août 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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jeudi 31 août 2006

Votation du 24 septembre

Une trentaine d'affiches! Voir la galerie[1] mise en ligne avec ce billet (à signaler particulièrement: celle du génial dessinateur Exem, comme d'habitude, et celle-ci, inspirée d'Hodler). C'est dire si les objets, tant fédéraux que cantonaux (genevois), soumis au peuple d'ici au 24 septembre représentent des enjeux importants (il y a simultanément, à Genève, l'élection des juges à la Cour des comptes qui vient d'être instituée, faute que les partis soient parvenus à se mettre d'accord sur une liste élue tacitement).

Objets fédéraux

La première question est une initiative populaire lancée par un comité de socialistes et de syndicalistes qui concerne une institution fétiche en Suisse: "l'AVS", "assurance vieillesse-survivants", premier pilier, universel, du système national de retraite. Comme partout, il y a en Suisse des craintes sur la solidité d'une institution dont le financement est principalement fondé sur le système de la répartition (les actifs paient les rentes des retraités, en espérant qu'il en ira de même pour eux demain), compte tenu de l'évolution de la pyramide des âges[2]. Appliquant le principe qu'il faut "prendre l'argent là où il est", mais aussi tenter de rendre l'opération aussi indolore que possible et que les "riches" se défendent, l'initiative Cosa fait un raid sur la Banque nationale[3], dont les réserves sont considérables et les bénéfices alimentent les caisses de la Confédération et surtout des cantons... C'est donc plutôt un jeu de vases communicants, et les puristes n'y voient pas une réponse structurelle au financement de la retraite, mais ça peut marcher... [COMPLEMENT DU 24.09: J'ai omis de mentionner ici l'existence d'une contre-projet indirect à l'initiative proposé par le Parlement. Voir le billet consacré au résultat.]

Les deux questions suivantes concernent la politique d'asile et d'immigration au travers de la énième révision des deux législations. Comme partout en Europe s'affrontent la "lutte contre les abus" enrobée de xénophobie plus ou moins voilée sous la protestation de pouvoir "d'autant mieux accueillir ceux qui le méritent", et l'ouverture généreuse qui peine à réfuter le soupçon d'angélisme. Le durcissement proposé de la législation est l'oeuvre du conseiller fédéral Christoph Blocher qui a obtenu que ses collègues du gouvernement le laissent faire puis a convaincu une majorité du parlement. La votation n'était nullement obligatoire: mais les opposants (la gauche, les milieux ecclésiastiques, caritatifs et associatifs, mais aussi un nombre plus considérable que d'habitude de "compagnons de route" d'une droite humaniste révoltée par le contenu de cette législation) n'ont pu se résigner à laisser faire sans combattre et ont donc réuni le nombre de signatures nécessaires au référendum (50'000).

Objets cantonaux (à Genève)

Deux initiatives populaires auxquelles le parlement oppose à chaque fois un contreprojet, et une révision constitutionnelle non combattue (la votation est obligatoire mais ce n'est pas la question qui stimule la créativité des affichistes!).

Le premier objet concerne le logement, traditionnel champ d'affrontement entre la droite et la gauche qui se conclut généralement par la victoire pavlovienne du peuple locataire (l'immense majorité des citoyens, c'est une curiosité de la société suisse).

Mais cette fois le réel affrontement porte sur l'école, avec trois camps: l'initiative portée par les traditionnalistes qui veulent des exigences de résultat, des notes et des classements; le contreprojet adopté par le Grand Conseil, qui sent bien que le laxisme baba est passé de mode et veut donner des repères; et la corporation des enseignants et pédagogues qui rejettent tant la première que le second (ils ont l'appui du gouvernement qui a tenu à se distinguer sur ce point du parlement). Comme pour la question précédente, le peuple tranche à l'aide de trois questions:

  • Acceptez-vous l'initiative? oui/non
  • Acceptez-vous le contreprojet? oui/non
  • Si les deux sont acceptés, lequel préférez-vous? initiative/contreprojet

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 01.09: En général, un contre-projet est une proposition moins extrême que l'initiative. En l'occurrence, les adversaires de l'initiative et du contre-projet sur l'école ne sont pas unanimes dans leur appréciation des deux objets, certains trouvant l'initiative moins pire, parce qu'elle est moins précisément formulée.

COMPLEMENT DU 24.09: Voir les résultats!

Notes

[1] Merci à Martin B. pour les photos!

[2] Et la question de l'immigration n'est pas totalement étrangère à cette problématique également.

[3] A laquelle l'identification affective est, elle, pour le moins faible!

mercredi 30 août 2006

Quel maître?

Charybde ou Scylla? La peste ou le choléra? La corde ou le peloton? Une craie sur un tableau ou une sirène d'ambulance? Enrico Macias ou Céline Dion? Dans la Tribune de Genève d'aujourd'hui (article payant), Jean-Noël Cuénod me fait prendre conscience d'un autre dilemme, car il conclut:

Au chien-empereur pourtant, nous devrions préférer l'enfant même roi, avec ce que cela suppose d'irritant en ce dernier cas. Car une société qui supporte mieux les aboiements des toutous que les cris des bambins s'engage irrémédiablement vers le déclin. Il est temps que l'animal reste notre ami sans devenir pour autant notre maître.

Tant qu'il parle de simples cris, je peux être d'accord. Mais que dire des siclées qui trahissent une cruauté en devenir qu'on ne peut attribuer à un animal même le plus farouche - sauf quand il a été dressé dans ce sens par un humain? (On est donc en plein dans un épisode genevois du feuilleton suisse urbain occidental sur le problème des chiens qui attaquent des humains.)

Le feuilleton peut être résumé en trois aboiements interjections, exprimant différents points de vue selon qu'on est d'abord parent, propriétaire de chien, politicien ou journaliste: Touche pas à mon gosse! / Touche pas au molosse! / Touche pas à mon os!

samedi 26 août 2006

Faire-part

faire-part d'enregistrement du partenariat de François et Peter

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 27.08.06 A 19H00. Une escapade Genève - Londres est déjà un plaisir en soi. Que dire quand il s'agit d'y fêter l'enregistrement du partenariat de deux chers amis? Et cela s'est fait avec la simplicité et la sobriété qui les caractérise - l'émotion contenue n'en étant que plus touchante.

Et pourtant, cet événement avait pour moi des résonances qui dépassaient le caractère strictement privé. Son côté sobre et banal est une belle victoire, si on pense au chemin parcouru que ce soit en Suisse ou en Grande-Bretagne (ou en Occident en général). De plus, François Brutsch a été lui-même partie prenante dans la réflexion et la militance pour la reconnaissance civile des couples de même sexe. Dans le cadre de cette militance, je crois savoir que François fait plutôt partie de ceux qui revendiquent la banalisation que la différenciation. Dernière résonance: les attentats islamistes déjoués nous rappelaient que cet Occident qui en son temps a lui aussi criminalisé l'homosexualité, pour des motifs qui ont pu varier, est porteur de valeurs et d'une dynamique d'émancipation qui l'ont fait évoluer (le font évoluer - plus ou moins vite) sur ce point. Certains militants d'un des principaux partis de droite populiste aux Pays-Bas ne s'y sont pas trompés: comme argument de vigilance (euphémisme) à l'égard des immigrés musulmans, ils invoquent le droit des citoyens à ne pas être victime d'agressions verbales ou physiques homophobes.

