samedi 10 juin 2006
Le déboulonnage des monstres sacrés et ce qu'il en reste
François Brutsch | 23h29 | divers | permalien | rss
Adolf Hitler est à peu près universellement abhorré, y compris par les Allemands. Pour Staline, c'est déjà plus ambigu en Russie mais quand même assez généralement reconnu en dehors. Et les autres?
Le Monde des livres de vendredi consacre trois articles implacables à Mao Zedong -- mêlant dans la même opprobre les autres dirigeants de la révolution chinoise, de Zhou Enlai à Deng Xiaoping, pour un bilan final "trop prudent selon certains" de 70 millions de morts! Bien sûr certains savaient déjà tout cela "depuis le travail de défrichage de pionniers comme Simon Leys voilà plus de trente ans", comme Le Monde n'a pas toujours aussi justement écrit, mais ils ne sont pas très nombreux.
Cette vérité parviendra-t-elle à se substituer à la légende romantique de l'imagerie révolutionnaire, de la Longue Marche à la Révolution Culturelle en passant par les Cents Fleurs, pour devenir évidente pour tous? Cela me paraît loin d'être sûr. Il suffit de voir l'usage fait de l'iconographie maoïste: comparer avec l'iconographie nazie, pourtant graphiquement tout aussi séduisante. Ou l'impact que conserve un Che Guevara ou même un Fidel Castro, dont la présentation d'un autre livre dans Le Monde de la veille déboulonne également la statue; mais il s'en faut de beaucoup que cette analyse soit universellement partagée: en 1998, lors de sa venue en Suisse, chacun se pressait encore de rencontrer le monstre sacré.
De Napoléon à Trotsky en passant par Lénine, la mémoire collective a été généralement clémente à bien d'autres despotes meurtriers. De l'image générale et des faits qui marquent, le négatif, même s'il est connu, s'efface plus vite que la rémanence "globalement positive" attachées aux figures historiques. Ces quatre articles du Monde méritent une lecture attentive avec un esprit ouvert: mais le cerveau humain ne fonctionne pas comme la mémoire du navigateur Internet, que l'on peut au besoin purger de l'historique des sites précédemment visités!
COMPLEMENT DU 08.07: Avec retard, une critique de l'ouvrage consacré à Mao par Jean-Louis Margolin, historien et coauteur du Livre noir du communisme, parue dans Le Monde du 29 juin.





