novembre 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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jeudi 30 novembre 2006

Liberté - Egalité - Mixité

La mixité, par Corinne Chaponnière et Martine ChaponnièreDans la devise républicaine / révolutionnaire, la fraternité est la notion la plus floue (outre qu'elle est une illustration du monopole masculin de l'époque): elle gagne à être actualisée. Mais parler de mixité donne aussi un contenu moins formel aux revendications d'égalité ou de parité. En ces temps de candidature de Ségolène Royal à la présidence de la République, de mise en oeuvre laborieuse d'une législation velléitaire et hypocrite sur la parité dans la confection des listes électorales et de luttes telles que le mouvement Ni putes, ni soumises, un petit livre tombe à point: La mixité - Des hommes et des femmes, par Corinne Chaponnière et Martine Chaponnière[1].

Dans le style tout à la fois érudit et enlevé qui sied à la collection Illico, les auteures retracent les aléas de la mixité de l'Ancien Régime à nos jours et dans différents domaines (vie sociale et culturelle, éducation, travail, pouvoir) pour conclure en situant la mixité par rapport à ses voisines: l'égalité, la laïcité, la liberté et la civilité.

Contrairement à une image complaisante, ce ne sont pas les femmes qui civilisent les hommes mais c'est la mixité. Et la notion de mixité (qui ne se limite nullement aux genres masculin et féminin: mariage mixte, ni même à la dualité: mixité sociale) offre une clé permettant de dépasser l'antagonisme entre intégration (neutralisante) et diversité (communautariste).

Notes

[1] Disclosure: ce sont des amies.

lundi 27 novembre 2006

Votations du 26.11: les résultats

Complètement pris par Bayrou (auquel s'ajoutait le travail de deuil de JJSS), je n'étais pas vraiment à l'heure suisse hier alors que les résultats de la votation fédérale tombaient: c'est 2 x Oui, sans vraie surprise mais avec soulagement en ce qui concerne la politique européenne!

dimanche 26 novembre 2006

Bayrou ou la chimère du centrisme en France

Je méditais déjà le billet ci-dessous quand mon co-blogueur m'a fait découvrir Jack's blog: nous croyions en toute modestie qu'Un swissroll était unique, eh bien, comme dans ce roman de Rosny Aîné où la Terre a une planète jumelle de l'autre côté du Soleil, il existe un autre blog de commentaire politique dont l'auteur est par ailleurs gay et protestant... Mais lui est Français et se reconnaît dans François Bayrou: il était donc d'autant plus urgent de marquer la différence[1] ;-) .

Dans la mise en place qui s'effectue en vue de l'élection présidentielle en mai 2007, pour les quatre rôles principaux deux candidatures sont désormais certaines: Ségolène Royal et François Bayrou. Deux autres sont hautement vraisemblables: Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen, sauf accident (de santé, ou défaut de signatures pour Le Pen). Bien sûr il peut y avoir une douzaine ou plus d'autres candidats qui feront de la figuration, et même quelques tentatives, verte, "gauche de la gauche" ou chiraquienne "canal historique", de s'insérer dans le quarté de tête, mais leur division paraît elle-même l'exclure.

Pour Bayrou, plus particulièrement, l'enjeu est de savoir s'il peut améliorer son score de 2002 non seulement en voix (1'949'170 sur 28'498'471) mais en passant de la quatrième à la troisième place, voire évidemment à la deuxième. Et le "buzz" lui semble favorable, entre la prime à l'opiniâtreté crâne dont Bayrou fait indéniablement preuve[2] et l'intérêt que peuvent soudain lui trouver quelques sociaux-démocrates et sociaux-libéraux misogynes et cérébraux, déstabilisés par une femme ayant intégré la dimension de l'émotion en politique[3].

Je tiens pourtant l'hypothétique présence de Bayrou au deuxième tour pour un dysfonctionnement du système politique français équivalent à l'irruption de Le Pen (même s'il serait évidemment moins dramatique), nullement comparable à ce dont il doit rêver: l'élection de 1974 qui a vu Giscard d'Estaing ravir la deuxième place à Chaban-Delmas (puis la présidence, évidemment). Car qu'on le veuille ou non, la Ve République est un régime fondé sur l'alternance bipolaire[4], fût-ce au sein d'une cohabitation, et toute tentative de faire émerger un centre distinct de la droite et de la gauche est promise à l'échec.

Mais c'est la tentation éternelle des esprits trop intelligents pour accepter ce type de simplification[5][6] de rêver d'un tiers parti: prenant le meilleur à droite et à gauche, éthique sans être idéologique et pragmatique sans se rattacher à un groupe social. Il y a des systèmes politiques dans lesquels il peut exister: le FDP en Allemagne, le parti libéral-démocrate au Royaume-Uni ont en quelque sorte une fonction institutionnelle de contre-poids aux deux partis dominants. Mais en France le centre a vocation à finir par entrer dans la zone d'attraction de la droite, on le sait depuis le ralliement à la majorité de droite d'opposants autour de Jacques Duhamel en 1969 puis du solde autour de Jean Lecanuet en 1973.

Un cas de figure différent, c'est la tentative de changer les rapports de force à l'intérieur d'un des camps: ce fut pour la droite celle de Giscard d'Estaing (dont les Républicains Indépendants étaient un appoint de la majorité gaulliste depuis les années 60) en 1974, pour la gauche celles de Jean-Jacques Servan-Schreiber, d'abord en 1965 avec "Monsieur X" (Gaston Defferre comme candidat unique de l'opposition au général de Gaulle), puis en recherchant avec Mitterrand une union de l'opposition s'écartant de l'anticapitalisme primaire (voir ce témoignage très éclairant d'un chercheur qui n'était pas né à l'époque mais qui corrobore très précisément mes souvenirs personnels).

Giscard a échoué par pusillanimité en ne dissolvant pas l'Assemblée nationale après son élection comme JJSS le lui recommandait. Et Servan-Schreiber a à son tour fait le choix, quoi qu'il ait pu lui en coûter[7], de quitter son camp de toujours qui l'avait rejeté pour tenter d'infléchir la politique de la droite, et doter Giscard d'Estaing, avec l'UDF, de l'instrument qui lui faisait défaut pour être davantage que la parenthèse qu'il a finalement représentée. A contrario, lorsque JJSS a tenté le jeu de la troisième force, avec le Mouvement Réformateur aux législatives de 1973 ou avec la liste Ere (Emploi - Egalité - Europe) lors des élections européennes de 1979, il a respectivement échoué, malgré une nette progression, à réussir la percée décisive[8] et été carrément laminé.

