mars 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 31 mars 2007

Le placebo pour se placer haut

Voilà qu'un nouveau cas de faux médecin vient d'être dénoncé dans le canton de Neuchâtel. Cf le Matin d'aujourd'hui. [1]Le précédent exerçait dans l'un des deux établissements psychiatriques du canton.

Après avoir parlé d'enfer (billet précédent), redevenons l'avocat du diable: Lorsqu'on se sera indigné tout son saoûl contre la vigilance défaillante des instances diverses qui auraient dû, qui auraient pu..., lorsqu'on aura ironisé sur tout ce qui s'y prête, on devra bien s'admettre soufflé par le souffle, c'est-à-dire par le cran, le culot, les nerfs, la confiance en soi, l'esprit d'initiative des coupables. On sait [2] que dans les relations thérapeutiques, la confiance dans le thérapeute joue un rôle de placebo.

Bien sûr, je me demande si l'effet placebo ne vaut pas aussi pour un ou une dirigeant politique. On ne se déterminerait pas sur des compétences, ni sur un programme, mais sur des compétences attribuées ou rêvées. C'est une raison qui m'aurait fait voter Ségolène Royal. Elle peut faire des choses nouvelles parce qu'on croit qu'elle le peut. Mais combien de temps dure un effet placebo?

Notes

[1] Etonnamment, le journal écrit faux-médecin avec un trait d'union, comme si cette identité problématique constituait une catégorie en soi, comme si c'était une profession en soi.

[2] Voir ici et ici par ex.. Autre approche qui semble être plus étudiée maintenant: la notion d'alliance thérapeutique

vendredi 30 mars 2007

Un amour d'enfer, foi de Benoît XVI

Benoît XVI l'a proclamé le 25 mars: l'enfer existe pour ceux qui ferment leur coeur à Dieu. La logique semble imparable: Si Dieu est amour, l'enfer doit pouvoir exister ne serait-ce qu'à titre de possibilité. En effet, l'amour par définition se s'impose pas, tandis que l'enfer se définit comme absence d'amour ou absence d'espoir en cet amour-là: la grâce.

On notera que le Pape n'a pas parlé d'actions, de péchés qui mènent en enfer. Seulement d'une fermeture à l'amour, c'est-à-dire du refus de la logique de la gratuité qui le définit. C'est un progrès par rapport à ce chantage infantilisant, à ce terrorisme qui dit: Si tu fais ceci ou cela, tu iras en enfer.

Dans les années 90, à Vienne, il y avait Hermes Phettberg, un personnage totalement hors norme qui animait une émission de télévision et écrivait des billet sur lui-même et sur sa théologie surréaliste et décalée dans le journal viennois Falter. Il avait développé une définition de l'enfer qui continue de me bluffer: pour lui, l'enfer était un effet de l'amour de Dieu. Dieu aimait tellement ses créatures qu'il s'était demandé ce qu'il fallait faire pour les créatures allergiques au divin, qui ne supportaient pas sa présence, pour qui être en contact avec l'amour, la lumière serait une torture, de même que le Bien, le Beau, le Vrai. Dans sa bienveillance infinie, Dieu a aménagé un endroit où ces âmes-là seraient assurées de ne pas le rencontrer et de ne pas avoir à souffrir (au sens fort) sa Présence. Il les protège contre lui-même[1]. Si c'est pas de l'amour, ça lui ressemble: CQFD.

J'y reviendrai, car il y a tant d'autres manières d'envisager la question. Et l'époque de Pâques s'y prête bien.

Notes

[1] Un peu comme dans le conte de la Belle et la Bête.

mercredi 28 mars 2007

Royal dans le texte

Si j'avais des états d'âme sur ma candidate favorite à la présidentielle française[1], la page d'extraits de son livre Maintenant publiée par Le Monde me donnerait des occasions de me remobiliser. Tant le ton que le contenu des réponses de (Marie-)Ségolène Royal à Marie-Françoise Colombani, éditorialiste à Elle[2], donnent d'elle une image plus profonde et plus nuancée que celle qui ressortait jusqu'à présent de la campagne.

Sur Mai-68, elle souligne notamment: "Il a dépoussiéré la gauche. Il a accéléré la déstalinisation des esprits. Il a permis l'affirmation d'un antitotalitarisme de gauche qui était, avant cela, bien minoritaire et bien peu audible." Partant du discours de Ratisbonne de Benoît XVI[3], elle est carrément intéressante à propos de l'islam, la chrétienté et l'Europe. Mais c'est surtout à propos de l'adhésion de la Turquie à l'UE qu'elle articule une pensée cohérente, progressiste, l'habileté n'étant pas un défaut: "J'y suis favorable sur le principe mais pas maintenant", réaffirmant la vocation de ce pays à rejoindre une Europe qui "n'est pas un territoire mais un projet politique" en démontant avec force le préjugé religieux et en argumentant la thèse géostratégique. Bayrou le pseudo-europhile qui la renvoie dans un "deuxième cercle"[4] se retrouve à bon droit isolé sur la ligne la plus étroitement démocrate-chrétienne!

