septembre 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 30 septembre 2006

Et Kouchner, alors?

Pour ceux qui, comme moi, pensent que l'unique chance de la gauche (face à Sarkozy et, surtout, pour répondre à l'attente des Français et non d'un appareil de parti) est un-e candidat-e socialiste "décalé-e", Bernard Kouchner était le cheval à suivre avant l'émergence de Ségolène Royal. Il avait dûment placé ses premiers jalons, mais manifestement cela n'a pas suffit à attirer l'attention et l'ouragan Royal l'a effacé. Il semble se consacrer désormais à sa candidature, soutenue par Chirac, à l'OMS.

Au demeurant, aurait-il été candidat à la primaire ou aurait-il choisi la voie gaullienne de la candidature autonome? Quand on voit que Lang n'a ses signatures que par la volonté de l'appareil d'éviter une triangulaire caricaturale "droite" (Royal) - "centre" (Strauss-Kahn) - "gauche" (Fabius)... Pourtant, particulièrement du fait qu'il y aura une vraie campagne interne (mais publique) avant le vote des militants, ç'aurait été intéressant. Etait-il susceptible de ravir la coupe, surclassant une Royal trop évidemment favorite au jeu du candidat différent, expérimenté mais neuf? Lang peut jouer sur les deux premiers facteurs, pas sur le troisième. Dans l'intérêt du PS et de la gauche, je souhaite une victoire de Ségolène Royal dès le premier tour (plutôt que seulement au second).

Et la suite? Je ne crois pas à une candidature dissidente de Fabius (un certain nombre d'aigris voteront-ils tout au plus, au premier tour de la présidentielle, pour un des candidats de l'extrême gauche), ni même de personnalités intéressantes du style Christian Blanc faisant leur petit tour promotionnel. On va vers un quarté de candidats sérieux, représentatifs et maîtres chez eux: Le Pen - Sarkozy - Royal - Bayrou (dans le désordre pour les trois premiers, j'espère!).

vendredi 29 septembre 2006

Se reconnaître la qualité d'adversaires

Ruez-vous, pendant qu'il est encore accessible, sur cet article de Frank A. Meyer (éditorialiste au Sonntagsblick), paru en traduction française dans le Temps: "Islam: débattons en adversaires, sans violence, à visage découvert."

COMPLEMENT DE 21h10. Je viens de prendre connaissance de l'article de Robert Redeker paru dans le Figaro du 19 septembre et reproduit ici sur ProChoix. En parlant sur la Télévision suisse romande, Tariq Ramadan a concédé le droit à la liberté d'expression, mais a bien insisté sur la qualité nulle de l'article, qui n'est en fait pas le problème, puisque l'auteur doit changer de lieu de séjour tous les soirs pour échapper à des menaces de mort.

COMPLEMENT DE 22h30. A compléter absolument par l'excellent article de Caroline Fourest de ProChoix qui proclame son soutien à Redeker tout en se distanciant de l'amalgame l'islamisme et l'islam (des musulmans modernes).

COMPLEMENT DE 22h50. Quant à Jules, il a tout compris, mais arrive-t-il à le faire comprendre?

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 30.09 à 17h30: Du MRAP, je savais déjà qu'il n'y avait plus rien à attendre. Mais même la Ligue des droits de l'Homme s'empresse de prendre ses distances avant de concéder: "L'on ne saurait admettre que quiconque, fût-ce en raison d'idées nauséabondes, soit l'objet d'intimidations de quelque nature qu'elles soient. On ne combat pas les idées de M. Redeker en le transformant en victime."

Ci-dessous deux extraits de Frank A. Meyer:

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11 septembre 01, islamofascisme, menace iranienne: enfin des voix françaises

Sarkozy - Royal après Chirac - Jospin, est-ce un simple changement de personnes, une relève de génération ou un nouveau paradigme? En attendant d'en avoir le coeur net, je trouve intéressante cette émergence d'une expression politique de l'internationalisme démocratique en version originale française, qui déborde les quelques franc-tireurs auxquels elle était confinée jusqu'à présent.

J'en veux pour signe la recension par Roger-Pol Droit, dans Le Monde d'hier, de Il faut croire en la politique, de Christian Delacampagne. Et la publication (sous forme d'annonce) dans Le Monde d'aujourd'hui d'un Appel aux dirigeants européens pour les exhorter à

faire face au danger que font peser sur le monde les dirigeants iraniens, leur volonté de se doter de l'arme nucléaire et de "rayer Israël de la carte".

