mars 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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vendredi 31 mars 2006

CPE: "droit de connaître les raisons" de la rupture du contrat

Ainsi donc Chirac promulgue la loi tout en acceptant de la modifier sur deux points... Il n'est pas sûr que cela suffise tant la protestation a pris un tour n'ayant plus grand chose à voir avec le détail des dispositions sur le "contrat de première embauche".

Je signale quand même la formulation du droit suisse, qui pourrait éviter à Villepin de devoir manger la totalité de son chapeau:

La partie qui donne le congé doit motiver sa décision par écrit si l'autre partie le demande.

C'est l'article 335, alinéa 2, du Code des obligations, dans le chapitre "Du contrat individuel de travail". A noter qu'en Suisse c'est le régime normal: celui du contrat de durée indéterminée[1]. Et le congé est valable dès qu'il respecte le délai contractuel (par défaut: sept jours entre un et trois mois, ensuite 1 mois la première année, 2 mois de la deuxième à la neuvième année, 3 mois dès la dixième année), sauf s'il s'agit d'un des cas de résiliation abusive énumérés à l'article 336, qui entraîne seulement l'obligation de verser une indemnité[2]; le congé n'est nul (et l'employeur ou le travailleur qui l'a donné obligé de continuer l'exécution du contrat) qu'en temps inopportun décrit aux articles 336c et 336d.

Notes

[1] Cette formule est utilisée même pour le congé immédiat qui n'est valable que pour de justes motifs (art. 337).

[2] Limitée à 6 mois de salaire au plus, auquel peuvent le cas échéant s'ajouter des dommages-intérêts (art. 336a).

jeudi 30 mars 2006

Blair en campagne (II)

Après Londres, Tony Blair a prononcé devant le parlement australien le deuxième volet du tryptique annoncé pour présenter / défendre / promouvoir sa vision globale de la politique internationale, qui lie entièrement sécurité, démocratie, développement et protection de l'environnement. A lire!

COMPLEMENT DE 1h54: Et s'il visait la succession de Kofi Annan comme secrétaire général de l'ONU? Ce n'est pas vraiment que je le lui souhaite (dans le genre charrue à chien[1], ce n'est guère mieux que premier ministre britannique, et sans guère les satisfactions que la fonction procure quand même), mais il laisserait indéniablement la place à Gordon Brown la tête haute...

Notes

[1] "Charrue à chien(s?)" semble relever strictement de l'argot politique romand pour désigner une mission impossible, une recherche Google est bredouille.

mercredi 29 mars 2006

Le marché au secours de la coopération au développement

A Genève, où je ne ne suis guère devant mon ordi... A signaler quand même ce billet chez Econoclaste qui excite ma synthèse personnelle d'Ivan Illich et de Jean-Jacques Servan-Schreiber (voir aussi ici).

lundi 27 mars 2006

Une lecture décapante de la société française

Entre accomodement, rupture-trahison et rupture-élan, mais jamais par réforme consciente fondée sur un diagnostic partagé: c'est ainsi que Jacques Marseille, professeur d'histoire économique, décrit le mode d'évolution de la société française quels que soient les régimes qui se sont succédés. C'est dans un entretien publié dans Le Monde de dimanche-lundi, avec quelques autres propos provocants:

  • La France n'a pas réellement fait le choix de son régime politique: avons-nous un régime parlementaire ou présidentiel? Les démocraties qui fonctionnent ont soit l'un soit l'autre.
  • Le syndicalisme en France est faible et divisé, alors qu'il est uni et représente les deux tiers de la population active dans les autres démocraties. Les corps intermédiaires n'existent pas: la Révolution française les a tous brisés pour établir une relation directe entre l'Etat et le citoyen. Il est donc assez logique que ce soit la rue qui ait pris la place du Parlement en France, d'autant plus que la moitié des Français ne participent pas à la vie politique: 20 % à 30 % ne votent pas, 15 % votent pour l'extrême droite et 10 % pour l'extrême gauche. C'est ce que j'appelle des Français "inutiles", qui ne participent pas à la vie politique du pays, sauf sous la forme de la contestation. La France est ainsi devenue le modèle de l'absence de réelle démocratie, en tout cas d'une réelle incapacité à la discussion, à la réforme ou au compromis.
  • La France n'a pas fait son deuil de la monarchie, alors qu'elle se croit révolutionnaire. Elle se pense l'héritière de la Révolution et affirme au monde qu'elle est le modèle à suivre en matière de démocratie, alors qu'elle ne l'est pas réellement.

Et il faudrait probablement que je lise son livre, Du bon usage de la guerre civile en France, pour savoir où il situe Pierre Mendès France dans tout cela: rupture-élan, ou exception qui confirme la règle?

COMPLEMENT DE 23H: Je vois que Hugues m'avait précédé sur ce coup... Ca peut vous donner quelques indications supplémentaires, puisqu'il semble que cet article n'est plus disponible gratuitement en ligne (malgré l'utilisation de la version destinée à l'impression qui permettait jusqu'à présent aux blogueurs de contourner cet obstacle). Je n'ai pas envie de violer le droit d'auteur du Monde en mettant en ligne une copie PDF de l'article, mais si on me la demande je pourrais exercer mon droit à communiquer une copie privée.

dimanche 26 mars 2006

France-Angleterre, couple infernal

Le week-end, nous lisons le Financial Times du samedi: en vérité sa lecture déborde souvent sur les jours suivants. Mais j'ai déjà repéré, dans le FTmagazine, cette note de lecture d'une recherche historique: THAT SWEET ENEMY: The French and the British from the Sun King to the Present, par Robert and Isabelle Tombs (lui est Britannique, elle est Française, mais telle Seillière elle trahit: elle donne des cours aux diplomates de sa Gracieuse Majesté).

Et mon compagnon a d'ores et déjà découpé, à la page gastronomique du cahier Weekend, la recette du Paris-Brest par son chef préféré, Rowley Leigh!

samedi 25 mars 2006

Amos Oz: "Il n'y a qu'une solution: la partition"

L'hebdomadaire L'Express publie une interview de l'écrivain Amos Oz sur le conflit israélo-palestinien, la responsabilité de l'Europe, les intellectuels français, qu'est-ce qu'être juif... Réaliste et chaleureux.

COMPLEMENT DU 26.3 à 12h30: Cette interview, réalisée par Dominique Simonnet, fait suite à celles de Ilan Greilsammer (16.3) et de Haïm Gouri (9.3).

vendredi 24 mars 2006

Grand-père `Aziz

Pour se jouer des islamofolies, pour sortir de l'axe pour ou contre et y échapper par le haut, suivons un grand-père et sa petit-fille, suivons les derviches (tourneurs) du film Bab `Aziz qui est un petit bijou. Pour les images du désert bien sûr, mais aussi pour l'ensemble des acteurs. Certains sont beaux comme tels, mais tous sont rendus beaux par leur quête de l'amour qui les humanise à l'extrême, à cause duquel ils se sont faits pauvres. Ça me fait penser à ce jeune riche qui n'aurait pas dû avoir de difficulté à tout laisser pour suivre Jésus, dès le moment où il prenait conscience de tout ce qu'il avait déjà gagné avec l'amour qu'un tel maître lui portait. A noter que les traducteurs des sous-titres en allemand ont reculé devant la métaphore qui fait de Dieu un Bien-Aimé et ses adorateurs des Amants, le tout étant énoncé au masculin! Ce qui n'empêche pas que dans d'autres scènes, la représentation du Paradis passe par le charme de femmes réelles et sublimes à la fois. Ce qui n'empêche pas non plus qu'on nous montre aussi des femmes (et la petite fille) amantes de Dieu, et qui dansent et qui tournent à cause de Lui...

La grande question que la théologie protestante adresse à la mystique, c'est: pensez-vous accéder à Dieu, lui forcer la main, en vous mettant en transes (ou, dans d'autres cultures, en prenant de la drogue)? Des mystiques répondraient peut-être que c'est parce qu'ils ont goûté une fois la brûlure de l'amour divin, sans avoir rien fait, et qu'ils souhaitent passionément le retrouver, prêts à tout faire pour cela... D'où ces poèmes (de Roumi notamment) sur l'exaltation de l'attente, sur la douleur d'être abandonné de Dieu, qui fait parfois penser à une relation pathologique, qui peut tourner au sado-maso. Pourtant, ce film, qui visualise très bien tout cela, m'a montré comment cette démarche est simplement possible, plausible, crédible, digne, respectable... J'ai juste regretté de ne pouvoir goûter à la poésie de la langue originale.

jeudi 23 mars 2006

DADVSI et iPod: et si la Suisse avait contraint la télé française à émettre en PAL?

