juin 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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vendredi 30 juin 2006

Où sont les blogueuses politiques?

C'est une question que les partenaires de Lieu Commun se sont fugacement posée en observant, pour l'embarras au moins d'un certain nombre d'entre nous, l'exclusivité masculine de notre petit cercle; de nombreuses femmes sont pourtant des journalistes politiques reconnues.

Ce n'est pas un phénomène spécifiquement francophone, comme en atteste le supplément G2 du Guardian d'aujourd'hui. Qui évoque le caractère dissuasif des attaques dirigées sur leur sexe dont les femmes, contrairement aux hommes, font l'objet, ou la définition virile de ce qui constitue encore la politique[1]. Et le quotidien de donner, tout de même, quelques exemples de blogueuses politiques britanniques ou américaines.

En français, je ne peux citer que Lait d'beu -- dont je m'aperçois que, par un acte manqué, il ne figure pas comme je le croyais au blogroll depuis que je l'ai découvert il y a deux mois! Voilà qui est réparé. Ne manquez pas d'aller faire un tour, et de me signaler les autres...

COMPLEMENT ACTUALISE LE 05.07 à 23h29:

Continuez de me signaler les blogs francophones consacrés principalement à l'analyse ou au commentaire politique tenus par des femmes (non journalistes) par mail à fbrutsch @ perso.ch! Je récapitule ici (par ordre alphabétique):

Notes

[1] Dans ce sens, les blogs de Kozlika ou Samantdi, par exemple, abordent aussi des questions politiques mais sans que cela soit leur centre de gravité.

jeudi 29 juin 2006

S'instruire en s'amusant: l'économie

Pardon pour mon silence de ces derniers jours! Et ça risque de durer encore un peu, avant que je retrouve un rythme normal... Mais je voulais quand même placer une recommandation pour un livre que j'ai lu avec le plus grand plaisir: The Undercover Economist, par Tim Harford. C'est également le nom d'une rubrique qu'il tient dans le FTmagazine encarté dans l'édition du samedi du Financial Times, dans laquelle il décortique avec esprit un sujet d'actualité sous l'angle économique (il a également une autre rubrique délicieuse, Dear Economist, sur le modèle du courrier du coeur; on trouve pas mal de ses articles via son site).

Econoclaste propose ici une note de lecture qui me permet de m'en dispenser.... J'ajouterai quand même que l'ouvrage est louable à la fois pour son style, clair, concret et humoristique, et pour son pragmatisme: il ne présente pas les mécanismes de marché comme des dogmes, mais bien comme des principes qu'il y a lieu de savoir utiliser (ce qui n'est pas une science exacte) au profit des orientations politiques que la société veut se donner. Décapant et optimiste.

mercredi 28 juin 2006

Pragmatisme suicidaire?

Les valeurs de l'Occident (tout le catalogue y passe) ne sont pas tant menacées de l'extérieur (terroristes semblables à des hordes de barbares prêtes à déferler le Coran à la main) que de l'intérieur: perte de confiance en soi, pragmatisme réducteur. C'est la thèse que développe Chris Smith, ancien ministre de la culture et allié de Tony Blair, dans son livre Suicide of the West, que Josie Appleton de spiked recense en y mettant quelques bémols. Appleton remarque avec perfidie que lorsqu'il était au pouvoir, Chris Smith a fait preuve d'un sacrifice des principes désespérant (notamment dans l'affaire du Dome du Millenium), bien qu'il s'en défende. Lire l'article.

dimanche 25 juin 2006

Ne retouchez pas mon patriotisme

D'aucuns (comme ils disent) se réjouissent, avec certains de leurs commentateurs, de ce que le patriotisme soit redevenu à la mode en Suisse et qu'il s'exprime si sainement dans le cadre du Mondial.

Pour ma part, le patriotisme est associé à des valeurs nobles et hautes. Le patriotisme, c'est d'abord de l'amour. Le service et la défense du pays, la fierté de ses valeurs etc. malgré ses défauts, en sont les conséquences. J'ai envie d'utiliser des grands (gros) mots comme idéal, désintérêt.

Quand j'entends associer football (ou sport de compétition en général) et patriotisme, en Suisse, je pense plutôt à la thérapie chauvinienne d'un pays qui n'a plus de défaut, en alternance avec l'autoflagellation. J'y vois, classiquement, la canalisation (salutaire) du nationalisme le plus agressif. Je pense à la défense d'intérêts particuliers (marché des droits de retransmission, etc.) - on n'est pas tout à fait dans l'ordre de l'idéal, au sens kantien du terme.

Mais, tout en restant parfaitement étranger à cet univers, je suis persuadé qu'on peut aussi y associer: la beauté d'un spectacle, l'intelligence d'une stratégie, l'esprit d'équipe, l'ouverture au monde, la complicité d'un peuple, la réconciliation nationale, la médiocrité transcendée.

Philippe Barraud ne voit pas les choses avec la même mansuétude, puisqu'il est tenté (et c'est certainement bien vu) par la comparaison de sa position de rebelle (susceptible d'être accusé de traître à la patrie) avec celle du protagoniste (un homosexuel) du film Une journée particulière d'Ettore Scola.

samedi 24 juin 2006

One Love, one World

Affiche Respect-attitude

Le reggae man Buju Banton se produira ce soir à Berne et demain soir à Lausanne. Il s'était distingué il y a 12 ans par une chanson homophobe qui est un véritable appel au meurtre et qui semble avoir été un tube. Il a aussi été soupçonné de complicité de meurtre d'un gai en Jamaïque, mais a été blanchi. Il y a deux ans, il a signé une déclaration où il se distanciait (partiellement) de la chanson ignoble, laissant entendre que c'était une erreur de jeunesse, il renonçait à tout discours homophobe, et s'engageait pour les libertés individuelles. A Berne, il y a tout un milieu politisé (et pas que des gais) qui a annoncé des actions de protestation et d'empêchement de la tenue du concert, qui a d'abord été annulé, puis (géographiquement) déplacé. En effet, une partie du mouvement de protestation venait du lieu prévu initialement pour le concert, qui est un haut-lieu de la culture alternative.

Entre-temps, les représentants de Reggae.ch ont contacté Pink Cross, l'Organisation suisse des gais, qui, devant leur volonté manifeste d'ouverture et leur souci du dialogue, a décidé de miser sur le dialogue, précisément, et sur l'information plutôt que la contestation. En effet, Reggae.ch a amorcé une réflexion sur l'homophobie dans le milieu reggae, dans le but de la combattre. Le sujet est abordé sur leur site, des débats ont été organisés autour du concert de Berne, où il y aura un stand d'information et distribution d'un flyer commun au monde gai et à celui du reggae!

A Lausanne, c'est assez ironique, le club qui a invité le musicien est un partenaire de la Pride qui va avoir lieu dans deux semaines. Mais l'organisateur local s'est aussi déclaré prêt à distribuer des flyers et à mettre des affiches à l'entrée.

L'avenir montrera si cette option - originale - à moyen terme était la bonne, du point de vue des gais. Pink Cross a pris le risque de donner l'impression de vouloir réhabiliter Buju Banton, ce dont l'organisation se défend expressément. Mais le fait de contribuer au début d'un travail d'information mené par des représentants du milieu du reggae en Suisse semblait plus porteuse. Cela n'empêchera probablement pas des manifestations de milieux assez radicaux autour du concert à Berne (qui connaît sa "promenade anti-fasciste" mensuelle).

Le communiqué de presse des organisations gaies et lesbiennes suisses est téléchargeable sur le site de Pink Cross, en cliquant sur le bouton Respect Attitude.

vendredi 23 juin 2006

Du PACS au mariage gay: le zèle tardif des néos-convertis

Un peu d'histoire et des éléments de typologie pour mettre en perspective le débat français sur le statut des couples de même sexe, relancé par le parti socialiste.

Sept ans après la loi "relative au Pacte Civil de Solidarité" de 1999, mais aussi 17 ans après la révolutionnaire loi danoise qui a instauré, en 1989, un "partenariat" pour les couples de même sexe, le PS s'est prononcé en faveur de l'extension du mariage, aujourd'hui destiné aux couples formés d'un homme et d'une femme, aux couples de deux hommes ou de deux femmes. Et, sans même attendre les élections qui, espère-t-il, lui donneront l'an prochain le pouvoir, il dépose deux propositions de loi à l'Assemblée nationale ouvrant à la fois le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, afin de témoigner de son ardeur.

Si l'homosexualité (quelle que soit son nom et les caractéristiques qu'on lui a données ou qu'elle a prises à différentes époques et sous différentes cultures) est aussi ancienne que l'hétérosexualité, la notion de "couple" de même sexe est très récente: elle est apparue, à la fois à la société et aux intéressés eux-mêmes, avec le sida. Face aux ravages de la maladie, aux drames auxquels étaient confrontés les proches, l'ignorance ou le non-dit tacite n'étaient plus possibles. Et l'on s'est aperçu qu'à la faveur de la tolérance plus grande dont ils bénéficiaient, dans les sociétés occidentales au moins, dans le sillage de 68, les gays n'étaient guère moins sensibles que les hétéros à la sagesse biblique: "Il n'est pas bon que l'homme (ou la femme) soit seul". La mort d'un des partenaires à la fleur de l'âge rendait cela incontournable.

En Europe, c'est en Scandinavie que les moeurs sont les plus libres et que le mouvement gay est à la fois le plus organisé et le plus pragmatique. Il n'est donc pas étonnant que ce soit au Danemak qu'un gouvernement social-démocrate se laisse convaincre de cette idée nouvelle: il n'est pas normal que les hétéros puissent obtenir, par le mariage, un statut pour leur couple qui témoigne de la considération de la société et de la protection de l'Etat, par exemple en matière d'assurances sociales et de succession, et pas les homos. Et les Danois ont inventé de toute pièce le "partenariat", un état civil analogue au mariage, déployant les mêmes effets que celui-ci, mais pour les couples de même sexe.