Les deux précédents sont au nombre des signataires avec non seulement Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann mais aussi Henri Atlan, Claude Cohen-Tannoudji, Thérèse Delpech ou Elie Wiesel[1]

Et comme je ne trouve pas grand chose en ligne sur cet appel, je me propose de le reproduire intégralement, avec les signataires et l'adresse de contact, en annexe (ci-dessous).

COMPLEMENT DU 01.10 à 16h47: Voici aussi la publication de la revue Le Meilleur des mondes (signalée en commentaire).

Notes

[1] D'autres signatures semblent tout aussi impressionnantes, mais je dois confesser mon ignorance à leur propos!

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Les pommes d'Adam

Faire d'une intrigue théologique le fil conducteur d'un film innovant, humain, drôle, sombre, léger et cynique à la fois? Il fallait un Danois pour le faire. C'est ainsi que Lars von Trier n'est plus le seul cinéaste à percer hors du royaume de Hamlet: il faut compter avec Anders Thomas Jensen. Ses pommes d'Adam Adams aebler / Adam's apples m'ont permis de me remettre du terrible Brothers dont il était le scénariste - innovant, humain, sombre et cynique, mais ni léger ni drôle. S'il est effectivement question de pommes et d'un dénommé Adam, l'allusion à une particularité anatomique masculine n'est pas fortuite, dans la mesure où le film ne met en scène que des hommes, à une exception près. Mais cela nous entraînerait sur une autre piste.

Au début, on croit qu'il va être question d'une foi naïve mais conséquente, qui ne voit que ce qui est bon et qui de ce fait cherche à désamorcer la violence de l'autre en tendant l'autre joue. Plus tard, on est presque rassuré: le côté absolu et inhumain de cette foi s'avère une stratégie désespérée pour faire face au non-sens des malheurs de la vie requalifiés en épreuves du diable. Une stratégie pour (ne pas) rester pur, intact après un viol, et d'autres faits de violence subis, après la perte de sa mère. C'est exactement la thématique du livre de Job évoqué dans le film où ce livre joue (physiquement aussi!) un rôle charnière. Comme dans le livre de Job, la question du mal subi injustement est posée: les coups du sort sont-ils mérités ou - la suggestion est faite au pasteur par son protégé néo-nazi - ont-ils leur origine dans la haine que Dieu lui porte.

Il faut peut-être, pour certains, en arriver à envisager cette hypothèse, reductio ad absurdum pour envoyer balader tous les délires induits par cet opium du peuple humain et accueillir l'altérité. Notre héros de pasteur, lui, ne sera que passagèrement ébranlé par cette suggestion. La transformation viendra d'une balle miraculeuse qui traverse le cerveau, lui ôtant au passage une tumeur. La guérison physique correspond à une guérison spirituel, dans la droite ligne des miracles opérés par Jésus.

Mais le film est loin d'imposer une telle lecture - et il fait aussi le bonheur des mécréants: il fait rire, il déconcerte, il émeut, la photographie et les acteurs sont superbes. Il fait simplement oeuvre de créateur, quoi!

jeudi 28 septembre 2006

Le congrès travailliste

Après 15 jours de vacances, un trop bref séjour à Londres avant de repartir pour Genève ne m'a pas vraiment laissé le temps de renouer avec la blogosphère. J'ai même raté le congrès du Labour (de dimanche à aujourd'hui), n'ayant eu qu'un écho lointain du discours de Gordon Brown lundi (il ne s'est pas cassé la figure, mais il n'a pas non plus dissipé tous les doutes sur ce qu'il vaudra électoralement et comme No 1 et plus No 2) et de celui de Tony Blair mardi (l'un de ses meilleurs, très bien accueilli sans pour autant concéder quoi que ce soit de ses convictions parfois durement combattues de l'intérieur du parti).

L'avantage c'est que tout est disponible en ligne!

dimanche 24 septembre 2006

Résultat des votations du 24 septembre

Après la présentation des objets et les photos des affiches, les résultats! En Suisse le scrutin se déroule sur 3 à 5 jours pour ceux qui veulent se déplacer à l'urne, 3 semaines pour ceux (la grande majorité) qui retournent par la poste le ou les bulletins qu'ils ont reçus à domicile. Il se termine le dimanche à 12h, donc en fin d'après-midi tout est terminé.