Du moins Giscard d'Estaing avait-il sur Chaban-Delmas, pour sa tentative, une légitimité de l'intérieur: non gaulliste, il était cependant le ministre de l'économie et des finances de Pompidou décédé, non l'ex-premier ministre congédié par ce dernier. Bayrou, lui, si rien ne le rattache évidemment à la gauche, est un membre réticent de la majorité de droite, une sorte d'opposant de l'intérieur (qui mesure cependant ses foucades pour ne pas rompre), ce qui le différencie également nettement des candidatures Barre de 1988 et Balladur de 1995. Qu'il soit présent au deuxième tour face à Royal en ferait le champion illégitime d'une droite ayant connu un séisme, et face à Sarkozy un obligé involontaire d'une gauche ayant implosé pour la deuxième fois. Il n'y a guère que dans le cas de pure politique-fiction d'un affrontement Le Pen - Bayrou que ce dernier aurait au moins plus de légitimité que Chirac en 2002 à incarner l'union sacrée contre l'extrême-droite, et ferait certainement meilleur usage de son élection.

Mais le plus probable reste que, première étape d'un rétablissement de la France dans sa tête et dans ses baskets (si je puis dire) et sur la scène internationale, les deux candidats naturels arrivent nettement en tête au premier tour. Et les troupes de Bayrou devront se rallier ou alors connaître un honorable hara-kiri aux législatives qui suivront.

Notes

[1] Evidente pour moi qui, est-ce l'expérience d'une famille nombreuse ou du scoutisme, suis à l'aise pour le meilleur et pour le pire dans cette grande tente aux multiples recoins qu'est le parti socialiste, peut-être moins pour Guillaume Barry pour qui la chimère du centrisme peut avoir du charme...

[2] Et je ne doute évidemment pas de ses éminentes qualités personnelles qui transparaissent apparemment dans l'entretien-fleuve qu'il a accordé au PoliTIC'show, débité en tranches sur DailyMotion: mais la vie est ainsi faite que ce n'est une caractéristique ni nécessaire ni suffisante du leadership politique.

[3] Comme Clinton (et maintenant Bush) ou Blair ont pu aussi le faire, mais contrairement à une Marie-France Garaud, une Simone Veil ou une Martine Aubry, ou bien sûr une Thatcher ou une Merkel, qui ne remettent guère en cause le machisme en politique.

[4] La multipolarité n'est chère à la France qu'en politique internationale...

[5] Plus à l'aise aussi dans la position, pas très "citoyenne" en fin de compte, du spectateur indépendant que dans celle du joueur ou même du fan qui suit son équipe dans les bons comme dans les mauvais jours.

[6] Et pas seulement en France évidemment: que l'on songe aux séductions qu'ont exercées certains candidats indépendants à la présidentielle américaine, de John Anderson en 1980 à Ross Perot en 1992.

[7] C'est son fils Emile qui a relevé, avec un humour vengeur, à propos de la maladie qui a finalement écarté JJSS de la vie publique: "Petit à petit, des années entières de souvenirs, en commençant par les plus récentes, allaient s'effacer, laissant la place aux souvenirs plus anciens qui, du coup, regagnaient en couleurs. Cela n'avait pas que des désavantages. Par exemple, il ne s'est jamais vraiment rendu compte que Jacques Chirac était Président de la République."

[8] Pour devenir "pas parti charnière, parti moteur", comme il le déclarait à la télévision lorsqu'il avait pris les rênes du parti radical et lancé le Manifeste radical Ciel et Terre.

jeudi 23 novembre 2006

Touraine sur Royal

Enfin une analyse de la candidate socialiste à la présidence de la République dénuée tant de misogynie (les plus nombreuses) que de mysophilie philogynie[1]! Dans Le Monde, Alain Touraine me paraît poser extrêmement bien l'équation de Ségolène Royal.

Pas d'illusion à se faire, elle peut fort bien la rater. Les médias anglo-saxons, notamment le Financial Times, ont souligné que les conceptions du PS (et parfois en matière économique celles de Royal elle-même) persistent à avoir 10 ans de retard sur la réalité. Le pari est qu'elle est suffisamment pragmatique pour le rattraper et, c'est l'essentiel, en faire partager la nécessité aux Français.

Notes

[1] Ou gynophilie, voir les commentaires pour des explications savantes.

mercredi 22 novembre 2006

JJSS -- le site

Actualisé mon billet du 7 novembre pour signaler le site mis en ligne par les quatre fils de Jean-Jacques Servan-Schreiber en hommage à leur père, avec en particulier les témoignages prononcés lors des deux services funèbres. L'Internet est formidable: j'en ai eu connaissance par un courriel de l'un des deux passionnés de l'action de JJSS avec lesquels j'ai des échanges virtuels à son propos depuis un précédent billet sur ce blog...

Kofi Annan, Suisse d'adoption

Kofi Annan a longtemps été en poste à Genève avant d'exercer principalement depuis New York la fonction de secrétaire général de l'ONU. Et c'est ici qu'il prendra une retraite qu'on n'imagine pas inactive. Il était déjà "bourgeois d'honneur" depuis 2002, il vient maintenant de recevoir le prix de la Fondation Pour Genève.

On le savait déjà grand copain d'Adolf Ogi[1], qui l'avait emmené faire du ski à Kandersteg et qui, après le Conseil fédéral, a été nommé envoyé spécial du secrétaire général pour la paix par le sport (ou quelque chose comme ça). Mais c'est tout le Conseil fédéral qu'il emballe, je ne serais pas surpris que même Christoph Blocher lui trouve des qualités.

Cette année, le président de la Confédération est toutefois Moritz Leuenberger dont les discours ont un tour particulièrement personnel, et cela s'est vérifié pour Kofi Annan.

Notes

[1] Mais comment ne pas l'être?

Investisseurs en philanthropie

J'en parlais ici et ... C'est désormais en français dans le texte dans Le Monde daté mardi.

lundi 20 novembre 2006

Thérapie de couple pour sportifs d'élite

Le genre d'histoire que j'adore, dans le Daily Telegraph de ce matin: comment deux sportifs à la veille de faire équipe pour une traversée de l'Atlantique à la rame ont eu l'idée d'inclure dans leur préparation cinq séances faisant appel aux acquis de la psychologie cognitive et comportementale.

Stuart Turnbull et Ed Bylis en sont ressortis plus au clair sur eux-mêmes et sur la manière de faire face à cette solitude à deux dans l'effort qui les attend pour quelque 40 jours. Celui des deux qui était le moins porté sur ce genre de hippy stuff dit qu'à son retour il pourrait même y avoir recours dans sa vie professionnelle.

Mais lisez vous-même (pour les amatrices et amateurs, il y a une photo). Et pour les suivre, c'est ici.