J'avoue suivre d'assez loin le débat français sur le droit d'auteur, n'étant pas concerné (et résistant pour l'heure à la séduction que je trouve ambiguë du baladeur): une "exception française" à la fois, le CPE suffit à mon bonheur pour le moment!

Je viens donc seulement de comprendre, grâce au Monde, qu'il s'agit notamment de "décréter" (on verra bien si ça marche) la lecture de tout fichier audio téléchargé sur Internet par tout lecteur, dans l'idée que le consommateur ne doit pas être limité à l'iPod de Apple ou à un lecteur compatible Microsoft ou à un lecteur Sony. Et là je me dis: en voilà une idée qu'elle est bonne! Quel dommage que le législateur suisse ne l'ait pas eue quand la France a décidé d'émettre sa télé couleur en Secam plutôt qu'en PAL... Çà aurait évité le surcoût des appareils bimodes fabriqués pour l'Helvétie.

Soucieuse de protéger les consommateurs contre ces grands méchants capitalistes (étrangers de surcroît) qui créent de faux besoins puis engendrent des trépignements frustrés qu'il est apparemment d'intérêt public de prévenir, la France n'aurait-elle pas dû aussi interdire en son temps les mini-cassettes, puis les CD, qui au fond n'avaient d'autre but que de parcelliser un standard universel pour obliger les propriétaires de tourne-disques à acheter d'autres appareils?...

mercredi 22 mars 2006

Des juges d'instruction au Royaume-Uni?

Voilà qui va en tout cas amuser certains communards: le ministre de l'intérieur britannique, Charles Clarke, souhaite faire évoluer vers un système inquisitoire "à la française" la juridiction relative aux actes de terrorisme, face aux contraintes de la procédure accusatoire à l'anglo-saxonne qui amène trop souvent à renoncer à poursuivre et condamner comme on le ferait sur le continent... Lire dans The Daily Telegraph le compte-rendu détaillé de son audition publique devant une commission parlementaire -- ou même voir la vidéo (1h22)!

COMPLEMENT DU 23.03 à 10h20: Un avocat britannique au bénéfice de plus de 40 ans d'expérience, Louis Bloom-Cooper, détaille comment une telle évolution du système accusatoire pourrait être pratiquement envisagée.

Blair en campagne pour l'internationalisme démocratique

Tony Blair a prononcé hier le premier de trois importants discours consacrés à sa politique étrangère, qui loin d'être à la remorque de Bush a déjà été énoncée en 1999 à Chicago -- c'était encore sous la présidence de Bill Clinton. Je cède à la facilité des morceaux choisis en v.o. plutôt que du condensé en français, mais je ne saurais trop recommander la lecture ou le visionnement de l'original en entier!

The basic thesis is that the defining characteristic of today's world is its interdependence; that whereas the economics of globalisation are well matured, the politics of globalisation are not; and that unless we articulate a common global policy based on common values, we risk chaos threatening our stability, economic and political, through letting extremism, conflict or injustice go unchecked.
(...)
The debate on world trade has thrown all sides into an orgy of political cross-dressing. Protectionist sentiment is rife on the left; on the right, there are calls for "economic patriotism"; meanwhile some voices left and right, are making the case for free trade not just on grounds of commerce but of justice.
The true division in foreign policy today is between: those who want the shop "open", or those who want it "closed"; those who believe that the long-term interests of a country lie in it being out there, engaged, interactive and those who think the short-term pain of such a policy and its decisions, too great. This division has strong echoes in debates not just over foreign policy and trade but also over immigration.
Progressives may implement policy differently from conservatives, but the fault lines are the same.
Where progressive and conservative policy can differ is that progressives are stronger on the challenges of poverty, climate change and trade justice. I have no doubt at all it is impossible to gain support for our values, unless the demand for justice is as strong as the demand for freedom; and the willingness to work in partnership with others is an avowed preference to going it alone, even if that may sometimes be necessary.
I believe we will not ever get real support for the tough action that may well be essential to safeguard our way of life; unless we also attack global poverty and environmental degradation or injustice with equal vigour.
Neither in defending this interventionist policy do I pretend that mistakes have not been made or that major problems do not confront us and there are many areas in which we have not intervened as effectively as I would wish, even if only by political pressure. Sudan, for example; the appalling deterioration in the conditions of the people of Zimbabwe; human rights in Burma; the virtual enslavement of the people of North Korea.
(...)
It is in confronting global terrorism today that the sharpest debate and disagreement is found. Nowhere is the supposed "folly" of the interventionist case so loudly trumpeted as in this case. Here, so it is said, as the third anniversary of the Iraq conflict takes place, is the wreckage of such a world view. Under Saddam Iraq was "stable". Now its stability is in the balance. Ergo, it should never have been done.
(...)
The effect of this paradigm is to see each setback in Iraq or Afghanistan, each revolting terrorist barbarity, each reverse for the forces of democracy or advance for the forces of tyranny as merely an illustration of the foolishness of our ever being there; as a reason why Saddam should have been left in place or the Taliban free to continue their alliance with Al Qaida. Those who still justify the interventions are treated with scorn.
Then, when terrorists strike in the nations like Britain or Spain, who supported such action, there is a groundswell of opinion formers keen to say, in effect, that it's hardly surprising - after all, if we do this to "their" countries, is it any wonder they do it to "ours"?
So the statement that Iraq or Afghanistan or Palestine or indeed Chechnya, Kashmir or half a dozen other troublespots is seen by extremists as fertile ground for their recruiting - a statement of the obvious - is elided with the notion that we have "caused" such recruitment or made terrorism worse, a notion that, on any sane analysis, has the most profound implications for democracy.
(...)
There is an interesting debate going on inside government today about how to counter extremism in British communities. Ministers have been advised never to use the term "Islamist extremist". It will give offence. It is true. It will. There are those - perfectly decent-minded people - who say the extremists who commit these acts of terrorism are not true Muslims. And, of course, they are right. They are no more proper Muslims than the Protestant bigot who murders a Catholic in Northern Ireland is a proper Christian. But, unfortunately, he is still a "Protestant" bigot. To say his religion is irrelevant is both completely to misunderstand his motive and to refuse to face up to the strain of extremism within his religion that has given rise to it.
(...)
This terrorism will not be defeated until its ideas, the poison that warps the minds of its adherents, are confronted, head-on, in their essence, at their core. By this I don't mean telling them terrorism is wrong. I mean telling them their attitude to America is absurd; their concept of governance pre-feudal; their positions on women and other faiths, reactionary and regressive; and then since only by Muslims can this be done: standing up for and supporting those within Islam who will tell them all of this but more, namely that the extremist view of Islam is not just theologically backward but completely contrary to the spirit and teaching of the Koran.
But in order to do this, we must reject the thought that somehow we are the authors of our own distress; that if only we altered this decision or that, the extremism would fade away. The only way to win is: to recognise this phenomenon is a global ideology; to see all areas, in which it operates, as linked; and to defeat it by values and ideas set in opposition to those of the terrorists.
(...)
"We" is not the West. "We" are as much Muslim as Christian or Jew or Hindu. "We" are those who believe in religious tolerance, openness to others, to democracy, liberty and human rights administered by secular courts.
This is not a clash between civilisations. It is a clash about civilisation. It is the age-old battle between progress and reaction, between those who embrace and see opportunity in the modern world and those who reject its existence; between optimism and hope on the one hand; and pessimism and fear on the other. And in the era of globalisation where nations depend on each other and where our security is held in common or not at all, the outcome of this clash between extremism and progress is utterly determinative of our future here in Britain. We can no more opt out of this struggle than we can opt out of the climate changing around us. Inaction, pushing the responsibility on to America, deluding ourselves that this terrorism is an isolated series of individual incidents rather than a global movement and would go away if only we were more sensitive to its pretensions; this too is a policy. It is just that; it is a policy that is profoundly, fundamentally wrong.
(...)
So here, in its most pure form, is a struggle between democracy and violence. People look back on the three years since the Iraq conflict; they point to the precarious nature of Iraq today and to those who have died - mainly in terrorist acts - and they say: how can it have been worth it?
But there is a different question to ask: why is it so important to the forces of reaction and violence to halt Iraq in its democratic tracks and tip it into sectarian war? Why do foreign terrorists from Al Qaida and its associates go across the border to kill and maim? Why does Syria not take stronger action to prevent them? Why does Iran meddle so furiously in the stability of Iraq?
Examine the propaganda poured into the minds of Arabs and Muslims. Every abuse at Abu Ghraib is exposed in detail; of course it is unacceptable but it is as if the only absence of due process in that part of the world is in prisons run by the Americans. Every conspiracy theory - from seizing Iraqi oil to imperial domination - is largely dusted down and repeated.
Why? The answer is that the reactionary elements know the importance of victory or defeat in Iraq.
(...)
Across the Arab and Muslim world such a struggle for democracy and liberty continues. One reason I am so passionate about Turkey's membership of the EU is precisely because it enhances the possibility of a good outcome to such a struggle. It should be our task to empower and support those in favour of uniting Islam and democracy, everywhere.
To do this, we must fight the ideas of the extremists, not just their actions; and stand up for and not walk away from those engaged in a life or death battle for freedom. The fact of their courage in doing so should give us courage; their determination should lend us strength; their embrace of democratic values, which do not belong to any race, religion or nation, but are universal, should reinforce our own confidence in those values.

