Les folies de Mark Foley
François Brutsch | mercredi 4 octobre 2006 à 16h37 | droit/politique | rss
Pour une fois que je peux communier dans la dérision et le sens de la supériorité européenne à l'égard de la société américaine! La démission ignominieuse d'un élu républicain de Floride à la Chambre des représentants, à quelques semaines d'une réélection qui s'annonçait facile, a tout du conte de fées moral (pour adultes, quand même): il était en particulier l'artisan de cette loi qui introduit une majorité sexuelle différente sur Internet (18 ans, règle fédérale)[1] et dans la vie de tous les jours (variable selon les Etats), et qui lui est aujourd'hui fatale. Les ex-stagiaires qu'il poursuivait (avec leur consentement, même si cela ne change rien à l'affaire) de ses assiduités à coup de messages instantanés à contenu explicite ("salace" est un mot trop vieillot pour rendre compte des dialogues parfaitement modernes[2] qui sont maintenant publiés par ABC News) avaient moins de 18 ans, mais plus de 16, ce qui rend grotesque l'accusation de pédophilie immédiatement articulée à son égard: à le lire, ce ne sont pas les pré-pubères qui excitent Foley.
Que ces ex-stagiaires soient des jeunes hommes plutôt que des jeunes filles ne change à peu près rien à l'affaire non plus, sinon que cela illustre une fois de plus le danger pour l'équilibre mental qu'il y a à ne pas s'assumer: Foley n'était pas "ouvertement" gay, c'était seulement de notoriété publique. Voilà qui contraste, par exemple, avec le président de la Chambre basse du Parlement fédéral helvétique, Claude Janiak...
COMPLEMENT DE 23H: Comme souvent dès qu'il est question d'affaire de moeurs, le vocabulaire tend à déraper pour suggérer davantage que ce qu'il y a à dire. Ce n'est pas à une mais à deux reprises que Le Monde parle de "jeunes garçons" (une expression qu'on devrait réserver à des gamins de moins de 10-12 ans en culotte courte) à propos de jeunes hommes de 16 à 18 ans, sexuellement majeurs même si ce ne sont pas encore de "jeunes adultes". De la même manière, le mot "fillette" ne vient plus guère sous la plume des journalistes qu'à propos de victimes pré-adolescentes ou adolescentes...
COMPLEMENT D'ALEX DEPRAZ LE 05.10 à 13h56: A mettre en parallèle avec l'affaire "Sophie13"...
Petit rappel des faits: une adolescente suisse chatte avec une interlocutrice de son âge dont le pseudo est "Sophie13" (13 pour le département des Bouches-du-Rhône). Après plusieurs mois de dialogue, une conversation via webcam permet à l'ado de découvrir que "Sophie13" est en réalité un homme d'une cinquantaine d'années. Le contact se poursuit. L'adolescente vit dans un contexte familial perturbé (rumeur de mariage forcé la concernant). Elle part rejoindre son amour du net dans la région de Marseille. Le quinquagénaire accueille l'adolescente, y compris dans son lit, la présente à sa famille. Personne n'a de doute sur son âge: l'ado a juste moins de 15 ans mais de toute évidence elle passe pour plus âgée. La police finit par la retrouver. Depuis, l'homme est en prison et l'ado refuse de retourner vivre au domicile familial.
Reste la manière dont la presse traite cette banale histoire d'amour adolescente: le quinquagénaire est traité comme un "pédophile" alors qu'il n'a aucun antécédent et que la fille est pubère. On qualifie les actes d' "abus" alors même qu'il n'y a aucun indice d'usage de la contrainte. Et bien sûr on dénonce la "perversité" du net (cette couverture de L'llustré) alors même que via webcam l'adolescente savait parfaitement à qui elle avait affaire et a rejoint l'individu en connaissance de cause après de longues discussions!
Certes, l'affaire tombe sous le coup du droit pénal: en France, semble-t-il, l'acte est grave si la mineure a moins de 15 ans (est-il punissable après s'il n'y a pas usage de la contrainte, je l'ignore?); en Suisse, l'acte d'ordre sexuel librement consenti est en principe punissable avec un mineur de moins de 16 ans (sous réserve d'une différence d'âge de moins de trois ans). il s'agit donc bien d'une infraction, mais il n'y a ni pédophilie ni abus (en tout cas au sens du droit suisse). Et dire que Lolita a été publié il y a plus de cinquante ans!
Notes
[1] Inconnue à ma connaissance sous nos cieux. Pas forcément une mauvaise idée, mais c'est peut-être discutable lorsque les interlocuteurs se connaissent, comme c'était le cas ici: dialogues entre ex-stagiaires ayant travaillé pour lui et Mark Foley alias Maf54, jeune quinquagénaire portant beau outre qu'il sécrète le phéronome de la politique...
[2] Les ex-stagiaires y font preuve d'une maturité impressionnante, je le dis sans ironie aucune!






Commentaires
1. Le mercredi 4 octobre 2006 à 20h33, par Oli
2. Le mercredi 4 octobre 2006 à 20h47, par François Brutsch
3. Le jeudi 5 octobre 2006 à 14h00, par Damien
4. Le jeudi 5 octobre 2006 à 14h30, par François Brutsch
5. Le jeudi 5 octobre 2006 à 20h31, par Tiouk
6. Le vendredi 6 octobre 2006 à 13h52, par Alex
7. Le samedi 7 octobre 2006 à 18h29, par XIII
8. Le dimanche 8 octobre 2006 à 02h16, par Damien
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