La "République des blogs" est partout chez elle

République des blogsC'est en partant de ce principe que je me propose d'organiser à Londres une réunion régulière des blogueurs politiques francophones (voire pourquoi pas anglophones mais francophiles) et de leurs lecteurs. La formule, initiée par Versac, en est déjà à sa quatrième édition à Paris. Elle draine une foule considérable et, étant au coeur du microcosme, suscite l'intérêt des médias et des politiques: Voynet et Bayrou s'y sont déjà mêlés au peuple des internautes. Le danger est de rester entre soi, dans ce cocon très particulier (quitte à accueillir magnaniment les cousins de province de passage), et Versac en est très conscient.

A Londres ce sera forcément beaucoup plus modeste et feutré, avec une première rencontre le jeudi 7 décembre dès 18h jusqu'à...[1]), dans un pub évidemment. Tous les détails sont sur le wiki de la République des blogs où l'on peut s'inscrire, réorganisé en vue de sa démultiplication.

Que cent fleurs s'épanouissent aussi à Marseille, Toulouse, Strasbourg, Lille ou Lyon! Comme Ségolène Royal, candidate désignée à la présidence de la République, vient d'en donner l'exemple en décidant d'appuyer sa campagne sur les 20 présidents socialistes de régions...

Notes

[1] Les last orders n'existent plus!

dimanche 19 novembre 2006

Votations fédérales du 26 novembre 2006

Affiche 2xOuiJ'ai mis en ligne les affiches de la votation[1] en cours en Suisse, jusqu'à dimanche prochain. Il n'y a cette fois que deux questions fédérales, et Genève n'y a pas ajouté d'objets locaux de sorte que les graphistes chargé de faire les affiches qui ne sont pas consacrées à un seul objet ont pu tenter de dégager une thématique commune, surtout pour qui appelle à voter 2 x Oui (la gauche -- sauf la frange anti-européenne, mais elle n'a pas fait d'affiche -- et le centre-droit, à l'exception du parti radical qui, à Genève, donne sur l'un des objets un mot d'ordre différent du parti national).

On trouve ici toutes sortes de liens et d'explications, en particulier vers la brochure (fichiers PDF, 531 Ko) adressée à tous les électeurs.

Coopération avec les Etats d'Europe de l'Est

Aucun des 15 membres initiaux de l'Union européenne n'a soumis à référendum l'extension à 10 nouveaux pays (et il me semble même qu'aucun de ces derniers n'a soumis l'adhésion à référendum), mais c'est la deuxième fois que les Suisses sont en quelque sorte appelés à ratifier l'élargissement qui a créé l'Europe des 25. La première fois, c'était le 25 septembre 2005 (voir ce billet). Aujourd'hui, c'est à l'occasion de la demande de référendum lancée avec succès[2] par les milieux anti-européens qui s'incarnent principalement dans le parti de la droite populiste et anti-européenne, l'UDC de Christoph Blocher[3] contre la "loi fédérale sur la coopération avec les Etats d'Europe de l'Est".

Le "milliard pour les pays de l'Est" des affiches est à la fois la continuation de l'aide suisse à la transition démocratique instaurée après 1989 et une réponse qui se veut autonome et spontanée à une demande pressante de l'UE: que la Suisse, qui en a les moyens et est au fond déjà un "membre silencieux", contribue comme les autres au fonds de cohésion européen en faveur des nouveaux membres. Où se confirme l'impasse de la "voie bilatérale" choisie par la Suisse: elle lui permet certes de bénéficier des avantages de l'adhésion, mais sans aucune participation aux décisions et en étant contrainte de s'aligner en toutes circonstances (tout en déployant beaucoup d'imagination et d'énergie à préserver les apparences de l'indépendance nationale).

Allocations familiales

Le deuxième objet s'inscrit dans la longue saga de l'extension de l'Etat social (c'était à l'origine un contre-projet à une initiative populaire), d'une part, et de la perte d'autonomie de cantons qui paraissent de moins en moins pertinents à des citoyens plus mobiles et aux références moins localisées, d'autre part. Alors que les allocations familiales (des prestations principalement financées par des prélèvements sur les revenus du travail, à la charge des salariés via leur employeur et des indépendants), étaient du domaine cantonal et connaissent d'importantes disparités, une nouvelle loi fédérale unifie le droit et institue des minimas, ne laissant aux cantons que le soin d'aller éventuellement plus loin.

Le référendum a été demandé par l'aile dure du patronat et de la droite (UDC, libéraux, certains radicaux qui se trouvent désavoués par le mot d'ordre du parti suisse). A noter que le parti radical genevois, qui se veut d'ordinaire progressiste, appelle lui à voter Non pour préserver un particularisme local plus favorable: où il se montre plus caricaturalement crispé sur ses droits acquis d'enfant gâté que la gauche et les Verts qui n'ont pas, eux, d'état d'âme.

Notes

[1] Merci à Martin pour les photos! Comme d'habitude, ce sont seulement les affiches visibles à Genève.

[2] 50'000 signatures suffisaient.

[3] Qui, comme membre du gouvernement fédéral, appelle à voter Oui, mais avec un manque d'enthousiasme qui ne trompe pas ses fidèles.

vendredi 17 novembre 2006

Libéralisme conséquent

J'apprends au détour de cet article du Temps que Milton Friedman, en libéral conséquent, était pour la libéralisation du marché de la drogue (et pas seulement du cannabis). Voilà qui fait réaliser à quel point la majorité des penseurs ou politiciens (en tout cas qui me sont connus) sont libéraux pour tout (y compris le port, voire le commerce des armes) sauf sur ce point. A une époque, on a entendu Alain Madelin et ce fut tout. Au niveau de la blogosphère helvétique, il y a Turion, plus libertaire que libéral - par ailleurs proche d'une Union Démocratique du Centre qui s'est battue contre l'actuelle distribution d'héroïne aux toxicomanes profonds. Et puis il y a ceux qui le pensent (usagers concernés?) sans le dire. Utopie: pour protéger la jeunesse, j'imagine une interdiction renforcée jusqu'à un certain âge, tolérance zéro dans les écoles sur la consommation d'alcool, cigarettes et autres drogues ET une libéralisation pour la consommation adulte qui casserait le marché de la mafia. Le problème est qu'il faudrait introduire cette législation simultanément sur tout le continent.

Le PS français revient de loin

C'est donc Ségolène Royal, de loin et sans problème! Certains ont cru voir de la duplicité dans la situation de son compagnon, père de ses enfants: François Hollande, le premier secrétaire du parti socialiste. Il me semble qu'il a au contraire remarquablement mené sa barque et en toute impartialité.

Car on pouvait tout craindre après la défaite inattendue de 2002 à la présidentielle, confirmée aux législatives dans la logique du régime. Déjà alors, il est parvenu à préserver l'essentiel de cette culture de gouvernement qui s'oublie si facilement.