Voilà ce qui donnait, à mon sens, une dimension singulière à la sérénité (je pense au concept de Heiterkeit en allemand) de samedi, non pas dans le sens de l'assombrissement, mais d'un surcroît de profondeur. Dont sont aussi empreintes, par conséquent, les félicitations que je réitère ici aux partenariés.

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 02.09: Une semaine plus tard, nous planons toujours!

Curieux comme une cérémonie suivie d'un déjeuner avec nos familles er nos amis parvient à représenter véritablement quelque chose, même après 16 ans de couple et 4 ans de vraie vie commune. Nous avons en tout cas été ravis d'avoir écarté tant l'enregistrement à la sauvette, avec juste deux témoins, que la grande fête impersonnelle, même si le lieu choisi (un restaurant fameux à Londres pour son atmosphère chaleureuse et son association avec le milieu politique, en particulier travailliste, au nom en forme de clin d'oeil -- sans plus!) nous a obligé à une sélection douloureuse des invités.

Pour l'intérêt des comparatistes, je donne ici quelques détails sur la procédure (par ailleurs décrite sur l'excellent site de la municipalité de Westminster).

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jeudi 24 août 2006

Production collaborative entre pairs

Pardon pour la raréfaction des billets! Ce n'est ni l'envie ni même le temps qui manquent, mais la connexion (Tréo 600 excepté, mais sans WiFi je le limite au mail -- et à l'envoi de ce billet comme du précédent).

Du coup je m'adonne a la lecture, si gratifiante, de numéros en retard du magazine FTweekend. A chaque article je voudrais vous faire partager mon enthousiasme. Mais est-il en ligne? Car sinon c'est juste du teasing.

Dans l'édition des 8/9 juillet(!), je tombe enfin sur la recension d'un livre qui paraît aussi voire plus intéressant que d'autres, et surtout qui a l'avantage d'être entièrement en ligne (oui, les 528 pages, pas seulement la critique, et avec un wiki pour en développer les idées). Car Yochai Benkler, l'auteur de The Wealth of Nations: How Social Production Transforms Markets and Freedom (Yale University Press) pratique ce qu'il prêche sans abriter le fruit de ses 10 ans de recherche (ce n'est pas un simple gourou) derrière un copyright.

A lire l'article, ce prof de droit a produit une somme sur la problématique de l'Open Source, de la Wikipedia et des outils collaboratifs en ligne, dont la diversité et l'ampleur des sujets et approches ne le cèdent en rien à la profondeur et à la précision du propos.

Si ça se trouve, vous pourrez aller voir vous-même avant moi, j'ai encore une soirée chargée avant de retrouver mon ordi!

mardi 22 août 2006

Quand "Le Monde" s'encanaille

Suis-je le seul à trouver Le Monde particulièrement léger cet été? Et surtout vile cette série "Les grandes affaires"?

En rouge et noir, avec photo blafarde, le quotidien fait du Détective parodique mais convenable pour revenir, sans aucune originalité, avec au contraire une sorte de voyeurisme complaisant, sur des faits divers marquants des années passées. En cherchant de surcroît à retrouver des protagonistes pour retourner le couteau dans la plaie. Navrant.

samedi 19 août 2006

Philanthropes anciens et nouveaux et start-ups de l'économie sociale

Tout le monde a été frappé par le geste de Warren Buffett de doubler, en y ajoutant sa fortune, le capital déjà donné par Bill et Melissa Gates à leur fondation philanthropique. Le FT d'aujourd'hui contient deux articles qui présentent la situation britannique: d'une part, c'est plus proche de chez nous, ce n'est pas l'Amérique, et on est dans des chiffres qui ne relèvent pas de la démesure de conte de fées, d'autre part le second, en particulier, décrit une sorte d'incubateur destiné à encourager les nouveaux philanthropes, déjà pour des montants modestes (dès £1000 par an soit 2'400CHF): Acorn Funds. Qui, à en croire une rapide recherche Google, paraît d'ailleurs être la traduction anglaise d'une initiative américaine...

vendredi 18 août 2006

La France trahit-elle à nouveau l'ONU (et cette fois le Liban avec)?

Impression de déjà vu: une intense négociation diplomatique au terme de laquelle le pragmatisme anglo-saxon se range à la manière cartésienne d'organiser les choses préconisée par la France, de manière à s'assurer de sa présence en première ligne... Puis, la résolution du Conseil de sécurité votée, la France se révèle, se dérobe, ne joue plus le jeu!

La première fois, ç'avait été une cause de grande fierté nationale, une occasion de popularité dans le monde: c'était à propos de l'Irak où la France avait obtenu de scinder en deux la résolution devant fonder une intervention de la communauté internationale en Irak[1]... pour ensuite se mobiliser contre le vote de la seconde résolution!

La deuxième sera plutôt ressentie avec honte par les Français eux-mêmes: après avoir obtenu une résolution sur le Liban correspondant à sa vision de la succession des événements (ne se référant en particulier pas au chapitre VII de la Charte des Nations Unies quand bien même Chirac lui-même avait dit que c'était nécessaire!) sur la foi du rôle moteur qu'elle prendrait dans sa mise en oeuvre, la France traîne les pieds, veut se fondre dans les rangs, prenant le risque du pourrissement. Mais cette fois il n'y aura personne d'autre pour faire le boulot quand même, ni assumer le blâme si cela ne tourne pas aussi bien que cela aurait dû.

J'aimerais bien avoir tort.

COMPLEMENT DU 21.08 à 16H50: On peut lire le sombre coup de gueule de Philippe Barraud.

CMPLEMENT DU 23.08 à 17h33: Et la manière dont Ludovic Monnerat insère cette intervention dans un tableau plus général.

Billet précédent << sur ce sujet

Notes

[1] Et de ne pas la motiver par la volonté de renverser Saddam Hussein mais seulement par la menace d'armes de destruction massive, dont certes tout le monde, Chirac compris, était persuadé de l'existence.

jeudi 17 août 2006

Sondage: les Britanniques soutiennent Blair, et préfèrent l'Europe à Bush

Le Daily Telegraph de ce matin présente un sondage commandité et commenté par The Spectator (enregistrement gratuit, résultats bruts détaillés dans un fichier PDF) après la découverte du dernier complot terroriste islamique. Son analyse est du baume pour Blair et une délégitimation bienvenue tant de la critique libérale (droitdelhommiste et soucieuse de ne pas offenser les musulmans britanniques) que de la critique isolationniste, empiriciste et cynique (dont les diplomates de tous les Etats sont les hérauts et qui trouve des échos particulièrement à droite).