Rencontre des différences

Le Monde relaie une "Semaine de lutte contre les discriminations et pour la rencontre des différences", du 19 au 26 mars, à l'enseigne du Pari(s) du vivre ensemble. Ca reste toutefois non seulement parisien mais un peu intello comme approche. The Guardian d'aujourd'hui se fait l'écho d'une initiative néerlandaise du même genre: au programme, du foot entre une équipe musulmane et une équipe gaie, ou entre une équipe féminine et une équipe de Sud-Américains...

mardi 21 mars 2006

"Le chômage n'existe pas"

Via Econoclaste, un texte décapant de Jean Dubois qui remet les idées en place sur l'emploi et le chômage, la flexibilité et la protection sociale... Du même auteur, une analyse de la crise autour du Contrat première embauche (CPE). C'est sur le blog Tanstaafl! (non, ce n'est pas de l'afrikaan), que j'ai (re)découvert et perdu de vue à de nombreuses reprises... Cette fois je l'ajoute au blogroll.

lundi 20 mars 2006

Villepin = Cresson, Alliot-Marie = Bérégovoy?

De retour de trois jours sans ordinateur. Il y avait quand même Sky News à la télévision: je craignais un peu que ces images d'émeute en boucle pour illustrer les manifestations contre le CPE ne fassent le jeu de Villepin, mais apparemment ce n'est pas le cas.

Assiste-t-on à l'émergence d'une figure dans la chorégraphie institutionnelle française? "Au cours de son deuxième mandat, le président garde en réserve sa meilleure carte et cède à la tentation du 'coup personnel' après avoir usé son premier premier ministre; le deuxième premier ministre, choisi par pur caprice, échoue et le troisième a trop peu de temps pour rétablir la situation...".

Après Michel Rocard, François Mitterrand nomme Edith Cresson en 1991 alors que Pierre Bérégovoy, qui s'est littéralement éclaté au ministère de l'économie et des finances, est prêt. Il n'est nommé que dix mois plus tard mais l'alternance intervient l'année suivante. Après Jean-Pierre Raffarin, Jacques Chirac nomme Dominique de Villepin en 2005 plutôt que Michèle Alliot-Marie comme il l'avait d'abord prévu. Va-t-elle aussi finir par s'y coller, elle aussi trop tard pour les élections de l'année prochaine?

samedi 18 mars 2006

Irak, trois ans après: pas de paix sans liberté, le combat continue

Le parlement irakien démocratiquement élu va tenir sa séance inaugurale, une offensive de l'armée irakienne et des forces de la coalition contre les rebelles et terroristes est en cours, les Etats-Unis publient une version actualisée de leur conception stratégique, Tony Blair proclame que "si c'était à refaire, il le referait", les milieux anti-américains, tiers-mondistes et pacifistes s'apprêtent à tenir leurs manifestations rituelles: pas de doute, chacun met en place sa stratégie de communication pour l'anniversaire de l'intervention en Irak d'une coalition internationale qui a renversé le régime de Saddam Hussein, le 20 mars 2003.

En Suisse romande, c'est Genève qui accueille la manifestation ce samedi à 13h30 sous le mot d'ordre "dehors tout de suite" (Out Now). L'appel lancé à cette occasion, signé non seulement par les groupuscules habituels mais aussi par le PS, les Verts et plusieurs syndicats, a donné lieu en prélude à une polémique (fichier PDF) qui, pour être marginale, n'en est pas moins significative. Au nombre des situations scandaleuses allégrement amalgamées à l'intervention en Irak figure en effet celle-ci:

De plus, l’Etat d’Israël va construire à Jérusalem un tramway qui reliera les colonies au centre-ville en traversant des quartiers arabes, mais qui sera réservé uniquement aux citoyens Juifs.

L'ambassadeur d'Israël n'a pas perdu de temps pour faire savoir, en particulier au parti de la ministre des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, le caractère grotesque de cette accusation. Après mise au point (tract en format PDF), il est devenu:

De plus, l’Etat d’Israël va construire à Jérusalem un tramway qui reliera les colonies au centre-ville renforçant ainsi les liens existant entre Jérusalem-Ouest et les colonies établies dans et autour de Jérusalem-Est. Ce projet s'inscrit pleinement dans la politique visant à établir un "Grand Jérusalem" et prolonge sur le terrain les mesures illégales d'annexion et de colonisation, adoptées préalablement.

Une explication donnée au quotidien 24 Heures par les initiateurs de l'appel:

Comment expliquer ce dérapage? "Nous avons repris le texte de Out Now, l'association anti-guerre américaine, explique le Groupe pour une Suisse sans armée qui persiste et signe. (...)"

C'est donc vraiment toujours la faute des Américains (mais je n'ai rien trouvé de tel sur le site de Out Now)... En l'occurrence, un télescopage malencontreux de Rosa Parks manifestant contre la discrimination dans un bus et d'image d'apartheid sud-africain transposée en Israël? Mais il suffit de lire la phrase suivante pour comprendre que cette affaire à au contraire une résonance hyper-locale:

Partenaire dans la construction de ce tramway, l’entreprise française Connex se rend complice d’opérations contraires au droit international. Connex est sous-traitante de lignes de bus pour les Transports Publics Genevois, dans la ville des Conventions de Genève, dont la Suisse est dépositaire!

Penser globalement - Agir localement, l'ennemi est partout et tout se tient, Bagdad - Palestine - Genève, même combat... Cela fait des semaines qu'un Collectif Urgence Palestine transfrontalier a fait le lien avec un cheval de bataille du syndicat des Transports Publics Genevois contre la sous-traitance de lignes marginales ou temporaires (au demeurant limitée par la loi à un maximum de 10% de l'offre).

Pour une maladresse dénoncée et qui aura brièvement mis mal à l'aise les organisateurs, il y a toutes les autres. Par exemple cette accusation extravagante qu'il ne s'est apparemment trouvé personne pour relever:

les troupes brésiliennes occupent Haïti au nom de l’Oncle Sam

Ce qui est aussi qualifié ailleurs de "présence de troupes étrangères en Haïti" mise sur le même pied que "l'occupation de l'Irak", "les menaces contre l'Iran", "la répression en Palestine" et "les bases US en Amérique latine" est en réalité un mandat fondé sur la résolution 1542 du Conseil de sécurité de l'ONU, sur proposition commune de la France et des Etats-Unis, à l'oeuvre depuis l'été 2004, dans des conditions extrêmement difficiles. Voilà qui illustre bien l'hypocrisie fondamentale du "mouvement anti-guerre" qui se prétend inspiré par les grands principes du droit international mais n'en a en réalité cure[1]. Il se garde bien, ainsi, de faire référence aux résolutions 1511 et 1546 du Conseil de sécurité qui constitue le cadre juridique de la situation actuelle en Irak, qui n'a donc rien à voir avec une "occupation étrangère" contre laquelle le "droit à la résistance" serait reconnu par "l'ONU".

Pour ma part, je reste totalement convaincu du bien-fondé de l'intervention en Irak. Je l''inscris très logiquement, après l'Afghanistan, avant la conjuration de la menace nucléaire iranienne, à côté des efforts dans le monde entier pour pourchasser les terroristes et promouvoir la démocratie et l'économie de marché afin de couper l'oxygène de l'absence d'espoir dont se nourrit l'islamofascisme, dans le cadre de la riposte tous azimuts à l'agression contre les démocraties dont le 11 septembre 2001 a été le révélateur. C'est une guerre, oui, et une guerre de longue haleine qui durera encore des années voire des dizaines d'années et qui emprunte des formes complètement nouvelles, peut-être bien une "quatrième guerre mondiale" (qui se déroule également en France, aux Pays-Bas, au Danemark ou en Grande-Bretagne), aussi différente de la guerre froide, qui serait dans cette comptabilité la "troisième", que celle-ci le fut de la "deuxième". Une caractéristique commune avec la guerre froide, me semble-t-il, c'est que l'objectif lui-même, le résultat qui marquera la fin de cette guerre par la victoire contre l'islamofascisme, n'est pas aisé à définir.