L'épisode du référendum sur la Constitution européenne en 2005 a été moins heureux: malgré un vote formel des militants, c'est impunément que Fabius et d'autres ont pu déchirer le parti. Du moins ce résultat a-t-il fonctionné comme piqûre de rappel du choc du 21 avril 2002.

L'élaboration du programme, d'abord, les conditions de la compétition interne ensuite, ont montré un parti riche d'idées (même si elles ne sont pas toujours bonnes et peuvent être contradictoires: mais on est à cent lieues des absurdités de 1974 ou 1981, et au demeurant le programme n'est nullement l'essentiel) et de personnes de talents. Si Royal s'est trouvée confirmée, Fabius a en quelque sorte "déçu en bien" (le vrai professionnel perce sous l'idéologue opportuniste) et Strauss-Kahn, même si personnellement je trouve son score un peu étriqué, a fait une excellente campagne et et s'installe dans la position de "meilleur président socialiste de la République que la France n'aura jamais eu" (selon une formule appliquée couramment au Royaume-Uni, par exemple pour le travailliste Denis Healey).

Reste à savoir si tout cela est suffisant par rapport à ce qui attend la France. Et si finalement Sarkozy et son camp ne sont pas plus crédibles. Et dire que ça doit encore durer jusqu'en mai 2007!

jeudi 16 novembre 2006

Eclosion d'une amitié particulière

Il semble que relativement peu de blogs ont parlé de la visite de Dieudonné au Front National. C'est Hugues et Versac qui m'ont alerté.[1] Je me bornerai à signaler la fameuse vidéo de 44 minutes sur Dailymotion dont j'ai vu la moitié des 44 minutes. Malgré sa prudence, il est difficile d'invoquer la provocation et encore moins l'humour (ce qui rend le visionnement fastidieux). Dieudonné s'y proclame prêt à soutenir l'ennemi constitutif de sa "raison d'être politique" d'hier - ce n'est pas seulement une question d'interprétation à charge.

Notes

[1] Je viens de lire le billet d'Authueil, auquel, en guise de commentaire, j'ai soumis un petit exercice de substitution sytlistique.(Complément de 14h50.)

mercredi 15 novembre 2006

Erasmus: la Suisse, c'est les Bermudes!

Non, ce n'est pas une allusion hyperbolique au climat de ce beau pays... Ni même à l'archipel méconnaissable que nos sommets formeront lorsque le niveau des eaux se sera considérablement élevé, comme l'illustrait déjà de manière saisissante un stand de l'Expo.02. Mais bien au trou noir statistique que la Suisse représente dans les comparaisons internationales, dont une nouvelle occasion de râler m'est fournie par une double page Focus publiée par Le Monde à l'occasion des 20 ans du programme européen de mobilité universitaire Erasmus.

On y trouve[1] une splendide carte qui, pour chaque pays du programme, illustre pour l'année 2004/2005 le nombre d'étudiants qui sont allés étudier dans un autre pays européen, respectivement sont venus étudier d'un autre pays européen. Pour le Liechstenstein, c'est 26 sortants et 17 entrants, pour l'Islande 199 sortants, 253 entrants, pour la Turquie, 1142 sortants et 299 entrants. Et la Suisse? On n'en sait rien. Comme d'habitude elle figure le nombril découpé au coeur de l'Europe.

Et pourtant la Suisse est dans Erasmus (comme elle est dans Bologne). J'ai même obtenu les chiffres assez facilement et me fais un plaisir de vous les livrer en exclusivité: c'est 1885 sortants et 2004 entrants. Pas rien, comme on le voit.

Ce n'est pas au Monde que j'en veux: je me doute bien qu'ils n'ont ni écarté sciemment la Suisse de leur tableau, ni recherché et obtenu les chiffres du Liechtenstein et pas ceux de la Suisse. Le problème est plus général: il y a un bureau où des données sont rassemblées et publiées par l'Union européenne, et la Suisse est incapable de faire en sorte que ses chiffres lui parviennent, ou en temps utile. Là est le scandale.

Corrigé et complété à 22h35.

COMPLEMENT DU 16.11 à 23H24: L'explication nous est fournie par un commentateur ci-dessous, et d'une certaine façon c'est pire que je le pensais: ce n'est pas l'effet d'une simple négligence administrative, mais le résultat des contradictions de la politique européenne en solitaire de la Suisse. Qui participe à Erasmus parce que c'est son intérêt, mais de manière "silencieuse": en n'ayant pas voix au chapitre et en prenant à sa charge tous les frais. Car la Suisse est véritablement dans le quatrième cercle: elle n'est pas membre de l'UE; elle n'est pas membre de l'Espace économique européen (comme le sont le Liechtenstein, l'Islande et la Norvège); et elle n'a pas même l'étrange statut de candidat à l'adhésion qui permet à la Turquie, elle, d'être membre de plein droit d'Erasmus...

Notes

[1] C'est un plus de l'édition papier... à laquelle on a accès en format PDF pour un modeste abonnement de 59 €/an ou 6 €/mois (qui comprend également l'accès à 25 articles des archives payantes par période de 30 jours), ou en fac-similé e-paper plus commode pour 149 €/an.

mardi 14 novembre 2006

Blair l'Américain ET l'Européen

Les médias font comme si le discours de politique internationale prononcé par Tony Blair lundi soir amorçait un tournant "réaliste" après la défaite républicaine aux élections parlementaires américaines, largement imputée à la politique irakienne du président Bush. En réalité, il n'y a rien de nouveau, ce sont les mêmes thèmes, passionnément mis en avant et adaptés au gré de l'actualité, depuis le discours de Chicago en... 1999.

Dans ces "encore" survenant après la tournée d'adieux, Blair parvient pourtant à régler leur compte aussi bien à l'anti-américanisme qu'à l'euroscepticisme. Il rappelle tout d'abord que sans l'Amérique il n'y aurait simplement pas eu d'intervention au Kosovo:

Take any problem Britain wants solving: global terrorism - (assuming you don't believe that but for George Bush it wouldn't exist); climate change; Israel/Palestine; Iran and North Korea's nuclear programme; world trade; Africa in general, right now Sudan in particular; global poverty. We may agree or disagree with the US position on some or all of these issues. But none of these vital British concerns can be addressed, let alone solved, without America. Without America, Kosovo could not have been attempted. Without Kosovo, Milosevic might still be running Serbia; and the Balkans rather than stabilising with a potential future in Europe, would have remained the destabilising force it was for most of the 20th Century. We need America. That is a fact.
(...)
Most bizarrely, there is a significant section of British opinion today that wants us both distant from America and from the EU. Some Prime Ministers, when they actually have to deal with what can be a maddening process in Europe, become disillusioned with the whole thing. Not me. I can't see a single good reason for Britain not being at the centre of Europe and every good reason why it should be. Europe gives us weight and strength. In fact, in my view, Europe should be far more confident about its potential. Provided it eschews grand institutional visions and concentrates on grand practical visions - for prosperity, in energy, fighting crime, in developing defence capability - it has a huge, even exciting future. Enlargement has been remarkable. And on all these issues Britain has been in a clear leadership position. We should rejoice in it.