L'idée était tellement bonne, simple et évidente qu'elle s'est répandue sans problème dans pratiquement toute l'Europe, et au-delà, depuis le début des années 90. Au Royaume-Uni, le "Civil Partneship" est entré en vigueur le 21 décembre 2005. Même la Suisse, si conservatrice et si lente, a adopté le 5 juin 2005 par référendum, avec 58% des suffrages, une loi sur le "partenariat enregistré" pour les couples de même sexe qui entre en vigueur le 1er janvier 2007.

Et le village gaulois? Dès mai 1990 le socialiste Jean-Luc Mélenchon dépose une proposition de loi incluant, pêle-mêle, sous le nom de "partenariat civil", les couples de même sexe, les hétéros en concubinage et même les fratries. Elle n'est même pas discutée. Toute une série de projets et de rapports sont présentés durant la décennie pour aboutir à cette "exception française": le PACS, adopté non sans réticence sous le gouvernement du socialiste Lionel Jospin. Un simple contrat de droit privé (pas un statut d'état civil). Qui évite de mentionner les couples de même sexe, puisqu'il est ouvert à toute paire de personnes (y compris, voire surtout, les couples hétéros réticents au mariage mais qui souhaitent un peu plus de sécurité juridique que dans le concubinage); pour cette raison justement, le PACS confère des droits très inférieurs au mariage (par exemple en cas de couple binational), ce qui ne répond pas aux besoins de ceux qui n'ont aucun autre choix que l'union de fait: les couples homos. En bref, une solution croupion: mieux que rien, mais qui ignore et perpétue la discrimination dont sont victimes les gays et les lesbiennes.

Depuis lors, le débat continue et se diversifie dans ses formes comme dans son contenu:

  • Dans l'Etat américain du Vermont (car le droit civil n'est pas de la compétence fédérale aux Etats-Unis), c'est un tribunal constitutionnel, saisi par un couple que l'on refuse de marier, qui enjoint au Parlement de l'Etat de mettre fin à la discrimination qu'il constate. Le Vermont est alors le premier Etat américain à adopter le partenariat, en avril 2000.
  • Les Pays-Bas sont les premiers, en 2001, à proposer un pas symbolique supplémentaire: c'est désormais le mariage lui-même qui est ouvert aux couples de même sexe par la voie parlementaire.
  • Dans deux Etats canadiens et au Massachusetts, en 2003, les juges vont plus loin que leurs homologues du Vermont: ils ne laissent pas de choix au Parlement, c'est par ukase jurisprudentiel que la définition immémoriale du mariage est dématrimonialisée.

En résumé, dans toutes les démocraties, que ce soit par la voie parlementaire ou par la voie judiciaire, la discrimination à l'égard des couples de même sexe est en train de disparaître. La manière dont le débat est conduit et la solution adoptée ne sont toutefois pas indifférentes et reflètent le climat socio-politique. Le partenariat ne cherche pas à tout prix l'affrontement avec les autorités ecclésiastiques, qui le combattent néanmoins le plus souvent. L'ouverture du mariage aux gays et lesbiennes a facilement quelque chose de revanchard à l'égard du poids religieux passé dans la morale ou la société: c'est en tout cas mon hypothèse pour expliquer son adoption aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne. En Amérique, la revendication politique a choisi comme terrain de prédilection le prétoire, plus propice aux constructions abstraites et à l'égalité géométrique: c'est une loterie où l'on peut gagner gros, mais le danger est alors de susciter l'incompréhension et la révolte. On le voit aux Etats-Unis où les homophobes se donnent l'allure d'une défense du mariage hétéro dans les Etats, voire cherchent à couper court par un amendement à la Constitution de l'Union. En Suisse, au contraire, la certitude qu'il y aurait à en découdre devant le peuple lui-même, par référendum, a conduit à une revendication pragmatique et consensuelle dont l'accueil confirme, s'il en était besoin, l'ampleur de la transformation socio-culturelle intervenue ces 30 dernières années en Occident.

Et l'adoption? En réalité, la question est distincte: le Danemark l'avait exclue en 89, pour l'accorder par la suite. Le Royaume-Uni connaissait l'adoption par des couples de même sexe avant même l'introduction du partenariat civil. Quand la Belgique adopte le mariage pour tous, en 2003, elle exclut néanmoins l'adoption pour les couples de même sexe. A plus long terme, on peut parier que là aussi elle finira par s'imposer partout. Pas comme un droit (l'adoption n'est pas un "droit", ni pour une personne seule ni pour un couple), mais simplement si et parce que c'est l'intérêt de l'enfant.

Avec ses propositions de loi, le PS cherche à se faire pardonner son PACS timoré. Le génie du "mariage gay" étant sorti de la lampe, qui voudrait avoir l'air de s'en tenir à un vrai partenariat civil spécifique aux couples de même sexe, qui aurait pourtant le même effet? Ségolène Royal combine rigueur et réalisme en rappelant qu'il s'agit surtout de mettre fin à une discrimination, et en se ralliant à la dématrimonialisation du mariage qui est un moyen d'y répondre... Tant qu'à agacer les milieux religieux, elle pourrait simultanément faire plaisir aux fondamentalistes de la laïcité: laisser le mot "mariage" aux Eglises et adopter "union civile" pour l'institution juridique. La France a bien déjà remplacé l'inculpation par la mise en examen...

COMPLEMENT DE 20H32: Rectifié ci-dessus le contenu de la proposition de Mélenchon en 90: sur la foi d'un mémoire de DEA, j'avais eu la fausse joie de croire qu'il avait été d'avant-garde en s'inspirant du Danemark. Il se confirme qu'il est au contraire l'inspirateur de la confusion française sur le sujet.

ACTUALISE A 23h10: Rendu son antériorité aux Pays-Bas (2001, avant la Belgique en 2003) dans l'introduction du mariage neutre.

COMPLEMENT DU 26.06 à 23h55: Je prends connaissance avec retard d'une double page pas inintéressante (1, 2, 3) sur l'hoparentalité dans Le Monde daté de samedi 24. Mais qui trop embrasse mal étreint: l'infographie sur "La législation en Europe", si je veux bien croire qu'elle est exacte sur l'adoption par un couple d'homosexuels (Islande, Suède, Danemark, Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique, Espagne), débloque complètement sur le statut des couples de même sexe. C'est bien simple, je ne sais par où commencer pour rectifier! Il y a d'abord certains pays dont le nom est écrit en noir, d'autre en blanc, sans que la couleur de fond justifie cette distinction, ni rien dans la légende, ni un critère apparent tel que l'appartenance ou non à l'UE; il y a ensuite ce regroupement arbitraire entre les 3 pays du mariage neutre (Pays-Bas, Belgique, Espagne) et l'Islande, la Suède et le Royaume-Uni (la légende "pays qui autorisent le mariage ou une union ouvrant les mêmes droits que le mariage" ne permet pas de distinguer ces trois pays du Danemark ou de la Suisse -- en fait de tous ceux qui ont un statut sauf la France!); l'autre regroupement arbitraire met le Danemark ou la Suisse avec la France dans les "pays qui ont créé un partenariat de type Pacs", ce qui est tout aussi inexact. Si l'on veut vraiment essayer de prétendre que la France n'est pas seule de son espèce, il faut créer une catégorie: "Pays qui connaissent un statut de type Pacs pour des concubins hétéros ou homos", et outre la France il y en a quelques autres; mais tous les autres ont, eux, en plus soit un partenariat équivalent au mariage, soit le mariage qui est ouvert aux couples de même sexe.

COMPLEMENT DU 08.07 à 11h50: Le Temps de ce jour rencense "Légaliser les unions homosexuelles en Europe: innovations et paradoxes", par Patrick Festy, revue Population & Sociétés, INED, Paris, juin 2006, un article lui-même fondé sur le travail d'un chercheur néerlandais, Kees Waaldijk.

Rectifications et autres précisions: parfois plus que des détails

Invité: l'ami Gauthier

Les médias deviennent de plus en plus réglo. Avant, les errata mettaient les choses sporadiquement au point fissa. Maintenant, on a inventé des chroniques laconiques récurrentes intitulées "Rectificatifs", "Précisions" ou les deux à la fois. C'est ma foi déontologiquement correct. Toutefois, quand lesdites rubriques grossissent à l’envi, on se demande où nous mène cet excès de bonne foi. Parfois, c’est trop poli pour être honnête, comme par exemple dans la chronique du Monde daté du 21 juin 2006. Au milieu de huit ajustements de bidons, celui nommé République d’Irlande retient toute mon attention: "L’article nécrologique consacré à l’ancien premier ministre irlandais Charles Haughey (Le Monde du 16 juin) contenait deux erreurs. Mme Maire Geoghegan-Quinn n’était pas l’ancienne maîtresse de Charles Haughey, mais l’un de ses anciens ministres. Le Monde lui présente ses excuses (…)". L’intéressée saura gré au Monde pour cette précision plus que sémantique.

Lorsqu’on prend la peine (qui a ce courage obsolète?) de chercher sous la pile l’édition querellée et qu’on relit ladite nécro, on reste vertigo devant un tel quiproquo (j'en suis tout allitterrassé). Le mec Haughey a été un drôle de coco. En intro (j'arrête avec les allitérations, c'est promis) on le décrit comme "Admiré par son charisme et son efficacité électorale. Jalousé pour son style de vie somptueux et ses libertés prises avec la morale politique." Plus loin on raconte que "Charlie (…) possède un manoir, un yacht, des chevaux de course, et même une petite île, toutes extravagances financées (…) via de multiples comptes secrets aux îles Caïman, par la générosité de riches hommes d’affaires amis." Dès lors, le lecteur continental ne peut plus être surpris par la chute où apparaît la pauvre Moira (« Maire » ou « Moira » - Le Monde refuse de trancher, mais c'est vraiment un nom prédestiné) Geoghegan-Quinn avec ses rapports prétendûment étroits et plus que sulfureux avec feu le Premier ministre.

jeudi 22 juin 2006

Le 11 septembre expliqué aux jeunes

Mick Hume, le rédacteur en chef de spiked, est tombé sur du matériel d'éducation civique (niveau secondaire) de l'école de son quartier à Londres et y consacre sa chronique dans The Times. C'est intitulé 9/11: The Main Chance.