Bien sûr il y a toutes sortes de choses dont j'aurais souhaité qu'elles se passent différemment:

  • Avant l'intervention, avec un mandat du Conseil de sécurité large (regime change) et non cette étroite focalisation sur la menace des armes de destruction massive, dont tout le monde était toutefois convaincu de la réalité, puis avec une présence active de la France au sein de la coalition: je reste persuadé que s'il y avait une faible chance d'éviter l'intervention militaire au profit d'un coup d'Etat interne suivi de l'envoi pacifique de forces de l'ONU pour accompagner la transition, c'était en ne donnant pas l'image d'un front des démocraties irrésolu et divisé.
  • Si l'intervention elle-même a été un magnifique succès, manifestement sa suite s'est révélée beaucoup moins assurée. Et Guantanamo n'est certainement pas satisfaisant.

On peut avoir bien des positions sur la situation irakienne, mais la revendication d'une évacuation immédiate de toutes les troupes de la coalition est bien la plus monstrueuse possible. Comme l'écrivait une amie, Mireille Vallette, à la responsable du PS genevois qui, dès le 22 décembre, appelait à la mobilisation pour cette manifestation:

C'est vrai à la fin, que les occupants s'en aillent, c'est tellement plus joli une guerre civile! Les protagonistes, par exemple les terroristes islamistes, sauront la conduire avec des moyens tellement plus propres que les Yankees.

Et félicitation aux auteurs de ce texte qui réussissent à ne jamais faire la moindre allusion à ces terroristes les appelant les "combattants irakiens de la résistance", vous savez ceux qui réduisent en charpie des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants irakiens, qui égorgent des otages, massacrent, tuent, cherchent à créer le chaos (et réussissent) afin que rien ne fonctionne. Et quelle horreur ce que les US font à leurs femmes soeurs et épouses alors que leurs maris, frères et époux, conformément à l'idéologie de leur maître révéré Ben Laden, demandent seulement à les réduire en esclavage, ombres noires sans existence propre sur lesquelles ils ont droit de vie et de mort.

A côté de ça, quelle incongruité que les deux tiers des Irakiens et Irakiennes optent pour "la démocratie" (surtout ne jamais oublier les guillemets!). C'est tellement plus beau une théocratie sans guillemets... surtout pour nous, femmes. Mais les occupants ont probablement totalement annihilé l'intelligence des occupés par des sortes de gaz abêtissants que l'on va découvrir un de ces jours. Ces Américains n'en sont plus à une horreur près!

Bref, je ne suis pas vraiment fière de voir que la PS relaie cette prose écoeurante. Et que le relais soit une femme me dépasse!

Notes

[1] Si le Congo manque à la liste de ces pays à "libérer de l'occupation étrangère", c'est sans doute par défaut d'angle anti-américain pour le revendiquer.

vendredi 17 mars 2006

Pour le Conseil constitutionnel français, l'homme est une femme comme les autres

D'autres reviendront certainement de manière plus savante (en particulier parmi les communards) sur la décision annoncée aujourd'hui par la juridiction constitutionnelle française annulant une brochette d'articles d'une loi relative à l'égalité salariale entre les femmes et les hommes (un intitulé pour commencer trompeusement restrictif, mais ce n'est quand même pas le motif retenu). Vu de l'extérieur, on peut en tout cas saluer la célérité de la procédure (loi du 23 février, décision du 16 mars), ainsi que l'exhaustivité de la documentation mise en ligne.

Sur la forme et le fond, c'est toutefois beaucoup plus frustrant: c'est déclamatoire et lapidaire, tenant plus de l'oracle ou la récitation d'un catéchisme que de la discussion fouillée telle qu'on la lit dans des arrêts constitutionnels américains, allemands ou suisses[1]. On peut par ailleurs ironiser sur l'autogoal classique du recours qui visait deux dispositions dont j'ai le sentiment qu'elles étaient relativement mineures; elles sont effectivement annulées, mais à quel prix: la censure d'une série d'autres dispositions que les 60 députés de gauche auteurs du recours ne contestaient pas, soit pour la raison de procédure qui n'était invoquée que contre les deux articles en cause mais s'appliquait également, soit, surtout, parce que le Conseil constitutionnel, s'il est saisi, vérifie d'office la constitutionnalité de l'ensemble du texte.

Comme c'était prévisible vu le dogmatisme ambiant en France sur ces questions (j'imagine qu'Elisabeth Badinter par exemple est ravie), il s'est donc jeté sur les dispositions imposant un modeste quota incitatif de 20%, pour les biffer d'un trait rageur en se référant à la lettre des articles 1 et 6 de la "Déclaration des droits de l'homme de 1789" (sans jour ni mois):

15. Considérant que, si la recherche d'un accès équilibré des femmes et des hommes aux responsabilités autres que les fonctions politiques électives n'est pas contraire aux exigences constitutionnelles rappelées ci-dessus, elle ne saurait, sans les méconnaître, faire prévaloir la considération du sexe sur celle des capacités et de l'utilité commune; que, dès lors, la Constitution ne permet pas que la composition des organes dirigeants ou consultatifs des personnes morales de droit public ou privé soit régie par des règles contraignantes fondées sur le sexe des personnes;

Vous pouvez vérifier vous-même, c'est vraiment tout ce qu'il y a sur ce volet: 12 à 14, c'est la citation de dispositions invoquées, 16 c'est la conséquence qui en découle. Selon le point de vue, on sera soulagé que la juridiction constitutionnelle ait protégé la France du péril terrifiant que, aussi incroyable que cela paraisse, non seulement une majorité du parlement a appelé de ses voeux en toute insouciance, mais il ne s'est même pas trouvé 60 parlementaires pour le dénoncer; ou, comme moi, on sera indigné que la juridiction constitutionnelle[2] dénie à la représentation nationale toute capacité d'interprétation et d'actualisation dans la mise en oeuvre des principes immortels de 1789 (seule consolation: une révision de la Constitution, elle, le permet, comme le Conseil constitutionnel le concède à propos du récent amendement constitutionnel sur la parité, qui n'est malheureusement qu'un filet d'eau tiède). La Norvège, qui a elle fixé à 40% la part minimale d'hommes ou de femmes dans les conseils d'administration des entreprises (et sous la menace d'une sanction efficace: la dissolution de la société) aurait donc régressé de ce fait à l'indice des droits humains? Allons donc.

Cela me confirme dans mon point de vue: ce qu'il faut exiger c'est la parité, rien que la parité mais toute la parité, en la fondant sur la dignité de la personne[3] qui est, indifféremment peut-être mais alternativement certainement, homme ou femme (je précise pour les petits malins qui invoqueront les transgenres et autres hermaphrodites: l'état civil peut être rectifié, mais il ne connaît pas le genre indéterminé et fait foi) par la désignation distincte et en nombre identique des personnes de chaque sexe qui composent un organe délibératif.

Notes

[1] Je ne crois pas avoir osé dire tout le mal que j'en pensais au doyen Vedel à qui j'ai eu le privilège de servir d'assistant pour un cours de juridiction constitutionnelle comparée qu'il était venu donner durant un semestre à la Faculté de droit de Genève...

[2] 7 hommes dont Valéry Giscard d'Estaing et Pierre Joxe et 3 femmes dont Simone Veil, je serais curieux de savoir si la formulation de la décision inverse a également été soumise à leur sagacité, et si l'on connaîtra les votes individuels.

[3] Non, je ne compte pas sur une juridiction constitutionnelle pour imposer cette lecture du principe, mais sur l'action politique pour la faire prévaloir auprès de l'autorité démocratiquement élue.

Mark Steyn: banni de Grande-Bretage, mais bientôt de retour

Les Américains avaient depuis longtemps inventé ces chroniqueurs dont les articles sont reproduits simultanément dans de nombreux journaux (et même traduits: je dois certainement une partie de mon éducation politico-médiatique à l'article hebdomadaire d'Art Buchwald que reprenait la Tribune de Genève dans les années 60). C'était un début de globalisation, avec toutes ses tares: la vision américaine du monde s'imposait partout.