Et puisqu'il est beaucoup question de réévaluer la stratégie suivie par la communauté internationale en Afghanistan et en Irak, je signale aussi un article qui développe un argument particulièrement évident pour des esprits de gauche, attachés à la spécificité de l'action publique: une campagne militaire ne se gère par comme un business, au coût marginal... (Via Instapundit qui a d'autres liens et commentaires intéressants à ce propos).

Cimetières genevois: enfin le repos?

Genève a frôlé la guerre au nom de la paix des morts. Le débat sur ce qu'on appelle les carrés confessionaux[1] semblait déboucher sur une impasse, ce qui dans un sens sied au sujet, sauf qu'il fallait bien trouver une solution pour les vivants et leur diverses manières de prendre congé de leur défunts. Fallait-il tout laïciser (disent nos néo-républicains) ou tout privatiser (aucun libéral n'a poussé la logique jusqu'à cette conséquence)? Autre paramètre: quelle dose de multiculturalisme pouvait-on supporter? Sur ce sujet, le clivage gauche-droite n'opérait pas. Plusieurs partis avaient laissé la liberté de vote à leurs députés.

C'est alors que deux chefs de file du "centre-droit"[2] et du "centre-gauche"[3] ont réussi à s'entendre et à trouver ce qui semble après coup un oeuf de Colomb. Ils sont jeunes et fringants, pourtant leur solution s'apparente à celle de vieux sages, dont on perçoit par contrecoup une certaine rareté, qui n'a rien à voir avec la pyramide démographique. [4]

Sur cette affaire, lire l'article de la Tribune de Genève, qui fait tout ce qu'il peut pour ne pas leur donner trop la vedette, tout en laissant entendre le malaise des autres partis, qui feraient semblant de dire que cette solution correspond à ce qu'ils ont toujours dit. Rappelons enfin que Calvin avait exigé une sépulture anonyme, volonté qui, étonnamment, a été respectée, le lieu de sa sépulture est resté inconnu.

Notes

[1] Juifs ou musulmans, pour l'instant.

[2] Les Radicaux de Pierre Maudet, qui sont quand même à la droite du Parti Démocrate Chrétien

[3] Les Verts de Antonio Hodgers, qui savent aussi être à la gauche des Socialistes

[4] On ne parlera pas de paix des braves, car ces deux, qui visiblement s'estiment et s'apprécient, n'en sont pas à leur premier coup en commun, au grand dam (même étymologie que damnation) de leurs coreligionaires. Ils sont en effet à l'origine du droit de vote que les étrangers ont reçu à Genève.

lundi 13 novembre 2006

Les bénéfices du protectionnisme

Je ne vais pas aussi souvent que je le devrais lire les Chroniques patagones, un blog libéral original et solidement étayé[1]. Partant de l'idée que notre lectorat en sera peut-être davantage interpellé que le sien, je voudrais répercuter ici son billet faisant état d'une étude analysant les effets de trois mesures protectionnistes aux Etats-Unis:

  • Les barrières douanières et les quotas sur l'importation de sucre aux États-Unis sauvèrent 2.261 postes de travail durant les années '90. Comme conséquence de ces restrictions, les ménages moyens payèrent un excédent de 21 dollars par an pour le sucre. Le coût total pour les foyers fut de 826.000 dollars pour chaque poste sauvé.
  • Les restrictions sur le commerce de valises ont sauvé 226 postes de travail et ont coûté aux consommateurs 1,2 millions de dollars pour chaque emploi sauvé.
  • Les restrictions sur les vêtements et les textiles ont permis de conserver 168.786 emplois et coûtent près de 200.000 dollars par poste.

Ce que notre Patagon résume en disant: "le protectionnisme concentre les bénéfices et distribue les coûts". Il poursuit en analysant comment s'effectue le divorce intime entre le producteur et le consommateur en chacun de nous... Mais lisez vous-même!

Notes

[1] Son commentaire des élections au Congrès est par exemple bien plus complet que le mien.

samedi 11 novembre 2006

A l'ombre des bourgèmes en fleurs

Que doivent penser les militants de la démocratie hors Occident du débat sur les bobos, s'ils en ont connaissance? Ils ne peuvent que nous envier d'être parvenus à un nouvel âge des Lumières, un âge où la sociologie de loft a remplacé la psychanalyse de salon. Un âge qui a vu arriver la société d'abondance démocratique et de maturité politique. Témoin cet excellent[1] article du Temps. Avec des propos de Romand-e-s, qui au passage assument leur part de bobo-itude, et ne sont pas dénués d'intérêt et de pertinence[2].

On retiendra que le bobo-isme est caractérisé par l'oxymore: bourgeois+bohème, bien sûr; mais encore: développement+durable; globalisation+manger local; individualisme+fustigeant les ravages du consumérisme[3]. En fait, on retrouve cette caractéristique de la variante anti-conformiste-conformiste du bourgeois inquiet qui cherche à se distinguer des autres classes et en même temps de sa classe. Phénomènes sur lesquels les sociologues et les journalistes (émanation bourgeoise) vont se pencher avec jouissance. Distinction de type bourdivin qu'en d'autres temps et lieux on aurait appelé snobisme. Dans l'article du Temps, le parallèle est fait avec le touriste qui s'agace de la présence des autres touristes. L'article ne dit pas que la cohabitation de l'amour de soi, de la conscience de soi et de son anti-conformisme existe: on l'appelle dandysme[4].

Notes

[1] Et ceci est dit sans ironie.

[2] La note précédente vaut aussi ici.

[3] Posture très répandue dans les années 70 déjà.

[4] Cf. cette gravure touchante in Encyclopédia Agora intitulée Humming-birds - or - a dandy trio.

vendredi 10 novembre 2006

Elections au Congrès américain

Certains de nos amis de Lieu Commun (en particulier Emmanuel et Phersu) ont consacré une belle énergie à suivre et disséquer en direct les élections américaines... Moi j'ai passé l'âge: j'ai commencé en 1967 avec les législatives françaises que la gauche a failli remporter, ce que mon frère aîné reportant les résultats des circonscriptions au fur et à mesure qu'ils tombaient m'a annoncé en exclusivité, avant les radios. Qu'est-ce que ça change, me direz-vous? Exactement. C'est comme ça que j'ai appris que Jospin était troisième en 2002 seulement le lundi soir!

Cela dit, je trouve que les blogueurs et la presse tendent à exagérer le caractère catharsique pour les uns, catastrophique pour les autres[1], de la perte par les Républicains de la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat.