Le matériel vise sûrement à promouvoir la tolérance en dispensant une information neutre: "Les terroristes ont montré qu'en dépit de sa taille et de sa puissance militaire, l'Amérique, pouvait être vaincue par une planification poussée et une foi totale." On apprend aussi aux élèves qu'une information objective doit reconnaître ses limites: "On ne sait pas si des passagers ont pris le contrôle du vol 93 ou s'il a été abattu par l'armée." Et il y a un quizz, pour apprendre que la frontière entre les terroristes et combattants de la paix n'est pas toujours facile à établir. On demande à l'élève de dire "à quelle catégorie appartiennent Malcolm X, Nelson Mandela, Mahatma Gandhi, Gerry Adams, Martin Luther King?". Le meilleur est cet autre quiz qui termine la section "Tolérance et 11.9" en demandant: comment réagirais-tu si ta maman brûlait ton toast ou si son frère prêtait ton DVD favori à son pote? La leçon sur la résolution des conflits suggère que le conflit israélo-palestinien est comme une dispute familiale portant sur un partage.

De nos jours, on ne pave plus l'enfer de bonnes intentions, on le bétonne avec des autoroutes d'accès. Lire l'article.

mercredi 21 juin 2006

Victor-Emmanuel: un bon client

Par Alex Dépraz

On tient le feuilleton de l'été avec l'arrestation de Varenne (Varenna, mais, 215 ans après un certain 20 juin 1791 à Varennes, il est tentant de franciser le nom de cette paisible localité des bords du lac de Côme). Il n'est plus question de pouvoir royal et d'une petite auberge, mais de sexe, de fric et de casino. La noblesse aussi évolue avec son temps! Bref, du pain béni pour les médias, pendant et après les jeux du cirque, pardon la Coupe du monde.

Apparemment, l'accusation la plus grave sur le plan juridique contre le prince Victor-Emmanuel de Savoie tiendrait à la corruption de fonctionnaires pour l'obtention de licences pour des machines à sous qui font gagner le casino plus souvent qu'à son tour. Mais, la presse ne s'y attarde que peu: les propos salaces qui ont filtré des auditions sont plus vendeurs. Il faut dire que son altesse a le propos grivois et que, semble-t-il, il aime joindre le geste à la parole. Ainsi, cette conversation où il se renseigne auprès d'un ami milanais pour passer une petite heure dans la capitale lombarde autrement qu'en faisant la visite du Duomo. En termes choisis et comme il le dit lui-même avec élégance: "j'ai envie d'aller aux putes". Victor-Emmanuel était donc un "bon client". Son goût pour la bagatelle rémunérée coûte cher à l'héritier de la Maison de Savoie, pas seulement en euros mais aussi en image (et au moment d'élaborer une défense pénale, ça compte!). Cet aspect-là du dossier ne fait pas (encore?) de lui un criminel. D'ailleurs, le Ministre italien de la justice tente quelques gesticulations pour le rappeler.

Si le PS revient aux affaires en France en 2007, ce débat n'aura plus lieu d'être, fréquenter les dames de petite vertu risquant de s'apparenter à un délit voisin de la complicité de crime contre l'humanité. Dans son projet, le PS entend en effet lutter contre la prostitution "en mettant en cause, notamment, la responsabilité du client". Ou, comme l'écrit sa secrétaire nationale aux droits des femmes et à la parité, carrément "vouloir l'extinction de la prostitution". Voilà qui renvoie au débat qui a eu lieu ici sur ce sujet. Et bien sûr un personnage aussi peu recommandable que le prince de Savoie fait un "client" idéal de ce point de vue!

Writely, youkaïdi!

Avertissement: Writely est maintenant intégré dans Google Docs & Spreadsheets, voir ce billet du 11.10.2006.

Depuis près d'une semaine, je suis dans la douleur extatique de l'apprentissage jubilatoire. Vous savez, quand on ne voit pas le temps passer, qu'on néglige toutes ses routines et devoirs quotidiens et qu'on n'arrive pas non plus à dormir la nuit, tenu en éveil par l'excitation de la découverte et de la curiosité. Qu'est-ce qui me met dans cet état? Un outil gratuit qui permet l'édition collaborative simultanée d'un même document depuis n'importe quel ordinateur.

Editer un document, c'est ce que vous faites avec Word, par exemple. Vous avez le programme dans votre système, le fichier aussi. Ce qui signifie que pour le partager, ce n'est pas tout simple, même sur un réseau d'entreprise mais surtout dès que vous en sortez: attention à ne pas l'envoyer par mail à quelqu'un qui a une version plus ancienne du logiciel! Et pourtant ce serait bien si vous pouviez facilement montrer ce que vous faites à un copain, un collègue ou un client, non? Si les intéressés pouvaient directement vous faire leurs remarques et suggestions sur ce communiqué, cette invitation, cette lettre ou cette note -- sans temps mort, pendant que vous pouvez continuer d'y travailler aussi. Tout le monde a un navigateur Internet, ce serait plus simple de passer par lui, non?

Eh bien c'est exactement ce que fait Writely, fruit d'une start-up dont le germe a été prestement acheté par Google qui s'apprête à le faire croître, embellir et multiplier. A vrai dire, je fais partie de ceux qui ont un compte depuis des mois (quand j'ai lu au hasard d'un blog que ça venait de sortir et me suis inscrit) alors qu'ils ne sont aujourd'hui distribués que par cooptation. J'avais jeté un coup d'oeil, sans plus (à ma décharge, ce n'était pas encore très développé). Et puis j'y suis retourné l'autre jour, simplement parce que cela m'est revenu à l'esprit en réponse au besoin d'un blogueur. Ça ne correspond peut-être même pas à ce qu'il lui faut, mais moi j'ai soudain eu le déclic.

Par exemple, le billet à trois voix de l'autre jour. Alexandre racontait aux communards que les Econoclastes procèdent par échange de mail, avant une une mise en forme finale. Là, j'ai simplement ouvert un fichier Writely auquel nous avions tous les trois accès, depuis n'importe quel ordinateur connecté au Net. Et nous étions parfois deux simultanément, l'un ajoutant sa partie pendant que l'autre complétait la sienne, chacun annotant de questions ou de suggestions les textes des autres. Le document est sauvegardé en continu (finies les deux dernières heures perdues parce que Windows plante soudain), mais toutes les versions antérieures sont conservées et peuvent être comparées et au besoin substituées à la version la plus récente.

Ce n'est pas un wiki[1]: il n'y a pas plusieurs pages entre lesquelles on pourrait naviguer. Mais c'est aussi plus simple à utiliser. Et c'est plus souple: lecture en ligne pour quiconque a l'URL ou pour des destinataires sélectionnés, billet à bloguer (je l'ai fait avec celui-ci), fichier sauvegardé sous différents formats, par exemple en vue d'une mise en page plus sophistiquées, ou importé sous Writely pour pouvoir être partagé. Il y a bien d'autres raffinements encore: par exemple tout document Writely a un fil RSS qui permet de suivre son développement via un agrégateur.

J'ai depuis découvert une autre ligne d'outils collaboratifs en ligne, tout aussi séduisants: j'ai testé l'édition du présent billet sur Writeboard[2] de 37signals. La beauté de la chose, c'est que ce n'est plus, pour ceux qui s'en souviennent, comme le "choix" imposant aux adeptes de WordPerfect de se soumettre à la loi de Word. Désormais, que celui qui créé un document le fasse sur Writely ou sur Writeboard, peu importe: pour toutes les personnes appelées à y contribuer ce n'est que de la navigation faisant appel de manière simple et intuitive aux fonctions disponibles.

Sur le même principe, Google a lancé plus récemment un tableur collaboratif en ligne que j'ai aussi utilisé avec facilité alors que je ne suis pas un habitué d'Excel. Parions que ce sont bientôt des suite d'outils bureautiques unifiés que nous aurons à disposition sur le web, sans plus avoir à en encombrer nos ordinateurs et nos neurones. J'éprouve à les utiliser, à laisser mes fichiers en ligne plutôt qu'à devoir les classer sur mon disque dur, la même libération qu'à écrire sur un blog plutôt que pour un journal papier (ou comme, depuis fort longtemps, à n'avoir aucun favori dans le navigateur de mon ordinateur: ils sont tous sur ma page My Yahoo[3]). Et les possibités d'échanges et d'interactions s'en trouvent multipliées, comme le soulignent ces quelques exemples enchanteurs:

Let's see, I could use Writeboard to...

Write and revise a song, poem, or short story
Have my co-workers help me write my resignation letter
Collaborate on a new Constitution

Le groupe de discussion de Writely contient lui le témoignage d'un animateur travaillant avec des marginaux: ils sont peut-être sans domicile fixe mais ils peuvent ainsi partager un bureau commun accessible depuis tout Internet public...

Le Web 2.0, cette expression tarte à la crème, c'est un peu tout cela: le passage d'une logique de l'offre (de quelques-uns vers la multitude) à une logique de l'usage (de tous pour chacun). D'abord utilisée comme un simple moyen supplémentaire de diffuser de l'information, comme un outil de vente en ligne intégrant la gestion des stocks et la comptabilité, la navigation en ligne évolue vers des fonctionnalités nouvelles fondées sur l'agrégation, la collaboration, dont le développement est rendu possible par l'interactivité généralisée. Comment pourrais-je revenir à "mon" Word, jardin à l'autarcie très relative, maintenant que j'ai croqué à l'ouverture libératrice de Writely?

