vendredi 13 janvier 2006
Cynisme, naïveté et peine de mort
François Brutsch | 23h21 | droit/politique | permalien | rss
Aux Etats-Unis, la campagne pour l'abolition de la peine de mort vient d'encaisser un sérieux revers (via Instapundit): l'analyse d'ADN qui devait prouver l'innocence d'un homme exécuté en 1992 a au contraire confirmé le verdict de culpabilité prononcé par le jury. Accusé du viol et du meurtre de sa belle-soeur en Virginie, Roger Coleman avait toujours protesté de son innocence, au point de convaincre une ONG, Centurion Ministries, et des médias de s'engager en sa faveur.
Yesterday, James C. McCloskey, Centurion's executive director, said he felt betrayed by the man whose last words included the statement, "An innocent man is going to be murdered tonight."
"How can somebody, with such equanimity, such dignity, such quiet confidence, make those his final words even though he is guilty?" McCloskey said.
Les partisans de la peine de mort se voient ainsi confortés dans leurs convictions. En réalité, cela ne devrait rien changer non plus pour les adversaires, aux yeux de qui Coleman n'aurait pas dû être exécuté condamné à cette peine même s'il s'était glorifié de sa culpabilité. Mais le déroulement de cette affaire ne manquera de désensibiliser un peu plus le reste de l'opinion, qui y trouvera une nouvelle raison de se méfier de la naïveté des belles âmes pour qui il était plus mobilisateur de le croire innocent -- ce mécanisme de rationalisation était déjà à l'oeuvre à propos de "Tookie" Williams en Californie, à qui Schwarzenegger a refusé la grâce. Un autre élément de cynisme qui me frappe est la quête fiévreuse de l'erreur judiciaire décisive à laquelle se vouent les abolitionnistes...
La presse américaine donne évidemment les détails, mais la BBC se limite à une présentation sobre et clinique, et à l'heure où j'écris il n'y a toujours rien sur les sites du Monde ou de Libération. Imaginez ce qu'il en serait si le résultat de l'analyse avait été inverse...