COMPLEMENT/REPONSE DU CHRONIQUEUR THEOLOGIQUE DE SERVICE DU 29.03.2007. Moi qui déteste le girouettisme et l'absence de ligne d'un Chirac, je n'arrête pas de changer de candidat/e-pour-qui-je-voterais-si... Ces derniers propos de Ségolène Royal seraient de nature à me ramener dans son giron. Voilà donc une socialiste qui non seulement semble avoir lu attentivement le discours de Ratisbonne, mais a su en dégager le point central. (Je veux croire que c'est d'elle et non d'un-e conseillèr-e.) Ce en critiquant sans heurter de front, faisant triompher une modération empreinte de fermeté. On est proche des vertus centristes, et à l'opposé du ton de prédication pathétique trop souvent employé à l'intention de la foule. Car je n'ai jamais encaissé le coup du "serment", inflation langagière contre-productive à la limite du blasphème selon la Bible[5].

Notes

[1] Et il faut bien reconnaître que cela m'arrive parfois... D'ailleurs pas sur ces "sujets de société" sur lesquels elle a bien raison de prendre les bobos à rebrousse-poil, mais plutôt sur sa capacité à renouveler le discours et la pratique de la gauche française en matière économique et sociale, alors que de temps à autres reviennent des archaïsmes (à droite Sarkozy présente d'ailleurs la même promesse et le même travers!). Mais un pari est un pari, ce n'est pas gagné d'avance: le mien est d'abord que, davantage que Dominique Strauss-Kahn, elle peut l'emporter au second tour face à Sarko, et ensuite qu'elle est susceptible, par sa liberté et son parcours, d'apporter à la gauche un pragmatisme plus radical que le trop prudent DSK. Et cette dépêche me réconforte sur ce plan là également!

[2] Est-il inconvenant de se demander si le directeur du Monde lui est proche ou si c'est seulement une homonymie? Pour ceux qui renvoient dédaigneusement à Voici, il y a des précédents prestigieux: Hélène et Pierre Lazareff, Françoise Giroud et JJSS... Et je me suis bien gardé de formuler la question inverse qui ferait de Mme l'accessoire de M.!

[3] Sous réserve de ce que trouvera éventuellement à y redire mon chroniqueur théologique favori...

[4] Ne sait-il pas qu'il existe déjà et n'est pas satisfaisant pour la Turquie? C'est l'Espace économique européen, qui s'applique à la Norvège, à l'Islande et au Lichtenstein.

[5] Cf. Deutéronome 23, 22-24; Matthieu 5, 33-37 et Jacques 5, 12.

Fondue, chocolat, et réformation venus du pied du Jura

Il y a des jours où le natif neuchâtelois que je suis jubile en recommandant la lecture du Matin. Celui fait tout un fromage autour de l'histoire de la fondue. Elle serait née, telle qu'on la tourne actuellement, dans les milieux urbains (des fromages comme le Gruyère sont trop chers pour les campagnards ou les montagnards). C'était dans les années 30[1], un coup de marketing génial de l'Union des fromagers.

Le menu de la partie gastronomique de la prochaine République helvétique des blogs s'impose donc, puisque cela devrait avoir lieu[2] dans la ville de Farel - Guillaume de son prénom - (ici et ici) et de Suchard. Tandis que l'un des descendants de cette famille de réfugiés huguenots a aussi donné un... minaret à la cité d'adoption et de prospérité familiale, gageons que l'esprit du premier continue de la marquer discrètement.

Notes

[1] 1930 s'entend

[2] La date appropriée est encore à préciser

lundi 26 mars 2007

Rendez-vous mardi et mercredi!

Demain mardi à Lausanne, à Londres et à Nantes[1], mercredi à Paris: à l'enseigne de la République des blogs, blogueuses et blogueurs politiques (de toutes tendances et de toutes distances par rapport à l'objet!) et leurs lectrices et lecteurs ont la possibilité de se rencontrer et d'échanger de vive voix... Qu'on se le dise! Inscrivez-vous (ça facilite l'organisation), mais n'hésitez pas à venir de toute façon.

Notes

[1] Et ailleurs en France? Et en Belgique? Il suffit qu'une personne en prenne l'initiative en s'annonçant auprès de Versac...

dimanche 25 mars 2007

De Val Duchesse à Rome

Dans la série d'articles marquant le 50e anniversaire de la signature du traité fondateur de la Communauté devenue aujourd'hui Union européenne, j'avais noté celui publié par Maurice Faure, alors ministre jeune secrétaire d'Etat français aux affaires étrangères, dans Le Monde de vendredi: Retrouver l'esprit de Val Duchesse, du nom de la demeure près de Bruxelles qui servit de cadre à l'élaboration, pendant quelques mois et par une petite équipe, du traité de Rome destiné à faire oublier l'échec de la Communauté européenne de défense.

Et voici qu'aujourd'hui la BBC Radio 4 a mis les moyens de l'évocation sonore pour reconstituer, de Maurice Faure à Jean François-Poncet en passant par la dactylo, très précisément cela: The road to Rome, une demi-heure fascinante sur l'origine des eurocrates, dont les éléments sont largement repris sur le site de BBC News ici et ici.

Tant qu'à faire, encore deux renvois:

  • L'exposition Chefs-d'oeuvre de l'art européen qui, comme le dit Le Monde, présente "l'étrangeté de l'Europe des 27, qui juxtapose ses particularités dans l'espoir d'en tirer une cohérence", à raison d'une oeuvre par pays et d'une 28e... Par l'image c'est ici.

samedi 24 mars 2007

La tentation Bayrou: pour quelle présidence?