Objets fédéraux

L'initiative COSA qui voulait affecter une partie des bénéfices de la Banque nationale aux retraites est finalement largement rejetée, à plus de 60% des voix; seuls quelques cantons (dont Genève) l'acceptent de justesse alors qu'il fallait la double majorité (s'agissant d'une modification de la Constitution). Un élément qui manquait dans ma présentation initiale, et qui a incontestablement joué un grand rôle, c'est l'existence de ce que l'on appelle un contre-projet indirect: un acte législatif approuvé par le Parlement qui n'est pas opposé à l'initiative comme le serait un contre-projet formel[1] (voir le deuxième objet cantonal ci-dessous), mais dont l'entrée en vigueur est subordonné à l'échec de l'initiative. Ce contre-projet prévoit bien un versement conséquent à l'AVS (et les initiants peuvent à juste titre s'en prévaloir), mais de manière unique et non selon une clé permanente. Personne, donc, ne défendait le statu quo, et le peuple n'avait pas la possibilité de le maintenir (il aurait fallu, pour celà, attaquer le contre-projet indirect par un référendum...).

Le durcissement de la loi sur les étrangers et de la loi sur l'asile si passionément combattus par la gauche et tout ce qui se veut éclairé, y compris à droite, ont été confirmés, ce qui n'est pas vraiment une suprise. Mais massivement[2], ce qui l'est davantage, surtout compte tenu des descriptions apocalyptiques faites par les référendaires et de la personnalité controversée du conseiller fédéral populiste Christoph Blocher. Il reste aux opposants à se rengorger des promesses d'application "humaine" dispensées par le gouvernement dans la campagne... Le plus intéressant, ou le plus déprimant, c'est la suite: Blocher est à son zénith, mais qu'en sera-t-il lorsqu'on constatera que les "problèmes" liés à l'asile ou aux étrangers ne vont pas disparaître? La droite n'a pas plus de réponse que la gauche, en réalité. En effet ils sont liés soit à des questions de psychologie sociale face auxquelles le législateur est mal armé ou maladroit, soit à des questions économiques et démographiques que la Suisse ne saurait réguler seule ou elle-même[3]. Voir cette excellente interview du spécialiste de ces questions depuis des années, d'abord comme inspirateur de la politique du gouvernement genevois en la matière puis comme directeur général de l'Office cantonal de la population.

Voir aussi ici.

Objets cantonaux (à Genève)

On dit de CaracallaCaligula qu'il avait nommé son cheval consul (ou sénateur), et il existe une expression américaine, je crois, sur les situations dans lesquelles même un cochon pourrait être élu s'il était présenté. A Genève, c'est un peu ce qui arrive lorsque le lobby des locataires (= les trois-quarts de la population, parmi lesquels de nombreux propriétaires de résidence secondaire) présente une initiative: elle est acceptée sans campagne quel que soit son contenu! Le contre-projet, lui, a été refusé.

Mais la vraie controverse portait sur l'école: tant l'initiative pour le retour des notes que le contre-projet ont été massivement adoptés: une gifle à l'égard du gouvernement et envers l'arrogance des "experts" en pédagogie et autres barons de la fonction publique enseignante. C'est alors la troisième question qui détermine lequel des deux projets entre en vigueur: ici c'est l'initiative.

Le troisième objet, une votation obligatoire sur une question technique qui n'était combattue par personne, donne peut-être le plancher de "non" aléatoire et automatique à toute question quelle qu'elle soit: c'est apparemment 5% (seulement).

Les résultats officiels détaillés sont ici.

TEXTE CORRIGE ET AUGMENTE à 19h47.

Notes

[1] En l'occurence parce qu'il n'est pas de même niveau normatif: une loi, pas un amendement constitutionnel.

[2] Et même à Genève, qui aime tant donner des leçons d'humanisme au monde, de peu il est vrai.

[3] Notamment l'inadaptation du droit international, dans le cas de l'usage extensif fait de la clause de non-renvoi dans un pays où l'étranger serait menacé: quid par exemple d'un accord international permettant que la loi nationale ne soit pas bafouée tout en garantissant les droits humains, avec un renvoi dans un pays tiers?