Conscience de l'enjeu (73% estiment que l'Occident est en guerre avec des terroristes islamiques qui menacent son mode de vie, contre 8% qui estiment que le terrorisme islamique est un problème régional qui ne représente pas une vraie menace pour l'Occident, et surtout 60% qui sont d'avis que le conflit durera encore plus de dix ans), clarté morale (en réponse à la menace terroriste, 12% pensent que la politique étrangère britannique doit se montrer plus conciliante, contre 53% qui la veulent plus ferme encore) acceptation des mesures restrictives supplémentaires à l'égard des suspects, une attitude de solide bon sens à l'égard des musulmans britanniques (à voir aussi en relation avec la discussion suivant ce billet): 55% souhaitent que les contrôles soient adaptés en fonction d'un profil de suspicion[1], même si 50% sont d'accord que la plupart des musulmans britanniques sont des modérés.

Un bémol que l'on peut aussi lire comme la cerise sur le gâteau: 45% souhaitent que la politique étrangère britannique soit plus proche de celle du reste de l'Union européenne (contre 17% qui tiennent à ce qu'elle reste proche de celle des Etats-Unis[2]). Reste à savoir si la politique étrangère européenne, quand il y en aura une, pourra être autre chose qu'une grande Suisse (personnellement je ne le crois pas) et si le sentiment antiaméricain serait aussi fort avec un autre président que W...

Car ce n'est qu'un sondage, et ce genre de positions n'est certainement pas amené à durer, malheureusement.

Notes

[1] Plutôt que la fouille au corps d'un passager sur dix même si cela tombe sur une petite grand-mère, afin de donner à voir que tout le monde est traité de la même manière, selon l'image caricaturale que certaines directives policières "politiquement correctes" donnent parfois.

[2] On se doute que la formulation de la question me fait grimper aux rideaux.

mercredi 16 août 2006

Vacances grisonnes

car postal Quelle est cette contrée prisée par Nietzsche, Kirchner et Thomas Mann où les chiens font "wef wef"? Une ville à la montagne, c'est le beurre, l'argent du beurre et des hardes de chèvres. Et quand vos pieds sont sur le point de faire la grève, il y a toujours le car postal, jaune forcément.

dimanche 13 août 2006

Lecture d'été: l'Ouliko

C'est une tradition dorénavant bien établie, mais c'est plus fou chaque année... A déguster sans modération, à rejoindre si vous vous en sentez l'envie!

vendredi 11 août 2006

Tous en robe de chambre!

Non, je ne rebondis pas sur ce billet de mon co-blogueur, mais sur celui-ci de Norman Geras (qui a déjà une suite ici et ): il ne faisait qu'anticiper sur les mesures dorénavant de rigueur, bannissant tout bagage à main, tout en pensant faire oeuvre de précurseur radical. Le lisant ce matin, je lui adresse un courriel (l'inconvénient d'être un grand de la blogosphère[1], c'est que les commentaires deviennent ingérables et sont donc fermés) pour lui indiquer que mon compagnon[2], hier soir, faisait plus fort: il préconisait le naturisme obligatoire. Et Norm de me confier en réponse que cela correspondait bien à son idée initiale, les compagnies aériennes fournissant des robes de chambre.

Plus j'y réfléchis plus l'idée me semble séduisante. Je suis déjà souvent agacé par ces passagers qui retardent l'embarquement de tous avec leur bagage à main pléthorique parce qu'eux veulent éviter de perdre du temps au débarquement: le confort est dans le dépouillement[3]. Mais la corporate dressing gown, cela ouvre des perspectives: de la parfumée sur Singapore Airlines à la branchée mais confortable, choisie par Tyler Brûlé, sur Swiss, en passant par celle en jute facturée en sus sur Ryanair, la compagnie qui tient à ce que ses passagers souffrent pour ne pas craindre d'avoir trop payé... Je verrais très bien cela avec un réaménagement minimal des portiques de sécurité à la manière de cabines d'essayage: on entre habillé, on en ressort en robe de chambre et pantoufles, les habits emballés sous vide et passés au tunnel à rayons X avant de rejoindre les bagages dans la soute.

L'avion aura l'air d'un convoi de curistes (le risque, ce sont les chants d'autocar!). Et opération inverse à l'arrivée (j'ai toujours trouvé excessivement optimiste cette confiance dans les contrôles au seul point de départ): on récupère ses effets qui sont à nouveau passés aux rayons X puis passage en portique pour se changer -- parfois à regret, j'en suis sûr, mais on pourra sans doute acheter la robe de chambre -- avant d'aller récupérer ses bagages...

Notes

[1] Meilleur blog britannique pour 2005 aux Weblogawards et Large Mammal, au 250e rang dans l'écosystème darwinien de la blogosphère mondiale selon The Truth Laid Bear, où Un swissroll n'est qu'un Flippery Fish (au 9283e rang), tout nominé à La Souris d'or et 50e blog suisse soit-il (et bien plus près du sommet si l'on ne compte que les francophones).

[2] Et très bientôt partenaire enregistré, mais chaque chose en son temps!

[3] Je trimballe quand même toujours mon laptop en cabine, non pour l'utiliser, quelle horreur, mais par appréhension de ne jamais le revoir si je l'enregistre. Est-ce une crainte fondée? Devrais-je me préparer psychologiquement à renoncer à le prendre pour ma prochaine navette vers Genève? Ou puis-je effectivement l'enregistrer en toute quiétude? Je sollicite l'avis de mes "bons lecteurs" ;-)

Terroristes musulmans britanniques: ne pas se tromper d'adversaire

Après l'affaire Menezes, puis celle de Forest Gate, j'ai préféré attendre un peu pour m'intéresser au dernier coup de filet anti-terroriste britannique (tout en étant évidemment ravi que la police ne se soit pas laissée paralyser par la crainte d'une nouvelle erreur!)... Le billet de Damien à Largo Desolato m'a toutefois mis du baume sur le coeur![1][2]

Comme pour le 7/7 (2005)[3], le fait que les suspects ne soient pas étrangers, mais bel et bien de nationalité britannique, élevés ici, y compris à l'Université ou dans un milieu aisé (le Torygraph ne laisse à personne d'autre le soin de préciser cet accablant détail: l'un d'eux est même blanc et fils d'un ex-employé du parti conservateur!), focalise beaucoup d'attention, outre le fait qu'ils sont musulmans. Cela confirme certes la nécessité que les mesures de sûreté anti-terroristes ne s'appliquent bien sûr pas aux seuls étrangers mais également aux nationaux. Mais cela induit aussi d'insidieuses pensées sur l'air de "Il faut bannir l'Islam". C'est une remarque que l'on commence à entendre aussi d'un point de vue de gauche pro-femmes, pro-gay etc. que je suis tenté de qualifier de fondamentalisme laïque, et pas seulement de la part du courant islamophobe féru d'histoire et de théologie selon lequel "c'est eux ou nous" (dans les deux sens), qui me paraît lui se rattacher philosophiquement à une forme de droite[4] et dont un représentant, d'ailleurs intéressant, est Alain Jean-Mairet (voir aussi ce site).

