dimanche 19 février 2006
Décriminaliser le déni de l'Holocauste
François Brutsch | 23h16 | droit/politique | permalien | rss
J'ai récemment fait allusion au malaise que je ressens à l'égard des législations européennes qui pénalisent le négationnisme à la manière d'un Robert Faurisson français ou d'un David Irving britannique et qui sanctionnent les discours racistes, sexistes, homophobes... Je n'osais pas encore formuler expressément l'idée que, pour redonner toute sa vigueur à l'idéal démocratique, il était nécessaire de revenir sur 20 ans d'amollissement politiquement correct et d'abroger ces législations. Mais dans sa chronique hebdomadaire dans le FT de samedi Christopher Caldwell (du Weekly Standard américain) instruit clairement la cause en l'illustrant principalement par l'exemple français:
- La loi Gayssot permet simplement à des extrémistes de se poser à bon compte en martyrs de l'anti-conformisme et offre à un Le Pen un accès garanti aux médias.
- L'historienne de gauche Madeleine Rebérioux avait mis en garde contre le danger que le précédent d'une vérité officielle à propos du génocide des Juifs ouvre simplement la porte à d'autres revendications du même type. Cela s'est vérifié avec le génocide arménien, la traite des Noirs, et bien sûr l'affaire du "rôle positif" de la colonisation.
- Caldwell cite de nombreux cas qui témoignent de l'extension du phénomène de judiciarisation du "politiquement correct": l'universitaire Bernard Lewis, condamé en France pour refus de qualifier de génocide le massacre des Arméniens en Turquie; les plaintes contre Michel Houellebecq, Oriana Fallacci, Alain Finkielkraut; la tentative d'empêcher la parution de Charlie Hebdo avec les caricatures de Mahomet; la condamnation du député RPR Vanneste pour propos homophobes (la liste n'est pas exhaustive, il aurait aussi pu citer la condamnation d'Edgar Morin pour une tribune dans Le Monde sur le conflit israélo-arabe).
- Rappelant que l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste respecté de l'esclavage, a lui aussi été sous la menace d'une plainte pour avoir exprimé dans une interview ses doutes sur la loi de 2001 à ce propos, Caldwell mentionne les pétitions "Liberté pour l'histoire" lancée par Pierre Nora, Michel Winnock et Mona Ozouf, et "La liberté de débattre", lancée par Paul Thibaud, qui réclament toutes deux l'abrogation des lois Gayssot et autres.
Caldwell signale de surcroît un important article du philosophe du droit Ronald Dworkin, paru mardi dernier dans The Guardian, qui en appelle à la Cour européenne des droits l'homme pour annuler ces législations (ce qui impliquerait une sérieuse révolution des mentalités):
Celui-ci, je renonce à le développer ici car il est intégralement en ligne.