samedi 23 septembre 2006

Les Conservateurs aiment aussi demander pardon

Restons dans les sujets qui ont une forte VTA (valeur théologique ajoutée) potentielle: Elton John a composé et interprété une très belle balade - Soory seems to be the hardest word - qui de poignante m'est devenue une scie [1] à force de l'entendre dans les ascenseurs. Mais voici que spiked procède à un de ces retournements conceptuels dont ses collaborateurs sont coutumiers: Not saying sorry ist the hardest thing to do. Non seulement je peux me l'appliquer, mais il semblerait que cela se rapporte à un nouveau tropisme de maints politiciens. Même le Pape, qui a quand même été jusqu'à des regrets, n'en est pas exempt. En l'occurrence, le constat de Mike Hume Neil Davenport se rapporte au Parti Conservateur et à David Cameron qui, par exemple, en Afrique du Sud, s'est excusé pour la politique de Thatcher qui a considéré l'ANC et Mandela comme des terroristes. Pour Neil Davenport, c'est l'absence de convictions politiques qui donne lieu à cette politique des excuses, pour combler le vide. Par ailleurs, le Parti Conservateur n'a plus la large implantation dans quasiment tous les secteurs de la société qu'autrefois. Il ne représente plus l'idéologie, typiquement de droite, d'être le common sens au-dessus de la politique. Toutefois, l'auto-flagellation n'est cependant pas si originale que ça. Il semblerait que la classe politique britannique ait passé près d'une décennie à se distancer de l'Empire et de l'élitisme. Neil Davenport conclut en suggérant à Cameron - du moment qu'il est si enclin à la réévaluation du passé conservateur - de méditer la maxime d'une figure éminente de ce parti, Benjamin Disraeli: never explain, never apologise. Le pendant de don't, ask don't tell en quelque sorte.

Notes

[1] Que dis-je une scie, il faut dire une épée: Sorry seems to be the hardest sword.

vendredi 22 septembre 2006

Gordon Brown comme Benoît XVI?

Les médias britanniques sont pleins de portraits et d'analyses à propos du successeur vraisemblable de Tony Blair, comme on l'annonce depuis leur arrivée au pouvoir, il y a 9 ans. A leur lecture, je me dis que ce qui peut lui arriver de mieux c'est le type de changement d'image réussi par Ratzinger: de grand inquisiteur sombre à blanc pontife souriant, surprenant d'humanité, sans pour autant avoir rien perdu de son intellect, ni même une certaine rigidité, comme on vient de le voir.

Le problème, c'est que pour Gordon Brown il ne suffit pas d'accéder à la fonction suprême, il faut s'y maintenir. Le pape, lui, n'a pas d'opposition et n'est pas soumis à réélection.

mercredi 20 septembre 2006

Rapports de (quelles) forces?

Qu'il l'ait voulu ou non, Benoît XVI a donc réussi à faire tomber certains dans un piège: en appeler à la violence pour venger (au lieu de démontrer sa fausseté) un lien établi entre leur religion et la violence. Mais, du côté occidental, le zèle "anticonservateur" de l'éditorialiste du GHI[1] me laisse perplexe, quand il dit

Non pas que les valeurs islamiques que sont la piété, la rigueur morale et la famille soient très éloignées de la morale traditionnelle occidentale. Mais elles rejettent bien souvent dans l’ombre l’homosexualité et le droit à l’avortement, notamment, risquant de faire le jeu des forces conservatrices que l’Occident a eu tant de difficultés à soumettre.

Les vraies forces que l'Occident a eu à soumettre, ce sont celles du fascisme et de l'hitlérisme, voire du communisme, dont on dira qu'il s'est effondré de lui-même ou qu'il a capitulé devant une supériorité technique militaire. Les conservateurs étaient foncièrement hostiles aux deux premiers, même s'ils ont parfois pactisé, au nom de l'anticommunisme. Mais ce qui s'est passé avec l'avortement et l'homosexualité doit-il vraiment s'analyser en terme de forces à soumettre? Il y a une évolution, il y a une militance rhétorique, médiatique, politique etc. plutôt que militaire. De plus, à l'heure actuelle, sur le plan intellectuel en tout cas, les conservateurs sont plus nombreux à avoir un discours vigilant (ou anti-islamiste primaire). Il sonne plutôt conservateur, le style du nouveau rédacteur en chef, venu présider aux destinées éditoriales d'un journal populiste qui se veut indépendant, tapant à gauche et à droite, mais plus souvent à gauche. Ce n'est pas une honte, mais c'est toujours frappant, ce trait conservateur consistant à ne pas se reconnaître comme tel.[2][3]

Lire l'éditorial en entier.

Notes

[1] Hebdomadaire gratuit distribué à tous les ménages dans l'agglomération genevoise.

[2] Cf. le livre d'Eric Brunet que je n'ai pas lu.

[3] Lors d'un débat dans une paroisse vaudoise sur l'homosexualité, une brave dame avait exprimé gentiment, sereinement, placidement son opinion. Elle a été piquée au vif quand le modérateur l'a rangée, à juste titre, dans les conservateurs: "non, moi je ne suis pas pour les extrêmes, je suis pour le juste milieu".

lundi 18 septembre 2006

La Suède ne vote pas Fabius

Rentré ce week-end de vacances en Turquie... Elles furent excellentes, merci, mais l'actualité n'attend pas! Hier c'était la manif mondiale sur le Darfour, et maintenant cette victoire surprise de la droite aux élections parlementaires suédoises (fort heureusement, cela n'a pas empêché le péage urbain d'être accepté à Stockholm).