Je ne partage pas ce point de vue[5] et, avec Blair et Bush depuis le 11 septembre 2001, suis convaincu qu'il faut simultanément reconnaître qu'une guerre est en cours (et non une simple chaîne d'infractions à traiter par la police et la justice), et que l'adversaire n'est pas la religion musulmane en tant que telle mais à la fois une idéologie politique totalitaire et ses tentacules armées. Les musulmans ordinaires, et particulièrement dans des pays où ils sont majoritaires, sont d'ailleurs les premières victimes de cette idéologie qui entend les asservir. On ne soulignera jamais assez que l'aide du Pakistan a été décisive pour déjouer le dernier complot terroriste.

Comme toute religion et toute doctrine, l'Islam me paraît susceptible d'interprétations et de pratiques variables, ainsi que d'évolutions. Vouloir l'interdire, faire de lui (et non de seuls actes condamnables se réclamant de lui) l'ennemi, c'est nier quelque chose qui relève simplement de la dignité humaine. Que je sache, le califat de Cordoue dont Ben Laden réclame le rétablissement illustre d'ailleurs une société tolérante et pluraliste, moderne, aux antipodes de ce qu'il prône! Pour ma part, je ne vois pas de différence entre la lutte d'aujourd'hui autour du contenu et de la portée de la religion musulmane et la lutte de naguère autour du contenu et de la portée du christianisme, puis du catholicisme. Comme naguère, il faut aussi bien lutter pour le triomphe des Lumières mais contre des excès comme la Révolution française en a connus. Tout au plus serai-je peut-être, dans la période que nous vivons, moins prompt à la condamnation anachronique d'actes comme l'interdiction, en Suisse, de l'ordre des Jésuites au 19e siècle qu'il me semble pourtant juste d'avoir rapportée à la fin du 20e! Donc tout ce que l'on voudra comme preuve de loyauté aux valeurs démocratiques, lutte impitoyable contre l'endoctrinement et les pratiques telles que l'excision, la mariage arrangé et le "crime d'honneur", soutien actif à la liberté individuelle de cesser d'être musulman -- mais aussi liberté d'être musulman dans toute la mesure compatible avec une société libérale, c'est-à-dire une économie de marché dans un Etat démocratique.

Que les musulmans vivant en Occident aient à faire face aujourd'hui à une suspicion renforcée, c'est parfaitement justifié. Que cela se traduise par des bavures, c'est hélas inévitable[6]. Si certains d'entre eux, paranoïaques ou simplement insécures, le prennent mal et s'en offusquent, c'est bien triste mais n'est pas déterminant (même s'il est évidemment bon aussi que certains s'appliquent à combattre les dérives): je veux croire que la plupart des musulmans le comprennent et sont au contraire reconnaissants des mesures de sécurité prises pour prévenir des victimes. Cela dit, ce n'est probablement qu'une question de temps avant qu'apparaisse parmi les terroristes de l'islamofascisme quelqu'un qui, précisément, ne sera pas musulman, ni d'ascendance immigrée.

Islamofascisme: car, oui, l'ennemi n'a pas une nationalité, il n'a pas même un territoire[7], mais c'est bien une troisième vague du totalitarisme après le communisme soviétique et le nazisme allemand (ou le fascisme de l'Axe germano-italo-nippon)[8]. Et point n'est besoin d'être même un musulman très orthodoxe pour s'en faire, parfois temporairement, un allié (Saddam, Arafat, la Syrie[9]...). L'adversaire est suffisamment multiforme pour ne pas, de surcroît, lui prêter des forces qui devraient le combattre et dont il faut éviter qu'elles se sentent rejetées et finissent par, effectivement, le rejoindre.

P.S.: Une question annexe, à vrai dire purement théorique, et à laquelle je n'ai pas de réponse mais sur laquelle soit Ludovic soit certains des praticiens du droit de Lieu Commun auront peut-être un avis: si l'on part de l'idée, comme c'est mon cas, qu'il s'agit d'une guerre, les actes de l'ennemi relèvent-ils réellement de la procédure criminelle? Pour crime de guerre et crime contre l'humanité, oui (parce que ce ne sont pas des actes de guerre admissibles), mais l'acte meurtrier ou destructeur sous-jacent? Et pourtant même les Etats-Unis ont tenus à engager une procédure pénale civile contre Zaccarias Moussaoui...

Notes

[1] Le même genre de raisonnement circulaire, dans lequel il s'agit dans tous les cas de blâmer le gouvernement, est en train de prendre cours à propos de l'attitude du Royaume-Uni à l'égard d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, comme si la préparation de l'attentat n'était pas antérieure et comme si un tel appel l'aurait empêché...

[2] On peut lire une illustration de la note précédente chez l'éditorialiste du Temps, pour qui le complot peut être compris comme la sanction de la politique étrangère de Blair et aussi la sanction du discours de Blair et Bush sur le croissant de l'extrémisme et l'Axe du mal. (Note de Guillaume Barry)

[3] Et apparemment plus encore, je ne vois pas très bien pourquoi.

[4] Aussi bien chrétienne que païenne, d'ailleurs.

[5] Voir aussi ma réponse à un commentaire laissé par JCDurbant.

[6] On fait souvent référence, dans cet ordre d'idée, à l'internement des Japonais (ou des Américains d'origine japonaise?) aux Etats-Unis durant la deuxième guerre mondiale; avoir aussi à l'esprit qu'une préoccupation de l'autorité, dans de telles circonstances, est aussi d'éviter cette autre rupture de la paix civile qu'est le lynchage.

[7] Plus besoin: la globalisation est décidément la meilleure et la pire des choses...

[8] J'ai même une fois lu quelque part qu'elle trouve en réalité également son origine intellectuelle en Europe!

