vendredi 22 décembre 2006
Mort de Pinochet: retour sur Allende
François Brutsch | 23h14 | gôche | permalien | rss
J'avoue avoir manqué de temps (et peut-être même davantage) pour publier le billet un peu iconoclaste que je méditais à l'occasion de la mort dans son lit du général Augusto Pinochet, auteur du coup d'Etat chilien du 11 septembre 1973. Iconoclaste, pas tant à son égard, évidemment, qu'à celle du président renversé, le socialiste Salvador Allende, dont l'idéalisation dans la mort a été facilitée par les lunettes noires et autres traits caricaturaux du général. Et je me doutais bien que quelques phrases allusives n'y suffiraient pas, car il s'agit d'amener le lecteur à intégrer des éléments qui rendent l'image mentale qu'il a des événements chiliens moins naïve, moins partiale -- sans pour autant l'inverser purement et simplement: il ne s'agit pas du massacre de Katyn, en Pologne (dont la responsabilité a d'abord été imputée aux Allemands alors qu'il est maintenant reconnu qu'elle incombe aux Soviétiques) ou de l'accusation d'espionnage au profit de l'Union soviétique qui valut aux époux Rosenberg d'être condamnés à mort aux Etats-Unis (longtemps tenue pour une erreur judiciaire, aujourd'hui reconnue comme entièrement fondée).
Mais voilà que Sardanapale a fait le travail! Comme de surcroît c'est un blog de qualité qui me paraît ne pas être encore aussi connu qu'il le mérite, je ne peux que vous engager à aller lire ce billet (complet, précis, nuancé), et les autres (pour quelque chose de complètement différent, celui-ci par exemple).
J'ajouterai quelques souvenirs personnels. Comme militant de gauche, je me suis réjouis de l'élection d'Allende; comme social-démocrate, il ne m'avait toutefois pas échappé, contrairement à d'autres, qu'il n'appartenait pas au parti membre de la IIe Internationale (c'était le petit parti radical) mais à un parti socialiste se voulant révolutionnaire alors même que le Chili pouvait s'enorgueillir d'une tradition démocratique bourgeoise de bon aloi qui devait exclure une telle approche. Et surtout j'étais parfaitement conscient qu'il n'avait recueilli que 36% des voix. Cela ne m'empêchait pas de vibrer à une page de publicité parue dans Le Monde où la compagnie aérienne Lan Chile expliquait que sa caractéristique principale était qu'elle était "la compagnie aérienne du peuple chilien". Tout en m'inquiétant du rapprochement avec Cuba, de la persistance voire du développement d'une approche conflictuelle, armée, de la part d'éléments de l'Unité populaire, de sorte que le coup d'Etat, même s'il m'indigna, correspondait à une certaine fatalité, "ça devait mal finir".
Suis-je trop optimiste? Même si l'image qui reste du régime Allende est sans doute trop positive par rapport à la réalité, il me semble que ce qui est en définitive son échec a contribué à rendre la gauche démocratique moins naïve, plus lucide. Après la révolution des oeillets au Portugal, par exemple, où elle a su se dresser contre la tentation révolutionnaire gauchiste. Un Lula au Brésil, lui aussi hors de la social-démocratie, a su ne pas répéter les erreurs d'Allende. Et est-ce que je me trompe ou, en dehors des altermondialistes, Hugo Chavez ne bénéficie pas, à gauche, du type d'engouement dont Castro dans les années 60 et Allende dans les années 70 ont bénéficié?
COMPLEMENT DU 26.12 à 23h55 / 27.12 à 11h58: Pour mémoire, à signaler aussi ce billet des Chroniques patagones que je lis avec retard. Et cet article de Jean-François Revel à l'occasion du dixième anniversaire du coup d'Etat: Quand le général Pinochet a tué la démocratie, elle était déjà morte... (via jb).