Le Canadien Mark Steyn (que j'ai pour ma part découvert dans les années 90 dans l'hebdomadaire britannique The Spectator) est le premier à faire, lui, du glocal: s'il est publié pratiquement dans chaque fuseau horaire, c'est chaque fois avec un article original, néo-zélandais dans Investigate, britannique dans The Spectator et The Sunday Telegraph, irlandais dans The Irish Times, américain dans The Washington Times, The New York Sun et The Chicago Sun-Times, canadien dans le Western Standard... et même cinéphile dans The Jerusalem Post, littéraire dans The Criterion, essayiste dans The National Review et The Atlantic. Au demeurant on retrouve partout le style vigoureux de droite qui est sa marque de fabrique, mêlé à un humour ravageur et à une vraie chaleur humaine. Ce n'est pas un alcopop, définitivement un alcool fort que l'on peut facilement détester mais dont on a de la peine à se passer de le consommer avec modération, une fois qu'on a appris à l'apprécier.

Non, ceci n'est pas une nécrologie! Simplement Steyn ne peut désormais plus être lu en Grande-Bretagne: The Spectator et The Sunday Telegraph ont tous deux décidé de cesser de le publier, comme The Guardian a été le premier à l'annoncer avec ce commentaire de Lionel Shriver:

Fair enough, few Guardian readers would share his hard-right views. I don't always agree with him either, but I love Mark Steyn. Even though I write them, I cannot bear most columns, which when light-hearted usually err on the trivial, and when serious usually err on the po-faced. But however you may deplore his opinions, Steyn is funny. How often do you read comment pages and laugh aloud? He writes about big issues with tremendous energy, and he has a sensibility now more pertinent to British politics than ever: a refined sense of the absurd.

Instapundit renvoie également à une interview de Mark Steyn par Mark Hewitt [1] dans laquelle il annonce sa probable réapparition ailleurs (à défaut, on peut toujours le suivre sur son site, je viens du coup de rajouter son fil à mon agrégateur): on dispose non seulement de la transcription mais également du podcast, ce qui permet de découvrir également sa voix... bien moins bourrue qu'on aurait pu le croire!

Notes

[1] Mark Hewitt ne devrait pas s'en prendre au rédacteur en chef du Sunday Telegraph "and call him a man of not great precision or truth when he's communicating with his e-mailers": "celui" qui a viré Steyn est une femme, Sarah Sands; elle vient d'ailleurs d'être remplacée, après 9 mois seulement, par Patience Wheatcroft, plus portée qu'elle sur la politique, mais cela ne signifie pas forcément qu'il y a un rapport et qu'elle va rappeler Steyn.

Transplantation rénale avec donneur vivant: vers l'échangisme?

Via Instapundit, j'ai appris il y a quelques jours que la journaliste Virginia Postrel donnait un rein à une amie en insuffisance rénale terminale. Elle le raconte évidemment au fil de son blog (tout s'est fort bien passé pour les deux intéressées, l'émerveillement de la bénéficiaire face l'amélioration de son état me rappelle très précisément mes souvenirs d'il y a 11 ans, et ça continue), en renvoyant aussi à cet article d'une commentatrice libertarienne.

Elle signale par ailleurs une initiative intéressante: une bourse électronique permettant à des candidats à la transplantation et donneurs potentiels de se rencontrer dans le respect des principes de gratuité, de désintéressement du don d'organe, tout en assurant la meilleure compatibilité tissulaire possible. En attendant l'avènement du rein totalement compatible produit sur mesure par génie génétique, le nombre d'organes susceptibles d'être prélevés sur des cadavres est insuffisant pour faire face aux besoins (que cela tienne à la réduction du nombre des accidents de la route, à la réticence des familles ou simplement à la mauvaise organisation des centres de prélèvement). Pour le rein en tout cas, les donneurs vivants sont une réelle alternative qui prend tout naturellement une place croissante, qu'il s'agisse d'un parent, d'un conjoint ou d'un proche. Encore faut-il que le donneur et le receveur potentiels présentent une compatibilité suffisante... La bourse mise en place dans le nord-est des Etats-Unis propose d'élargir cette possibilité en croisant des tandems donneur / receveur à l'incompatibilité symétrique. Ca c'est l'explication générale et abstraite, pour l'émotion et le feel good factor lisez l'article original.

jeudi 16 mars 2006

L'affaire de la prison de Jéricho

Cet article paru dans le Daily Telegraph d'hier complète utilement ce qui est publié dans Le Monde de ce matin sur les circonstances de la présence, puis du retrait, d'observateurs américains et britanniques dans cette prison de l'autorité palestinienne...

Bravo les Tchèques!

Le Parlement tchèque a surmonté le veto du président Vaclav Klaus à la loi instituant un partenariat enregistré pour les couples de même sexe: la loi a été confirmée hier par une majorité absolue des députés, en phase avec l'opinion qui y est favorable à 62%.

mercredi 15 mars 2006

Ces alliances parlementaires "contre-nature"

Tony Blair a gagné à la Chambre des Communes le vote d'entrée en matière sur une réforme de l'éducation secondaire tendant à donner plus d'autonomie et de diversité aux établissements scolaires, au détriment du contrôle bureaucratique par les autorités locales, qui est l'un des axes distinguant le New Labour de la "vieille gauche". Il s'est trouvé 52 députés travaillistes pour voter "non" contre 274 qui ont voté avec le gouvernement, et 25 qui n'ont pas pris part au vote.

Sur le plan général, la majorité est aussi confortable: 458 à 115, les conservateurs ayant annoncé leur soutien au projet (20 n'ont pas pris part au vote et aucun n'a voté contre).

Il est curieux de voir les travaillistes réactionnaires s'en prendre à la légitimité de Blair à la suite de ce vote, car il aurait préféré s'appuyer sur l'opposition plutôt que de chercher à les amadouer. Certes les 274 travaillistes loyaux auraient pu théoriquement être battus par l'opposition avec l'appoint des rebelles travaillistes... mais en quoi une telle manoeuvre serait-elle, elle, légitime?! A 52 sur 115, ils ne constituent même pas la majorité des opposants au projet.

C'est seulement si le premier ministre n'avait été soutenu que par une minorité de son parti, appuyée par l'opposition, que sa position serait délicate. On en est loin.

Le statut des "carers"

C'est fou comme le fait d'avoir un mot adéquat pour nommer la chose joue un rôle important dans le débat public. Il y a "gay" bien sûr, ou "sans-papiers" qui a rendu pratiquement sexy les clandestins. Dans un autre genre, je relevais l'autre jour que la répugnante "délation" ne me paraissait pas avoir d'équivalent dans d'autres langues. Mais l'inverse est aussi vrai: il manque en français un mot pour l'anglais "carers" qui désigne, de manière évidemment complètement distincte du personnel soignant ou des services sociaux, les parents, conjoints, proches qui prennent soin de manière régulière d'une personne à charge en raison de la maladie, d'un handicap, de l'âge... Cette identification claire, sans périphrase, permet une discussion, des revendications, qui me semblent beaucoup plus floues en France ou en Suisse (où l'on a certainement un terme équivalent en allemand, néanmoins). Ainsi cette brassée d'articles dans la section Society du Guardian d'aujourd'hui (lu au café).

Une traduction possible serait "accompagnateur/trice". Mais, outre que le mot ne contient pas la notion de "prise en charge" qui est contenue dans carer, il désigne déjà (au moins dans sa variante "accompagnant") quelque chose de différent, même si c'est directement lié: le travail de volontaires [1] qui, dans un cadre en général associatif, ont une activité d'accompagnement (voir, à la suite de ce billet, le commentaire de Samantdi qui évoque sur son blog son engagement dans ce domaine). L'un des articles du Guardian fait allusion à la nécessité impérieuse, pour les proches d'une personne à charge, de pouvoir être relayés, disposer de quelques heures pour eux: ça peut être l'une des fonctions d'un accompagnement associatif.

Pour avoir pratiqué des accompagnements (de personnes vivant avec le VIH à la fin des années 80 / début des années 90), je peux témoigner à la fois du fait que ce n'est pas évident tous les jours, même si la distance mise par le fait de n'être justement pas parent, conjoint ou proche facilite les choses, et que c'est très enrichissant sur le plan humain et personnel. Nous disposions d'une ressource essentielle: une supervision régulière, c'est-à-dire une réunion au cours de laquelle nous, accompagnants, pouvions parler de nos situations et de nos problèmes, aiguillonnés par le regard extérieur d'un psychologue. Et je suis convaincu que l'organisation en association et la mise en place d'une telle ressource serait au moins aussi bénéfique aux carers de première ligne, si je puis dire.

