jeudi 7 décembre 2006
Rapport Baker: pas une affaire américaine
François Brutsch | 11h10 | sur le front | permalien | rss
Pour qui s'intéresse à la question, il vaut la peine de remonter au site de l'Iraq Study Group qui présente notamment les moyens considérables (trois instituts, 44 experts) sur lesquels se sont appuyés les 10 "sages" (5 républicains, 5 démocrates, eux totalement bénévoles!), et au rapport complet, qui tient en 84 pages[1].
Contrairement à ce que l'on peut entendre ici ou là, le rapport ne met nullement en question le bien-fondé de l'intervention internationale en Irak. Ou pour dire les choses autrement: la question n'est pas de savoir comment effacer ce qui s'est passé, mais comment corriger le tir face à la dégradation de la situation -- et faire en sorte que, oui, il en sorte quelque chose de positif. Cela ne satisfera évidemment pas ceux pour qui la seule issue satisfaisante est une défaite humiliante des Américans, fût-ce au prix du dernier Irakien. Sur le plan intérieur, ce rapport apporte de l'eau au moulin de Hillary Clinton, pas de la frange irresponsable du parti démocrate.
C'est l'éternel paradoxe de l'hyperpuissance qu'il faille un rapport exclusivement américain pour rappeler qu'il y a au moins deux autres types de partenaires à considérer: les Irakiens eux-mêmes, libérés de la dictature, qui se sont dotés d'institutions démocratiques et qui connaissent désormais une vraie société civile, appelés à une "réconciliation nationale" qui dépend d'abord d'eux-mêmes et à prendre pleinement leurs responsabilités; et la communauté internationale, avec en particulier la proposition d'un groupe d'appui comprenant les pays voisins et les membres permanents du Conseil de sécurité, auxquels s'ajouteraient l'Allemagne et la Corée du sud (?).
Mais sont-ils prêts à jouer leur rôle? Pour la communauté internationale, on peut en douter si l'on se réfère l'attitude des membres de l'OTAN qui ne tiennent déjà pas leurs promesses par rapport à l'Afghanistan. Je ne vois pas la France et l'Allemagne réaliser mieux qu'hier que leur intérêt est aussi engagé de manière décisive, et rejoindre enfin Blair dans la participation à une stratégie et une mise en oeuvre commune.
Notes
[1] Le Monde présente comme document à télécharger sur son site seulement les 9 pages du Executive Summary!.