Il vaudrait la peine de comparer avec les titres et analyses qui eurent cours en novembre 1994: cette année-là, le fringant président démocrate élu deux ans plus tôt, avec deux Chambres de même couleur, réussit la performance de les voir toutes deux passer en main républicaine... Je suis persuadé qu'on n'a pourtant pas alors disserté avec terreur (ou délice) sur la défaite humiliante de Bill Clinton. Celui-ci fut d'ailleurs lui-même réélu deux ans plus tard. Au total, il aura passé les six dernières années de sa présidence de 8 ans avec deux Chambres républicaines. Bush lui ne passera que les deux dernières années de sa présidence de 8 ans avec un Congrès démocrate.

C'est que les Etats-Unis, comme la Suisse, mais contrairement au Royaume-Uni, à l'Espagne, à l'Allemagne (hors "grande coalition") ou à la France (hors "cohabitation"), n'ont pas un régime fondé sur une alternance confinant à la dictature de la majorité, mais sur la collaboration/confrontation entre un exécutif et un législatif indépendants l'un de l'autre, et plus largement sur le compromis négocié entre des clivages multiples et superposés et non seulement le binôme gauche/droite. L'Irak peut bien avoir joué un rôle important dans le recul des Républicains, il serait faux de croire qu'il existe une majorité pour abandonner ce pays aux islamofascistes. Idem pour le Protocole de Kyoto: ce n'est pas seulement Bush qui est contre, c'est bel et bien une majorité du Congrès, après comme avant.

Une vraie question est de savoir si leur responsabilité accrue au Congrès va aider les Démocrates à récupérer la Maison Blanche en 2008 ou non? Paradoxalement, il me semble que ce sera davantage le cas s'ils parviennent à travailler dans un esprit bipartisan avec Bush qu'en assurant deux ans de blocage parlementaire de l'exécutif et d'initiatives parlementaires cassées par des vetos présidentiels. Mais le revanchisme ambiant s'y prête-t-il? Les zozos qui ont tenté, sans succès, d'empêcher la réélection de Joe Lieberman sont le principal obstacle à l'élection à la présidence de Hillary Clinton plutôt que d'un républicain, qui aura l'avantage décisif de ne pas être Bush...

Notes

[1] Alain Hertoghe de Carte de presse se laisse aller à parler de Congrès "contrôlé à 100% par les Démocrates", ce qui fait bon marché des moyens de la minorité de faire dérailler un débat (filibuster) comme du droit de veto du président, deux instruments qui forcent aux compromis.

Deux dilemmes

  • Une singularité du Royaume-Uni en Europe, c'est la surface socio-culturelle que conservent les forces armées, bien plus grande par exemple qu'en Suisse où elle a pour le moins fondu malgré l'armée de milice[1]. J'en veux pour preuve le retentissement de la journée des anciens combattants (de toutes les guerres), le 11 novembre, précédée - toutes générations et tous looks confondus - du port du red poppy, un insigne en forme de fleur de pavot (il existe aussi des versions à télécharger sur les portables). Tout ceci pour introduire la polémique née du refus par un présentateur vedette des informations télévisées (Jon Snow sur Channel 4) de l'arborer à l'écran (alors qu'il le porte en privé), comme aussi tout autre signe affichant une conviction ou une cause. Une position solidement argumentée, que je trouve convaincante et digne d'éloge. Jusqu'à ce que je lise sa collègue Sarah Smith qui, elle, le porte: ne pas l'arborer quand tout le monde le fait, c'est donner l'impression que l'on affiche un message de rupture, anti-militariste, anti-guerre en Irak... Dilemme.
  • Comme si le divorce ne suffisait pas... Le Daily Telegraph de ce matin raconte un curieux conflit de droit de la construction autour de Paul McCartney. Dans une zone protégée, inconstructible, sur ses terres[2], le chanteur a construit, sans se soucier d'obtenir d'autorisation, une maison des bois accompagnée d'un pavillon qui tient lieu d'espace de réception. Sommé de démolir, il cherche depuis des années à négocier le maintien de ces constructions, en offrant en échange de rendre à l'état naturel d'autres parties du domaine en détruisant les constructions qui s'y trouvent... Si le bénéfice est par hypothèse plus grand, faut-il renoncer à sanctionner l'arrogance de quelqu'un qui se croit tout permis (d'autant qu'il est malgré tout sympathique et que le pavillon est beau...)?

Notes

[1] L'armée britannique est professionnelle et recrute fièrement dans toutes les couches de la population (elle a récemment annoncé un effort pour augmenter la proportion de musulmans car elle tient à être à l'image de la société), y compris les plus élevées (les deux fils du prince Charles, William et Harry, ne sont nullement une exception folklorique). Ce n'est pas, avant tout, un moyen d'ascension sociale pour les plus défavorisés comme en donnent l'impression les armées françaises ou US, ni un repaire de psychopathes et de crypto-fascistes.

[2] Dont il faut souligner qu'elle est d'un naturel qui doit tout à l'homme: c'est lui et Linda qui ont créé un lac et un paysage dont la beauté est protégée...

jeudi 9 novembre 2006

Petit tour de Grand 8

Les blogs étaient à l'honneur, ce matin, dans l'émission Le Grand 8 de la Radio Suisse Romande. La question était: peut-on encore faire de la politique sans avoir de blog? François Brutsch y participait, en duplex depuis Genève, aux côtés de la Conseillère nationale Martine Brunschwig Graf. Le premier défi était de prendre la parole alors que les animateurs et les autres invités sont dans le studio de Lausanne. Dans ces conditions, 30 min, ce n'est pas aussi long qu'on croit - mais, même si ce n'est pas à moi de le dire, les Genevois s'en sont bien sortis. Au niveau de l'anecdote, une illustration du rôle joué par le nouveau média aura été donnée aux auditeurs romands à travers l'histoire de la "sollicitation" faite à Jospin par blog interposé.

L'argument vieille garde élitiste n'a pas manqué. En l'occurrence, c'est Jacques Neyrinck qui l'a servi. Redoutait la médiocrité et le n'importe quoi qui peuvent se trouver sur des blogs, beaucoup plus facilement que dans la presse écrite (les quotidiens 24heures et Le Temps étant ses références). Ce scientifique (que j'aime bien par ailleurs) qui était récemment opposé[1] à Elisabeth Teissier sur la Télévision Suisse Romande, a-t-il déjà calculé la proportion de n'importe quoi respective dans les blogs et dans la presse? Qui plus est, s'il fait cite que la presse de qualité (par opposition à la presse gratuite ou de boulevard), il devrait faire une sélection analogue avec les blogs.

On peut écouter l'émission sur la site de la RSR, puis, dans la colonne de droite, cliquer sur Le Grand 8.