Parmi la série d'articles du Guardian il fallait quand même qu'il y en ait un qui m'agace: celui de la directrice d'une organisation de carers, malencontreusement. Son plaidoyer pro domo fondé sur de prétendus "droits" des carers qui seraient foulés au pied me paraît complètement fausse, maladroite, à côté de la plaque: c'est diluer la portée de la Convention européenne des droits de l'homme, puisque c'est elle qui est invoquée, que de lui faire perdre son sens de socle minimal pour devenir une espèce de réceptacle utopiste ouvert à toutes les surenchères -- tout en étant soustrait au débat politique, avec ce qu'il comporte de compromis, et d'essentiellement discrétionnaire, dès lors qu'il s'agirait de "droits"... La question des voies et moyens de la solidarité humaine, entre individu, communauté et Etat, me paraît mériter mieux qu'une approche parodique ou corporatiste.

Notes

[1] Il faut aussi souligner comment "volontaires" rend moins dames patronnesses les "bénévoles" de naguère...

lundi 13 mars 2006

Enregistrement téléphonique: quand le principe de précaution peut se révéler fatal

Lorsqu'on occupe une fonction importante, délicate, exposée, est-il vraiment pendable de vouloir, par sécurité, conserver la trace de conversations téléphoniques sensibles? La vanité ministérielle manipulée par une fuite intéressée de l'intérieur de Scotland Yard fera-t-elle rouler la tête du chef de la police londonienne? Ce sont les questions qui se posent après la révélation que Ian Blair avait enregistré, notamment, un entretien téléphonique avec le conseiller juridique du gouvernement, l'Attorney General Lord Goldsmith, à propos, ironiquement, de l'élargissement de la possibilité de produire des écoutes téléphoniques dans les procédures judiciaires, très restrictive au Royaume-Uni.

La fragilisation, après une année seulement, de Ian Blair, surtout pour un motif aussi véniel (ce serait autre chose si l'enquête en cours sur la mort d'un innocent pris à tort pour un terroriste pendant l'été devait révéler quelque chose de grave, voire même une tentative d'étouffer l'affaire), est inquiétante surtout pour la fonction: cela confirmerait son caractère de "mission impossible" où il faut à la fois avoir la confiance du pouvoir, celle de l'opinion (ou du moins des médias) mais également celle d'une base qui, par sa fonction, est inévitablement particulière. La contradiction est pratiquement obligatoire, on ne peut que chercher à la dépasser. Par son obsession pour la présentation et le politiquement correct, le chef de Scotland Yard ne s'est au demeurant pas rendu particulièrement attachant: ce sont les non conformistes qui séduisent, pas les premiers de classe. Ce qui ne veut pas dire qu'il soit mauvais, loin de là. Son action pour assainir le racisme, le sexisme et l'homophobie dans la police était parfaitement justifiée et c'est une des choses que certains ne lui pardonnent pas.

On évoque les micros dont la Maison-Blanche était truffée sous Nixon (mais ce qui posait problème était surtout les preuves qu'elles apportaient de l'implication de Nixon et son entourage dans des activités illicites), on trouve le procédé indélicat (particulièrement, il me semble, parce que c'est un fonctionnaire qui l'appliquait à l'égard d'un homme politique: l'inverse aurait-il été aussi scandaleux?). Comme toujours sans trop se demander "à qui profite le crime", ou plutôt la fuite, et s'il y a crime quel est le préjudice, qui est la victime? Il est au demeurant déjà établi qu'au Royaume-Uni un tel enregistrement sans avertissement du correspondant n'a rien d'illégal.

Personnellement je me suis toujours moqué du sentiment d'insécurité que me paraissait surtout révéler mes camarades étudiants qui insistaient pour enregistrer sur cassette les cours plutôt que de se contenter de prendre des notes. Mais de téléphone portable en GPS, il est clair que notre civilisation est entrée dans l'ère de la transparence obligatoire. La manière dont les Américains ont légiféré sur la conservation et l'archivage du moindre courrier électronique entre officiels est édifiante à cet égard. Pour le meilleur et pour le pire, la traçabilité des enfants est désormais quasi-absolue, et même des adolescents ou jeunes adultes ont pratiquement l'impossibilité de rompre le cordon ombilical et de ne devoir compter que sur leurs propres forces. Sur le plan politique, il paraît simplement raisonnable de vouloir se prémunir contre la mémoire défaillante (sans même parler du mensonge ultérieur) et les malentendus et de ne pas passer à côté d'un élément utile dans le fil d'une conversation, au demeurant strictement professionnelle.

dimanche 12 mars 2006

Psycho-politique des tranchées

Puisque j'en suis à faire l'article pour mes lectures en v.o., les deux pages du Monde de samedi sur la polémique autour de la boucherie de 14-18 me permettent d'en recommander une puissante évocation littéraire contemporaine: The Regeneration Trilogy de Pat Barker, composée de Regeneration, The Eye in the Door et The Ghost Road. C'est une fiction autour d'événements et personnages réels, en particulier l'officier et poète de la guerre, puis anti-guerre, Siegfried Sassoon (décédé em 1967 dans sa nonante-et-unième année) et William Rivers, psychiatre pionnier du traumatisme des combattants. Bien que ce soit marginal par rapport au thème central, on y apprend également des choses intéressantes sur les pratiques (homo)sexuelles de l'époque.

Churchill en statue dérangeante

Alison Lapper pregnantAu moins à Londres ce n'est pas avec des sculptures abstraites qu'artistes et autorités provoquent l'homme et la femme de la rue. Il y avait déjà eu la femme enceinte sans bras (et ce n'est pas parce qu'ils sont cassés: le modèle, Alison Lapper, était à l'inauguration), sur Trafalgar Square. Ce week-end, c'est une statue de Winston Churchill qui suscite la polémique: elle représente le "vieux lion", reconnaissable entre tous, emprisonné dans une camisole de force! Mon voisin le député conservateur Nicholas Soames, petit-fils du grand homme par sa mère, n'est pas très heureux. Mais il ne s'agit pas d'un iconoclasme gratuit (comme cette fiction sur Tony Blair après Downing Street qui doit passer bientôt à la TV et le voit bien sûr inculpé de crime de guerre...). L'oeuvre a été commandée par une association active dans la santé mentale pour illustrer ce que représente, pour ceux qui en souffrent, la dépression dont il est reconnu que Churchill était occasionnellement affecté.

J'en profite pour recommander une biographie récente de celui qui a été sacré par la public de la BBC "greatest Briton of all times", écrite par Roy Jenkins, ancien ministre travailliste avant d'aller fonder le parti social-démocrate, également ancien président de la Commission européenne: le regard subtil d'un historien qui a l'expérience concrète des fonctions politiques que Churchill a exercées (à l'exception de premier ministre).

Ce qui précède aurait déjà largement justifié ce billet si mon attention n'avait pas été attirée, en marge de l'affaire de la statue, sur ce lien présentant par le son, le texte et l'image l'un des grands discours de Churchill, il y a exactement 60 ans, le 5 mars 1946. Là c'est la statue du commandeur qui n'a pratiquement pas pris une ride sur ce que doit être l'ONU, la lutte contre la guerre et la tyrannie et la nécessité de l'union des démocraties libérales: il ne faut pas le transposer de beaucoup pour y trouver l'alternative à la funeste idée française d'un pôle européen distinct des Etats-Unis. Allez voir vous-mêmes, mais le discours fait 45 minutes (sans les compléments) et c'est de l'art oratoire à l'ancienne!

"Retrouvé mort"

Slobodan Milosevic, bien sûr, ultime pirouette du dictateur et auteur (devrais-je dire "accusé"?) de crimes contre l'humanité qui sera décédé dans son lit de mort naturelle (sauf surprise peu vraisemblable), même si c'est en cellule, et après être parvenu à tourner quelque peu en ridicule la juridiction internationale... La Suisse n'a pas à se vanter de Carla del Ponte, et le pire c'est que c'est en toute connaissance de cause qu'elle a présenté sa candidature alors qu'un Bernard Bertossa, ancien Procureur général de Genève, aurait été bien plus approprié.

Mais en l'occurrence c'est à quelqu'un d'autre que Le Monde de dimanche-lundi (donc publié samedi midi) applique cette formule:

Le militant pacifiste chrétien américain Tom Fox, enlevé en Irak en novembre 2005, a été retrouvé mort, vendredi 10 mars. (...)