Notes

[1] Voir la Wikipédia pour ceux qui ne connaissent pas.

[2] Plus rustique, peut-être plus proche du flip-chart virtuel que du traitement de texte.

[3] Que, respectueux de la force d'inertie, "If it's aient broken, don't fix it!", je n'ai pas encore trouvé de raison suffisante de déménager chez NetVibes ou autre, mais les prosélytes peuvent laisser des commentaires....

mardi 20 juin 2006

Et une page maritime, pour changer

Le supplément mensuel How To Spend It du FT du week-end, celui qui teste votre détachement des biens de ce monde, était entièrement consacré à la navigation de plaisance et ses à côtés: un tour de force qui doit avoir demandé un sacré travail même pour ce magazine dédié aux produits de luxe[1].

A la page des gadgets de Jonathan Margolis, on trouve notamment la première TV avec écran LCD résistant à la pluie et aux embruns (chez Sanyo). Et, surtout, une nouvelle confirmation des talents visionnaires de Jules Verne: le Nautilus du professeur Nemo est désormais réalité! Il existe une entreprise qui propose de véritables vaisseaux de plaisance, mais sous-marins. Voyez vous-même! Sans même parler du Air Force One, le Phoenix à 78 mios de dollars, qui n'est encore qu'un projet en attente d'un acheteur (65 mètres de long, 4 niveaux, plus de 460 mètres carrés), il y a le Nomad qui a tout du jet privé (20 mètres de long, configurable pour 36, 24 ou 12 passagers), ou ce très convenable yacht, le Seattle (36 mètres sur deux niveaux).

Margolis est aussi le spécialiste du Net pour ce magazine, et il a déniché ce site dans lequel on peut perdre son temps s'instruire en s'amusant pendant des heures...

Sur un blog, je trouve la mention d'un autre site, français, sur lequel on peut aussi passer pas mal de temps avec plus ou moins de profit. Il est consacré au Hurtigruten, l'express côtier norvégien, sorte de RER marin, et sa caractéristique est d'être constamment actualisé à coup d'horaires, de cartes et de webcams. Comme le souligne Martin Jacques:

Un site qui rassemble le contenu disponible et qui ajoute une grande valeur aux informations en les grappillant ici et là, en les associant et en les rendant accessible, toutes au même endroit.
Cessons de fabriquer du contenu et regroupons plutôt les informations déjà disponibles gratuitement sur le web afin d’offrir une plus value.

Notes

[1] Le site du quotidien la joue un peu honteuse: aucun lien visible, une recherche sur le prolifique Jonathan Margolis laisse bredouille. Même l'URL caché dans l'ours du magazine ne fonctionne pas. C'est finalement Google qui détecte l'improbable page où l'on trouve en ligne les numéros vieux de plus de trois mois... Revenez en septembre pour celui-ci! Il y a pourtant une vraie production rédactionnelle, et de qualité: rien à voir par exemple avec les choquants publi-suppléments géopoliticommerciaux du Monde.

lundi 19 juin 2006

Charité patriotiquement ordonnée

En matière de défense des valeurs (libéralosocialochristianohumanistes - je ne me moque pas, ce sont aussi les miennes) avec sensibilité féminine, Doris Leuthardt, la nouvelle élue (démocrate-chrétienne) au Conseil fédéral n'a qu'à bien se tenir, face à son aînée, la Ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey (socialiste) . Certes, le Ministre des transports, Moritz Leuenberger, a affirmé qu'avec Doris, il se rapprocherait du paradis. (Mais je crois qu'il parlait plutôt de dynamique personnelle que de valeurs.) Mais sur un point, son aînée, Micheline Calmy-Rey la dépasse infiniment: celui de la franchise, de la transparence, de la lucidité alliées à une estime de soi performante. C'est l'impression qui se dégage en lisant le compte-rendu de son déjeuner avec François Modoux du Temps. Ces vertus que je lui connaissais, eh bien je n'avais encore jamais eu l'occasion d'assister à une telle simultanéité dans leur déploiement. Il y a la revendication de la maternité du nouveau Conseil des droits humains, en se réclamant de l'esprit de Genève et en affirmant la "responsabilité morale supérieure de la Suisse", en matière de droits humains (avant MCR, on parlait plutôt de vocation) et en se proclamant patriote (la droite populiste n'en a pas le monpole).

Mais pas question d'angélisme. "La seule finalité de cette politique, assure-t-elle, c'est de défendre les intérêts de la Suisse. Car les vraies menaces existentielles pour notre pays sont la multiplication des conflits civils et le terrorisme. Or la promotion civile de la paix et des droits de l'homme, avec les instruments de la coopération internationale, dans le cadre de l'ONU, est la meilleure réponse à ces dangers." La défense des intérêts du pays prime donc toute autre considération. Ses camarades socialistes peut-être comprendront que, quasiment dans le même élan, elle rappelle qu'elle défend le secret bancaire "sans états d'âme": "Cessons de culpabiliser, la défense de nos intérêts nationaux est prioritaire." Moralité: droits humains (un service, un pôle d'excellence de la Suisse) et banque - même combat. Gageons que des esprits moins social-patriotes et plus cruellement néo-libéraux y ont déjà pensé.

dimanche 18 juin 2006

Christ pour le mariage des prêtres (et autres problèmes avec César)

Désolé, pas pu m'en empêcher... Ce titre à sensation reflète au demeurant fidèlement une info lue dans Le Monde de ce matin: Le député (UMP) Jean-Louis Christ pétitionne pour le mariage des prêtres. A l'origine de sa démarche une histoire qui pour être relativement commune n'en est pas moins triste: le suicide d'un curé mis en cause dans une affaire de consultation d'images émanant d'un réseau à caractère pédophile. Mais ce n'est pas ce volet qui retiendra mon attention aujourd'hui.

Ce n'est évidemment pas la première fois qu'émerge, y compris collectivement (cf. la mouvance "Nous sommes l'Eglise"), une demande d'assouplissement ou de suppression de l'obligation de célibat pour les prêtres catholiques. Mais il me semble y avoir une double confusion: sur l'autorité compétente d'une part, sur la nature de la règle, d'autre part.

Tout d'abord, en entreprenant sa croisade en tant qu'élu, en sollicitant la signature d'autres parlementaires, surtout en proclamant que "(l)a question du mariage des prêtres doit être décléricalisée, laïcisée", le député-maire alsacien évoque irrésistiblement la menace d'une ingérence étatique sur le fonctionnement de l'Eglise catholique romaine, qu'il désigne pourtant comme destinataire de sa démarche; le risque est que ce soit comme destinataire d'une législation davantage que comme destinataire d'un simple voeu qu'elle a seule la capacité d'exaucer. Christ semble vouloir ne s'adresser qu'aux évêques français, alors qu'ils n'ont manifestement aucune compétence en la matière.

Car cette règle est d'une nature particulière: il s'agit d'un dogme religieux, pas d'une simple règle nationale de corporate governance (cf. a contrario l'admirable loi norvégienne imposant une quasi-parité entre hommes et femmes dans les conseils d'administration). Si la liberté religieuse est garantie, la société, et en tout cas l'Etat, accepte cette curiosité que différentes "fois", y compris l'athéisme, coexistent (quand bien même elles s'excluent mutuellement par définition), que chacun doit être libre de se reconnaître dans l'une d'elle ou de la quitter, mais que ceux qui y adhèrent abdiquent par là même leur libre arbitre sur le contenu de cette foi et les modalités de fonctionnement que celle-ci impose; ce n'est pas parce que les Eglises issues de la Réforme, par exemple, appliquent les principes de la démocratie représentative ou directe pour déterminer leurs dogmes et s'organiser que l'Etat (ou même les fidèles eux-mêmes!) doivent pouvoir l'imposer à une Eglise. Pour des catholiques romains, à travers Léon IX, le pape alsacien décrié par Christ, c'est le dieu auquel ils croient qui est réputé avoir fixé cette règle, lui seul peut la changer -- au travers de Bénédict Benoît XVI ou d'un Concile il me semble.

La nature spécifique de la liberté religieuse implique que les Eglises ne sauraient se voir appliquer les mêmes règles que les entreprises ou les associations; c'est pourquoi personnellement je n'ai pas de problème avec une Eglise refusant des gays parmi ses membres ou son personnel, ou pratiquant une discrimination éhontée entre hommes et femmes à l'embauche ou à la promotion. Bon, ce ne serait sans doute pas pour déplaire au bonapartisme donquichottesque de Villepin que d'imposer au Vatican un nouveau Concordat afin d'octroyer le mariage aux curés français dans les semaines ou mois qui lui restent... Une analogie peut-être moins flatteuse, c'est l'ordination des évêques catholiques par le pouvoir communiste à Pékin.

La décision appartient à l'Eglise concernée puis, avec leurs pieds (ou plus précisément leur âme), aux personnes touchées, qui sont libres d'aller voir ailleurs ou de fonder une autre Eglise si elles sont insatisfaites. Les cérémonies religieuses à l'intention des couples de même sexe relèvent de la même problématique: ni un parlement, ni un tribunal ne doivent pouvoir les imposer aux Eglises qui n'en veulent pas (comme il est inacceptable qu'une Eglise aille au-delà de l'expression de sa désapprobation s'il plaît au législateur, voire au juge constitutionnel, d'instaurer un partenariat enregistré, de dématrimonialiser le mariage civil voire de changer sa dénomination)[1]. L'Eglise catholique romaine peut refuser de telles cérémonies, sa dissidence (d'ailleurs historiquement encouragée, au moins en Suisse romande par une intrusion étatique inadmissible) l'Eglise catholique chrétienne l'accepter (en tout cas pour ce qui concerne la Suisse).

Pour info, les curés catholiques chrétiens (on dit aussi "vieux catholiques") peuvent se marier, et il y a une branche alsacienne...

