dimanche 29 octobre 2006
Tony saved the Queen
Guillaume Barry | 18h02 | divers | permalien | rss
De ce côté-ci de la Manche, on a aussi vu un beau film, ce qui est la moindre des choses, son réalisateur étant un sujet de Sa Majesté (mais Sa Majesté est de son côté objet du film).
A ses débuts, Stephen Frears a traité ultraclassiquement un sujet ultratabou en son temps (Maurice).Mais il a aussi été capable de ne pas être convenable, à la limite du trash (Prick Up Your Ears) ou ultraclassique (A Room With A View).
Que dire alors de The Queen? Cinématographiquement parlant, c'est beau et dépouillé. Surtout pas classique. Bref, absolument magnifique indépendamment de l'histoire et du propos. On peut se demander si le titre approprié ne serait pas The Queen and I - le moi étant celui de Tony Blair. Dans le film, ce dernier a manifestement plus de ficelles à tirer à sa disposition que sa souveraine. De plus, lui a la liberté de ne prendre aucune initiative, d'intervenir ou non, d'agir ou non dans le drame qui nous occupe.
La reine, elle, a choisi initialement de confisquer le deuil au public, de le confiner au privé, de protéger ses petits-enfants, de les soustraire à l'exposition médiatique. Depuis son divorce, Diana n'appartient plus à la famille royale, qui la perçoit comme quelqu'un qui a craché dans la soupe et qui était en train de détruire rapidement une institution séculaire.
Tony Blair tient aussi à l'institution de la monarchie. Et il réalise l'erreur stratégique, suicidaire de l'attitude de Windsor et consorts. Paradoxe pour un travailliste, dont le parti a souvent envisagé d'abolir la monarchie. L'ambiguité ne l'épargne pas: s'agit-il de sauver une institutions au nom des valeurs qu'elle incarne, au nom des services qu'elle a rendu au pays, au nom de la relation spéciale qui l'unit au peuple. S'agit-il d'en faire des alliés? Ou s'agit-il simplement d'éviter un chaos dont Tony Blair et son gouvernement ou son parti pâtiraient? Opportunisme, cynisme ou idéalisme et foi sincère? (Tony Blair fait une brève allusion à la religion à un moment donné.)
La grande qualité du film est qu'il ne prend pas parti. Il propose des hypothèses sur les comportements, les stratégies, les motivations. Et comme on ne sait pas (pour l'instant) ce qui s'est réellement passé, le film est un magistral Gedankenexperiment.
L'option de la ressemblance jusqu'à un certain point seulement fonctionne à merveille, avec des acteurs extraordinaires. On comprend que la reine ne pouvait qu'apparaître odieuse, mais sur ce point l'ambiguité ne l'épargne pas non plus. Est-elle fidèle à des principes, des valeurs, une éducation? En est-elle prisonnière? Ou est-elle, comme les autres membres de la dynastie, mue par le ressentiment?
Voilà comment un film plaisant, qui se laisse voir si facilement, si agréablement, donne à réfléchir et à réfléchir...
COMPLEMENT DE 20h15. Ad tempus pro me. To the time for me. An die Zeit für mich.[1] Ce n'est pas parce que Frears et Ivory sont tous les deux gais, qu'ils ont fait tous les deux des films à thématique gaie, que l'un est un Américain très britannique tandis que l'autre est franco-anglo-américain qu'ils sont un seul et même réalisateur. Indeed.
CORRECTIF DU 21.11.06 O taon, pour moi, suspends encore ton vol: Frears n'est pas gai, à en croire cet article du Guardian.
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