Le Monde a choisi de reprendre une dépêche de l'agence Reuters, certes la risée de la blogosphère anglo-saxonne pour son langage acratopège à l'égard des terroristes et autres auteurs de crimes de guerre ou contre l'humanité. Et pourtant, dès 9h19 samedi matin, c'est la même agence Reuters qui publiait la dépêche reprise sur le site de Libération:

Le militant pacifiste chrétien américain Tom Fox, dont le corps vient d'être retrouvé en Irak, a subi des tortures avant d'être abattu, rapporte la police irakienne.
"Il avait les mains liées dans le dos et des marques de balles. Il y avait des signes de torture", a déclaré à Reuters une source policière irakienne. (...)

Voir aussi, sur le fond, Harry's Place.

samedi 11 mars 2006

P & O: Bush, Hillary et le choc des civilisations

Vertigineux paradoxe que cette affaire du rachat de la compagnie P & O, dont six ports américains comptent au nombre des actifs, par une entreprise de Dubai! De manière encore plus grossière qu'en France à propos de Mittal - Arcelor, un réflexe purement raciste s'est donné libre cours aux Etas-Unis, habillé de préoccupations pour la sécurité nationale sous prétexte que certains des terroristes du 11 septembre 2001 étaient originaires des Emirats Arabes Unis. Comme si les détenteurs du capital ou membres du Conseil d'administration des ports allaient décharger eux-mêmes nuitamment de futures bombes: c'est la régulation qui importe, pas la propriété, stupid, même les Français s'apprêtent à privatiser Aéroports de Paris. Par ailleurs, comme on le sait en France, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, même la citoyenneté locale n'immunise pas contre le terrorisme islamiste -- dans un autre genre, se rappeler que Tariq et Hani Ramadan sont citoyens suisses.

C'est au président Bush, soi-disant simpliste en mal d'une nouvelle croisade (naguère lui même étroitement protectionniste de l'acier américain), qu'il est revenu de tenter, sans succès, d'opposer la voix de la raison et de la modération face à la démonisation d'un Etat, au demeurant solide allié, pour le seul fait qu'il est arabe. Et ces libéraux enclins à dénoncer en Huntingdon, l'auteur du Choc des civilisations, une sorte de proto-fasciste fraternisent avec l'isolationnisme républicain le plus crasse: je comprends soudain mieux certaines passerelles entre la gauche et l'extrême-droite dans les années 30 et m'en tiens plus que jamais à ma typologie entre nouveaux progressistes (neocons et gauche internationaliste) et nouveaux conservateurs (gauche protectionniste et droite isolationniste).

Mais Hillary Clinton (que je crois, elle, bien plus subtile) remporte la mise, aidée par la sagesse de l'émir de Dubai, en s'étant profilée parmi les premières contre le deal -- qui bénéficiait pourtant des conseils de Bill!

vendredi 10 mars 2006

Villepin: de l'exalté au soudard

On connaissait de Chirac (emprunté aux cavaliers de Saumur):

A nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent!

Villepin se veut son héritier et renvoie à un côté de Bonaparte moins épique que les Cent Jours:

La France a envie qu'on la prenne. Ça la démange dans le bassin. Celui qui l'emportera à la prochaine élection, ce ne sera pas un permanent de la politique, mais un saisonnier, un chenapan, un maraudeur.

A rapprocher, comme le relève Jules en commentaire, des paroles du rappeur "Monsieur R.", qu'il était question d'interdire:

La France est une garce, n'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser, comme une salope faut la traiter.

Et Villepin sur Sarkozy (qu'il appelle le "nain" ou le "nabot"):

Un allumeur, un baratineur de soirée dansante, mais il serait bien incapable de faire un enfant à la France. Il n'a rien dans le pantalon.

(Billet actualisé le 11.03 à 11h45)

jeudi 9 mars 2006

Harley-Davidson contre fondamentalistes homophobes

Patriot Guard RidersJ'ai déjà évoqué cette forme extrême de la liberté d'expression à l'américaine: les manifestations de haine homophobe organisées par des chrétiens fondamentalistes aux obsèques de gays, à l'enseigne de "Dieu hait les pédés". Elles émanent de la Westboro Baptist Church du Rev. Fred Phelps, née au Kansas, dont j'apprends par le Daily Telegraph de ce matin qu'elle cherche aussi à perturber l'enterrement... des soldats morts en Irak ou en Afghanistan, quelle que soit leur orientation sexuelle. Car, bon sang mais c'est bien sûr, ils sont le signe tangible du divin courroux envers l'évolution de la société américaine:

You turn this nation over to the fags and our soldiers come home in body bags.

Je ne sais pas ce que ça vaut en logique formelle, mais il faut leur reconnaître un certain sens de la formule...

Comme on est en Amérique, il y a une réponse civile qui est à la hauteur: différents groupes de motards ont constitué les Patriot Guard Riders qui, sur leur Harley-Davidson, bannière étoilée au vent, assurent un salutaire écran de protection, visuel et sonore, entre les manifestants et les funérailles.

Présidentielle: deux tours et demi?

Je lis avec un peu de retard (mais les autres communards n'ont pas l'air d'en avoir déjà parlé) une tribune de Guy Carcassonne et Olivier Duhamel dans Le Monde d'hier: pour "éviter un nouveau 21 avril" en 2007, ils proposent de réviser l'article 7 de la Constitution française.

Il s'agit pour eux de parer au

risque d'un second tour non désiré, c'est-à-dire un second tour où figure un candidat qui a déjà fait le plein de ses voix, tandis qu'en est éliminé un autre qui reste susceptible de réunir beaucoup plus de suffrages.

Leur solution: prévoir un tour intermédiaire entre le premier tour (l'inévitable pléthore où tout le monde doit s'afficher) et le dernier (les deux finalistes), réunissant les quatre candidats arrivés en tête

si moins de deux candidats ont réuni chacun 20% des suffrages exprimés au premier tour.

Si je ne crois pas que les procédures peuvent tout résoudre, je ne partage pas non plus le mépris de certains pour les solutions "techniques" à des problèmes réels, qui demandent à être résolus. Celle-ci en est manifestement une qui est intéressante. Ma seule réserve porte sur son caractère si déterminé: 20%, ça sonne plus rond que 19 ou 21, mais quelle garantie que cela répondra à la formulation générale et abstraite du problème? Serait-il vraiment inacceptable de placer plutôt l'organisation de l'élection sous la responsabilité d'une autorité indépendante (Conseil constitutionnel, ou une autre à créer si cela entre en conflit avec la compétence juridictionnelle du Conseil) qui pourrait disposer d'une marge d'appréciation? Trop pragmatique, pas assez cartésien peut-être...

Une autre solution serait d'adapter au premier tour le système anglo-saxon de la majoritaire avec deuxième voix facultative permettant l'expression d'une "seconde préférence" (appliqué notamment pour l'élection du maire de Londres). Il sert en principe à éviter un second tour, et pourrait ici servir à désigner les deux finalistes parmi les quatre candidats arrivés en tête. Mais cela paraît plus difficile à acclimater et bouleverserait davantage les habitudes qu'un tour intermédiaire qui, lui, est en revanche plus lourd à mettre en place.

mercredi 8 mars 2006

Mon soutien à Pascal Décaillet

Mon présentateur radio préféré a donc été "cassé" - selon ses propres termes dans une interview parue aujourd'hui dans Le Matin (quotidien de boulevard qui, conformément à sa nature, a donné par ailleurs dans le tact et la délicatesse quand il a évoqué l'affaire samedi dernier et surtout hier). En guise de commentaire, je me propose de partager avec nos lecteurs (le destinataire principal ne m'en voudra pas j'espère) le message que je lui ai envoyé.

Cher Monsieur,

Je regrette d'avoir attendu la parution de l'interview dans Le Matin d'aujourd'hui pour vous écrire, car je voulais le faire depuis dimanche, à titre personnel. Ceci est un e-mail de soutien parmi les innombrables témoignages de sympathie méritée qui doivent affluer.

La première fois que j'ai eu le privilège de vous voir opérer dans Forums, j'ai pensé à un jongleur ou à un chef d'orchestre - bref à un artiste - et j'ai été fortement impressionné. J'ai aussi été frappé par le fait que vous manifestez un intérêt réel pour les personnes et les sujets traités, qui couvrent un très large spectre. Certes, vous pouvez vous laisser emporter par votre enthousiasme (au sens étymologique du terme !!!) ou votre désir de rendre les sujets intéressants, de les faire vibrer. Mais la plupart du temps ça vaut la peine, c'est justifié.

En comparaison de quoi, d'autres voix me sont insupportables d'arrogance ou de muflerie (du moins c'est l'effet qu'elles me font). On sent une volonté de donner des leçons à l'intervenant ou à l'auditeur - mais vous, on vous taxe d'élitisme après avoir parlé de sensationalisme, on ne craint pas la contradictio in terminibus. J'ai aussi de la peine à comprendre qu'on puisse parler d'élitisme avec l'audience que vous faites, je crois que c'est la première fois que ça arrive dans l'histoire de l'audiovisuel. Si seulement plus de monde était aussi élitiste et sensationnaliste que vous!