Notes

[1] Courageusement, car il n'y avait pratiquement que des supporters et pas d'autre contradicteur sur le plateau d'Infrarouge.

mardi 7 novembre 2006

Mort de JJSS

J'étais en déplacement toute la journée et c'est seulement maintenant que j'apprends la nouvelle du décès de Jean-Jacques Servan-Schreiber[1]. Près de trois ans après Françoise Giroud, 6 mois après Jean-François Revel, c'est l'un de ceux qui ont accompagné mon éveil à la chose publique et à l'engagement politique qui disparaît (collégien, j'avais ramené comme trophées d'un voyage à Paris l'affiche de sa campagne de Nancy en 1971 1970 qui le fera "député de la Lorraine", obtenue au siège du parti radical, et une affiche de la couverture de L'Express avec Ben Bradlee, le rédacteur en chef du Washington Post au moment de l'affaire du Watergate). De la décolonisation à l'Europe, de la lutte contre la torture au combat pour la démocratie et les droits de l'homme, de l'écologie au développement qu'on n'appelait pas encore durable, de la vulgarisation économique et de la reconnaissance du rôle du marché et à la transformation des médias et à l'essor de ce qui allait devenir l'Internet, il a été à l'avant-garde de tous les combats progressistes.

C'est bête à dire, mais je n'ai pas de nécro prête, quand bien même j'attendais/je redoutais cette nouvelle. Mais je vais à nouveau expérimenter combien l'Internet accompagne efficacement un tel deuil, et rassemblerai ici des liens utiles. N'hésitez pas à me signaler les inusuels qui pourraient m'échapper! Merci.

Il y a quelques mois, la page Wikipédia sur JJSS laissait à désirer, mais aujourd'hui elle est très remarquable! Pour approfondir, je ne saurais trop recommander la biographie que le journaliste Jean Bothorel lui a consacrée: espérons que l'éditeur et les libraires sauront saisir l'occasion de faire mieux connaître un personnage trop méconnu (une édition de poche, peut-être?).

Les autres billets où il m'est arrivé de faire référence à JJSS ou aux Servan-Schreiber sont ici et .

Complément tardif: Lu avec le ravissement critique du fan l'hommage publié dans L'Express papier du jeudi 09.11[2] (et désormais aussi Paris-Match[3] et Gala[4] qu'un ami prévenant avait achetés à mon intention). Une grosse erreur (le mérite de la légalisation de l'interruption de grossesse sous Giscard d'Estaing attribué à Françoise Giroud alors qu'il revient à Simone Veil) et quelques jolies formules, dont celles-ci:

  • "Mon père lisait L'Express pour Mendès France, ma mère pour Mauriac, moi pour JJSS" (Jean-Pierre Raffarin)
  • "Ce n'était pas un homme à femmes, c'était un homme à fils" (Jean-Louis Servan-Schreiber)

Médias

  • La page du site du Nouvel Observateur (nombreux liens, hommages et galerie photo)
  • Un dossier complet avec reportage photo et hommages sur le site de L'Express
  • La chronique de Favilla dans Les Echos
  • Nécrologie par Patrick Jarreau dans Le Monde
  • Nécrologie par François Sergent dans Libération (service minimum, ou est-ce le signe qu'en effet ce n'est pas leur génération?)
  • Nécrologie par Nicole Gauthier en page Médias de Libération
  • Le Figaro (liens, diaporama)
  • Nécrologie par François Gross dans Le Temps (fichier PDF, 13Ko) (l'inverse de Libé: l'auteur revit sa jeunesse)
  • Nécrologie par Ghada Hamrouche dans La Tribune (Alger)
  • Nécrologie par Djamel Eddine Merdacine dans El Watan (Alger)

Témoignages et hommages

  • Un hommage personnel de Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne, en chronique sur I-Télé
  • Jean Daniel
  • Jacques Duquesne
  • Michèle Cotta
  • D'anciens collaborateurs: Serge Lafaurie, Claude Imbert, Michel Labro, Madeleine Chapsal, Catherine Ney
  • Des politiques: Dominique de Villepin, François Hollande (qui n'est pas rancunier et ne rappelle pas la rupture entre le PS de Mitterrand et le parti radical de JJSS sur le Programme commun de gouvernement avec le PCF: à mon sens, l'histoire a donné raison à Mitterrand sur la stratégie de renversement de la majorité de droite, mais à JJSS et Rocard sur ce qu'une politique de gauche peut et doit être), Renaud Donnedieu de Vabres, Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac (qui avait piégé Giscard sur un essai nucléaire et obtenu de lui la révocation de JJSS peu de jour après avoir été contraint par lui de le nommer ministre des réformes en 1974), François Bayrou (qui n'a pas l'air de rappeler que c'est JJSS qui a conçu l'UDF comme machine de guerre anti-Chirac)
  • Communiqué du parti radical
  • Le témoignage de Mikis Théodorakis

Des blogs

Les quatre fils de JJSS ont mis en ligne un site commémoratif qui contient d'autres précieux liens et hommages; un blog y est associé.

Actualisé le 29.06.08 à 11h57

Notes

[1] Dans les news de ma page d'accueil ou dans mes mails avec, dès 11h11 8h03, heure de Londres, une alerte Google.

[2] Curieux comme la rédaction parvient à se trouver une filiation avec les fondateurs du titre quand celui-ci paraît précisément être l'unique point commun entre eux, de déménagements en ventes multiples et bien sûr succession de générations de journalistes (sans aucun sous-entendu désobligeant)...

[3] Deux excellentes pages avec photos de Jean Bothorel, avec un lapsus pire que le mien ci-dessus: l'élection de Nancy en juin 68!

[4] Une page de Madeleine Chapsal, comment dire, curieuse...

lundi 6 novembre 2006

Français en Chine, Chinois en France

Je les ai trouvé chez Franck, l'écolo atypique du 9-3: le blog d'un Français qui s'est exilé depuis 1986 (il votera Sarkozy) et le blog d'un dissident chinois du mouvement de 1989 qui vit désormais en France.

Et dans le genre regard croisé, bien que ça n'ait rien à voir, je signale encore l'excellent billet du Français DirtyDenys sur "l'affaire" des "actes odieux" que des soldats allemands en Afghanistan auraient commis sur des cadavres.

dimanche 5 novembre 2006

Europe: la Russie plutôt que la Turquie?

D'investissements russes très politiques dans EADS[1] au partenariat stratégique prôné par Schröder, Poutine semble remarquablement parvenir à trouver des oreilles complaisantes chez certains dirigeants européens. Pendant ce temps, la question des rapports entre la Turquie et l'Union européenne se dégrade par touches répétées, de part et d'autre, sans qu'on en mesure les conséquences. Quelques réflexions jetées un peu en vrac sur le clavier.

