La galaxie des blogs (et des nouveaux usages du web) compte de nombreuses planètes parfois fort éloignées les unes des autres. Les utilisateurs ont certes en commun de mêmes outils, une même approche combinant individualisme et réseau serré de relations, une volonté d'expression et d'appropriation. Mais aussi que de différences entre les blogs d'adolescents et ceux d'universitaires retraités, ceux qui exposent une passion d'artiste, racontent une vie sexuelle ou ceux qui parlent de politique.
Les Etats-Unis ont découvert les blogs politiques au travers de la dernière présidentielle (émergence de Howard Dean, puis duel Bush/Kerry, avec en particulier le démontage instantané d'une émission anti-Bush de CBS fondée sur des faux). La France en 2005, dans la campagne du référendum sur la Constitution européenne puis à travers l'état de choc qui est résulté du "non" et maintenant avec l'élection présidentielle.
En Suisse le phénomène est plus lent, plus diffus. C'est pourtant l'un des pays les plus connectés du monde. D'un côté, on peut penser que la petite taille du pays, son fédéralisme et surtout sa démocratie directe, qui font que les politiciens ne sont pas des abstractions hautaines, rend moins urgent qu'ailleurs ce besoin de prendre une parole confisquée, de rejeter les pensées uniques de toute sorte. D'un autre côté, ce pays où non seulement on élit à tous les étages, mais on vote au moins quatre fois par an (c'est-à-dire que l'on s'ingénie à bousculer le train-train des autorités avec des référendums et des initiatives) paraît prédestiné à l'utilisation de ces nouveaux instruments. Et même à leur développement innovant qu'il s'agisse de militer, de rassembler des informations, d'inviter à agir, de commenter, de débattre ou de rendre compte. Les médias traditionnels tentent encore prudemment de voir comment eux aussi intégrer cette nouvelle réalité, partagés entre la crainte de la concurrence canibale et la promesse de l'enrichissement du contenu et de la fidélisation de leur audience. Une tentative intéressante à cet égard est celle des quotidiens La Liberté / Le Courrier qui complètent et nourrissent leur couverture rédactionnelle des élections cantonales vaudoises par le blog[1].
Outre la récupération commerciale, à la Loïc Le Meur, la blogosphère citoyenne est sujette aux tentatives d'enrégimentement. Un peu par les partis peut-être (mais c'est eux qui auraient tout à perdre à ce que les blogueurs de leurs tendance ne se parlent qu'entre eux, ne soient lus que par les convaincus) mais surtout par les médias établis, ceux qui ont encore les moyens de faire assaut de séduction. Pour les élections fédérales, c'est rien moins que la SSR (les chaînes de service public radio-TV), payée par la redevance obligatoire, qui a sorti son rouleau compresseur: une plateforme dédiée à l'enseigne de monelection.ch, avec un blog offert à chaque candidat et un forum interactif sophistiqué. Mais il s'agit d'un système fermé, propriétaire: les contributeurs n'ont, à ce jour, pas la possibilité d'utiliser leur propre blog (préexistant), ou de préférer un hébergeur dont on est sûr qu'il ne coupera pas le courant au lendemain de l'élection![2]
C'est dire que le besoin d'indépendance, de liberté, de désintéressement, d'autonomie du débat reste crucial. Et c'est en cela que l'idée de la République des blogs telle qu'elle a débuté l'année dernière à Paris à l'initiative de l'ami Versac est géniale. Dans sa simplicité, son économie de moyens, elle rappelle une autre initiative citoyenne dont je suis un fan et qui, du 17e arrondissement de Paris, a depuis essaimé dans toute l'Europe: la Fête des voisins le dernier mardi de mai. C'est simplement un rendez-vous ouvert à tous les intéressés, dans un lieu public, sans visée ni commerciale, ni idéologique, pour que les échanges en ligne entre blogueurs et avec leurs lecteurs puissent aussi se prolonger dans la réalité de la rencontre du premier type. Le bouche à oreille fait le reste, avec le plaisir de se voir.
Et c'est à l'incitation et avec la connivence active de cet insupportable et si attachant blogueur libéral[3], Renaud Gautier, que j'ai l'honneur de proclamer la République des blogs en Suisse romande. En commençant par une première proposition de rencontre entre blogueurs politiques et avec ceux qui les lisent, voire nourrissent la conversation de leurs commentaires, le mardi 30 janvier dès 18h30 et jusqu'à ... Pour en savoir plus, et surtout pour vous inscrire afin de nous permettre une organisation convenable de l'événement, c'est par là (et si vous n'avez pas encore joué avec un wiki, ce sera l'occasion).
Si, en France, Paris truste quelque 200 participants et commence seulement une fragmentation dont on sent bien qu'elle est un peu faute de mieux, à raison de l'éloignement de l'astre solaire, la Suisse a le problème inverse: la tentation que chacun reste entre soi, dans son canton. Pour la suite, croyez-vous à la possibilité d'une République des blogs supracantonale se réunissant mensuellement dans une localité moins excentrée (Lausanne ou Yverdon, par exemple)? Ou peut-on envisager une République itinérante, de canton en canton? Ou faut-il effectivement que l'initiative soit reprise dans chaque chef-lieu (quitte ensuite à se déplacer les uns chez les autres)? On pourra en parler le 30 janvier, mais n'hésitez pas à faire déjà usage des commentaires si le coeur vous en dit[4]!
Et d'ici là, un grand merci à ceux qui voudront bien relayer cette invitation sur leur blog (envoyez un trackback ou laissez un commentaire)... N'hésitez pas à faire usage de la bannière[5] en pointant vers la page idoine.