[9] Qui, comme l'a fait la Libye, pourrait encore choisir son camp avant qu'il ne soit trop tard... A cet égard je trouve qu'une fois de plus la France de Chirac et Villepin joue épouvantablement mal sa partition dans le concert international en ignorant Assad tout en ménageant l'Iran d'un côté, et de l'autre côté en flattant les illusions du premier ministre libanais au lieu de l'appeler au réalisme pour permettre la cessation des combats (si tant est que le Hezbollah s'y prête évidemment).

jeudi 10 août 2006

Pour l'intégration, contre l'abrutissement et la pensée... uniforme

La vie continue. On ne s'attendait peut-être pas à ce que la proposition de réintroduire l'uniforme à l'école vienne du Grand Vieux Parti Radical qui met l'accent sur une modernité qui rime avec liberté et tolérance. On aurait plutôt attribué la paternité de cette idée à la droite nationale-populiste ou le centre droit libéral-conservateur-humaniste. Pourtant les arguments avancés paraissent très sensés et pas réacs pour un sou. Il est principalement question de mesures d'intégration des étrangers. Mais d'aucuns parlent aussi de l'endettement des adolescents séduits par les "marques prestigieuses". Une expérience pilote a lieu dans deux classes enthousiastes à Bâle, une ville qui a été longtemps synonyme de "progressisme". Les Radicaux romands, en revanche sont plutôt sceptiques. Pour ma part, j'ai toujours pensé que ce serait une bonne chose, parce que cette tyrannie des modes et des marques à laquelle les parents cèdent est un fléau moral plutôt que financier. C'est une véritable atteinte à la dignité humaine et une entrave au développement moral, à la formation d'un jugement indépendant. En la matière, je suis sérieux (et j'assume un calvinisme à 100% voire dans le pire sens du terme). Mais je n'aurais jamais rêvé que le débat aurait une fois sérieusement lieu, qui plus est dans le cadre de ce parti-là par-dessus le marché, et à propos de l'intégration des étrangers. Et je suis impatient de savoir ce qui sortira le 19 août prochain de l'assemblée des délégués du Parti Radical.

Le lys du Vieux-Port

Si vous n'avez pas encore pris l'habitude d'aller périodiquement lire les histoires édifiantes de DirtyDenys, c'est par là!

mercredi 9 août 2006

Joe Lieberman et le PS français

Je suis de loin, avec une consternation résignée, la défaite (finalement relativement serrée) de Joe Lieberman: contesté dans l'élection primaire en vue de sa réélection comme sénateur du Connectitut, l'ancien co-listier d'Al Gore contre Bush/Cheney en 2000 a perdu face à un candidat porté par les activistes "anti-guerre", Ned Lamont. Hillary Rodham Clinton, tactiquement, soutient Lamont (Bill a lui fait campagne pour Lieberman), mais cela n'annonce rien de bon pour sa propre candidature en 2008 et donc pour un retour des Démocrates à la Maison-Blanche. Difficulté classique de la distinction entre l'électorat, la base et les activistes.

Voir ce qu'en dit Oliver Kamm. Il parvient, par contraste, à louer les socialistes français, mais je ne suis pas sûr que ce soit encore d'actualité!

Ayaan Hirsi Ali et Theo van Gogh

Petit tour du côté de Peaktalk pour avoir des nouvelles de Ayaan Hirsi Ali[1], dont Pieter Dorsman l'auteur néerlandais du blog est un fervent supporter. On y apprend qu'elle était récemment à Jérusalem, où elle a donné (en tremblant pour sa sécurité) un interview au Jerusalem Post. On ne sera pas étonné par l'importance qu'elle donne à la menace religieuse et fondamentaliste. Par contre, on pourra être surpris par la franchise d'un Palestinien hors micros et caméras.

Pieter Dorsman est heureux d'annoncer aussi l'inauguration, le 7 septembre à Amsterdam, d'un monument à la mémoire de Theo van Gogh avec qui Ayaan avait d'ailleurs travaillé. Dans un premier temps, les autorités avaient refusé un tel monument, pour ne pas éviter des troubles. Leur revirement réjouit Pieter Dorsman tout en lui faisant redouter que le facteur moral qui devrait être l'un des éléments déterminants dans la lutte contre le terrorisme a été lâché en cours de route par certains pays.

Notes

[1] Excellent article sur Wikipédia

mardi 8 août 2006

"G24": fusion du web et du papier pour riposter aux "gratuits"

Dans la course engagée par les grands groupes de presse pour faire face à la mutation qu'implique l'Internet ou mourir, le Guardian, dans le monde anglophone, est bien placé. Il essaie de passer du magistère de la parole à l'interactivité tous azimuts, nourrissant le site de blogs et et l'édition papier de réactions online. Il a changé son mode de production d'informations pour tenir compte du fait que le web est un phénomène continu qui ignore bouclage et édition quotidienne. Il fait évoluer son modèle économique en jouant, plutôt que sur un paiement de la consultation du site analogue à la vente du journal papier, sur sa diffusion maximale[1] et les revenus que cela autorise par la publicité. Et, dernière innovation, il utilise le web pour tenter de contrer une autre menace, celles des quotidiens gratuits destinés aux pendulaires urbains.

A la vérité, le G24, puisque tel est le nom de cette nouvelle "publication", est même un peu tout cela ensemble: c'est la cristallisation sur papier du journal tel qu'il a, au besoin, été actualisé en ligne 15 minutes plus tôt au plus. Et dans un rêve d'Ikea rencontre la presse écrite, de journalistes débarrassés des ouvriers du Livre, c'est vous qui imprimez, chez vous ou au bureau, un simple fichier PDF avant de vous mettre en route (par les transports publics, évidemment)!

Le résultat est élégant: une superbe adaptation de la maquette du Berliner Guardian pour pages A4 (8 à 12 par numéro). Outre la version généraliste (Top Stories), on peut opter en permanence pour quatre éditions thématiques: World, Business, Media et Sport.

Bon, je dois avouer que je n'ai encore jamais vu quelqu'un en lire un dans le métro ou un bus. Et, par le contenu, cela tient quand même plus de ce que l'on appelait dans le temps des "lettres confidentielles" que du people de prédilection dans les gratuits. Mais c'est quand même un signe que les Cassandre ont tort: l'Internet ne tue pas la presse, il la complète, la contraint à s'améliorer et il lui ouvre de nouvelles perspectives.

Notes

[1] Il n'y d'ailleurs pas que la consultation directe à considérer: la citation d'une URL dans les blogs amène aussi du trafic...

lundi 7 août 2006

Confrontation non-violente

Non, ce n'est pas à propos du Proche-Orient, quand même. Mais c'est un billet décapant, de José Bové au négationnisme de David Irving en passant par le mariage gay célébré par Noël Mamère, de l'écolo du 93. En hindou dans le texte.