Le premier ministre social-démocrate Göran Persson, qui n'a pourtant pas démérité, avait cru judicieux de "gauchir" son discours: cela ne lui a pas réussi. Si, après le vote interne du 16 novembre, un deuxième tour est nécessaire pour la désignation du/de la candidate socialiste à l'élection présidentielle française, il est fixé au 23 novembre: le lendemain des élections néerlandaises qui pourraient bien voir le retour des travaillistes au pouvoir avec Wouter Bos, un réformiste pragmatique...

COMPLEMENT DE 23h08: Pas de raison de ne pas donner ici un commentaire que j'ai ajouté chez Jules de Diner's room:

S'il fallait développer, je dirais que Royal est susceptible d'incarner un certain effet de neuf (à l'échelle française!) à la Reinfeldt [le leader de la droite suédoise], et il s'agit de provoquer une alternance; alors que Sarkozy incarne incontestablement l'espoir (mais aussi la menace) d'une énergie transformatrice à droite, elle pourra paraître néanmoins rassurante et pragmatique là où un Fabius ne serait que le candidat d'un conservatisme de gauche, rappelant de surcroît le passé.

dimanche 17 septembre 2006

Liberté académique et autocritique vont de pair

2'600 sur 30'000: c'est le nombre de signes au thème de la foi imposée par la violence dans le Coran dans le fameux discours - dont on trouve une traduction intégrale en français ici - du Pape. Et on sait qu'il s'agit du commentaire d'une citation du XIVème siècle.

Ce discours est très intéressant, du moins si on a du goût pour la dispute sur les rapports entre la théologie et la réflexion philosophique (plus précisément, la métaphysique), la foi et la raison. Et Benoît XVI a bien le droit de faire les citations qu'il veut. Qui plus est, on se trouve sur un terrain académique et non pas diplomatique. Au passage, on verra confirmé une fois de plus que Kant est au protestantisme ce que Thomas d'Aquin est au catholicisme.[1] Mais son discours appelle les remarques suivantes:

  1. Ce serait tellement bien que la même liberté de recherche et d'expression académique soit accordée à tous les théologiens catholiques.
  2. On gagnerait en crédibilité si on évoquait les passages de la Bible[2] et des théologiens chrétiens[3] qui justifient la violence pour imposer la juste foi.

Notes

[1] Ce qui fait que notre théologien pontife allemand est parfaitement légitimé à épingler aussi la pensée et la philosophie protestante. Cela fait partie d'un débat séculaire et fructueux. Bien loin de nous sentir blessés, nous devrons nous sentir flattés d'être présents dans le discours du chef politico-religieux le plus médiatisé du monde.

[2] En tout cas de l'Ancien Testament: conquête du pays de Canaan, châtiment de ceux qui transgressent le sabbat, massacre des prophètes de Baal par Elie,

[3] Cf le "Contrains-les d'entrer" d'Augustin revu par Bayle (du ramonage/fisking avant la lettre)

samedi 16 septembre 2006

UDC et Gay Pride: même combat?

Or donc, la commune jurassienne de Bassecourt a refusé que l'UDC y tienne une assemblée.[1] Comme toujours dans ces cas, la raison invoquée est l'insuffisance des moyens à disposition pour contenir une manifestation d'opposants. swissinfo se demande si on peut "traiter le premier parti du pays en paria". On pourrait croire que poser cette question, c'est y répondre.

Eh bien c'est faux. L'historien Hans Ulrich Jost a expliqué à swissinfo comment la décision de Bassecourt défendable sur le plan des principes démocratiques:

"Bassecourt a simplement utilisé ses compétences... Je crois donc que l'UDC n'a pas à s'offusquer, elle qui défend les compétences décisionnelles des communes, notamment en matière de naturalisation des étrangers. C'est aussi le jeu démocratique qui s'est joué là, même si ce n'est pas le plus élégant ni le plus souhaitable. Aussi longtemps que ça ne débouche pas sur des confrontations armées, il faut s'en satisfaire, la politique étant de toute façon une guerre civile permanente (...) la notion de démocratie est utilisée de manière ambiguë à l'UDC. Je ne veux pas justifier les réactions à l'égard de ce parti, mais je les comprends."