Par Jean-Daniel Delley

A l’intérêt que suscite le projet de François Bayrou de casser la stérile logique d’alternance répond la crainte de voir un président privé de majorité parlementaire. L’espoir de briser le monopole du pouvoir aux mains d’un seul parti se ternit dès lors que le chef de l’Etat ne disposerait pas d’un soutien fidèle à l’Assemblée nationale. Et alors?

Il vaut la peine de relire la Constitution de 1958 et de se remémorer les intentions qui ont justifié l’organisation des pouvoirs. Le président endosse le rôle d’un arbitre, il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs et la continuité de l’Etat (article 5). C’est au gouvernement qu’il incombe de disposer d’une majorité parlementaire pour déterminer et conduire la politique de la nation (article 20). C’est la pratique du général de Gaulle, poursuivie par ses successeurs, qui a perverti la lettre et l’esprit de la Constitution. Le siège du gouvernement s’est déplacé à l’Elysée. Matignon et la majorité parlementaire ne fonctionnent plus que comme les relais du prince. L’arbitre s’est mué en un chef de clan qui, sous prétexte d’une légitimité populaire – bien fragile si l’on considère le score des élus au premier tour depuis 1965 – concentre tous les pouvoirs, en violation du principe fondamental de la démocratie qui en postule la séparation. Les programmes et les prétentions des candidats actuels reflètent bien cette dérive institutionnelle: ils promettent à la première personne, comme s’ils endossaient tout à la fois les fonctions gouvernementale et parlementaire, quand ce n’est pas tout simplement administrative. Les face-à-face télévisés avec des échantillons de Français en ont témoigné jusqu’à la caricature. A se demander pourquoi il serait encore nécessaire de procéder à des élections législatives!

François Bayrou dénonce à juste titre cette dérive. L’écho qu’il rencontre traduit le désenchantement d’une majorité de Français qui récusent une majorité aussi bien de gauche que de droite. Par contre le candidat UDF fait fausse route lorsqu’il évoque la création d’un grand parti du centre. Là il abandonne la posture d’arbitre que la Constitution attribue au président pour retomber dans l’ornière clanique, celle que de Gaulle et ses successeurs ont su façonner, celle de chef de la majorité.

Cette confusion des rôles a été accentuée par l'inversion du calendrier des opérations électorales autour de laquelle un consensus s'est fait sous Lionel Jospin. Il serait préférable d'avoir d’abord le choix des députés – et une bonne dose de proportionnelle conduirait à un Parlement plus représentatif -, qui exprime les choix politiques du souverain. Puis l’élection présidentielle qui privilégierait une personnalité apte à exercer la fonction d’arbitre et les compétences que la Constitution attribue à ce dernier – choix du premier ministre, droit de dissolution notamment. La France pourrait alors se débarrasser enfin du vieil habit de la monarchie républicaine pour endosser celui d’une démocratie parlementaire moderne; ce n'est en réalité pas incompatible avec un président élu au suffrage universel, comme le démontrent l'Autriche, la Finlande, l'Irlande ou le Portugal.

Ouverture et fermeture de l'anticonformisme anabaptiste

Il y a tant de sujets qui interpellent le théologien, comme le jugement rendu sur Charlie Hebdo et les caricatures[1] ou les accusations (qui semblent fondées) de communautarisme à l'encontre du Conseiller fédéral Christoph Blocher qui a invité des représentants des musulmans (dont Tariq Ramadan) (un article parmi d'autres). Beaucoup moins spectaculaire: l'ouverture de l'Année anabaptiste et le rapprochement de cette dénomination aussi appelée Mennonites avec les réformés (un article parmi d'autres) avec cette qualification inédite: des libres penseurs religieux[2]. On pourrait ajouter libres penseurs religieux laïcs. On oublie en effet que la pensée matérialiste n'a pas le monopole de la liberté. Les ancêtres de nos évangéliques plus ou moins fondamentalistes - anabaptistes, piétistes, puritains, baptistes, adventistes, salutistes... - se sont caractérisés par une critique et une distanciation de l'Eglise protestante officielle, l'Eglise du pouvoir, des aristocrates, qui le leur a bien rendu[3].

Comment ne pas être interpellé, voire séduit, par ces frondeurs, tous ces prophètes, tous ces mystiques subversifs, insolents en même temps que metteurs en pratique conséquents des principes évangéliques de fraternité, de simplicité, de pacifisme? Las. L'anticonformisme par rapport aux valeurs du monde (dans lequel des communistes ou des verts se retrouvent) se paie par un conformisme interne destructeur de personnalité. Et si, pour prendre un sujet au hasard, leur conservatisme sexuel a le mérite de dénoncer le consumérisme et ses justifications égoïstes (la loi du plus fort), je reste navré par leur obstination unanime[4] à vouloir rester dans la grande famille de l'hétérocentrisme anathémisant multireligieux[5] [6].

Notes

[1] Cf. ce billet que j'assume encore, mais peut-être avec plus de réserve dans ma... réserve finale.

[2] Je ne sais pas si elle vient de swissinfo ou d'un communicateur anabaptiste avisé.

[3] Par ex., les réformés attachés à l'histoire plutôt pacifique de la réformation dans leur cité ne seront pas très fiers de ce que Zwingli a fait noyer des anabaptistes dans la Limmat.

