les plus caricaturales (et l'un des exemples les plus simples de ce qu'est la "triangulation" typique de la troisième voie): pour la gauche traditionnelle, s'inquiéter du risque de fraude aux prestations sociales est une attitude de droite, une manière camouflée d'attaquer les prestations sociales elles-mêmes en jetant le soupçon sur les bénéficiaires; la gauche traditionnelle tend donc à minimiser le problème (sa frange la plus paternaliste culpabilisée n'étant pas loin de penser que c'est tant mieux si certains parviennent à obtenir un peu plus que ce à quoi ils ont droit). Evidemment cela ne rassure pas le citoyen lambda, même voire surtout de milieu populaire, qui, lui, travaille, paie des impôts et voudrait qu'ils ne tombent pas dans la poche de profiteurs.
Depuis Clinton et Blair, la gauche moderne se rend compte qu'elle est plus crédible en ne niant pas la réalité et en s'y attaquant elle-même. Ce n'est pas faire une concession à la droite, mais bien au contraire refuser de lui concéder le terrain que de tenir un discours rigoureux et de le mettre en acte (même chose pour la sécurité, le patriotisme ou les finances publiques). C'est aujourd'hui l'un des éléments distinctifs entre la gauche de gouvernement et celle qui ne veut surtout pas y toucher.
J'y repensais à propos de l'affaire rapportée par la presse d'aujourd'hui: une Britannique de 65 ans a détourné 2,3 mios de £ en 13 ans par une fraude à grande échelle fondée sur l'usurpation d'identités (comme quoi on n'a pas attendu les cartes de crédit ni l'Internet pour ça!) en vue de réclamer des prestations sociales.
On peut y voir une fraude "de droite", si je puis dire, vu le caractère entrepreneurial de cette activité, et si ça peut décomplexer la gauche traditionnelle et faire mieux accepter aux travailleurs sociaux l'utilité des contrôles. Au demeurant il ne faut pas être naïf: à côté du crime organisé, il y a bel et bien les cas plus courants de ces incapacités maladie ou invalidité qui courent le marathon ou organisent des classes de danse...