Le professeur de droit constitutionnel Etienne Grisel exprime un autre avis avec beaucoup de prudence et de nuance. Il trouve

"inquiétant qu'il faille redouter à ce point des troubles lors de la venue d'un parti politique qui défend une opinion représentée dans nos autorités et qui ne vise pas à renverser l'ordre constitutionnel".

Il trouve aussi inquiétant

"l'intolérance face à des opinions différentes, qui ne sont peut-être pas majoritaires dans les régions concernées. Ce type de réaction est inadmissible".

Voilà des propos salutairement plus conservateurs qui donnent une priorité aux droits fondamentaux, aux règles nécessairement abstraites du jeu démocratique, tandis que Jost envisage d'abord des règles décrivant des rapports de force.

Mais parler d'intolérance, est-ce bien le moment? Si le droit d'exprimer ses convictions politiques doit être garanti y compris par le recourt aux forces de maintien de l'ordre et de la sécurité, c'est bien parce que l'existence de l'intolérance est prise en compte. En tout cas, une tolérance dangereuse, c'est de tergiverser avec la liberté d'opinion et de réunion.

Contraste édifiant: En 2001, la Gay Pride a fini par obtenir l'autorisation de défiler à Sion.[2] On s'en doute, ça n'est pas allé de soi. Les proches de la communauté intégriste d'Ecône faisaient pression sur les autorités du très catholique canton, qui a commené par refuser. Un groupement dénommé Romandit a même publié une annonce ignoble sur une page dans le quotidien régional. Mais le respect de la démocratie a prévalu pour la Ville de Sion, et les mesures de sécurité ont été prises - elles n'ont d'ailleurs pas été bien nécessaires. Seul bémol: il a été interdit de faire de la publicité pour une célébration oecuménique (dans le temple de la paroisse protestante), le chef de la police estimant que cela aurait été une provocation trop grande et qu'il n'avait pa l'intention de mettre à disposition des effectifs supplémentaires.

Notes

[1] Cette assemblée aura lieu Granges, dans le canton de Berne (complément de 10h50)

[2] Voir ce remarquable historique de Gayromandie ainsi que le mini-album souvenirs commentés de François Brutsch

jeudi 14 septembre 2006

Dérive radicale de Polyanna

Le vice-président des Radicaux suisses - au(x)quel(s) je veux plutôt du bien - a-t-il découvert la méthode Coué [1] qui laisse coi? Que non point. Il a revêtu le costume de Superpolitikyanna C'est bon pour le moral, quand on n'aime pas trop le moralisme - voir ici. Trop d'application au jeu du contentement tue le jeu. Au moins l'esprit de modération auquel le Grand Vieux Parti nous avait habitués s'en trouve subverti.[2]

Notes

[1] Formulation originale:"Tous les jours et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux."

[2] Sur la figure tutélaire littéraire de la pensée positive, qui me hante dans un sens bien sûr positif, cf.Wikipedia.

mercredi 13 septembre 2006

Des hyènes et des hommes

Après les caricatures danoises, on l'affaire des dessins romands de Mix & Remix - cf. par ex. les articles du Matin ou du Temps. Le commentaire de Philippe Barraud est intéressant à plus d'un titre. D'une part, ce partisan de Blocher donne un point de vue de la défense (sans qu'on sache si Blocher se reconnaît dans le rôle de la pauvre victime sans défense): il déplore une maladresse des services de communication Blocher qui ont offert sa gorge aux hyènes médiatiques qui n'attendaient que ça.[1] D'autre part, il met en cause non pas les dessins en eux-mêmes, mais leur fonction de coup de poignard enfoncé dans le dos de l'invité, et je ne suis pas loin de penser la même chose, malgré le génie du dessinateur que j'adule. En passant, on notera l'isotopie construite par Ph. Barraud: celle d'un corps victime destiné à être blessé (à mort) par des objets pointus, en se demandant à nouveau si le Conseiller fédéral s'y retrouve.

Autre métaphore du corps victime de Ph. Barraud, mais dans un autre article: l'anonymat (notamment dans les blogs) est le "cancer d'internet". C'est un procédé de lâches (retrouverait-on l'attaque par-derrière?). Dans le cadre de mon obsession stylistique, j'attends impatiemment que dans une prochaine dénonciation, en langage fleuri, des socialistes, on nous dise les affreuses choses qu'on peut faire avec des roses non glabres.

COMPLEMENT DU 15.09.06. Pour une (?) fois, c'est notre quotidien de boulevard qui dans cet éditorial élèverait presque le débat en posant une question qui recadre la situation et à laquelle on n'avait pas pensé: le traitement à réserver à des membres de gouvernement. Et pour une (?) fois, je ne suis pas ironique.