Reuters, Monnerat et Sorman

A lire toutes affaires cessantes:

  • Cet article signalé par ce billet de Ludovic Monnerat: Reuters admet avoir manipulé publié une photo manipulée de bombardement de Beyrouth.
  • Cet article de Guy Sorman dans le Figaro ou sur son blog. Synthèse en six faits de la situation au Proche-Orient. J'avais plus ou moins conscience de chaque fait pris séparément. Mais présentés ensemble sous cette forme ramassée: c'est à la fois éclairant et inquiétant voire désespérant pour la paix. Guy Sorman pourtant ne veut pas désespérer et il regarde ailleurs: "les récentes élections libres en Irak, à Bahrein et au Koweit (....) dessinent l’avenir". Par ailleurs, il ne croit ni à la guerre pour le pétrole, ni au choc des civilisations.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH à 17h35: Je squatte ce billet pour faire un lien vers cet intéressant portrait d'Ehud Olmert dans le Financial Times de samedi, qui a l'air de rester en ligne. On y trouve l'explication du quiproquo autour de la trêve de 48h après l'affaire de Cana. Et surtout une raison d'être optimiste: loin d'être tenté par une régression, Olmert inscrit la guerre actuelle dans la perspective du retrait qu'il entend bel et bien promouvoir en Cisjordanie après Gaza. Comme au Liban, cela exigera certainement de la communauté internationale qu'elle ne reste pas sur la touche mais prenne sa part des responsabilités pour mettre en oeuvre concrètement la solution de deux Etats démocratiques vivant en situation de non-agression, pour ne pas rêver trop vite de paix (ça c'est mon commentaire).

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dimanche 6 août 2006

Après la pédophilie, la peine de mort

Déjà que les Pays-Bas n'étaient plus vraiment conformes à leur réputation libertaire avec les cris d'orfraie (en l'occurrence l'accusation d'iilégalité) immédiatement suscités par l'annonce de la création d'un parti revendiquant, entre autres propositions exotiques, l'abaissement à 12 ans de la majorité sexuelle puis, à plus long terme (?), l'abolition de toute limite. Maintenant c'est directement l'Union européenne tout entière qui est censée s'indigner et vouloir faire avorter sans délai un rétablissement de la peine de mort qui serait souhaité par le parti majoritaire en Pologne; le toujours "politiquement correct" Louis Michel, ancien ministre des affaires étrangères belge aujourd'hui commissaire européen, déclare au Monde: "Accepter d'entrer dans la logique d'un débat, c'est déjà céder sur l'essentiel", et le porte-parole de la présidence finlandaise croit nécessaire d'agiter la menace de suspension de la Pologne pour violation de "principes" sur lesquels serait fondée l'Union.

Faut-il préciser que je n'ai de sympathie ni pour l'une, ni pour l'autre cause? Mais la substitution du tabou au débat, et l'instrumentalisation du droit pour le faire respecter par ceux qui auraient l'audace de le remettre en cause, me semblent les signes d'une démocratie doutant d'elle-même et ne sachant pas très bien où elle va. C'est d'autant plus frappant quand le risque est aussi ténu que dans les deux cas évoqués.

Le PNVD a été jugé légal malgré l'opinion contraire de 82% des Néerlandais, fort heureusement. Mais je ne suis pas sûr que l'on puisse attendre de l'UE une condamnation des propos imprudents, et indignes de leurs devoirs à l'égard d'un Etat membre, de ses représentants qui remplissent un vide estival pourtant très relatif.

Certes il n'était peut-être pas inutile de rappeler, mais de la manière la plus factuelle possible, les étapes à franchir pour quiconque souhaiterait rétablir la peine de mort dans un pays membre de l'UE: dans un Etat de droit, il ne saurait suffire d'invoquer des principes mystérieux et inaccessibles au commun des mortels. Plus simplement, il s'agit de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, qui fait depuis Maastricht ("Traité sur l'Union européenne", art. 6) partie de l'acquis communautaire et dont le protocole No 6 étend le contenu à l'abolition de la peine de mort. Deux solutions s'ouvrent donc à la Pologne:

  • Obtenir de ses partenaires qu'à une prochaine occasion (le Traité succédant à la Constitution mort-née?) la CEDH soit retirée de l'acquis communautaire. Guère vraisemblable.
  • L'autre voie, celle esquissée par les Polonais, est encore plus difficile: engager une révision de la CEDH elle-même! L'alternance se sera manifestée à plusieurs reprises à Varsovie avant que cela n'aboutisse, je peine même à voir techniquement par où commencer pour obtenir "l'excision" du Protocole No 6.

Agiter la menace de la procédure (pour le moins floue) prévue par l'article 7 du Traité simplement pour avoir osé évoquer ce projet ne peut qu'aller à fin contraire et étendre la grogne à l'égard de l'arrogance des technocrates bruxellois. En l'occurrence ce sont eux qui ont perdu une bonne occasion de se taire.

Onan n'est pas le nom d'un barbare. Diogène non plus.

Au 20ème siècle, on a découvert qu'aimer son prochain comme soi-même impliquait de s'aimer soi-même, et on s'en est gargarisé. Le fait est que quand Jésus a récapitulé la Loi en deux commandements [1], il l'a fait à une époque et dans une culture où l'amour de soi-même allait de soi. Le christianisme n'avait pas encore eu l'occasion de trahir son maître en inventant et affinant des techniques pour pervertir et torturer les âmes.

Et le patriarche Onan (une dizaine de siècles avant le Christ), s'aimait-il lui-même? En tout cas, il n'aimait pas l'idée de devoir faire un enfant à la veuve de son frère - comme la loi dite du lévirat le lui prescrivait, afin d'assurer une descendance au défunt. Certes il a manqué de considération et de respect pour ce frère et cette belle-soeur qu'il n'honorait pas jusqu'au bout[2] mais il n'a pas mérité de donner son nom - qui a pris une connotation médicale au 18ème - à cette autre pratique qui consiste à s'occuper de soi sans aucune intention malthusianiste.

Le 20ème siècle, disais-je, a découvert qu'il fallait réapprendre l'amour légitime de soi, et toute la culture du développement personnel s'en est suivie, avec des variantes New Age. Qui plus est, avec la révolution sexuelle, il était logique qu'on revalorisât l'autoérotisme appliqué. A preuve, une certaine publicité de fin du siècle s'est fait l'écho de cette tendance, en développant l'argument du plaisir qu'on se fait à soi tout seul pour vendre des biscuits ou barres chocolatées. On a même été jusqu'à mettre en scène des femmes qui semblaient atteindre l'orgasme toutes seules par les vertus de la simple dégustation d'un yaourt de la bonne marque.

Si on laisse de côté le phénomène des sex-clubs, qui ne font pas l'objet d'une communication aussi grand public, on dira qu'une nouvelle étape a été franchie avec le masturbathon, qui débarquait hier à Londres, mais qui est né il y a six ans à... San Francisco (quelle surprise). C'est tout à fait comparable à une course contre le cancer: on se fait sponsoriser par des sponsors au bénéfice d'"associations charitables" (charities), c'est-à-dire des organisations à but non lucratif qui oeuvrent dans le domaine du VIH et de la santé sexuelle.

Le Monde y consacre un article et chez Samantdi, par exemple, on en plaisante - entre gens de bonne compagnie qui n'iront jamais bien sûr. Sur spiked, on prend la chose très au sérieux. On dessine les contours de l'idéologie sous-jacente et on n'a pas de mots assez durs pour la fustiger... En l'occurrence, l'idéologie repérée, c'est celle du moi qui se surprotège, qui refuse le risque et la passion. Et le New Age en arrière-plan.