[4] En fait, je devrais nuancer. Je parle très très globalement des évangéliques, et le terme unanime est hyperbolique. Certaines dénominations, comme les Mennonites justement, ont des débats sur l'homosexualité, et les conclusions diffèrent d'une région culturelle ou linguistique à l'autre. Les francophones seraient plus conservateurs que les néerlandais. Reste que le rapport conservateur à la sexualité est un point commun pour les évangéliques qui s'entredéchireront volontiers sur d'autres points de doctrine (quand ils sont entre eux). (Note du 26.03.2007)

[5] Pour les Mennonites francophones, cf. cet article et la description de cet ouvrage.

[6] Est-il besoin de mentionner que les baptistes, croisement des descendants des anabaptistes et des puritains, sont également conservateurs?

mercredi 21 mars 2007

Personne âgée vs vieux

En attendant plus de disponibilités pour bloguer, voici le texte d'un étudiant mozambicain écrit en 2006 à l'occasion du départ pour la France d'un camarade au bénéfice d'une bourse. Je l'ai trouvé dans la lettre de nouvelles des envoyés du Département missionnaire des Eglises protestantes romandes. Mes réactions successives: 1) Tristesse de ce que la réalité soit effectivement celle-ci ou qu'elle soit même envisagée ainsi en cet endroit 2) Surprise que le mythe d'une Afrique qui respecte ses vieux en prenne un coup 3) Gêne devant cette idéalisation de l'Occident.

Va apprendre comment se fait-il que les Européens, / En grandissant, deviennent simplement âgés.
Alors que les Africains eux restent vieux. / Parce que "être âgé" c'est différent d'"être vieux".

Alors que la personne âgée pratique le sport / Le vieux, lui, se repose.
Alors que la personne âgée a de l'amour / Le vieux accumule les jalousies.
Alors que la personne âgée fait des plans pour son futur / Le vieux lui n'a que la nostalgie du passé.
Alors que le calendrier de la personne âgée comporte des lendemains / Le calendrier du vieux ne contient que des "hier".
Alors que la personne âgée se renouvelle chaque jour qui passe / Le vieux s'anéantit devant chaque nuit qui s'approche.
Alors que la personne âgée supportent les jours qui lui restent / Le vieux souffre de ce qui le rapproche de la mort.
Va, jeune, ne t'attarde pas! / Nous, nous restons avec attentes et souvenirs.

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 23.03 à 18h20: Hasard de l'actualité, loi des séries... Je tombe sur ce lien à propos d'un colloque Vieillir et devenir qui s'ouvre lundi à Paris.

mardi 20 mars 2007

Irak: "Schadenfreude" pour un anniversaire

Le Temps de ce matin marque le quatrième anniversaire de l'intervention internationale en vue de renverser le régime de Saddam Hussein par un dessin de Chappatte (20 mars 2007) particulièrement ignoble[1].

Il m'aide en particulier à comprendre ce qui m'indigne et me révolte dans l'attitude des adversaires de l'intervention et autres partisans d'un retrait immédiat, ou selon un terme fixé unilatéralement: la suffisance repue de celui qui se croit en sécurité chez lui et se moque des conséquences pour les principaux intéressés en Irak, au Proche-Orient, dans le monde musulman ou les dictatures en général[2]... sans se rendre compte non plus qu'une telle position, si elle devait prévaloir, serait inévitablement suivie non pas de la "paix" là-bas mais de la poursuite (ou de la reprise à plus grande échelle, dopée par le succès) de la "guerre" ici même.

Implicitement, ce que Chappatte donne à penser c'est que "les Américains" sont responsables des attentats en Irak, alors que ces derniers sont la manifestation d'une lutte armée qui combat le gouvernement irakien démocratique et veut paralyser le pays. Il s'agit pour elle de renverser par la terreur et les armes la volonté des Irakiens, après la dictature baassiste et avec le soutien officiel de toute la communauté internationale, de reconstruire un pays prospère et libre qui s'est manifestée dans un processus électoral répété et impressionnant; de manière aussi à ne pas faire miroiter une telle alternative aux autres peuples de la région qui vivent dans l'oppression. Ses cibles ne sont que marginalement les troupes alliées[3] mais principalement les forces vives de la société irakienne et ses infrastructures. Croire qu'il suffirait que les Américains partent pour que les attentats cessent est stupide, estimer que peu importe la situation qui résulterait d'un départ précipité et honteux des alliés est carrément cynique vis-à-vis de l'Irak et dangereux pour le monde. Et penser (à San Francisco, Londres, Paris ou Genève, bien au chaud) que non, vraiment, il aurait mieux valu finalement que l'intervention n'ait jamais lieu, que Saddam triomphe grâce à la cacade[4] du Conseil de sécurité de l'ONU début 2003, c'est la marque d'un défaitisme qui, comme le fascisme, est une menace contre l'esprit démocratique jamais irrévocablement vaincue, qui parfois l'emporte en bousculant tout sur son passage et contre laquelle le combat est toujours à recommencer.

Notes

[1] C'est le droit de l'auteur et de la rédaction de le publier, c'est le mien de le critiquer.

[2] Au Zimbabwe, par exemple.

[3] Improprement, me semble-t-il, qualifiées de troupes d'occupation par les adversaires de l'intervention.