Notes

[1] Sur la page d'accueil, l'article suit très opportunément une griffure intitulée "Chaud devant pour le lynx" dévolue au lobby des chasseurs.

mardi 12 septembre 2006

Deploratio

Cinq questions. 1- Faut-il retranscrire sur ce blog les blagues qu'on reçoit par e-mail? Si on pose la question c'est qu'on sait qu'on ne devrait pas. (Mais le chef étant en vacances...) 2- Le bon sens de Descartes et le common sense anglo-saxon sont-ils la même chose? Oui, dans la mesure où pour le philosophe français, c'est "la chose du monde la mieux partagée". Toutefois, l'éloge (ou la deploratio) qui suit est malheureusement (?) en anglais. 4- Pourquoi l'humour réac est-il plus drôle que l'humour progressiste? 5- Quelqu'un connaît-il l'équivalent en français mais qui ne sent pas la traduction?

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dimanche 10 septembre 2006

Quand Sarko interrompt mes vacances en Turquie

Avec le recul que confère ma qualité (?) de Suisse, je m'applique à observer une certaine équivalence dans les candidatures présidentielles entre un réformisme de gauche (le/la candidat-e socialiste, de préference Royal) et une modernisatıon de droite (Sarko) pour répondre aux besoins de la France dans le monde moderne.

Mais si ce que je découvre lors d'une escale à Bodrum[1] est exact, et à moins qu'à son tour Royal ne dérape, la place que Sarkozy parait vouloir donner dans sa campagne au rejet de la candidature turque à l'Únion européenne me paraît une faute politique. Comme Cameron en Grande-Bretagne (choisissant de quitter le prıncipal groupe du parlement européen pour créer un groupe sans avenir), il paraît prêt à sacrifier la stature d'un homme d´Etat pour des interêts électoraux à court terme. Refuser la Turquie, c'est nier des millénaıres d´histoıre et de culture, et tuer le projet européen faute d'accepter qu'il se transforme: le monde d'aujourd'hui n'est plus celui de l'après deuxième guerre mondiale.

Notes

[1] Sur les manchettes de journaux anglophones et germanophones, où est la présence française?

samedi 9 septembre 2006

Fils de Lilliput

A l'opposé de François Brutsch[1], à qui son voyage de partenariat épargne de commenter de laborieuses[2] turpitudes actuelles, spiked n'aimait pas Tony Blair. L'analyse cinglante de leur rédacteur en chef qui reprend à son compte une comparaison avec Gulliver terrassé par les Lilliputiens n'en est que plus édifiante (la comparaison étant impitoyable pour les adversaires de Blair, donc).

Notes

[1] et de votre serviteur

[2] Talking about Labour, on se rappellera qu'étymologiquement, travail vient d'un mot qui signifiait torture.

vendredi 8 septembre 2006

Exorciser la mauvaise conscience

Pour ruiner la crédibilité du non de l'Eglise catholique aux lois sur l'asile et les étrangers sur lesquels le peuple suisse votera le 24 septembre, le vice-président du Parti Radical Suisse a trouvé l'argument qui tue - à en croire ce communiqué de presse du Grand Vieux Parti. En substance: l'Eglise catholique est mal placée pour trouver ces lois inhumaines puisqu'elle a combattu le droit à l'avortement et la loi sur le partenariat enregistré (LPart). Qui plus est, la loi nouvelle sur les étrangers intégrant les partenaires enregistrés, ne serait-ce pas une raison de l'opposition épiscopale? Léonard Bender s'est avéré un défenseur intrépide de la cause gaie au centre droit, qui plus est dans un canton qui a dit non à la LPart à 55 %; il est membre d'un parti qui, dans ce canton-là, est marqué par un anticléricalisme constitutif: peut-on le suspecter un seul instant de mauvaise foi?

jeudi 7 septembre 2006

Taxinomie

Juste perplexe que cette dépêche (AFP) du Matin paraisse dans la rubrique People. (Pour ne citer que cet exemple, le Figaro publie une dépêche similaire (AP) sous Actualité / International / Faits divers.)

mercredi 6 septembre 2006

Frère Roger aurait-il été trop silencieux?