Notes

[1] Comme toute liberté, la liberté religieuse a aussi ses limites: elle n'instaure pas une sorte d'extraterritorialité qui laisseraient impunies des atteintes à l'intégrité physique, p. ex., commises au nom de la foi, même entre adeptes. Mais la liberté religieuse me paraît l'emporter sur le droit au mariage ou l'interdiction de la discrimination, comme elle l'emporte sur la protection des animaux (même si celle-ci était protégée constitutionnellement) pour empêcher le législateur d'interdire les rites d'abattage juif ou musulman.

samedi 17 juin 2006

Le sexe entre liberté, contrainte et argent

Les deux Econoclastes publient parfois des billets dialogués qui permettent d'animer une présentation ou, surtout, de mettre en valeur des perspectives distinctes. Je me suis inspiré de cet exemple (la bière en moins: ah, le calvinisme!) pour solliciter mes co-blogueurs Guillaume et Alex afin de vous proposer l'échange de nos réflexions sur un volet annexe du Mondial de foot: la prostitution.

Evidemment, nous pouvons difficilement prétendre à la représentativité parfaite du public concerné, et il manque des interlocutrices à cette discussion... Mais rien n'empêche que ces lacunes soient comblées dans vos commentaires.

Foin de préliminaires: place aux prostituées face à l'Etat et à la Bible!

Lire la suite

vendredi 16 juin 2006

Epitaphe à Devos

L'ami Gauthier[1] m'a envoyé les lignes qui suivent (auxquelles je n'ai d'ailleurs pas tout compris):

Vous avez sans doute appris comme moi le décès aujourd’hui de Devos… C’était un peu pour moi un père spirituel alors – une fois n’est pas coutume – si <Guillaume> peut de ma part sur son blog lui rendre un modeste hommage, cela ne serait pas mal. L’épitaphe pourrait ainsi être tournée:

Ce jeudi 15 juin 2006, 20h, TF1 annonce la mort de Devos, cela en pleine Coupe du monde de foot. Donc assez normalement le deuxième titre des news porte sur la valeureuse équipe nationale. A ce sujet, 2 problèmes cruciaux sont mis en avant:

1) « la défense centrale » (sic)

C’est vrai qu’après:

Le jambon arrière
Le chauffage central
Et le gaillard d’avant

il était normal de remettre la balle au centre et… de le défendre.

2) « L’état physique des Bleus » (re-sic)

Ainsi, après les mauvais coups des Helvètes de l’avant-veille (zéro + zéro, cela fait étonnamment un résultat nul), il était juste de se demander si les Gaulois devaient voir rouge, rester blancs (de rage) ou verts (de trouille) ;

Heureusement Devos lui était belge
Et il est manifestement encore vivant
Merci donc Raymond
Tes mots ont laissé des traces
Que ce soit des bleus tenaces
Ou des vers dignes des grands poètes
Nous avons aujourd’hui un peu de noir en tête.

COMPLEMENT DE 12H DE GUILLAUME BARRY: Devos s'est dit athée, je crois, mais c'est le seul humoriste qui m'aura donné des vertiges métaphysiques. A partir de trois fois rien - il aura peut-être fait éprouver la résistance de la réalité à se laisser mettre totalement en mots, et l'illégitimité qu'il y a à se prendre au sérieux (c'est tout autre chose que de rire des autres et de soi - une discipline qui relève du comique conventionnel). Au moins aussi efficace que l'Etre et le néant. Mais mon sketche préféré, parce qu'il m'agace toujours autant que ces images d'objets improbables à la Escher, c'est celui du bout du bout. Et comme cet hommage n'est vraiment pas digne de son destinataire du fait de son sérieux, je renvoie nos lecteurs à cet exercice d'imitation qu'a commis un fan il y a quelques années. Histoire - à consommer debout - de prolonger (sur un bout) l'histoire des bouts du bout, ou plutôt (nom d'un chien !) histoire de rallonger (aux deux bouts) le bout de l'histoire des deux bouts.

Notes

[1] Prénom fictif.

jeudi 15 juin 2006

Patron de gauche

Tombé, via Laurent Guerby[1], sur le blog d'un dirigeant d'entreprise de gauche (comme il semble avoir rectifié de manière un peu politiquement correcte son titre).

L'intéressant, c'est qu'il s'est donné la peine de publier une "profession de foi" en bonne et due forme, ce qui est particulièrement utile s'agissant de ceux qui, pour de raisons que je peux comprendre, tiennent à l'anonymat afin que leur vie de blogueur ne déteigne pas sur leur vie tout court.

Notes

[1] Pardon d'avance à tous les autres chez qui j'aurais pu le remarquer!

Pluralisme du journal Coopération

Une fois de plus, le rédacteur-en-chef de Coopération émet des propos tellement improbables, à partir de la mort d'Al-Zarqaoui:

(...) Ne croyons guère ces quelques «experts internationaux» qui, en professionnels de l’antiaméricanisme tout-terrain, aussitôt la bonne nouvelle connue, se sont empressés d’en minimiser la portée et le caractère heureux. (...) Que certains journalistes et commentateurs, ici et ailleurs, mettent tant d’application à qualifier les tueurs du calibre d’Al-Zarqaoui, qui assassinent allègrement des civils irakiens, femmes et enfants compris, de «résistants», ne doit pas nous troubler (...) Il est très important, en revanche, pour tout le monde, que ce pays trouve, bientôt, une stabilité que lui dénie, pour l’instant, un Iran imprévisible et dangereux, et que lui refuse, à tout prix, un al-Qaida dont c’est folie de croire qu’il défend la veuve et l’orphelin.

Lire l'article en entier ici.

Le journal étant pluraliste, l'un de ses chroniqueurs relaie ici (sans le reprendre forcément à son compte) un discours pacifiste plus classique évoquant la radicalisation... des Etats-Unis, l'humiliation des autres tandis qu'un de ses invités évoque ici la responsabilité de l'Occident.

mercredi 14 juin 2006

Ronnie and Clyde

Donc les mariés de Bègles connaîtraient des déboires, comme le titre Têtu. Pour L'Express, Les mariés étaient trop beaux. J'ai pensé que ce serait amusant de comparer les éventuelles différences de traitement dont cette nouvelle fait l'objet dans la presse. En fait, il est difficile de percevoir autre chose que des nuances. Le NouvelObs est à la fois neutre et exhaustif, (en fait plutôt bienveillant si on consulte la colonne des liens) tandis que, si on est parano, on pourra croire à un soupçon de schadenfreude de la part du Figaro. En fait, le plus amusant se trouve dans la manière dont Têtu relate et apprécie les faits. On a l'impression que la journaliste aimerait pouvoir les minimiser, bref elle en dit nettement moins que les confrères généralistes, pour conclure par un petit sermon militant:

Parce qu'ils ont été sous le feu des projecteurs deux mois durant, les déboires des mariés de Bègles continuent donc d'intéresser les médias. Pourtant, quel que soit leur comportement, ces poursuites ne concernent qu'eux et non l'initiative en elle-même du mariage. Maître Emmanuel Pierrat se rappelle, «qu'à l'époque, on nous disait qu'on avait casté les mariés, qu'on les avait choisis. Cela montre bien que ce n'était pas le cas.»

Bon, j'en aurais peut-être fait autant à sa place. Mais quand on compare les articles, c'est une manière pas très subtile de dire aux lecteurs ce qu'ils doivent penser. Cela ressemble à la presse d'extrême-gauche de ma jeunesse. Mais il faut dire qu'en Suisse, le mariage de Bègles a suscité des sentiments mélangés auprès des militants gais qui, d'un côté, étaient plutôt embarrassés par ce mariage provocateur qui tombait en pleine campagne de votation sur le partenariat enregistré, qui a eu l'aval de la population justement parce qu'il était distinct du mariage. De l'autre, on pouvait l'interpréter comme un acte désespéré, face à l'absence de perspective de l'amélioration du PaCS très en retrait par rapport aux autres solutions législatives adoptées en Europe. Et l'attitude des mariés à l'époque (sur un plateau de télévision, ils avaient parlé à travers leur avocat) avait déjà de quoi énerver. Mais c'est vrai, leurs déboires judiciaires n'ont, jusqu'à plus ample information, rien à voir avec leur tentative de mariage.

mardi 13 juin 2006

Suicides de Guantanamo: la perte de l'instinct de survie n'est pas chez ceux qu'on croit

Le mode compassionnel de la "profonde inquiétude" du président Bush à la suite du suicide de trois détenus de Guantanamo n'a naturellement pas été porté à son crédit. Le mode sarcastique ou analytique des porte-paroles qui y ont vu, respectivement, une opération de relations publiques ou un acte typique dans un conflit asymétrique, ont quant à eux soulevé l'indignations des belles âmes révulsées devant tant de cynisme. Pour ma part je n'ai pas oublié qu'en 1978 Andreas Baader[1] et deux de ses acolytes emprisonnés avec lui à Stuttgart-Stammheim avaient fait bien mieux: ils avaient maquillé leur suicide collectif en vue de le faire passer pour un assassinat (thèse toujours soutenue dans les milieux alter).

Le Monde n'offre pas les arguments les plus convaincants en vue de la fermeture de Guantanamo en citant comme précédents qui n'auraient jamais dû exister l'internement des Japonais aux Etats-Unis après Pearl Harbor (était-ce si déraisonnable?) ou le refus thatchérien de céder au chantage des grèves de la faim des militants de l'IRA emprisonnés (ah bon, elle aurait dû céder à des terroristes experts dans l'art de se poser en victimes?). A mon sens, c'est la forme qui fait problème, pas vraiment le fond. Après avoir vu qualifier Yves Roucaute de "salaud" dont l'article paru dans Le Figaro est "à gerber", j'ai été surpris qu'il soit aussi intéressant: mais lisez-le vous-même[2].