C'est que le règlement de la compétition pour la bonne cause est tout ce qu'il y a de plus sérieux, jusque dans les moindres détails - et l'érotisme n'y a pas la première place. A lire le site et d'autres sites apparentés, on ressent une forme de missionnariat. On peut s'en amuser ou s'en agacer. Mais ces excès d'enthousiasme font prendre la mesure des délires symétriques précédents. La plus grande croisade contre cet exercice ultime et intime de la liberté par un individu a été menée non pas par l'Eglise (qui ne s'en est pourtant pas privé à certaines époques) mais par le corps médical au 18ème siècle, suivi par une société croyant pourtant à la raison et au progrès[3]. "Onan, réveille-toi, ils sont devenus sourds" - telle est l'interpellation prophétique qui aurait dû se faire entendre alors. Aujourd'hui, avec le changement de paradigme induit à San Francisco, assisterait-on au retour de Diogène? Il ne suffit pas de rendre un service privé publiquement à son corps. En l'inscrivant dans le cadre de motivations hétérogènes à haute valeur morale ajoutée (oeuvres charitables), on dénature le geste initial[4].

Notes

[1] Aimer Dieu de toute sa force et son prochain comme soi-même

[2] Livre de la Genèse, ch. 38

[3] Cf cette interview de Thomas Laqueur.

[4] Bon, peut-être que je dirais le contraire si j'avais été sur place. A vérifier s'ils viennent à Genève.

samedi 5 août 2006

Israël - Hezbollah - Liban

J'étais tenté d'en remettre une couche, avec référence à Michael J. Totten ou A Frenchie in the Holy Land, et puis non.

Lisez plutôt Charlie Hebdo, et ce que Jules concocte dans la cuisine attenante à sa Diner's room.

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jeudi 3 août 2006

Trois ans!

Eh oui, c'est le 3 août 2003 que Guillaume Barry et moi avons démarré ce blog. L'occasion de livrer une petite réflexion suscitée par la résistance à l'embrigadement de Renaud Gautier (voir au 02.08.2006) qui s'agace des propos tenus ici (mais sans doute aussi ) et revendique vigoureusement son droit au soliloque dans un ermitage en ligne[1].

Ce dont je ne me lasse pas avec le blog, ce n'est pas seulement la facilité d'expression et de mise en ligne, mais l'interactivité: pas juste une parole unilatérale, mais la possibilité d'une conversation qui s'élabore et s'enrichit en public.

  • Qui accepte la confrontation dans les commentaires (et pas seulement des courriels pour le seul bénéfice de l'auteur), ce qui stimule aussi le sens critique du lecteur,
  • qui s'inscrit dans un réseau de sources et d'interlocuteurs (blogroll),
  • qui fournit des liens permettant d'aller voir soi-même de quoi l'auteur parle (ça peut même être l'objet unique d'un billet, à la Instapundit: le blog joue alors un rôle de revue de presse et de web),
  • à laquelle un tiers peut se référer facilement (lien unique et permanent pour chaque billet)
  • et dont ce tiers peut signaler qu'il l'a fait sur son propre blog (trackback, ou rétrolien en français) pour faire savoir que la discussion rebondit ailleurs.

Ce n'est pas tous les jours agréable (on ne reçoit pas que des compléments utiles, des désaccords courtois ou des encouragements chaleureux), mais c'est toujours stimulant. Merci donc à celles et ceux qui nous lisent, qui nous lient et qui réagissent!

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY: Début 2003, nous avions découvert avec enthousiasme le principe des blogs. En l'occurrence, nous nous délections de celui d'Andrew Sullivan. On pouvait donc parler autrement de l'intervention en Irak?! Et en plus mon premier blogueur était un gai catholique républicain (du moins à l'époque)... Quelques mois après, François Brutsch me demandait "Et si on si on se lançait avec notre propre blog" et je répondais "Chiche!". Cela se passait dans une chocolaterie de Genève, histoire d'exorciser (d'assumer?) les clichés tout en prolongeant le mode initiatique, puisque on me faisait découvrir le lieu. Initiation, découverte: l'intérêt, la raison d'être d'un blog, pour moi, est fonction de son altérité par rapport au mainstream.

Notes

[1] Ce droit n'est nullement contesté, mais j'ai aussi celui de l'exposer à la tentation de la sociabilité virtuelle...

mercredi 2 août 2006

Un "encore" pour Blair

Mais où trouve-t-il l'énergie? Après la série de trois discours que j'avais signalés (1, 2 et 3) et qui pouvaient légitimement être compris comme son testament spirituel en matière de politique internationale, témoin en voie d'être passé à d'autres, voilà que ce diable de Tony Blair parvient encore à livrer, dans un discours à Los Angeles hier, une analyse brillante, complète et actualisée de l'action menée (et surtout encore à mener)!

Mon seul regret est qu'il s'en tienne à une opposition entre Islam réactionnaire et Islam "modéré". Comme l'explique Paul Wolfowitz, modéré donne l'impression de s'excuser[1], de manquer de conviction mais de se situer sur un même continuum; et c'est la réalité d'un Islam moderne, sans compromis sur l'acceptation des valeurs démocratiques, qui doit opérer la rupture et prévaloir sur l'Islam réactionnaire.

Mais ce n'est que de la terminologie, les idées et les valeurs sont bien là. A lire pour se donner du courage.

Notes

[1] Comme le savent bien les sociaux-démocrates!

Mariage gay pas reconnu? Tout sur l'arrêt "Wilkinson v. Kitzinger and others"

"UK court won't recognize overseas gay weddings" selon la dépêche AP, "La Grande-Bretagne refuse de reconnaître un mariage lesbien célébré au Canada" selon le titre du Monde: donc ça doit bien être vrai? Bien sûr que non, et le communiqué du représentant légal des intéressées est, lui, sans ambiguïté. Plus prosaïquement, deux Anglaises, mariées en Colombie Britannique (Canada) en 2003, n'acceptent pas que cette union soit bel et bien reconnue en Grande-Bretagne, mais sous le nom de Civil Partnership.

Ce qu'il a plu au législateur canadien (et néerlandais, belge ou espagnol) d'appeler "mariage" dans les deux cas de figure s'appelle, au Royaume-Uni depuis le 21 décembre 2005, Civil Partnership si les deux intéressés sont du même sexe et mariage s'ils sont de sexes opposés (en Suisse c'est, dès le 1er janvier 2007, partenariat enregistré et mariage). Ce n'est pas plus compliqué que cela, et il n'y a guère d'autre différence, donc pas vraiment de quoi fouetter un chat.