Si on devait avoir - contradictio in terminibus - des saints protestants, un sondage donnerait peut-être comme candidats pour le 20ème siècle: Dietrich Bonhoeffer, Martin Luther King et Roger Schutz qui a fondé la communauté de Taizé, qui allait être LE portail d'accès aux cieux oecuméniques par excellence. Or le Monde, révèle que le frère fondateur était converti au catholicisme depuis 1972. Comme pour l'ami Günther, ce n'est pas l'acte qui est susceptible de me choquer, mais c'est le silence ou, en l'occurrence, plutôt l'ambiguité gardée à son sujet. Encore qu'il n'y a évidemment rien de comparable entre un enrôlement dans une organisation criminelle au service d'une idéologie atroce et l'allégeance à une institution qui peut être vectrice de l'amour divin malgré ses rapports contradictoires au pouvoir et à la sainteté. Le prieur actuel de Taizé, Frère Alois, récuse le terme de conversion, qui implique une "rupture avec ses origines" et invoque une déclaration de Frère Roger à Rome en 1980: "J'ai trouvé (…) ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque." Dommage qu'il n'ait pas thématisé, développé, approfondi. Mais j'avoue ne pas avoir suivi de près l'histoire de Taizé et de ceux qui la portent.

mardi 5 septembre 2006

Le retour du philhellène prodige

Pascal Décaillet avait démissionné (ou été poussé à démissionner?) de la Radio suisse romande, ce dont j'avais été bien marri. Il réapparaît sur la télévision locale (régionale?) genevoise Léman Bleu dans Genève à chaud. Du côté des chers confrères genevois, on est surpris de lire des propos plutôt élogieux dans la Tribune de Genève, dont le rédacteur en chef ne s'était pas privé pour frapper un Pascal Décaillet à terre. Du côté du Temps, on rapporte les faits sans se mouiller.

Les défauts qu'on pouvait lui reprocher n'ont pas disparu: les citations grecques sont plus abondantes que jamais, leur à propos étant parfois frappé d'un facteur aléatoire. Le reproche d'être la vraie vedette de l'émission tient toujours - pourtant, à mon avis, ce n'est paradoxalement pas au détriment des invités.

On lui sait infiniment gré de poser les bonnes questions au bon moment - en s'étonnant dans un deuxième temps de relever une telle compétence, un tel talent, comme si cela n'allait pas de soi. Enfin, comme à la radio, on ne s'ennuie pas un instant en sa compagnie.

dimanche 3 septembre 2006

Mauvaises notes

Le peuple genevois devra s'exprimer sur le retour des notes à l'école le 24 septembre - il en a été question dans ce billet. Nous sommes en Suisse, où on prétend que les débats sont moins virulents et polémiques que chez nos voisins. Pourtant, hier, un enseignant, syndicaliste et élu communal a réussi à perdre ses nerfs et à renverser la table de ses adversaires, certes après un échange de propos où il a été question de la couleur verte, mais pas au sens politique du terme.

La dépêche, trouvée dans le Matin, est ici, la version des prô(ne)notes est ici - je n'ai pas encore trouvé de version en ligne du côté antinotiste, mais leur site est ici tandis que celui de la SPG Santé et Plaisir G... Société Pédagogique Genevoise est ici.

vendredi 1 septembre 2006

Amour et (Palais de) justice

Après avoir gagné deux recours, Hani Ramadan ne pouvait être licencié par le Conseil d'Etat de Genève (qui reprochait à l'enseignant, notamment, son apologie de la lapidation dans Le Monde). Ce dernier cherche donc à le recaser ailleurs que dans l'enseignement. Il semblerait qu'on ait envisagé le Palais de Justice. Le chroniqueur du populiste GHI ne peut s'empêcher de persiffler:

"Ainsi, l'islamiste genevois pourrait donner des conseils pour appliquer au Bourg-de-Four la charia, qui prône la lapidation de la femme adultère. A ce Gouvernement genevois qui charie trop souvent, on ne lancera pas la première pierre!"

C'était trop facile et trop tentant de sa part, mais en l'occurrence, je ne jetterai pas de pierre au gniolu

En 2005, Pascal Hilout du Nouvel Islam affirmait dans ce billet que"L'amour est ce qui manque à M. Hani Ramadan". Toutefois, il le disait plus sur le ton d'un constat sévère que d'un diagnostic compassionnel relevant de la médecine de l'âme.

On peut aussi se demander si Hani Ramadan n'a pas passé entre les mains d'une Jill Greenberg, l'artiste qui fait scandale actuellement pour ses photographies d'enfants qu'elle ferait pleurer en leur retirant une sucette.[1] Fait troublant: En 1966, Serge Gainsbourg avait mis ces paroles prophétiques dans la bouche de France Gall: Hani aimeuh les sucettes...

Notes

[1] Je le mets au conditionnel: comme elle s'intitule elle-même Manipulator, on peut se demander si ce sont les enfants, les photos ou les médias et le public qui sont manipulés.

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