[4] C'est l'un des seuls mots du patois genevois qui survit dans l'usage local, mais il se comprend aisément il me semble...

lundi 19 mars 2007

Présidentielle: étrange douzaine

Ainsi donc ils sont tout de même 12 à avoir obtenu les 500 parrainages d'élus leur permettant d'être candidats à l'élection présidentielle française, sur au moins 30 qui ont essayé. Exit par exemple, à gauche, Pierre Larrouturou, à droite, Edouard Fillias. Etrange prisme qui conduit plus de 2500 élus à soutenir cinq candidats d'une gauche qui ne s'intéresse pas aux responsabilités[1] (Bové, Buffet[2], et un pour chacune des trois principales chapelles du trotskysme français: Besancenot pour la LCR, Laguiller pour LO et Schivardi pour le PT) mais n'en trouve pas 500 pour soutenir un représentant d'une droite libérale ou libertarienne[3]: la droite traditionnelle a décidément été unifiée par Sarkozy le caméléon. Sur ses marges, on trouve le candidat de Chasse, pêche, nature et traditions[4] et deux frères ennemis issus du giscardisme, Bayrou l'Européen[5], qui cherche à se détacher sans pour autant rallier la gauche, et de Villiers le souverainiste, qui campe entre Sarko et Le Pen: espérons qu'il prendra plus de voix à ce dernier que Mégret il y a 5 ans...

Notes

[1] Contrairement aux Verts de Dominique Voynet.

[2] Dans la phase actuelle de ce qui reste du PCF.

[3] Croire que Sarkozy se découvrira libéral est un pari au moins aussi audacieux que le mien sur Royal se révélant blairiste ou même simplement sociale-démocrate.

[4] Curieux lobby, correspondant à un vrai clivage contemporain mais qui ne me paraît pas avoir la représentativité ni l'impact de la Coutryside Alliance britannique par exemple.

[5] Mais pas suffisamment sûr de lui (ou de l'Europe) pour accepter que la Turquie adhère à l'UE...

vendredi 16 mars 2007

Le blog de Moritz Leuenberger

Bon sang, mais c'est bien sûr! S'il y avait un élu, un politicien qui devait avoir un blog personnel en Suisse, c'est bien le conseiller fédéral socialiste zurichois, dont le goût pour l'observation, la réflexion, la communication[1] était déjà connu au travers de ses discours, toujours originaux sur la forme comme sur le fond. C'est maintenant chose faite (tout simplement sur l'une des plateformes les plus populaires) et annoncée très officiellement.

Est-ce le temps libéré après une année où la charge de président de la Confédération s'ajoutait à celle de ministre chargé d'un des sept départements de l'exécutif? Ou est-ce le fruit d'un échange avec son[2] homologue britannique David Miliband en marge d'une de ces conférences où se retrouvent les ministres de l'environnement?

Moritz Leuenberger annonce prudemment deux billets par semaine et met en garde les naïfs: il ne faut pas s'attendre à des indiscrétions de sa part. Les commentaires sont ouverts, mais modérés par les collaborateurs (et les trois premiers étaient des encouragements en français!) -- reste quand même à les lire: déjà 461 pour le premier billet, 106 pour le suivant (tous deux à la jonction des débats pour ou contre le nucléaire, d'une part, et sur le réchauffement climatique, d'autre part)...

COMPLEMENT DU 18.03 à 01h30: Voir aussi cet article d'Yvette Jaggi sur le site de Domaine Public.

Notes

[1] On pourrait en ajouter: la pédagogie, la polémique... le tout emballé avec humour et subtilité.

[2] L'un de ses, devrais-je dire: outre l'environnement (Miliband), il doit connaître Alistair Darling (énergie, précédemment transports), Douglas Alexander (transports) voire Ruth Kelly (aménagement du territoire) et Tessa Jowell (régulation du service public audio-visuel)... (note rectifiée le 17.03 à 13h08)

lundi 12 mars 2007

Chirac au "Guinness Book"

Pas de quoi vraiment célébrer le départ de Chirac de la scène politique, à l'usure. Pas de quoi non plus tomber dans l'hypocrisie: c'est bel et bien Le Pen qui a raison en déclarant qu'il a été le plus mauvais des présidents de la République. Pas pour autant le coeur à faire de l'ironie sur les juges d'instruction qui l'attendront à la sortie: je n'y crois pas trop.

Je croyais tout savoir d'une carrière qui représente tout ce que j'exècre. Et pourtant Le Monde parvient à souligner un symbole qui m'avait échappé: cinquième président de la Ve République, ce diable d'homme aura été ministre ou premier ministre de chacun de ses prédécesseurs (de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand)! Ce qui n'en fait pas un Talleyrand.

dimanche 11 mars 2007

Résultat des votations

Après les affiches, les résultats! La caisse unique d'assurance maladie échoue, mais plus nettement que prévu (71%), évitant au moins la division du pays selon le clivage linguistique. Voilà qui devrait ouvrir le jeu sur les évolutions possibles du régime de sécurité médico-sociale souhaitable, car c'est le refus d'une solution traditionnelle de la gauche classique, pas une approbation de la situation actuelle... Cela donne-t-il une petite chance à une réflexion sortant de l'affrontement droite-gauche en s'inspirant de Singapour pour innover?