J'ai l'émotion aussi facile que n'importe quel autre bourgeois de gauche à l'égard du sort de détenus pénaux emprisonnés dans des conditions insalubres, exposés aux violences (et aux viols) de leurs co-détenus, parfois avec l'assentiment voire la complicité active de "gardiens" agents de l'Etat quand ceux-ci ne participent pas eux aussi aux brimades, et bien sûr à l'égard de cette ultime manifestation de désespoir que peut représenter le suicide. Mais je fais la distinction entre une telle situation, courante dans les prisons américaines (dont les conditions sont certainement pires que Guantanamo) mais aussi françaises[3] ou suisses et l'attitude de prisonniers dans une situation de guerre -- et non d'opération de police.

La sensiblerie déplacée et la confusion intellectuelle entre droit de la guerre et droit pénal me paraissent relever d'une perte collective de l'instinct de survie. On en voit des manifestations préoccupantes tous les jours: ainsi, après l'annonce de la mort de Zarquaoui, il s'est trouvé un lecteur du Daily Telegraph pour s'étonner que l'on ait envoyé des avions bombarder la maison alors qu'il n'était même pas inculpé...

Notes

[1] Fondateur, avec Ulrike Meinhof, de la Fraction armée rouge (RAF), cellule terroriste allemande.

[2] Quelqu'un est à même de m'expliquer la politique du Figaro en matière de pérennité des liens gratuits? Merci d'avance.

[3] Qu'on se rappelle l'action remarquable menée, avec notamment Loïk Le Floch-Prigent, par les "cols blancs" français qui ont eu à coeur de ne pas oublier ce dont ils ont été les témoins durant leur détention ou le débat suscité par le livre de Véronique Vasseur.

lundi 12 juin 2006

Avant France - Suisse...

tract 2x Non le 24 septembreAllions-nous nous proclamer, comme d'autres, "blog sans foot"? Mais rien de ce qui est humain ne saurait nous être étranger[1] (et l'ambiance dans laquelle je baigne à Londres, toutes croix de Saint Georges au vent, est certainement plus intense encore qu'en France ou surtout en Suisse). D'un autre côté il convient évidemment de le faire dans l'esprit de la maison, et pas seulement pour augmenter le nombre de visiteurs égarés ici pas Google... J'en était là de mes réflexions quand le PS genevois a eu la bonne idée de me communiquer par mail un tract à diffuser[2]: pour une fois, je m'exécute derechef (fichier PDF, 158Ko).

Car si la France a des lois Sarkozy contre les étrangers qui suscitent des manifestations protestataires, la Suisse a des lois Blocher contre les étrangers et autres requérants d'asile. Qui suscitent aussi des manifestations (il y en a une samedi prochain), mais dans le but de mobiliser en vue de la votation populaire du 24 septembre. En effet, le nombre de signatures requises pour suspendre l'entrée en vigueur de ces lois et les soumettre à référendum ont été déposées, les habitués de la vulgarisation de la démocratie directe sur ce blog commencent à connaître la chanson.

Et des militants ont eu l'à-propos de concevoir le tract dont j'extrais le détail ci-contre...

COMPLEMENT D'ALEX DEPRAZ LE 13.06 à 13h44: N'importe quel conseiller en communication y aurait pensé. Après la France "black, blanc, beur", maladroitement mais justement moquée par Finkielkraut, voici la "Nati" (surnom de l'équipe nationale de football) "multiculturelle", celle des "Secondos", qui représente cette Suisse de l'intégration si chère à nos coeurs.

J'ai du mal avec les conseillers en communication. Bien sûr, l'affirmation est fondée sur une réalité: nombre de joueurs de l'équipe nationale sont issus de l'immigration (de deuxième génération voire même de première pour Behrami). Mais, je doute que cet aspect revête une quelconque importance pour le public visé, soit les supporters de la Nati. L'équation "vous soutenez l'équipe de foot suisse si multiculturelle donc vous ne pouvez pas être pour une politique restrictive d'immigration" ne fonctionne pas. Le supporter s'identifie plus à un maillot qu'aux joueurs qui le portent. Peu importe qui marque un but décisif, il sera considéré comme un dieu vivant. Peu importe qui fait une erreur éliminatoire, il deviendra un paria. Seule la réalité des 90 minutes (ou des 120 en cas de prolongation) compte. Le reste est absent, suspendu, oublié pendant que l'on tape dans un ballon. C'est à la fois ce qui fait la beauté et la trivialité du football. La réalité du terrain de football n'est pas la réalité politique. La France "black, blanc, beur" n'a pas empêché en 2001 l'arrêt du match France-Algérie à Paris après les sifflets de la Marseillaise, ni, plus grave, le 21 avril 2002.

Notes

[1] Je recommande au contraire de suivre la chose chez Samantdi (ou chez Laurent complément du 13.06 à 14h15).

[2] J'avoue honnêtement avoir pensé qu'il s'agirait de la lutte contre la prostitution dans le cadre du Mondial, mais non...

samedi 10 juin 2006

Le déboulonnage des monstres sacrés et ce qu'il en reste

Adolf Hitler est à peu près universellement abhorré, y compris par les Allemands. Pour Staline, c'est déjà plus ambigu en Russie mais quand même assez généralement reconnu en dehors. Et les autres?

Le Monde des livres de vendredi consacre trois articles implacables à Mao Zedong -- mêlant dans la même opprobre les autres dirigeants de la révolution chinoise, de Zhou Enlai à Deng Xiaoping, pour un bilan final "trop prudent selon certains" de 70 millions de morts! Bien sûr certains savaient déjà tout cela "depuis le travail de défrichage de pionniers comme Simon Leys voilà plus de trente ans", comme Le Monde n'a pas toujours aussi justement écrit, mais ils ne sont pas très nombreux.

Cette vérité parviendra-t-elle à se substituer à la légende romantique de l'imagerie révolutionnaire, de la Longue Marche à la Révolution Culturelle en passant par les Cents Fleurs, pour devenir évidente pour tous? Cela me paraît loin d'être sûr. Il suffit de voir l'usage fait de l'iconographie maoïste: comparer avec l'iconographie nazie, pourtant graphiquement tout aussi séduisante. Ou l'impact que conserve un Che Guevara ou même un Fidel Castro, dont la présentation d'un autre livre dans Le Monde de la veille déboulonne également la statue; mais il s'en faut de beaucoup que cette analyse soit universellement partagée: en 1998, lors de sa venue en Suisse, chacun se pressait encore de rencontrer le monstre sacré.

De Napoléon à Trotsky en passant par Lénine, la mémoire collective a été généralement clémente à bien d'autres despotes meurtriers. De l'image générale et des faits qui marquent, le négatif, même s'il est connu, s'efface plus vite que la rémanence "globalement positive" attachées aux figures historiques. Ces quatre articles du Monde méritent une lecture attentive avec un esprit ouvert: mais le cerveau humain ne fonctionne pas comme la mémoire du navigateur Internet, que l'on peut au besoin purger de l'historique des sites précédemment visités!

COMPLEMENT DU 08.07: Avec retard, une critique de l'ouvrage consacré à Mao par Jean-Louis Margolin, historien et coauteur du Livre noir du communisme, parue dans Le Monde du 29 juin.

Gay Pride à Varsovie

Ou, plus précisément, "marche pour l'égalité des droits", renouant avec l'origine de cette manifestation. Si la situation en Pologne est moins dramatique qu'en Russie, elle est tout de même marquée par un contexte menaçant: on n'en est pas encore à l'affirmation festive, ni aux revendications complémentaires pour approfondir un statut reconnu, mais encore bel et bien au seul droit d'exister sans se cacher ni risquer l'agression ou la mort du seul fait d'être gay ou lesbienne. Quelques infos sur Benavar le blog d'un Français (hétéro) de Varsovie.

COMPLEMENT DE 22H: Ouf, cela s'est finalement fort bien passé!

COMPLEMENT DU 13.06 à 12h30: Une splendide galerie de photos, signalée par Benavar!

vendredi 9 juin 2006

"Deux juristes, trois opinions"

C'est un adage ironique que le commun des mortels (et les journalistes en particulier) ne connaissent pas suffisamment... Cela les conduirait pourtant à relativiser utilement des "avis de droit" auxquels ils tendent à donner une valeur quasiment sacrée.

Le Times d'aujourd'hui en donne une bonne illustration avec cette révélation qu'en 1996 les juristes de la couronne (c'est aussi une expression consacrée, mais elle peut être ici comprise dans son sens littéral) tenaient un remariage du prince Charles pour impossible: le mariage civil lui serait interdit, la famille royale étant exclue du champ d'application de la législation y relative; et, comme divorcé, il ne trouverait pas de prêtre anglican pour le marier religieusement en tout cas tant que Diana était vivante.

Et pourtant Charles et Camilla se sont mariés civilement, et pas religieusement, l'an dernier... avec la bénédiction du Lord Chancellor, Charles Falconer, qui a écarté les "interprétations trop prudentes" du passé en s'appuyant pour faire bon poids sur le Convention européenne des droits de l'homme[1]. L'éditorial du Times fait d'ailleurs justice des vapeurs suscitées par son enquête.

Mais cette affaire souligne que tout juriste est capable d'argumenter une chose et son contraire et qu'il y a deux manière de faire un avis de droit:

  • La plus courante, c'est la voie de la prudence: principe de précaution, aversion du risque, dans le doute abstiens toi. C'est ce qui arrangeait le premier ministre de l'époque, John Major.
  • La plus intéressante, c'est la voie de la créativité: comment rendre possible ce qui est souhaitable.

A la fin, ce qui compte ce sont les actes (ceux de l'autorité, ceux du juge s'il est saisi), pas les avis de droit. Le mariage de Charles et Camilla est donc valable parce qu'il a été prononcé et qu'il n'existe pas de voie de droit pour l'annuler. Et cela quelle que soit l'opinion des uns ou des autres.

Notes

[1] Argument dangereux car il ne peut conduire qu'à l'abolition de la monarchie, cette variante haut de gamme de l'esclavage d'une famille entière par un pays...