Pour illustrer mon propos: si, suivant ma proposition et compte tenu de la propension nationale à ne pas faire les choses comme ailleurs, la France décide d'abolir tant le mariage hétéro que le PACS au profit d'une institution "républicaine" unique fuyant les connotations religieuses et indifférente au sexe des intéressés, et d'appeler cela "union civile", par exemple, croit-on que les titulaires de cette institution pourront exiger qu'elle s'appelle ainsi dans les autres pays du monde également (plutôt que "mariage" dans les quatre pays déjà mentionnés, "mariage ou Civil Partnership" au Royaume-Uni, "mariage ou partenariat enregistré" en Suisse etc.)?

La loi britannique, comme la loi suisse, prévoit expressément d'appliquer la nouvelle réglementation à tout statut similaire acquis à l'étranger. C'est le chapitre 2 de la cinquième partie du Civil Partnership Act 2004, en particulier la section (article) 215, et l'article 36 (chiffre 17 de l'annexe) de la loi fédérale sur le partenariat enregistré entre personnes de même sexe (fichier PDF), du 18 juin 2004:

Un mariage valablement célébré à l'étranger entre personnes de même sexe est reconnu en Suisse comme partenariat enregistré.

J'allais m'arrêter là lorsque je suis tombé sur le texte complet de l'arrêt rendu à Londres lundi, que j'ai trouvé très complet (les développements par rapport à la Convention européenne des droits de l'homme occupent une bonne partie du texte), lisible et intéressant, surtout pour moi qui ne connaît rien au droit britannique. En hommage à Eolas, sans prétendre à ses qualités pédagogiques mais parce que, selon mes souvenirs d'assistant à l'Uni, c'est en ayant à expliquer quelque chose qu'on le comprend vraiment, je tente une présentation détaillée de cet arrêt.

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mardi 1 août 2006

Hymne national: les accents païens d'un cantique patriotique

Maintenant que la gauche helvétique redécouvre (par exemple ici ou ) la légitimité du patriotisme "dont la droite n'a pas à avoir le monopole", y aura-t-il plus ou moins de risque d'être taxé de mauvais esprit si on se livre à un ramonage [1] théologique du cantique suisse le jour de notre fête nationale?[2]

1. Sur nos monts, quand le soleil annonce un brillant réveil, et prédit d'un plus beau jour le retour, les beautés de la patrie parlent à l'âme attendrie; au ciel montent plus joyeux, les accents d'un coeur pieux, les accents émus d'un coeur pieux.

2. Lorsqu'un doux rayon du soir joue encore dans le bois noir, le coeur se sent plus heureux près de Dieu. Loin des vains bruits de la plaine, l'âme en paix est plus sereine, au ciel montent plus joyeux les accents d'un coeur pieux, les accents émus d'un coeur pieux.

3. Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre coeur pressent encore le Dieu fort; dans l'orage et la détresse il est notre forteresse; offrons-lui des coeurs pieux: Dieu nous bénira des cieux, Dieu nous bénira du haut des cieux.

4. Des grands monts vient le secours; Suisse, espère en Dieu toujours! Garde la foi des aïeux, vis comme eux! Sur l'autel de la patrie, mets tes biens, ton coeur, ta vie! C'est le trésor précieux que Dieu bénira des cieux, que Dieu bénira du haut des cieux.

Commençons par prévenir les malentendus. Je suis patriote - au sens où je l'ai professé dans ce billet. Et full sentimental: entendre jouer cet hymne (sans les paroles - par exemple au début d'une manifestation sportive que je ne suivrai pas) me fait régulièrement frémir. Les paroles me font aussi frémir, mais dans le sens contraire des poils.

C'est le mythe d'une Suisse identifiée à ses montagnes. La ville n'existe pas, ou plutôt elle est négativement connotée dans les vains bruits de la plaine. Le texte construit donc une opposition sur un axe qui s'inscrit dans la proximité de Dieu: les concepts d'âme, de nature, de beauté, de bonheur, de sérénité. C'est aussi une vision paradoxalement aristocratique: ceux qui produisent de vains bruits, ce sont quand même des gens qui travaillent (et qui font peut-être vivre le pays). Tout ça n'est pas très protestant! Là où il y a une résonnance avec les textes les plus anciens de nombreuses civilisations (bibliques, grecs etc.), c'est l'idée qu'une montagne peut être la résidence d'un ou de plusieurs dieux .

Mais il y a d'autres assertions hétérodoxes (du point de vue authentiquement protestant):

Un protestant (avec Paul) rechignerait à mettre en avant sa propre piété. Avoir la foi, être croyant, c'est accueillir avec gratitude un don qu'on n'a pas mérité, qu'on ne peut surtout pas mériter par sa piété. De la même façon, il est funeste de laisser entendre que Dieu accordera sa bénédiction en raison du fait de lui avoir offert des coeurs pieux. C'est le fameux do ut des du paganisme, c'est la pensée magique: je donne pour qu'on me donne en retour, la divinité est quelque chose que je peux manipuler.

L'idée d'une proximité de Dieu conditionnée par la nature m'est suspecte. Soit on dira que l'aliénation universelle des humains signifie qu'ils sont pareillement loin (coupés) de la source de leur être, soit on dira que Dieu est pareillement proche de tout être, soit on dira que Dieu se rend proche de qui il veut. Il est vrai que le père du protestantisme libéral a fondé toute sa dogmatique sur le sentiment que l'être humain a de sa finitude et de ce fait de sa dépendance à l'égard d'un pourvoyeur de son être. Dans ce sens, le rapport à la nature peut jouer un rôle...

L'idée que la foudre est la voix de Dieu est évidemment importante dans l'Ancien Testament. Mais cette conception a été transcendée dans l'Ancien Testament déjà avec l'histoire du prophète Elie qui a droit à une théophanie. [3] Or il est rapporté que Dieu n'était ni dans le vent fort, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu qui le précédaient - mais qu'Elie l'a reconnu dans le bruissement d'un souffle ténu.[4]

Dans ce sens, ce qui dans ce cantique exalte la sérénité a aussi du bon, quand même. De la même manière, je suis attaché à sa tonalité foncièrement pacifique, autrement dit dépourvue de références martiales. Il y a une humilité qui sonne juste et qui m'est touchante. C'est la superposition d'un mythe commun et d'un élément minimal de foi commune (dans laquelle un juif ou un musulman devraient pouvoir se retrouver). Ce chant est plein d'optimisme ou plutôt d'espérance. Cette attitude ne correspond pas à une présomption qui enferme mais à une confiance en une supérieure bienveillance. Enfin, cet hymne correspond indubitablement à ce que bien des Suisses, citadins ou non, peuvent encore aujourd'hui éprouver dans les paysages auxquels ils sont légitimement attachés, en y mettant d'autres mots ou pas de mots du tout.

Notes

[1] ou fisking

[2] Pour une brève histoire de cet hymne, voir le site de l'administration fédérale

[3] 1 Rois ch.19

[4] Une autre interprétation, moins archaïsante, serait que la foudre représente le malheur, au-delà duquel le croyant pressent la présence divine comme puissance protectrice.


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