La Communauté européenne est née après la deuxième guerre mondiale dans le contexte d'une Europe divisée par la guerre froide, en reconstruction tant économique que démocratique avec également les suites de la décolonisation à gérer. Elle peine à actualiser sa vocation alors que deux éléments ont complètement changé la donne: l'effondrement du communisme (qui supprime ce que la menace pouvait avoir de stimulant et permet la démocratisation de l'ensemble du continent) et la globalisation (consacrée par l'OMC et la généralisation du libre échange). Le risque, c'est dès lors que l'Europe comme construction institutionnelle se dissolve, les peuples et les dirigeants croyant qu'elle aurait en quelque sorte perdu sa raison d'être; mais comment ne retournerait-elle pas alors à ses démons fratricides? Et ce d'autant plus sous la menace islamo-fasciste à l'égard de laquelle elle ne sait déjà trop sur quel pied danser.

Que l'Europe se montre frileuse face à l'adhésion de la Turquie, que les élites turques qui ont tout misé sur cette ambition, soient défaites ou refroidies ne peut qu'avoir des conséquences néfastes pour les deux parties: l'ancrage définitif d'un grand pays musulman laïc dans le monde moderne et démocratique serait compromis, l'Europe y perdrait une chance d'expansion démographique et économique dont elle a bien besoin. Refuser la Turquie, c'est d'une certaine façon le début de la fin pour l'Europe, le recroquevillement, l'abandon de l'affirmation d'un modèle de développement différent: pacifique, concerté, organique, privilégiant les équilibres sociaux voire écologiques.

La Russie, elle, est au pire un facteur de division (Chirac et Schröder font bon marché des sensibilités des nouveaux membres de l'UE), au mieux une grande puissance à l'égard de laquelle l'Europe doit avoir des rapports sans complaisance, en particulier du point de vue des droits de l'homme. Entre ce nouvel avatar de la diplomatie metternichienne et la poursuite de la construction européenne, avec des responsables comme Michel Rocard ou Massimo d'Alema, je n'ai pour ma part aucune hésitation.

Notes

[1] Après la pantalonnade de Sevestal appelée au secours d'Arcelor.

Abolitionnisme indécent

Si vous vous livrez régulièrement à des exécutions capitales et que vous êtes la Chine ou les Etats-Unis, vous pouvez exécuter en paix. Il faudra juste de temps à autre écouter poliment les sermons d'Amnesty International et consorts. Si vous préférez les tueries extrajudiciaires à plus grande échelle et que vous vous appelez Soudan, vous n'aurez qu'à faire preuve d'une mâle résolution à l'encontre de tout représentant de la communauté internationale tenté par l'ingérence et on vous laissera massacrer en paix, en vous faisant grâce de tout sermon[1]. En revanche, si vous êtes une jeune et fragile démocratie et que vous condamnez légalement à la pendaison un pauvre hère dont la seule vue émeut aux larmes les âmes les plus endurcies, il faudra s'attendre à des réactions de sainte Nitouche et de vierge effarouchée comme la Suisse et la Finlande.

Pour que les choses soient claires: le châtiment appliqué après des années de non-vie et d'angoisse avilissantes passées dans un couloir de la mort (pire que la mort), m'apparaît une barbarie, une torture et révèle un fond sadique et pervers, même si ce traitement est appliqué de bonne foi. Mais, ceux que la mise à mort légale de Sassam Hussein révulse tant, ne pourraient-ils pas avoir une indignation proportionnée à l'ampleur d'autres massacres? Question rhétorique. La métaphore du concert des nations, où la Suisse joue enfin pleinement[2], qui enveloppe le concept de partition, est affligée du concept de prévisibilité. Qui est rarement compatible avec la décence, ou alors c'est qu'un moratoire en la matière aura été consenti.

Notes

[1] Si on tient à s'émouvoir à propos d'assassinats commis à l'échelle d'une population, on privilégiera des événements suffisamment éloignés dans le passé, comme le malheur des Arméniens. Mais les meurtres d'innocents perpétrés par la nature conviennent aussi.

[2] Maintenant qu'elle est à l'ONU et qu'elle a, qui plus est, en la personne de Micheline Calmy-Rey, une ministre des affaires étrangères ambitieuse.

samedi 4 novembre 2006

Pascal Bruckner et Etienne Barilier

C'est le Samedi culturel du Temps, encore, qui les rapproche au travers de leurs derniers ouvrages: La Tyrannie de la pénitence, essai sur le masochisme occidental pour le premier, La Chute dans le Bien pour le second.

Fermeture de bureaux de poste

En Grande-Bretagne comme en Suisse et ailleurs, le mouvement vers la réduction du nombre de bureaux de poste est sensible; toute la question est de savoir comment la mesure est gérée et accompagnée. Le Daily Telegraph, qui sous ses nouveaux propriétaires vire décidément à la droite la plus populiste, choisit la voie la plus démagogique, celle de la gauche qui "résiste": la pétition au ministre (l'Etat, donc, alors qu'ici la poste fait partie du Royal Mail Group, entreprise privée en main publique) pour s'y opposer, sans préciser bien sûr comment payer.

Pour la Suisse, lire cet excellent papier de Beat Kappeler[1], chroniqueur économique inconoclaste et socialiste libéral affirmé, dans Le Temps. Il évoque ceux dont on ne parle pas, qui ne se manifestent pas et qui pourtant ont beaucoup à gagner de cette évolution, exemple suédois à l'appui. Qui souhaiterait revenir sur la libéralisation du téléphone?

Notes

[1] Qui pour une fois restera en libre accès.

jeudi 2 novembre 2006

Le couple gay: bon pour les hétéros!

Les quelques nostalgiques qui voyaient avec méfiance la renvendication de l'égalité pour les couples de même sexe parce qu'elle éloignait les gays et les lesbiennes de leur vocation de successeurs du prolétariat comme ferment de la révolution avaient donc raison: le "mariage gay", loin d'être subversif (comme le craignent, pour leur part, les milieux traditionnalistes et religieux), conforte le mariage hétéro et la famille! C'est en tout cas ce que suggère une étude de William Eskridge et Darren Spedale (sic) publiée par Oxford University Press et présentée en détail sur Volokh Conspiracy (via Instapundit).

mercredi 1 novembre 2006

Violences urbaines en France

Une observation inattendue et provocatrice d'un sociologue, Sebastian Roché, interrogé par Le Temps:

- Si des solutions existent, pourquoi la France n'arrive-t-elle pas à les mettre en œuvre?

- Parce que les organisations ne veulent pas changer, ou alors seulement lorsqu'elles ont le couteau sous la gorge. Les entreprises évoluent parce que, sinon, elles font faillite. Mais l'Education nationale ou la police ne sont pas des entreprises, elles ne dépendent pas de leurs clients.

Lire aussi ici et les réflexions de Ludovic Monnerat.

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