A Genève, l'initiative populaire qui demandait un financement accru pour les établissements destinés aux personnes âgées l'a emporté. Le vote de la générosité, ou de la culpabilité? Au-delà du brouillage de la politique jusqu'alors consensuelle de priorité au maintien à domicile que mettait en avant le gouvernement pour s'y opposer (mais qui ne doit évidemment pas impliquer des moyens insuffisants pour l'hébergement résidentiel là où il est inévitable), c'est surtout un signal embarrassant pour la pourtant prudente politique d'assainissement financier et de modération des dépenses, susceptible de raviver les raidissements qui contraindraient le peuple à trancher de cas en cas.

L'opposition à la loi combattant l'affichage sauvage, promue par les milieux culturels avant tout, fait un résultat plus qu'honorable avec 45% des voix.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 12.03 à 0h27: A Genève, le peuple qui a élu il y a un peu plus d'un an un parlement de droite (et un gouvernement de centre gauche, il est vrai), vote dans un même élan une fois à droite (non à la caisse unique à 54,5%) et une fois à gauche (oui aux établissements médico-sociaux à 59,6%) sur des sujets relevant de domaines connexes et financièrement sensibles et incertains. Et il vote encore une fois à droite pour interdire l'affichage sauvage (à 55%): illustration des paradoxes (euphémisme) de la démocratie directe que j'évoquais dans ce commentaire.

vendredi 9 mars 2007

Quand l'activisme politique découvre les frappes intelligentes

En France, ce n'est pas l'intégralité des signatures à l'appui des candidatures à la présidentielle qui seront publiées, mais seulement les 500 premières tirées au sort; aux Etats-Unis (cette "démocratie" pourrie, n'est-ce pas), la liste nominative des donateurs en vue de l'élection d'un député à un parlement d'Etat peut être consultée par tout un chacun sur le web: c'est l'une des nombreuses réflexions que je me suis faites en lisant un passionnant article publié dans la revue The Atlantic[1]. Il montre comment, à côté du militantisme émotionnel de toujours, à côté de l'outil nouveau que représente le web pour mobiliser l'énergie dispersée, ces milliardaires qui révolutionnent déjà la philanthropie sont en train d'appliquer le même professionnalisme à l'utilisation de l'argent, ce nerf de la guerre vieux comme le monde, dans les campagnes politiques.

C'est l'histoire de Tim Gill, un quinquagénaire du Colorado, d'un milieu républicain traditionnel bon teint, qui a fait fortune dans les logiciels et qui, comme les Omidyar (Ebay), Bill Gates ou d'autres, a choisi de se retirer de la production pour se consacrer au bon usage de son temps et de sa fortune: pas seulement au sens égoïste du terme, mais pour les mettre au service des causes qui l'intéressent, et de la promotion du professionnalisme efficace dans un tiers secteur dont l'altruisme ne doit pas servir d'excuse à l'amateurisme.

Gill est également gay, et n'en a nullement honte. Il est l'un des promoteurs de la visibilité tranquille: simplement montrer (et faire reconnaître) que des gays peuvent aussi donner du temps et de l'argent pour des causes n'ayant rien à voir avec leurs intérêts comme minorité; on vous en avait parlé ici. Mais il en est aussi venu à exercer son regard d'entrepreneur sur la manière dont fonctionne le financement des campagnes politiques.

Cela l'a conduit à une démarche originale: délaisser (relativement) la scène fédérale pour observer, nationalement mais au niveau des Etats, les politiciens qui émergent; agir de manière strictement tactique, en fonction de la situation locale et du rapport coût/efficacité, pour stopper net ceux qui ont un programme homophobe. Non par une campagne centrée sur ce thème (au contraire: il s'agit aussi de ne pas mobiliser ceux qui les soutiendraient de ce fait): simplement en appuyant financièrement leur adversaire pour lui donner le coup de pouce décisif. Morceau d'anthologie qui ouvre l'article: le journaliste téléphonant à Danny Carroll, principal héraut de l'interdiction du mariage et autre partenariat pour les couples de même sexe en Iowa. En tant que président de la Chambre des Représentants de l'Etat, il aurait été dans une position décisive pour en faire une priorité... s'il n'avait été battu de manière inattendue. Il ne croit pourtant pas au "complot" contre lui jusqu'à ce que, tous deux connectés à la liste en ligne des dons faits à son adversaire, il découvre ces mystérieux versements de 1000$ en provenance de tous les coins des Etats-Unis...

Je m'arrête là dans la paraphrase, lisez vous-même. Bien sûr cela soulève des questions sur les campagnes négatives, le rôle de l'argent et les manoeuvres de coulisse. Mais cela ouvre aussi de nouvelles perspectives sur la stratégie à suivre pour faire reculer réellement et de manière durable les obstacles à la liberté et à l'égalité pour les gays et les lesbiennes (et ce n'est probablement qu'une illustration d'une leçon plus générale): viser l'efficacité, ne pas chercher à se faire plaisir ou à provoquer par jeu. Et cela montre une fois de plus combien le système démocratique américain est tellement plus subtil et sophistiqué qu'on le croit en Europe.

Notes

[1] Merci à Gérard de me l'avoir signalé!

jeudi 8 mars 2007

A l'ombre du "grand voisin"

Une page intéressante sur Swissinfo en marge de l'élection présidentielle française[1]: le regard croisé de deux personnalités des médias, Jacques Pilet, Romand de Zurich, et Peter Rothenbühler, Alémanique de Lausanne, sur les rapports respectifs à la France et à l'Allemagne.

