Pour redescendre de la montagne
Guillaume Barry | samedi 21 janvier 2006 à 14h52 | divers | rss
Avec Brokeback Mountain et ses prix et ses nominations qui pleuvent, le western spagaykitsch est donc la nouvelle coqueluche médiatique du moment.
C'est probablement du snobisme mal placé, mais une telle unanimité dans le sacre de ce qui devrait relever de la subversion, de la transgression me met mal à l'aise. Assisterait-on à un phénomène à la Michael Moore? Est-ce le fait que le film s'en prend à un mythe constitutif de l'Amérique profonde qui lui vaut autant de suffrages? A mes yeux, le film n'est pas mal du tout, mais sans plus - or il est parti pour devenir un film culte.
Si je fais abstraction de mes habitudes d'enfant gâté par le bon cinéma (d'où qu'il soit, américain, asiatique...) doublé d'un calviniste se lassant vite d'images prioritairement flatteuses, je dirai que ce film est une excellente chose. Détourner une pub pour Marlboro, mettre en scène une thématique ouvertement gaie dans un décor de western (alors que d'habitude, une homosexualité latente est omniprésente dans les deux cas): très bonne idée, certainement déjà exploitée, mais jamais à une échelle quasi planétaire. C'est très bon pour véhiculer "autrement" des images inédites et un discours (et des silences) inouïs en relation avec l'homosexualité masculine.
Il faut juste admettre le postulat kitsch de départ. La présence des personnages dans ces paysages ne sera donc pas crédible. Il faut s'habituer aux éclats quasiment éblouissants que jette la propreté immaculée de leurs vêtements dans le paysage (aux montagnes phalliques, forcément) avec des moutons en arrière-plan dont on ne les voit jamais s'occuper. Mais c'est cohérent, puisque dans l'histoire, ce sont de mauvais gardiens de moutons.
Il faut faire son deuil qu'il y ait une interaction effective entre les personnages. Le style veut qu'ils soient statiques, ayant l'air de n'exister que chacun pour soi. C'est frustrant parce que les personnages sont attachants et vivent quelque chose de poignant. Il paraît que ça correspond au mode de communiquer des gens de ce milieu. C'est ce dont m'assure une petite-fille de cow-boy du coin dans spiked. Je ne suis qu'à moitié convaincu: il y a d'autres manières de représenter la solitude fondamentale et la difficile communication entre les êtres.
A noter que dans un genre très voisin, l'Office du tourisme suisse n'est pas en reste. De magnifiques spécimens de mâles suisses sont proposés comme une alternative charmante et pleine de fraîcheur virile (si si, en Suisse ce n'est pas une contradiction dans les termes). C'est ici, cliquer sur Zum Herunterladen juste en dessous de WM - Alternative - Clip.
COMPLEMENT DE FRANCOIS A 23H55: De retour d'aller voir le film cet après-midi -- mais est-ce vraiment le même? Je n'ai vu ni kitsch, ni éclat éblouissant, ni propreté immaculée (et ces montagnes sont d'une horizontalité désespérante); les deux cowboys (sans vaches) travaillent dur, toujours vaguement crasseux, entre cigarette et whisky, et ne sont même vraiment beaux que dans de rares plans.
Je ne crois d'ailleurs pas avoir vu un film sur une thématique spécifiquement gay comme l'était bien sûr Garçon d'honneur (et je trouve plutôt regrettable que les médias lui collent ce label); plutôt un drame de la condition masculine dans des conditions frustes (c'est d'ailleurs un brillant contrepoint au rêve américain auquel Michael Moore, lui, participe de plain-pied). Il n'y a de grande passion que contrariée et je doute fort que Jack et Emmis partant tout deux s'établir dans un ranch auraient tenu longtemps ensemble. [Complément du 23.01: voir la critique de Mark Steyn, qui m'avait échappée.]
Tout cela m'a paru d'un réalisme poignant, mais sans misérabilisme ni pathos, bref une performance de Ang Lee et une adaptation fidèle de la nouvelle d'Annie Proulx (je viens de la parcourir) dont j'avais adoré The Shipping News, un roman sombre qui déjà traitait de l'incommunicabilité et du poids des conventions (avec un inceste en arrière-plan, si je me souviens bien).








Commentaires
1. Le dimanche 22 janvier 2006 à 00h38, par François Brutsch
2. Le dimanche 22 janvier 2006 à 11h06, par Guillaume Barry
3. Le mardi 24 janvier 2006 à 15h13, par Pierre-Yves
4. Le jeudi 26 janvier 2006 à 19h10, par achakar
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