Programme du PS français

Cynisme ou pragmatisme, j'avoue ne guère parvenir à me passionner pour les détails du programme (fichier PDF) en voie d'être adopté par les socialistes français en vue de l'élection présidentielle et des législatives de 2007. Je n'en admire que davantage l'attention sérieuse que lui consacrent Jules (dès le rapport d'étape (fichier PDF)!) ou Koz, et me retrouve comme souvent dans la lecture d'Hugues... Et je m'attends à avoir davantage de surprises avec celui de l'UMP (y compris des bonnes, puisqu'évidemment je ne saurais être déçu de ce côté-là!).

Je me contente de relever quelques petits signes:

  • Une unanimité, un réformisme d'assez bon aloi, qui devrait tempérer rapidement les élans dépensiers.
  • Quelques déceptions:
  1. la disparition programmée de la CSG à travers une réforme, forcément confuse tant c'est complexe[1], de l'impôt sur le revenu, alors c'était une vraie mesure de gauche mise en place par Rocard et un bon moyen d'opérer des distinctions de financement judicieuses;
  2. le choix d'une "République parlementaire" plutôt que du système présidentiel (ou même du régime parlementaire traditionnel): sur tout le côté institutionnel j'ai l'impression que la confusion va plutôt s'accroître que se dissiper; la possibilité pour l'Assemblée nationale de renverser le gouvernement existera toujours, comme le droit de dissolution et avec lui le découplage de la présidentielle et des législatives, mais on fait comme si le conflit n'était plus possible (c'est probablement perçu comme positif, alors que c'est aussi se priver d'une certaine souplesse).
  • Le PS n'est pas superstitieux: adoption à la date et quasiment à l'heure anniversaire de la déclaration de politique générale du gouvernement du Front populaire en 1936; désignation de la candidate (ou du candidat) à l'élection présidentielle le 2 décembre, anniversaire du coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte[2]...

Notes

[1] Sauf à se décider à adopter une combinaison forte du type flat tax + allocation universelle, mais les socialistes français n'en prennent vraiment pas le chemin.

[2] Sur lequel Mitterrand est mort sans laisser le livre promis! (Est-ce moi qui ai trop de scrupules ou cette phrase est-elle d'une syntaxe douteuse? Car c'est le livre qui devait être sur le coup d'Etat du 2 décembre, pas Mitterrand...)

"Nouvelle Star": morale gagnante (?)

Le principe de la téléréalité, venue du monde de la télé commerciale, repose sur les principes d'un certain libéralisme de caricature: éthique et scrupules minimaux, pas de censure, toute latitude pour produire le pire, dictature des sondages pour la désignation des vainqueurs en plus de la dictature de l'audimat.

La dernière édition de Nouvelle Star sur M6 (à moins que tout ait été manipulé depuis le début) s'est avérée des plus surprenantes: les deux finalistes qui ont survécu à 9 tours d' élimination successifs sont ceux dont les physiques correspondent le moins, mais vraiment le moins, aux standards en vigueur. Par contre, ils ont des voix et une présence sur scène qui les démarquent nettement. Et c'est celui dont le surnom a priori peu engageant de tortue a été brandi par ses fans qui a gagné.

Il y a probablement d'autres paramètres qui m'échappent. Mais cette finale si morale pour une fois m'a fait très plaisir. Une morale classique en diable: les apparences, le look n'ont pas joué dans le sens habituel. Ils s'inscrivaient non pas dans le registre du plaire et du séduire, mais dans l'expression et le partage d'une émotion vécue - surtout du bonheur. C'était donc une question d'intensité? J'avoue que mon propre vote n'aurait pas été aussi moral. Il y avait plus d'un-e candidat-e qui chantait juste tout en présentant bien. L'intensité, c'est comme le vibrato, c'est une question de goût... Ou bien alors, soyons parano, le public se faisait plaisir en (se) montrant qu'il était capable de privilégier le contenu sur le contenant. Il se trouvera bien des philosophes, des psy et des sociologues pour disséquer tout ça.

Il fallait encore juste, quand même, avaler cette couleuvre grandguignolesque qui est la manière dont on annonce les verdicts et joue avec les nerfs des candidat-e-s. Avec une larme chauvine pour Cindy, qui vient de la ville où je suis né.

jeudi 8 juin 2006

Fermeture d'usine: "To strike or not to strike?"

Dans les deux syndicats qui se partagent le personnel de l'usine de Ryton, en Grande-Bretagne, dont PSA Peugeot Citroën a décidé la fermeture en 2007, une majorité du personnel s'est prononcée CONTRE une grève au scrutin à bulletin secret obligatoire dans un tel cas: voir ce qu'en dit la BBC et cette dépêche, plus détaillée, en français.

L'occasion de relire ce reportage de l'ami Hugues de Commentaires et vaticinations.

mercredi 7 juin 2006

Des réflexions sur l'Etat

Je signale un entretien avec Nicolas Tenzer dans Le Monde de dimanche-lundi, L'inquiétante coupure entre les intellectuels et l'Etat: l'essentiel de ce qu'il dit n'est pas spécifique à la France mais s'applique à l'évolution du rôle de l'Etat dans l'ensemble des démocraties libérales. De Google en Technorati ça m'a aussi donné l'occasion d'une plongée dans le monde frustrant, mais aussi passionnant, de l'illusion technocratique où l'on rêve d'un Etat où l'expertise et les bonnes pratiques auraient raison de tout; par exemple ce blog qui rassemble les idées de pas mal de ces hauts fonctionnaires dévoués au service public dans la lignée d'un François Bloch-Lainé (la série de billets sur le thème "Réforme et gouvernance": 1, 2 et 3).

Du moins en France l'Etat bénéficie-t-il encore d'une certaine révérence. C'est nettement moins le cas au Royaume-Uni où le contrat social à la scandinave du type "des impôts élevés pour des prestations publiques de qualité" n'a pas gagné d'avance. Or, comme le relève Eric Le Boucher, la politique de Blair joue au moins autant sur la mobilisation de ressources accrues sur des politiques prioritaires que sur les seules réformes d'organisation ou de finalité (à ressource constante). Pour la santé, l'objectif a été dès le départ d'élever la part du revenu national qui y est consacrée au niveau continental, et maintenant Gordon Brown vient de dire la même chose pour l'éducation (la différence tient encore dans la volonté que le secteur privé en assure une partie directement plutôt que par l'impôt).

Et c'est bien ce qui a été fait... avec des résultats frustrants: jamais autant d'argent n'a été consacré au NHS, qui se développe à un rythme accéléré et qui n'a plus ces listes d'attente de plusieurs mois, et pourtant les infirmières, dont les salaires ont également augmenté, huent leur ministre; on pourrait croire, à lire la presse, que la situation s'est dramatiquement dégradée. On en revient toujours à l'observation lumineuse de Tocqueville dans L'Ancien régime et la révolution: quand la situation est sans espoir d'amélioration, on s'y résigne; le moment le plus dangereux est celui où les choses commencent à changer, car alors des attentes commencent à naître, sur lesquelles il faut pouvoir anticiper sous peine de créer des frustrations plus douloureuses que la résignation antérieure. Or peu de leaders ont une réflexion, une stratégie qui intègre cette problématique (comme c'est le cas en France, par exemple, d'un Christian Blanc qui a développé sa méthode avec succès de la Nouvelle-Calédonie à Air France en passant par la RATP).

Hier Tony Blair a tenu un séminaire sur ce sujet dans lequel il a lancé cet avertissement:

I know that if having put in this extra money we can't show clearly and demonstrably that the service has got radically better then the consent from the public for investment is in jeopardy.

Ici le problème n'est pas tant du lien entre les intellectuels et l'Etat mais celui du lien entre les politiques et les opérateurs (fonctionnaires, pour simplifier). C'est qu'après 9 ans de gouvernement travailliste la qualité des prestations de l'administration dans nombre de secteurs laisse toujours pour le moins à désirer. Le scandale du moment, c'est l'incurie de la Direction de la nationalité et de l'immigration qui ne traite simplement pas, administrativement, les dossiers dont elle a la charge, comme celui des étrangers condamnés en instance d'expulsion qui disparaissent dans la nature. Mais avant cela il y a eu l'incurie de la gestion du crédit d'impôt mis en place par Gordon Brown (qui a donné lieu à des versements indus aussi massifs que prévisibles que l'on entend maintenant faire rembourser par des bénéficiaires qui précisément n'ont aucune marge dans la gestion de leurs ressources). Ou celle du service d'avance et de recouvrement des pensions alimentaires.

S'il est certain que les ministres portent une responsabilité politique lorsque des services qui dépendent d'eux dysfonctionnent, lorsque des mécanismes qu'ils ont fait voter se révèlent impraticables, il n'en demeure pas moins que c'est avant tout une question de management qui est posée: valeurs, autonomie, professionnalisme (le parlement a obtenu la tête du précédent ministre, Charles Clarke, mais il a aussi passé sur le grill[1] déjà deux hauts fonctionnaires dont les prestations ont été pour le moins pitoyables). Or le point commun des ces trois administrations problématiques, c'est d'exercer des prestations d'autorité, de monopole, dans lesquelles les pires pratiques peuvent se maintenir longtemps car le client n'y est bel et bien qu'un administré... Voir, pour un exemple français, les procédures relatives aux titres de séjour des étrangers, dont parlait récemment Eolas et qu'avait éloquemment illustrées le Bondy Blog.

L'exposé de Blair est passionnant (et lui déclare d'emblée que le problème est global et non britannique) parce qu'il témoigne d'une vraie conscience de la nécessité que l'Etat -- son rôle et ses prestations -- évolue, faute de quoi son irrelevance ira croissante dans une société où, pourtant, ses fonctions de protection, de régulation et d'arbitrage sont rendues plus nécessaires encore par la complexité du monde moderne.