Notes

[1] Le site web d'information (plus particulièrement à l'intention de l'étranger), distinct des chaînes de radio et de télévision et de leur sites, de la SSR, l'opérateur national de service public.

mercredi 7 mars 2007

Bêtise: d'aucune n'y alla pas par DE quat(T)re chemins

En France, nombre de critiques à l'égard de Ségolène Royal ont été ressenties (ou retournées à leur auteur) comme des sarcasmes adressés à la femme en elle. Dans le canton de Vaud, Jacqueline de Quattro, candidate radicale à l'exécutif (blonde, de surcroît) suscite le même type de polémique. L'affaire paraît se corser particulièrement quand la remarque émane d'une autre femme politique, intouchable à cet égard: pour la socialiste Yvette Jaggi, pensez Simone Veil ou Marie-France Garaud commentant Royal...

Dire d'une candidate à une élection à un exécutif cantonal qu'elle a dit des bêtises est peut-être brutal et expéditif[1], mais n'est évidemment pas sexiste. Dire qu'elle pourrait être sauvée par l'effet femme non plus. Simplement invérifiable. Ce n'est pas dire: elle sera élue parce qu'elle n'a aucune autre qualités que d'être une femme. C'est dire: elle sera élue parce que les électeurs voudront avoir une femme dans l'Exécutif. Ou encore: elle sera élue parce qu'ils n'oseront pas ne pas voter pour une femme (pour ne pas passer pour machistes). Mais ce propos ne pouvait qu'être mal compris, c'est donc contre-productif. Peut-être une bêtise?

Lire ici, ici et ici pour se limiter au Matin.

Préambule ajouté à 12h30

Notes

[1] Surtout si on se refuse à dire pourquoi.

dimanche 4 mars 2007

"Quel avenir pour la gauche au XXIe siècle?"

Sous ce titre, Le Monde de samedi publie un texte roboratif de Zaki Laïdi à l'usage de la gauche française. Ses conseils:

  • En finir avec le déterminisme pour penser le changement social dans le monde d'aujourd'hui, rompre avec la nostalgie conservatrice des "trente glorieuses".
  • Penser le rapport entre Etat et marché en retrouvant la capacité d'analyser de manière critique l'Etat, dont Laïdi souligne très bien qu'il peut être lui-même un grand producteur d'inégalité.
  • Penser les mécanismes de redistribution parallèlement aux mécanismes d'incitation (de production), viser les résultats.
  • Voir que la mondialisation "est avant tout un processus de redistribution de la richesse et de la puissance dans de nouveaux espaces":

Elle consacre la fin de la rente de l'Occident sur le monde. Et de cela il est insupportable de voir des forces de gauche s'inquiéter. Il ne faut sur ce point jamais perdre de vue que c'est sur son refus d'accepter la décolonisation que la SFIO s'est fracassée. Et que même si tout n'est pas comparable, il serait grave et inquiétant que la gauche française en vienne à tant craindre d'un changement planétaire qu'elle ne parvient pas à comprendre.

Mais lisez tout!

samedi 3 mars 2007

Cuba: un révolutionnaire exemplaire

Dans les extraordinaires richesses du Financial Times du samedi dont je parle parfois ici, il y a aussi des petites pépites dissimulées. Ainsi une brève nécrologie d'un opposant cubain mort à Miami à l'âge de 80 ans, Mario Chanes de Armas, qui renvoie à une version plus complète, plus combative aussi, sur le site:

Chanes spent longer in jail than Nelson Mandela. Unlike Mandela, however, the stories of Chanes and his fellow Cuban political prisoners received little publicity outside the Cuban exile community in Miami. Although he had fought alongside Mr Castro at every stage of the revolution, Chanes’s name, and image, were personally stricken from Cuba’s history books by Mr Castro himself.

Entré dans la clandestinité pour combattre le coup d'Etat militaire de Battista en 1952, il participe avec Castro à l'attaque ratée de la caserne de Santiago qui valut aux deux hommes d'être arrêtés -- puis rapidement amnistiés. En 1956, avec Castro et Guevara, il est de l'épopée du Granma qui débarque à Cuba les révolutionnaires. A nouveau arrêté, il est libéré par des partisans à temps pour accueillir Castro victorieux à La Havane en 1959.

Mais deux ans plus tard il critique le cours communiste du régime, et se trouve sommairement jugé et condamné à 30 ans de prison; il en passera 6 à l'isolement et se verra refuser l'autorisation d'assister aux funérailles de son fils, âgé de 22 ans et né après son emprisonnement. Libéré en 1991, ce n'est qu'en 1993 qu'il est autorisé à quitter Cuba. Un mois plus tard, il est reçu à la Maison Blanche par un Bill Clinton qui sait reconnaître un héros de dimension historique:

a living testimony to the unbending will to strive for liberty and dignity.