Je suis sûr que votre amour de la vie et votre intérêt pour les autres continueront de vous porter, quel que soit le cadre, pour le plus grand bénéfice de la collectivité. Prenez-soin de vous.

Avec mes salutations très respectueuses.

lundi 6 mars 2006

"Whistleblowing": entre responsabilité individuelle et démission collective

Prenons deux exemples:

  • Le soldat américain Joe Darby qui, voyant circuler parmi certains de ses camarades des photos des mauvais traitements infligés à des détenus d'Abou Ghraib, en a informé sa hiérarchie qui a ouvert une enquête et puni les coupables, est-il un salaud?
  • Le fait qu'il ne se soit pas trouvé une seule parmi les quelque 18 personnes mêlées à l'enlèvement d'Ilan Halimi pour, voyant comment les choses tournaient, prévenir la police, est-il le signe d'un esprit moral supérieur?

Ce sont les questions qui viennent à l'esprit chaque fois qu'en France on est prompt à partir en guerre contre "la délation". Ainsi Libé d'aujourd'hui nous apprend que syndicats et salariés se mobilisent et multiplient les recours contre la mise en place, dans les grandes entreprises, de procédures destinées à garantir l'éthique "maison" en permettant de dénoncer les fautes ou fraudes dont on aurait connaissance (whistleblowing). Dans Le Monde du 11 octobre 2005 (fichier PDF) j'apprenais que, par un renversement des valeurs particulièrement vicieux, c'était la Commission nationale de l'informatique et des libertés qui prétendait s'opposer à de tels dispositifs (elle semble avoir depuis levé son opposition).

Comme de juste, on vient nous expliquer que cette attitude est due au mauvais souvenir de la Kollaboration et du régime de Vichy. Je ne sais pas si d'autres langues ont aussi un mot comme "délation", c'est-à-dire dénonciation avec une connotation infamante et non civique ("citoyenne"). Il me semble que le blocage provient surtout d'un refus, d'une paresse, de vouloir distinguer le bien du mal dans une démarche de responsabilité individuelle: quelle horreur! Mais n'est-ce pas ce comportement moutonnier, ce désir que l'autorité fasse son travail sans que les citoyens aient à y prendre part, qui est le véritable prolongement de Vichy, la négation des Lumières?

Quand on n'a que l'humour

Quand j'ai entendu parler pour la première fois d'un concours de caricatures antisémites israéliennes pour répondre par la surenchère au concours iranien, je n'ai pas eu trop envie d'aller voir ce que c'était. Jusqu'à ce qu'un billet de Sotek m'envoie sur le site où sont exposées les oeuvres. Pour la première fois, l'expression rire aux larmes a pris un autre sens - notamment devant ce dessin-là. Comment ne pas être philosémite devant un tel sens de l'autodérision, une telle capacité à rire dans l'horreur en ne se prenant surtout pas pour une victime, à moins que ce ne soit pour en demander excuse. Comment ne pas être désarmé par ce souci de répondre aux attentes en assumant jusqu'à l'absurde les fantasmes qu'on vous prête: se repaître du sang des bébés chrétiens ou jouer aux maîtres du monde (en manipulant les médias par exemple). Dans le genre de l'autodérision qui coupe l'herbe sous les pieds de l'ennemi, il y a aussi (eu) les gais (mais je ne parle pas de l'herbe de Brokeback Mountain). Qui d'autre?

dimanche 5 mars 2006

Chrétiens gays dans "Le Monde"

Le Monde daté dimanche-lundi consacre sa page 3 aux chrétiens gays, avec d'une part une enquête sociologique et d'autre part quelques blogs.

samedi 4 mars 2006

En attendant les Oscars (retour à Brokeback Mountain)

Rien qu'avec son titre The sermon on the mountain cet article de spiked apporte la dose de pointes hebdomadaires nécessaire pour bien passer le week-end. Il confirme des pressentiments que je n'osais énoncer ni avant que le film soit sorti, ni après. En effet, dans le prolongement d'une revanche à prendre sur la réélection de Bush, le film a été instrumentalisé au service d'un objectif dépourvu de grandeur, de romantisme, de noblesse, de tragique (à choix) ou même de cette virilité (osons ce gros mot) des cow-boys: démontrer sa supériorité par rapport à une classe de gens particulière

"Singing the praises of Brokeback Mountain has become a shortcut to demonstrating your superiority over a certain class of people."

Il fut une époque où afficher sa supériorité morale s'appelait pharisaïsme. Ici, on a plutôt affaire à un manichéisme, à un clivage impitoyable entre le bien et le mal - l'attitude par rapport au film scellant un jugement éternel et définitif des âmes.

"... if you're a good, nice, sensitive liberal you will see the movie (...); if you're a bad, insensitive, probably Bush-supporting conservative you will fail to see the movie. (...) The discussion of Brokeback Mountain, its social rather than artistic impact, shows how accusations of homophobia are used to bash the masses these days for what are presumed to be their incorrect attitudes."

Plus reluisant, moralement parlant, le fait que, pour la gauche, le film relèverait d'abord de l'éducation des masses (et le sermon sur la montagne s'adressait bien à une foule). Au point que "Si Brokeback remporte l'Osacar du meilleur film, ce sera davantage pour son impact social présumé (le fait qu'il donne un bon sentiment d'eux-mêmes aux gens de gauche battus par Bush) que pour ses mérites artistiques."

Et maintenant que j'ai fait droit à l'esprit libre et critique, je mets ma casquette de militant gai et je poursuis:

Certes, on peut quand même donner un petit peu raison à cette brokebackmanie, on peut comprendre que pour un très grand nombre de gais, le film a aussi un côté missionnaire. Pour la première fois, on montre sur un mode crédible l'amour avec sa composante physique entre deux hommes évoluant dans le milieu qui semble le plus éloigné de cet amour-là, un milieu constitué par des valeurs machos, homophobes etc. Deux hommes auxquels on ne peut attribuer les clichés habituels. Toutefois, certains esprits chagrins et militants auront aussi raison de bouder leur plaisir en trouvant que le courage ou la militance auraient constitué à permettre à ces cow-boys de vivre finalement un amour heureux. A défaut, le signal qui est envoyé aux ceux qui se découvrent gais dans un milieu hostile (ça existe encore) n'est pas très encourageant: c'est un no future qui leur est signifié. (De ce point de vue, on pourrait se demander si Brokeback Mountain fait plus de bien que La cage aux folles qui, lui, finit bien pour le couple et qui, malgré les hénaurmes clichés, était, à l'époque, un plaidoyer généreux pour la tolérance en amenant gentiment les rieurs du bon côté.)

Si le film remporte une distinction importante, ce ne sera certainement pas un grand jour pour le cinéma, mais ce ne sera pas la première fois - on a l'habitude des distinctions accordées selon des critères extra-cinématographiques. Certes, ce sera la victoire du pharisaïsme, du politiquement correct et du terrorisme intellectuel réunis. Au moins on peut se consoler en se disant que ça permettra peut-être à quelques-uns d'être un peu moins exposés à la haine ou au mépris d'autrui... ou de soi-même.

vendredi 3 mars 2006

Relation d'aide

A lire dans les blogs:

  • Une série en cours chez Pikipoki (depuis le 17 janvier).

jeudi 2 mars 2006

"Die blinde Kuh" arrive à Londres

L'expérience du restaurant dans le noir le plus absolu, où la clientèle "voyante" fait l'expérience de la dépendance envers un personnel aveugle ou malvoyant qui, lui, a développé les aptitudes lui permettant d'être à l'aise dans un tel environnement, avait été l'une des attractions de l'Expo.02 en Suisse. Mais la première mondiale remonte à l'ouverture à Zurich du restaurant "blindekuh" le 17 septembre 1999. Depuis février 2005, une "blindekuh" (car en allemand, le jeu de colin-maillard devient celui de la "vache aveugle" - note de G.B.) existe également à Bâle.

L'idée a apparemment fait du chemin et la voici à Londres, introduite par Edouard de Broglie via Paris, à l'enseigne de "Dans le Noir" (en français dans le texte), comme le raconte The Daily Telegraph de ce matin. Ou comment une entreprise de l'économie sociale, portée par une fondation à vocation sociale et culturelle, tente de s'inscrire comme niche marketing dans l'économie concurrentielle.

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