Notes

[1] Lors de ces séances de commission qui, ici, sont publiques, et dont BBC4 diffuse des extraits intelligemment édités dans son émission quotidienne d'une demie-heure Today in Parliament.

mardi 6 juin 2006

Les démocraties entre esprit critique, masochisme et manipulation

Des soldats américains qui assassinent des civils (hommes, femmes et enfants) en Irak en représailles d'une bombe qui les a visé, d'autres qui tentent de les protéger en falsifiant des rapports (cover up)... Un raid dirigé contre la préparation d'une bombe chimique terroriste à Londres qui fait chou blanc, non sans qu'un des deux suspects arrêtés n'ait été blessé par balle... Un rapport qui dénonce des dysfonctionnements dans les opérations de secours aux victimes des attentats du 7 juillet 2005 à Londres... Ces nouvelles ne sont guère de nature à soutenir le moral des troupes, des autorités et de l'opinion en général. Heureusement que le succès de l'opération contre une menace d'attentat bien réelle au Canada[1] vient tout de même rappeler que le terrorisme islamiste ne relève pas de la paranoïa!

C'est l'honneur de la démocratie, c'est aussi ce qui justifie de se battre pour elle, d'avoir intégré à sa substance même la contradiction, la confrontation, le doute et l'esprit critique: "Qui aime bien châtie bien". Et c'est justement la caractéristique des fondamentalismes et autres totalitarismes de ne pas se remettre en cause, de ne pas accepter que la réalité puisse être opposée au dogme.

Dans ce domaine, il y a deux manière de donner des armes à l'adversaire: adopter ses méthodes, renoncer à défendre et promouvoir la démocratie; mais aussi se perdre dans un vertige masochiste tel que l'on en oublie le combat principal, la défense contre la menace totalitaire. Il vient bien avant la sanction des abus réels, bien avant la recherche de la perfection pour prévenir ces abus et éviter de commettre la moindre erreur, faire tout du premier coup de manière parfaite...

Car enfin:

  • Il faut être d'une naïveté angélique pour ne pas savoir que toute opération militaire d'envergure comporte son lot de crimes et de cover up. Ils doivent être dénoncés, investigués et sanctionnés[2]. Mais il faut être de mauvaise foi pour incriminer, à partir de ces abus, l'opération elle-même.
  • Le ratage de l'opération préventive contre la bombe chimique de Londres survient certes après l'affaire du Portuguais innocent abattu par la police. Mais il ne doit pas occulter le risque inverse: que dirait-on lorsqu'un rapport, des mois après l'explosion, viendra expliquer que le commando était sous surveillance mais qu'il a été décidé de ne pas intervenir car on n'était pas absolument certain de l'information?
  • Si l'analyse des opérations de secours du 7 juillet 2005 est évidemment fondamentale pour améliorer le dispositif, elle ne doit faire oublier ni la responsabilité première des terroristes qui ont posé les bombes, ni le dévouement des secouristes, ni le stoïcisme des Londoniens dans l'épreuve.

Pour vivre à cheval sur les deux (ou les trois) cultures, j'ai le sentiment que le masochisme autocritique est plus développé dans le monde anglo-saxon qu'en Suisse ou en France: là les polémiques sont brèves et marginales, elles ne sont pas relancées continuellement par les médias et amplifiées par l'opposition officielle voire des voix à l'intérieur même du parti au pouvoir[3]. Encore une fois, c'est tout à l'honneur des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Mais l'esprit critique doit aussi veiller à ne pas se laisser instrumentaliser par l'adversaire, ni manipuler par le combat politique mené de l'intérieur par des journalistes militants.

Je me retrouve entièrement dans cette lettre de lecteur publiée par The Times[4] hier:

I am sure that you are aware that it is the enemy’s objective not to defeat us on the battlefield but to defeat our national will to prevail. (...) The enemy cannot defeat us on the battlefield. But we can do his work for him and defeat ourselves. The news media has a responsibility for accuracy and responsibility. It should not be taken lightly. How freely do you think journalists could operate in a world dominated by Islamic jihadists?

Notes

[1] Ou en Suisse, d'ailleurs!

[2] Rappelons que c'est la dénonciation d'un militaire américain indigné par le comportement de ses collègues qui a déclenché, bien avant la campagne médiatique, l'enquête sur les événements d'Abou Graib qui qui conduit à la punition des coupables.

[3] Que l'on songe par exemple au rôle de la France au Rwanda, à l'affaire des tortures de terroristes supposés dans les années 80 ou encore à l'attitude de l'armée française au Tchad: on en a parlé, sans plus. A contrario, ce qui marche en France ce sont les scandales individuels, des diamants de Bokassa à Clearstream.

[4] Dont la rédaction n'est au demeurant pas tombée dans les errements de la BBC, The Independent ou The Guardian.

lundi 5 juin 2006

Contemplation

A l'attention de nos lecteurs non-genevois, je signale que Genève, ce n'est pas seulement une ville. Le canton comprend aussi une vraie campagne, ce que les citadins auraient tendance à oublier. Or j'ai eu l'occasion de me le rappeler cet après-midi, à l'occasion d'une promenade improvisée dans le vignoble de Peissy. Comme j'avais oublié mon appareil de photo, je vous propose cette collection classique ET belle d'un photographe de la place. Mieux que des cartes postales donc - mais il y manque le côté un peu inattendu et inquiétant que prend le Jura en fonction de la position et de la quantité des nuages. Ce dont on n'a pas idée en ville. Le Jura y est vu en effet comme un horizon aux lignes douces, délicieusement sucrées par la neige quelques jours, en hiver, et, à peine plus souvent, comme un cadre servant à des couchers de soleil paisibles et sans histoire, avec une modestie toute calviniste. Rien à voir avec cette masse sombre, dont l'austérité des lignes et des proportions sont aussi belles est cette fois intimidante. Pentecôte, cette année, n'aura donc pas tant été vécu que sur le mode de la parole et de la réunification (voir billet précédent), mais aussi sur le mode de la contemplation revigorante quand on n'est pas caressé dans le sens du poil.

Respiration

L'année passée, j'ai évoqué la classique antithèse Pentecôte-Babel, dans ce billet. Hier, j'ai entendu un sermon qui, seulement en passant (hélas), a fait le lien entre l'esprit et la parole. Je n'y avais encore jamais pensé. Dans la Bible juive, l'esprit divin se dit souffle, vent. Avant la création du monde, l'esprit de Dieu plane (ou souffle violemment, la traduction est incertaine) au-dessus des eaux de l'abîme et du chaos. Les êtres vivants sont caractérisés par le souffle reçus du Créateur; dans le récit de la Genèse, Dieu souffle lui-même dans les narines d'Adam pour lui donner la vie.

D'un autre côté, la parole, en tant qu'acte de phonation, relève aussi du souffle. C'est donc assez fort de réaliser qu'à Pentecôte, les disciples reçoivent l'esprit saint (qui arrive comme un vent violent) et que le premier effet sera de... parler... à Dieu et à leurs contemporains. Des paroles de vie, évidemment. A approfondir.

samedi 3 juin 2006

Le "safe sex", c'est pour les autres?

Albert de Monaco a donc un deuxième (je n'ose écrire second) "enfant caché", fruit d'une relation passagère avec une Américaine en vacances sur la Côte d'Azur avec son mari... Encore moins que dans le cas de l'hôtesse de l'air avec laquelle il ne semblait pas avoir souhaité être en des termes autres que "récréatifs", ce résultat ne semble avoir été voulu par lui. Bon, ç'aurait pu être pire, car enfin comment les protagonistes pouvaient-ils être sûrs du statut sérologique de leur partenaire? Mais la préservatif protège aussi des actions en paternité, pas seulement des maladies sexuellement transmissibles. N'est-ce pas Boris Becker?

vendredi 2 juin 2006

Construire écologique: quand l'industrie s'y met

Feuilleté dans un café le supplément immobilier du Times, Brick & Mortar. On trouve évidemment toujours, dans ce genre de publication, des constructions de rêve ou des expérimentations uniques dans la partie rédactionnelle qui sert de faire-valoir aux annonces. Mais là c'est un projet écologique différent qui a retenu mon attention.

D'abord il s'agit de Barrat, la principale entreprise générale immobilière de Grande-Bretagne. Pas une fondation publique ou une coopérative idéaliste, non, une entreprise solidement capitaliste qui travaille pour le profit. Ensuite, leur projet est à la fois modeste et ambitieux. Plutôt que de se lancer dans la quête du Graal de la construction révolutionnaire (qui certes permet de maximiser les effets positifs mais nécessite le plus souvent un "Homme Nouveau" de sinistre référence), ils ont pris dans leur catalogue de villas Sam'suffit les sept modèles les plus typiques. Et il en ont construit une version écologique qui combine double vitrage et isolation renforcée, production d'électricité éolienne et photovoltaïque, panneaux solaires pour l'eau chaude, récupération de l'eau de pluie, pompe à chaleur, équipement électro-ménager au label A de l'étiquettage énergétique européen... Le lotissement va maintenant faire l'objet d'une batterie d'analyses.

Voir le communiqué à l'origine de l'article, et le site de l'EcoSmart show village. The Times reste dubitatif sur la base d'une vision purement financière de la question: par exemple, un investissement écologique de 15'600 GBP (10% de surcoût sur le prix de la maison) ne génère qu'une économie annuelle de 271 GBP, soit un remboursement en 57 ans... C'est affaire d'hypothèses évidemment, on peut être plus optimiste (c'est-à-dire plus pessimiste!).

jeudi 1 juin 2006

Un philosophe iranien en prison

Je répercute ici un appel lancé sur Sozorogami à la suite de la revue Esprit: signez la pétition en ligne lancée par 40 personnalités en faveur de Ramin Jahanbegloo, un philosophe iranien arrêté le 28 avril à Téhéran. Au nombre de ses publications, je découvre Conversations with Isaiah Berlin, le grand philosophe britannique de la liberté.

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