Bayrou serait un président par défaut, non par choix

L'interview de François Bayrou dans Le Monde va-t-elle enfin faire éclater la bulle? Car enfin, les contradictions sont énormes:

  • Il prétend ne pas parier sur un éclatement du PS et de l'UMP -- mais il reconnaît la nécessité de la création d'un "grand parti démocrate" à la place de l'UDF.
  • Les élections législatives auront bien lieu en juin au scrutin majoritaire -- après tout, à ce stade de politique-fiction on pouvait tout imaginer, y compris leur report pour permettre l'adoption de la proportionnelle par référendum --, puis la nouvelle Assemblée nationale instaurera la proportionnelle, mais apparemment seulement pour 5 ans plus tard... Donc cette belle vision d'un président d'union nationale avec un parlement représentatif de toutes les forces politiques n'est au mieux que pour le second mandat de François Bayrou.
  • Etrange innovation, c'est le gouvernement qui accorderait un label "majorité présidentielle", le cas échéant à plusieurs candidats dans la même circonscription si l'on comprend bien (tous ceux qui ne s'excluront pas eux-mêmes de l'union nationale?). L'électeur y reconnaîtra les siens.
  • Une référence valorisante mais déplacée à la grande coalition allemande: ce n'est pas un chancelier FDP qui a contraint le SPD et le la CDU à gouverner ensemble (sans réticence ni exclure personne, alors qu'on voit mal Sarkozy et Royal ministres dans le premier gouvernement du président Bayrou).

Tout cela découle de la confusion initiale:

"L'élection présidentielle, c'est la décision profonde d'un peuple qui s'exprime par le choix d'un nouveau président. (...) Elu président de la République, investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple...".

C'est vrai lorsqu'il y a confrontation de deux visions alternatives[1]. Ça n'a pas vraiment été le cas en 1969 (Poher/Pompidou), certainement pas en 2002 (Le Pen/Chirac), et ce ne serait à nouveau pas le cas si Bayrou était élu, vu la démarche qu'il a adoptée[2]. Le candidat et les journalistes qui l'interrogent sautent à pieds joints sur une réalité incontournable:

  • Bayrou ne peut pas être élu au premier tour (ce qui serait un vrai choix).
  • S'il parvient au second tour, c'est soit contre Sarkozy (après avoir recalé Royal et Le Pen), soit contre Royal (après avoir recalé Sarkozy et Le Pen) soit contre Le Pen (après avoir recalé Sarkozy et Royal).

Qu'il le veuille ou non, il serait élu contre et non pour, conformément à la formule: "au premier tour on choisit, au second on élimine". Il n'y a guère que dans le troisième cas qu'il pourrait continuer de jouer les équilibristes. Dans les deux autres il devra nécessairement son élection à l'électorat du/de la candidat-e qui aura été éliminé-e et n'aura pas préféré la politique du pire le report paradoxal sur l'adversaire principal et non le plus proche[3] [4]; il suscitera des ralliements plus ou moins rapides de ce bord, mais je doute qu'il parvienne à diviser le camp de son adversaire du second tour avant le 6 mai -- et après d'éventuels ralliements ne seront plus de même nature.

On peut faire la même observation pour Sarkozy ou Royal si l'un ou l'autre devait être élu-e contre Le Pen: leur légitimité ne serait pas la même que s'ils s'affrontent. Mais dans ce cas, au moins, les législatives qui suivent permettent de clarifier les choses, alors qu'avec Bayrou j'en doute: il faudrait pratiquement que les députés nouvellement élus acceptent de se faire hara-kiri en votant la proportionnelle avant une dissolution et de nouvelles élections législatives à l'automne...

Notes

[1] Au prix d'une forte contrainte de l'électorat par rapport à ses convictions profondes.

[2] Par opposition à celle de Giscard d'Estaing en 1974, qui ne se voulait pas en opposition simultanée à Mitterrand et à Chaban-Delmas, mais bien à ce dernier seulement en proposant un renouvellement de la droite; dans le système français, ce renouvellement intervient à l'intérieur de la gauche ou de la droite, soit par opposition interne (Chaban/Giscard, Barre/Chirac, Balladur/Chirac) soit par mutation (hypothèse où le PS aurait désigné Rocard en 1981 ou 1988, pari sur Royal aujourd'hui pour un certain nombre de ses partisans -- dont moi --, sans garantie évidemment, et ses déclarations sur l'affaire Airbus sont plutôt inquiétantes).

[3] A la Chirac en 1981, préférant pour son propre avenir un Mitterrand élu à un Giscard réélu et cette fois à même de recomposer la droite.

[4] Contrairement à moi: je n'aurais aucun état d'âme à voter non seulement Royal, mais également Sorkozy, contre Bayrou; d'autant que face à lui, ce serait le seul intérêt, ils auront l'une ou l'autre à évoluer dans le bon sens... (précision terminologique et complément de 16h47).

Eléments réussis d'un portrait de Pierre-Yves Maillard

Cet article du Matin consacré au Conseiller d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard, montre qu'un journal dit de boulevard peut faire un portrait simple d'un homme politique simple, qui rend justice à la personnalité de l'interviewé, du moins ce qui en apparaît au grand public. A croire que la people-isation est davantage le fait des people-isés que des people-isants.

Bien sûr, c'est la loi de ce genre de portrait, on parle football avec les copains, emménagement, sortie au resto en amoureux, daltonisme, et pas politique. Sauf que. Quand il évoque sa propre situation financière aisée par contraste, d'une part, avec celle des gens qu'il défend, et, d'autre part, par contraste avec celle des plus puissants, qui tondent les premiers, Pierre-Yves Maillard, en plus d'être simple, est aussi relativement atypique, pour un Suisse[1].

Notes

[1] Est-il besoin de préciser que cette évocation de la personnalité extérieure d'un homme politique n'équivaut pas à une adhésion sans faille à ses idées politiques?

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